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Full text of "Compte-rendu publié par Dr. Legrain, président du congrés et Dr. Boissier, secrétaire général"

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VII e CONGRES INTERNATIONAL 

COXTKK I.'AIU'S DKS BOISSONS ALCOOLIQUES 



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^ÏI e CONGRÈS INTERNATIONAL^ 



CONTRE L'ABUS 



DKS 



BOISSONS ALCOOLIQUES 



SESSION DE PARIS 1899 

Sous le Haut Patronage de M. LEYGUES, Ministre 

de l'Instruction Publique. 



Compte-rendu publié par M. le D r LEGRAIN, Président du Congrès, 

et M. le D r BOISSIER, Secrétaire général. 



TOIS/LE II 



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PARIS 
Ali S I K G K SOCIAL DE I.ÏMÛN FRANÇAIS!: ANTIALCOOLIQUE 

."">, i:i:i-: DK I.ATKAN 

ET CHEZ L'IMPRIMEUR, A. COUESLANT, 1, RUE DES CAPUCIHS 

A t'AIIOUS (l.OT) 

MDCCCC 



Soc *3éô.fe # 6o(^ptaj 



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DEUXIÈME SECTION 



PROGRAMME GÉNÉRAL 



HISTOIRE, ÉCONOMIE POLITIQUE & SOCIALE 



Vendredi matin 7 Avril 1899 



Ordr* du J«ur t 

MONOPOLES; 
CRIMINALITÉ; 
ÉCONOMIE SOCIALE; 
VARIÉTÉS. 




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DEUXIÈME SECTION 



HISTOIRE, ECONOMIE POLITIQUE ET SOCIALE 



Troisième séance 

PRÉSIDENT I M. LE JEUNE, MINISTRE d'ÉTAT (BELGIQUE) 



PROCÈS-VERBAL 



M. le Président. — L'ordre du jour appelle la discussion sur les 
différents Monopoles à appliquer contre les spiritueux. 

.La parole est à M. de Boulowski pour son rapport sur le Monopole 
Russe. 



Le monopole des spiritueux en Russie 

Au dernier Congrès, réuni à Bruxelles, contre l'abus des boissons 
alcooliques, j'ai eu l'honneur de développer d'une manière détaillée, les 
motifs en vertu desquels on a changé chez nous, en Russie, le régime 
de l'accise en celui du monopole de la vente des spiritueux, par la 
régie, le but que le gouvernement s'est proposé d'atteindre et les fon- 
dements sur lesquels le monopole est institué. 

Aujourd'hui, je me propose de faire connaître au Congrès — aussi 
sommairement qu'il me sera possible, par suite du peu de temps dont 
je dispose, — les premiers résultats de l'application du monopole de la 
vente des spiritueux. 

D'abord, je crois devoir rappeler de nouveau, les considérations qui 
ont fait adopter le nouveau système de perception, le but poursuivi et 
les moyens employés pour l'atteindre. 

Le gouvernement, désirant maintenir le bien-être social et la santé 
des populations par rapport a l'emploi des boissons fortes, est arrivé a 
la conclusion qu il est indispensable de régulariser, dans l'Empire, le 
débit des spiritueux et de le soustraire, autant que possible, a l'in- 
fluence des intérêts privés. 

La qualité détestable des produits mis en vente, les alcools rectifiés 
n'y figurant que dans une proportion infinitésimale ; les dangers of- 
ferts par les cabarctiers, qui, chez nous, en Russie, comme partout 

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422 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

ailleurs, ne se recrutent que très exceptionnellement parmi les gens 
exerçant une bonne influence ; la conviction que les alcools amylique, 
méthylique, butylique et autres poisons violents sont moins dangereux 
encore que les patentés, qui en tiennent boutique, tels sont les motifs 
pour lesquels le monopole a été institué. C'est un système au moyen 
duquel le ministère des finances espère mettre un terme a la fâcheuse 
influence des débitants de spiritueux sur l'état moral, hygiénique et 
économique des populations et ne laisser entrer dans la consomma- 
tion que des alcools dûment rectifiés, pour supprimer les cabaretiers 
dans tes campagnes et pour en réduire le nombre, le plus possible 
dans les villes, pour supprimer la vente à crédit, l'acceptation des 
nantissements, la livraison des spiritueux contre des produits agrico- 
les, etc., enfin pour faire payer l'eau-de-vie le même prix à tout le 
monde: aux gens aisés qui en font venir un hectolitre à la fois et aux 
pauvres diables qui vont en acheter eux-mêmes pour deux sous. 

Ne pouvant amener le débitant à rectifier son alcool, ni a s'amen- 
der lui-même, on a réservé a l'Etat le droit exclusif de servir d'inter- 
médiaire entre le producteur et le consommateur. 

Le monopole se fait un honneur de ne pas chercher à grossir immé- 
diatement les revenus du fisc. L'administration, tout en établissant le 
prix de vente de telle manière que le bénéfice du débit soit assez, élevé 
pour compenser les effets d'une réduction de la consommation, se résigne 
à voir le produit des boissons rester stationnaire ou même décliner 
quelque peu. 

Le Ministre des finances, dans sa circulaire du 22 décembre 1899, 
a déclaré que la réforme des spiritueux ne tend pat à augmenter direc- 
tement les recettes du fisc. Les plus-values viendront par surcroit com- 
me conséquence de la cessation de certains abus et du relèvement 
économique des populations. Peut-être, pour les premiers temps sur- 
tout, l'administration s'attendrait-elle plutôt à des moins-values ; mais 
ce qu'il encaisse en moins sur les spiritueux, le Trésor le recouvre en 
plus, soit sur d'autres contributions indirectes, soit sur les impôts 
directs ; en même temps on voit progresser le bien-être et la moralité 
des masses. 

Il fallait des armes efficaces pour empêcher la ruine des populations 
des campagnes et pour les soustraire à la funeste influence des 
débitants. 

Je considère de mon devoir de citer ici encore les paroles authenti- 
ques du rapport du Ministre des finances à Sa Majesté l'Empereur sur 
le budget de l'Empire pour l'exercice 1899. 

En changeant le mode de perception des droits sur l'alcool, on n'a 
nullement cherché dans cette mesure un moyen d'augmenter directe- 
ment les revenus du fisc. Si le Ministre des finances s'est cru obligé 
de demander que le débit des spiritueux fût retiré des mains des par- 
ticuliers et monopolisé par l'Etat, c'est avant tout dans le but de met- 
tre un ternie aux abus inhérents h l'ancienne organisation. Chez nous, 



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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 423 



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la moyenne de la consommation est relativement faible, mais on boit 
d'une manière très inégale. Les spiritueux mis en vente par les débi- 
tants contiennent des substances nuisibles, sinon dangereuses pour la 
santé. Les conditions mêmes du commerce des liqueurs fortes, com- 
merce très lucratif pour les gens peu scrupuleux, favorisaient la per- % 
pétuité des multiples abus qui ruinaient les classes inférieures. Faire 
cesser ces déplorables errements n'était possible qu'à la condition de 
mettre le commerce des spiritueux entre les mains de l'Etat. 

Le gouvernement, s'étant réservé la vente des alcools, a construit 
dans ce but des dépôts de spiritueux ainsi que des bureaux de vente, 
en diminuant considérablement la quantité des lieux des débits de 
boissons alcooliques existant auparavant. 

Le monopole ne s'étend pas aux boissons fermentées (bière, hydro- 
mel, vins naturels et artificiels) ; il porte exclusivement sur les pro- 
duits distillés (esprits et liqueurs). Il n'est limité qu'à la vente en gros 
et en détail. La production reste dévolue à l'industrie privée et les 
distilleries demeurent soumises à l'exercice, dans les mêmes condi- 
tions que sous le régime de l'accise. 

La régie ne mettant en vente, dans l'intérêt de la santé publique, 
que des eaux-de-vie rectifiées, c'est elle qui prend à sa charge le 
travail de rectification. Toute l'eau-de-vie mise en vente dans les ma- 
gasins de gros et de détail est rectifiée par l'Etat ou bien dans des 
usines de la régie, ou dans des établissements privés sous la surveil- 
lance de l'Etat. Les fabriques d'eau-de-vie aromatisée et de liqueurs 
sont tenues d'acheter à la régie les alcools nécessaires h leur production. 

La régie fait elle-même toutes les manipulations et ne laisse sortir 
de ses bureaux que des récipients clos et cachetés. L'alcool, servant à 
la préparation de l'eau-de-vie, est rectifié, puis aux dépôts il est 
soumis de nouveau à une rectification multiple et scrupuleuse par 
des appareils spéciaux perfectionnés. L'alcool, l'eau-de-vie, le charbon, 
l'eau et tous les autres matériaux employés pour l'apprêt et la recti- 
fication de l'eau-de-vie, sont analysés dans les laboratoires chimiques 
spéciaux de la régie. Les bureaux de vente tenus par des préposés, 
dont la rémunération ne dépend en aucune mesure de leur chiffre 
d'affaires, ne livrent l'eau-de-vie que dans les bouteilles ou fioles bou- 
chées, cachetées à la cire avec l'empreinte du sceau de l'Etat et 
revêtues d'une étiquette indiquant la capacité, le nombre de degrés 
(la force) et le prix. Le prix est strictement proportionnel à la quan- 
tité de liquide ; une fiole de six centilitres, par exemple, se vendant 
juste dix fois moins cher qu'une bouteille de 80 centilitres. Dans 
l'intérieur des bureaux de vente, l'usage des tire-bouchons, etc., est 
rigoureusement interdit. Il est également défendu dc # boire des spiri- 
tueux achetés dans les bureaux mêmes et de vendre des boissons aux 
ivrognes et aux personnes mineures. 

Les traktirs (restaurants) de campagne, ne servent à leurs clients 
que des fioles, qu'ils doivent vendre au prix marqué, sans majoration 



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424 VU* CONGRES INTERNATIONAL 

d'aucune sorte. Les bureaux et traktirs dont nous venons de parler 
sont, dans les campagnes, les seuls et uniques endroits où il soit 
possible de se procurer des spiritueux d'une manière licite. Pour 
vendre, hors des villes, autre chose que les fioles de la régie et aux 
prix de la régie, c'est-à-dire pour avoir réellement intérêt a pousser 
à la consommation, il faut une autorisation du ministre des finances, 
et il ne semble pas que le ministre soit disposé à faire des exceptions. 
Dans les villes, dans les gares du chemin de fer et dans les clubs, 
les restaurants, les hôtels et les buffets, peuvent : a) — comme dans 
les campagnes — vendre au prix marqué sur l'étiquette des fioles 
bouchées et cachetées, que l'acheteur est libre de consommer sur 
place ; et b) — débiter au verre ou de toute autre façon des eaux-de- 
vie achetées ii la régie ou par son entremise et provenant, soit de la 
région du monopole, soit du dehors, soit même de l'étranger. Ce 
second mode de vente n'est permis qu'aux établissements d'un certain 
ordre; le premier mode est obligatoire pour les maisons qui se livrent 
a la vente de l'alcool. 

Les restaurants de la région du monopole autorisés à vendre l'eau- 
de-vie au verre ne sauraient, sauf exception, présenter de grands 
dangers, économiques ou autres pour les classes laborieuses, le prix 
auquel ils vendent les plats étant relativement élevé. Cette idée ne 
pourra venir aux privilégiés de vendre l'alcool sophistiqué. Grâce a ce 
système, le nombre des débitants qui pourront trouver un avantage 
direct et certain à exploiter l'ivrognerie, se trouve étroitement limité. 
Rentrent seuls dans cette catégorie : 1) les restaurants et buffets en 
possession du droit de vendre des spiritueux au verre ou, en général, 
dans des récipients autres que ceux de la régie ; 2) les débits de spi- 
ritueux à emporter, en récipients bouchés, qui ne sont pas tenus par 
des salariés du fisc, mais par des commerçants. Comme les bureaux, 
les magasins de ce type vendent des eaux-de-vie communes et autres 
produits pour le compte du monopole, dans la zone même. L'eau- 
de-vie n'est d'ailleurs pour eux qu'un accessoire ; ils s'adressent de 
préférence ii la clientèle relativement riche ou aisée, h laquelle ils 
vendent des liqueurs, de l'arack, du rhum, du cognac, dont l'authen- 
ticité peut être sujette h caution, mais qui présentent l'incontestable 
avantage de coûter beaucoup plus cher que le trois-six du gouverne- 
ment. Il convient d'ajouter que les établissements des types ci-dessus, 
qui ne sont guère dangereux pour les petites bourses, c est-à-dire pour 
les dix-neuf vingtièmes au moins de la population, et qui sont les 
seuls auxquels puisse venir la tentation d'encourager l'ivrognerie — \ 
auraient tort, dans leur propre intérêt, de vendre à crédit, daccepter 
des nantissements, de livrer des alcools contre des produits agricoles, 
etc. L'administration est armée contre eux de pouvoirs discrétion- 
naires : à la première infraction, elle les ferme purement et simple- 
ment, sans préjudice des poursuites judiciaires a exercer contre les 
délinquants. 



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CONTRE L ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



425 



Ayant en vue l'importance grave que présente la lutte contre ce 
fléau affreux — l'ivrognerie, — qui exige non seulement qu'on 
effectue les modifications correspondantes dans les conditions du 
débit des boissons fortes, mais aussi que la population elle-même 
reconnaisse tout le mal provenant de Y usage immodéré des boissons 
spiritucuses, et qu'elle comprenne bien l'utilité et le sens vrai de la 
nouvelle réforme, le gouvernement a fondé dans les provinces, où le 
monopole est déjà mis en vigueur, des comités (curatelles) de tempé- 
rance, qui concourent énormément à la réalisation du but principal 
de la réforme en s'assurant que toutes les conditions prescrites par la 
loi sont remplies, en propageant parmi les masses l'idée de l'utilité 
de la sobriété pour la santé en général, et celle du mal produit par 
l'usage immodéré des spiritueux, prenant soi\i du traitement des 
alcooliques et enfin, en organisant des lectures populaires, en impri- 
mant des brochures correspondantes au but posé, en fondant des 
bibliothèques, des salles de lectures, des bouillons et des maisons 
pour la consommation du thé et du café, et autres établissements de 
ce genre, où la population puiss.e se distraire dans les moments libres 
ou se reposer. 

En un mot, tendant à faire cesser Y usage immodéré des spiritueux, 
le monopole cherche h fournir aux ouvriers des villes et aux paysans, 
des lieux de réunion, des distractions, etc., qui remplacent le cabaret. 

Ainsi, une des taches principales de 1 administration financière 
consiste actuellement à réorganiser le régime des spiritueux en subs- 
tituant peu à peu, dans les diverses parties de l'Empire, la vente di- 
recte pour le compte du fisc au système de l'accise. Depuis le i or jan- 
vier 1805, le monopole de la vente des liqueurs fortes a été mis en 
vigueur, d'abord — à titre d'essai — dans 4 provinces situées à l'est 
du Volga, puis, à partir du second semectre de 1896, dans 9 provin- 
ces du Sud ou du Sud-Ouest. En 1897, le régime nouveau est devenu 
la loi commune de l'Empire et, seule, la considération du temps né- 
cessaire pour mener a bien les travaux préparatoires d'organisation a 
fait adopter une certaine gradation dans son application à toute la 
Russie d'Europe. Outre les régions susmentionnées, le monopole 
fonctionne dans le Nord-Ouest, dans le Nord et dans tout le royaume 
de Pologne. Le temps n'est pas éloigné où il fonctionnera également 
dans les parties de ta Sibérie les plus voisines de l'Oural. 

La réforme des boissons constitue pour l'Etat une œuvre capitale. Il 
convient de ne juger de ses résultats que sur des données vérifiées par 
une pratique de plusieurs années. De même, pour en apprécier les 
conséquences financières, il faut se baser sur une expérience de quel- 
que durée. 

Le résultat le plus immédiat de l'application du monopole des spi- 
ritueux est ordinairement de déterminer des moins-values fiscales, 
étant donné que, tout d'abord, la consommation de l'alcool diminue. 

Puis, au fur et à mesure que la population s'habitue au nouveau ré- 






426 vu* coxr.nks inteiinational 



r, 



imc et si l'usage plus régulier, qu'il amène, des boissons spiritucuses, 
a consommation tend à revenir aux chiffres d'autrefois et le produit 
des boissons reprend son essor. Maintenant qu'il s'est écoulé quatre 
années depuis la mise en vigueur du monopole dans les provinces de 
l'Est et deux années et demie depuis qu'il fonctionne dans la vaste 
région du Sud et du Sud-Ouest, il est permis d'exprimer un jugement 
sur ses effets nouveaux et économiques et de présenter des éléments 
d'appréciation sur ses résultats financiers. 

Au premier temps de la substitution du monopole au régime de 
l'accise, les habitués des cabarets qui y passaient presque tous leurs 
moments libres, trouvèrent bien difficile et pénible d'accepter cet état 
nouveau des choses qui n'admet point que les acheteurs de spiritueux 
restent dans les bureaux de vente pour y boire et causer avec le per- 
sonnel de ces bureaux. Par conséquence, il en surgit un nouveau 
phénomène — c'est la consommation des spiritueux dans les rues, 
ainsi que M. Borodinc le constate dans son rapport. 

Il n y a rien à dire, cet état de choses est très regrettable, mais 
on peut le considérer comme un phénomène purement temporaire et 
qui ne durera que jusqu'à ce que la population s'habitue au nouveau 
régime et commence à consommer les boissons chez soi au sein de ses 

riropres familles; certes, une consommation de cette manière sera 
imitée et n'atteindra jamais les dimensions de celle des cabarets, car 
on peut présumer que la famille exercera une influence favorable 
salutaire et antialcoolique. Or, au foyer domestique on ne pourra pas 
se griser au même point qu'au cabaret : parfois il peut arriver qu'il 
n'y ait plus de spiritueux a la maison, qu'il faille aller ou envoyer 
chercher l'eau-de-vic trop loin, à la campagne, que le bureau de vente 
soit déjà fermé, etc. 

Sans doute, dans les grands centres comme Saint-Pétersbourg, Var- 
sovie, Odessa, KiefT. également dans les villes industrielles la con- 
sommation des spiritueux dans les rues saute aux yeux d'une manière 
encore plus évidente. 

Quant à l'ivrognerie proprement dite, elle s'est amoindrie certai- 
nement, à ce qu'on peut juger d'après le nombre des individus relevés 
dans les rues en état d'ivresse, lequel est devenu considérablement 
moindre du moment de la mise en vigueur du monopole. — Les ren- 
seignements communiqués au ministère des finances par les plus hau- 
tes autorités ecclésiastiques, par les Zentsvos et par les municipalités 
sont presque unanimes à constater que les ribotes en masse des pay- 
sans après la terminaison des travaux de champ, comme c'était la 
coutume auparavant, n'ont plus lieu; également, on remarque un 
nombre considérablement moindre d'individus ivres pendant les fêtes 
villageoises, aux foires, à l'occasion des noces, des baptêmes et d'au- 
tres jours de fête. Les jours de chômage, qui suivent ordinairement 
les jours de fête, sont devenus moins fréquents. Les paysans arrivés 
aux marchés avec les produits agricoles reviennent à présent à la 



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CONTIIE l'àBUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 427 



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maison h l'état sobre apportant toute leur recette, tandis qu'aupara- § 

vant ils la dépensaient dans les cabarets jusqu'au dernier sou et «4 

encore les cabaretiers tâchaient de voler tout ce que les ivrognes ^ 

avaient sur eux. 

Le nombre des locaux autorisés a débiter des spiritueux dans les 
provinces soumises au monopole est réduit h 48,4 °/ du nombre total 
des débits qui existaient avant la réforme en dehors des villes, n'étant J 

exclusivement que des débits des spiritueux à emporter et dans les ^ 

cas rares, où la consommation sur place soit admise, — le débit y est 
effectué seulement en récipients clos et cachetés. La vente des liqueurs 
fortes à commission par les épiciers et les marchands des boutiques 
de détail et des fruiteries, dont parle M. Borodinc dans son rapport, 
n'est admise qu'en proportions fort restreintes dans une seule des 
provinces du Sud, h la population israêliste en vertu de nécessité et 
dans le but d'éviter le développement de la fraude. Tandis que le 
nombre de débits des boissons de toutes espèces est réduit de 45.373 
h 23.230, soit dans les 20 provinces de 22.143, le nombre des débits 
h emporter a augmenté de 10.684 à 18.139 (y compris les bureaux de 
vente de la régie); mais, par contre, le nombre des débits où on con- 
somme les liqueurs sur place, qui atteignait auparavant 34.689 — 
atteint maintenant 5.081, ce qui fait une diminution de 29.598 éta- 
blissements ou 85 %• 

En outre, les communes ont le droit de solliciter que le débit des 
spiritueux ne soit pas effectué sur leur territoire. 

Par conséquent, d'après les données obtenues, si les autorités locales 
comprennent que les sollicitations des communes demandant qu'on 
ne débite pas des spiritueux sur leur territoire, démontrent d'une 
manière claire et précise une tendance à lutter contre le développe- 
ment de l'ivrognerie, ils tiendront compte de ces sollicitations. \ 

Le bureau de vente de la régie apparaît actuellement le type prédo- 
minant des locaux de débit des alcools à emporter et le nombre des 
débits de liqueurs qui jouissent de l'autorisation de vendre à commis- 
sion des spiritueux de la régie atteint à peine 7 °/ du nombre global 
des débits des boissons fortes à emporter. D'autre part, si nous nous 
adressons aux débits des boissons à consommation sur place, c'est- 
à-dire aux restaurants ou traktirs, nous verrons qu'auparavant ces 
établissements débitaient des spiritueux au verre et h un prix libre ; 
maintenant, non seulement le nombre de ces établissements a diminué 
de 74 °/ , mais en outre, 82 °L de ces établissements débitent exclusi- 
vement des spiritueux en fioles cachetées et au prix indique. En ce 
qui concerne les débits de bière à consommation sur place, leur 
nombre est considérablement réduit. 

Ceux qui désirent obtenir des renseignements plus détaillés relati- 
vement à la réduction des débits des spiritueux n ont qu'à s'adresser 
au rapport de M. Schoumacher, qui figure au livre vert qui a été 
distribué aux congressistes. 



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428 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

Les municipalités ainsi que les zemstwos ne souffrent nullement de 
l'introduction du monopole, comme le dit M. Borodine. 

Sous le régime de l'accise, les municipalités et les zemstwos (pro- 
vinces) percevaient sur les débits de spiritueux des droits de licence, 
dont les a privés l'institution du monopole. Provisoirement, jusqu'à ce 
qu'on ait trouve une nouvelle matière imposable fournissant aux villes 
et aux provinces l'équivalent des revenus qu'elles ont ainsi perdus, le 
Trésor leur sert une annuité égale à la moyenne de leurs perceptions 
pendant la dernière période quinquennale. 

Le Ministre des finances, dans son dernier rapport à Sa Majesté 
l'Empereur sur le budget de l'Empire pour l'exercice 1899, dit que les 
rapports adressés à Sa Majesté par les gouverneurs des provinces où 
fonctionne le nouveau système et les renseignements communiqués au 
ministère des finances par les plus hautes autorités ecclésiastiques, 
par les maréchaux de la noblesse, par les zemstwos (conseils géné- 
raux et conseils de district) et par les municipalités, sont presque 
unanimes, à constater les salutaires effets de la réforme. La meilleure 
qualité de l'eau-dc-vie, la réduction considérable du nombre des débits, 
1 établissement des prix uniformes, strictement proportionnels aux 
quantités vendues, l'impossibilité de se procurer des boissons alcoo- 
liques autrement que contre argent comptant, tous ces avantages et 
d'autres encore que présentent la rectification et le débit des spiri- 
tueux par les soins de l'Etat, ont déjà montré dans la pratique leur 
heureuse influence. L'ivrognerie a sensiblement diminué ; les débau- 
ches avec leurs inévitables suites ont fait place à un usage plus réglé 
de l'alcool ; les délits et les crimes provoqués par 1 ivresse sont 
devenus plus rares. Mais l'utilité de la réforme ne se borne pas à 
préserver la santé et les bonnes mœurs : elle exerce un effet salutaire 
sur les ressources matérielles du peupl^, Ce progrès économique est 
confirmé par l'accroissement des recettes du fisc et par l'afflux des 
dépôts aux caisses d'épargne, double phénomène qui s'observe dans 
les 4 provinces de l'Est (rerm, Oufa, Samara et Orembourg) depuis 
que la régie des spiritueux y fonctionne. 

Pendant cette période de 3 années, du i" janvier 1895 à la fin de 
1897, aucune impulsion spéciale, accidentelle, ne s'est fait sentir dans 
la vie des provinces de l'Est ; les récoltes de céréales et de fourrages 
n'ont presque pas excédé en quantité, surtout sur les terres des pay- 
sans, celles de la période triennale 1892-1894. Cependant, le rendement 
moyen de l'ensemble des revenus de l'Etat, qui, pour les années 1892- 
1894, n'avait été dans ces quatre provinces que de 45,7 millions 
roubfos, a atteint 61 millions roubles pour 1895*1897, soit un excé- 
dent de 56, 4 °/ , tandis que, dans l'Empire tout entier, la différence 
en plus n'était que de 28, 3 %. Défalcation du total des recouvre- 
ments le revenu nouveau du monopole de vente des spiritueux et celui 
du réseau de l'Etat, et dont l'augmentation est due en majeure partie 
à des rachats de lignes concédées — les recettes effectuées dans les 



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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



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3 uatre provinces de l'Est en 1895-1897 excéderaient de 13,5% celles 
e la période 1894-1895, alors que pour l'Empire considéré dans son 
ensemble, la plus-value est de 10,7 °/ seulement. Particularité qui 
n'est pas sans importance, la mise en vigueur du monopole a été suivie 
d'une meilleure rentrée des annuités de rachat, redevances exclusive- 
ment à la charge des paysans, et même du règlement d'arriérés dûs 
sur ces mêmes annuités. 

Depuis une dizaine d'années, le mouvement ascendant des dépôts 
aux caisses d'épargne fait dans tout le pays des progrès très marqués. 
Ce phénomène peut en partie s'expliquer par l'ouverture de nombreu- 
ses caisses d'épargne postales et le versement a ces guichets nou- 
veaux d'épargnes anciennes. Toutefois, cette progression des dépôts 
se produit également dans les quatre provinces de l'Est, où le nom- 
bre des caisses a peu augmenté et où, par suite, il n'est versé que des 
épargnes de formation récente. Un fait bien significatif, c'est que, 
dans la région de l'Est, le nombre des déposants s'est accru plus rapi- 
dement après la mise en vigueur de la régie des spiritueux que pen- 
dant la période antérieure et qu'il s'agit ici, en règle générale, de pe- 
tits déposants. 

Les données ci-dessus témoignent d'un certain accroissement de 
bien-être constaté dans l'Est depuis qu'y fonctionne la régie des spi- 
ritueux. Sans doute, il ne faut pas perdre de vue que les phénomènes 
de la vie économique sont très complexes et que, sous l'influence de 
certaines causes, permanentes ou temporaires, (comme par exemple, 
la mauvaise récolte de céréales dont ont souffert cette année plusieurs 
parties de ces quatre mêmes provinces), les effets salutaires de la ré- 
forme des boissons peuvent être enrayés ou ralentis. Quoi qu'il en 
soit, si l'on envisage a la fois la marche des rentrées fiscales et des 
épargnes et les avis reçus des autorités locales, on est fondé a con- 
clure que le monopole de vente des spiritueux exerce une action 
bienfaisante sur les ressources matérielles des populations. 

Les personnes qui désirent connaître en détail et a fond l'influence 
exercée par la réforme du monopole des boissons sur l'état économi- 
que peuvent les trouver dans le rapport de M. Ossipoff, dans le même 
livre vert. 

Ainsi, de tout ce qui précède il résulte que l'essai qui vient d'être 
fait, si courte encore qu'ait été sa durée, a prouvé que le régime du 
monopole atteint son but. Ce système de la vente directe, tant en 
gros qu'en détail, des boissons alcooliques donnera au gouvernement 
des armes réelles pour lutter contre les abus, sauvegarder les bonnes 
mœurs, empêcher la ruine des populations et protéger la santé publi- 
que. On ne saurait toutefois se dissimuler les immenses difficultés 
pratiques qu'il faudra vaincre pour créer de toutes pièces la nouvelle 
organisation. 

En attestant les excellents effets de la réforme sur l'état matériel et 
moral des populations, le ministère des finances est loin de prétendre 



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430 VII e CONGRÈS INTERNATIONAL 

affirmer que l'organisation nouvelle, là où elle est mise en œuvre, soit 
parvenue à toute la perfection dont elle est susceptible. Sans aucun 
doute, il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine a l'adminis- 
tration des finances. Certains détails de la réforme ne sont encore 
qu'indiqués ; d'autres ont besoin d'être remaniés ou complétés. Néan- 
moins cette vaste entreprise repose dès maintenant sur une base ra- 
tionnelle. Je suis profondément convaincu que la réforme des spiri- 
tueux en Russie ne tardera pas a exercer une action bienfaisante sur 
tous les points de l'Empire. 

M. le Président. — La parole est à M. Borodine, sur le Monopole 
russe. 

M. Borodine. — Vous savez, Messieurs, que. Ton est en train de 
mettre en œuvre chez nous, en Russie, le monopole des spiritueux. 

J'ai présenté à la commission spéciale, instituée près la Société russe 
d'hygiène publique pour l'étude la question de l'alcoolisme, un rapport 
sur l'importance économique et morale de cette réforme. 

J'ai l'honneur de soumettre ce rapport à la bienveillante appréciation 
du présent Congrès. 

Mon rapport est basé sur des observations personnelles faites par moi 
dans les provinces où le monopole des spiritueux est déjà en vigueur, 
ainsi que sur des données officielles et sur des correspondances qui m'ont 
été adressées, en ma qualité de rédacteur en chef de la Revue de la Tem- 
pérance publique et de président de la commission scientifique de « l'As- 
sociation des économistes », par divers fonctionnaires et par des repré- 
sentants d'associations civiles qui poursuivent le but sympathique de 
propager la tempérance parmi le peuple russe. 

Résumé du rapport de M. Borodine sur la question 
du monopole de l'alcool en Russie. 

La réforme envisagée au point de vue économique et moral. — 
Le monopole récemment établi s'est fait sentir tout d'abord d'une 
manière désavantageuse dans le mode de consommation. Nous voyons 
des résultats, fâcheux pour la morale publique, qui ne peuvent nul- 
lement parler en faveur du nouveau système. Tous les actes de débau- 
che et d'ivrognerie transplantés du cabaret dans la rue exercent une 
mauvaise influence sur la génération nouvelle. Or, quand il y a deux 
malheurs en vue, il faut choisir celui qui présente le moins de conces- 
sions funestes. C'est dans ce but qu'il faudrait retourner a l'ancien type 
de cabaret. Pour le relèvement moral on pourrait y admettre l'usage 
des boissons qui seraient consommées avec les aliments chauds et re- 
connaître par un acte législatif ce qui n'existe maintenant que d'une 
manière clandestine. 

Le monopole n'a pas amélioré la position financière du peuple. Il a 
produit une lacune dans les revenus qui étaient destinés a payer 



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CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 431 

les frais de l'instruction populaire. Donc la réforme a contribue a 
rabaissement de l'enseignement. Au lieu de sommes qui mon- 
taient quelquefois ii un cnifTrc considérable, le monopole a assigné 
1.290,800 roubles dans 25 gouvernements, confiant la tache de l'ins- 
truction populaire à des institutions qui ne répondent pas toujours h 
leur but. L instruction populaire, pour être rehaussée et améliorée, 
exige aussi un certain relèvement moral de même que beaucoup de 
dépenses. 

Quant a la réforme, elle n'a rien fait pour élargir la source 
des bénéfices. Elle l'a même limitée d'une manière évidente en suppri- 
mant les modestes revenus qui étaient destinés autrefois à l'éducation 
populaire. 11 est juste qu'on les restitue pour fonder un terrain pro- 
pice a l'instruction. C'est ainsi qu'on pourrait contribuer a la tempé- 
rance et au relèvement moral. 

Quel est le principe fondamental du monopole ? C'est d'éloigner 
tout intérêt personnel dans la vente de l'alcool. Eh bien, ce principe 
n'cst-il pas violé quand on admet la vente de commission et cette in- 
fraction n'est-elle pas une preuve évidente du véritable but poursuivi 
ar la réforme ? Il fallait tout simplement contribuer aux intérêts de 
'administration, agrandir les revenus de la trésorerie et non pas se 
donner les apparences de travailler aux grandes questions sociales et 
administratives. 

Il n'y a point de données statistiques pour fixer d'une manière pré- 
cise le total de l'alcool consommé. Si l'on se rapporte aux témoigna- 
ges des personnes dignes de foi, aux données de la presse et à quel- 
ques documents officiels on pourrait constater que la réforme n'41 
pas restreint l'absorption de l'alcool, si toutefois elle ne l'a pas 
agrandie encore. On ne saurait vraiment anéantir d'un situl trait les 
conséquences fâcheuses des habitudes longtemps contractées. Il y faut 
bien au temps et un certain relèvement de la culture dans telle ou 
telle contrée. Et qu'a fait après tout le monopole pour limiter les abus 
alcooliques? Il n'a pas soutenu le peuple la où il s'efforçait de lutter 
contre l'intempérance. Il lui a ôté tout moyen de protéger sa santé, 
sou bien-être moral, car il ne lui est plus permis de fermer à son gré 
les cabarets. Il est juste de restituer ce droit. Et quelles sont les ob- 
jections qu'on s'efforce de fournir pour expliquer cette prohibition? 
On dit que le droit de fermer les cabarets augmenterait la vente frau- 
duleuse. Mais cet argument n'est pas sérieux dès lors que la popula- 
tion esi intéressée elle-même au commerce du vin, car une partie des 
revenus devra lui être assignée. Donc elle fera de son mieux pour 
abolir la vente clandestine pour ne pas perdre les intérêts personnels. 

Nous voyons que le monopole a encouragé la dépravation des mœurs 
en soutenant le commerce frauduleux. Aucune mesure sérieuse n'a 
été prise par l'administration financière pour anéantir la vente en 
fraude. La réforme a éloigné tout intérêt personnel dans le commerce 
du vin, mais l'Etat ne saurait remplir les fonctions qui étaient autre- 



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432 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

fois administrées par les cabaretiers. Ces derniers poursuivaient eux- 
mêmes la vente clandestine. En jouissant des bénéfices, il fallait aussi 
se charger maintenant de ces fonctions et abolir méthodiquement tous 
les débits en fraude. Au xvi e et au xvn* siècles, quand il y avait le mo- 
nopole connu sous le nom du « cabaret royal » il existait toute une hié- 
rarchie de délégués tels que le maire cabaretier (kabatsky golowa) avec 
ses aides ou débitants jurés de l'eau-de-vie (tselowalnik) et tout le 
personnel desecrétaires etde sous-secrétaires (diak, poddiatschy).Tous 
ces délégués travaillaient sous la surveillance du bailli criminel (goubnoï 
staxosta) et devaient rendre compte au chef général (vœwoda) ou bien 
au bureau central de l'administration qui était à Moscou. L'inaction 
du gouvernement de nos jours, fait naître dans le peuple une opinion 
fâcheuse : on dit que l'administration a sans doute un certain intérêt 
en tolérant la vente en fraude, car plus on boit, plus grande est la 
somme payée pour l'octroi. 

Les débits ont augmenté à vue d'œil si l'on compte tous les endroits 
de vente en commission, tous les dépôts de bière, les caves à vin, etc. 
Ce surcroit ne correspond nullement a un besoin réel. Il faitpreuve seu- 
lement du but principal poursuivi par la réforme, car en augmentant 
les endroits pour le commerce des vins, on éveille la tentation et plus 
on consomme de boissons, plus on paye l'accise. 

On parle beaucoup de la pureté du vin monopolisé; mais cette ques- 
tion ne saurait avoir toutes les conséquences qu'on est tenté de lui 
attribuer. L'eau-de-vie de 40 degrés proposée a ta venté n'est pas une 
boisson hygiénique. Elle ne répond pas aux exigences sanitaires pré- 
sentant bien souvent un produit de pommes de terre avec certains 
apéritifs qui n'ont rien de commun avec les buts de l'hygiène. 

Donc, une pareille supposition n'est que le résultat d'un simple 
malentendu. 

Le patronage des sociétés de tempérance fait preuve d'incapacité 
sous plusieurs points de vue. Leurs institutions portent tous les ger- 
mes d'une mort prochaine. Elles devront sous peu terminer leur 
existence à moins qu'elles ne changent leurs statuts d'une manière 
fondamentale. 

Les défenseurs du monopole nous disent: Eh bien, si la réforme a 
augmenté la consommation ae l'alcool, elle a contribué à l'élargissement 
du commerce. L'industrie prendra donc une voie nouvelle, plus large, 
plus marquée. Il faudrait donc encourager la production rurale du 
vin! Et alors si l'on suivait ce raisonnement jusqu'au bout, on pour- 
rait venir a une conclusion brillante: vendre a un prix élevé toute la 
récolte du blé dans les cabarets pour les transmettre aux fabricants 
de vin ! Contribuer à une consommation renforcée et générale de tout 
le pain sous la forme des boissons ! Ce serait en tout cas un moyen ex- 
ceptionnel de contribuer au bien-être du ménage rural, un stimulant 
extraordinaire dans l'économie villageoise ! Il faudrait inonder toute 
la Russie avec l'eau-de-vie préparée dans les fabriques à une distance 



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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 4M / ^ 



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aussi rapprochée crue les poteaux du télégraphe. Dans ce cas, tout le 
pain qui ne pourrait être « mangé » serait incontestablement « bu » 
sans la moindre interruption. Ce n'est pas le paysan qui fera le diffi- 
cile. Il ôtera lui-même la croix de son cou, le bonnet de sa tète, la 
chemise de son corps, la chaussure de ses pieds ! Et quelle perspec- 
tive l'attend alors? Notre patrie est vaste et fertile ; donc un « isprawnik » 
(c'est ainsi qu'on nomme un commissaire de police) trouvera toujours 
guelque moyen pour faire payer les impôts. C'est h ce prix que la .^ 

fabrication de l'eau-de-vie aura sa part éminente dans l'économie % : ? 

rurale!... 

Eh bien, en peu de mots, quel est le résultat définitif du monopole? 

Ce résultat n est pas du tout compliqué : nos pères et nos aïeux 
buvaient le vin des cabarets du tzar (tzarsky Kabak), ou bien l'eau-dc-vic 
de l'octroi. Quant à nous, nous consommons l'alcool du' monopole. 
Voila toute la différence. Mais les revenus levés sur le commerce du 
vin? C'est une question à part. La tempérance populaio, son 
bien-être moral, sa position financière ? Toutes ces questions-là n'ont 
aucun point de corrélation avec le monopole. 

Donc, toutes les belles déclarations énoncées par l'administration 
de finance qui voulaient avoir en vue le progrès rural, le relèvement 
social, l'hygiène du peuple, — ne peuvent être envisagées que comme 
des souhaits inaccomplis. 

Il y a de cela quatre ans, nous avons constaté dans la presse et dans 
un rapport particulier que les intentions de notre administration de 
finance méritent les sympathies les plus dévouées; elles étaient 
portées, à en juger par leurs paroles, a rendre le commerce de vin 
plus honnête, plus réglé, — tout en pourvoyant aux frais de l'éduca- 
tion populaire. Eh ! quel individu dévoué au salut de sa patrie, au 
progrès de son peuple, n'y aurait applaudi ! Si l'on pouvait seulement 
résoudre ce grand problème, la voie serait à jamais tracée pour les 
réformes futures. Elles auraient bien mérité la reconnaissance des 
générations h venir ! Hélas, osons le+dirc, chaque année signale un 
nouvel éloignement de ce but. 

L'administration financière a prouvé d'une manière incontestable, 
qu'elle ne pouvait avoir d'autre but que l'agrandissement des finances. 

Le monopole n'a point résolu le grand dilemme historique, car il 
n'a pu concilier deux questions : les revenus du commerce de vin et 
la tempérance du peuple. L'administration ne saurait renoncer aux 
bénéfices levés sur le commerce du vin. La lutte antialcoolique exige 
la suppression de tous les événements qui amènent l'intempérance. 
Elle demande que la fabrication de l'eau-de-vie soit limitée. Elle 
cherche h restreindre peu a peu la vente des boissons alcooliques qui 
doivent être bannies du nombre des objets consommés par le peuple. 
Or, il est évident que notre réforme n'a rien de commun avec les 
problèmes poursuivis par la lutte antialcoolique. 

On ne saurait mettre en corrélation la question d'un impôt avec les 






434 VII e CONGBBS INTERNATIONAL 

exigences de la morale. L'administration financière ne peut pas s'oc- 
cuper de la moralisation. Elle peut hausser ou rabattre la somme des 
revenus, et les employés oui y sont appelés peuvent remplir leurs 
fonctions d'une manière plus ou moins consciencieuse, mais jamais 
receveur de contributions ne doit figurer dans le rôle d'un apôtre des 
bonnes mœurs. Voilà pourquoi il serait désirable d'ignorer complète- 
ment toutes les questions éthiques quand on a à discuter des différents 
systèmes de contributions. L'alcoolisme n'a rien de commun avec les 
détails de ce genre. On a beau rehausser la somme des impôts ou bien 
introduire un nouveau système de paiement, ce n'est pas avec ces 
mesures-lù qu'on pourrait vaincre les abus de l'intempérance. L'usage 
des boissons est également répandu là où le vin est cher, là où il se 
vend à bon marché, où le monopole existe ou bien encore le commerce 
libre. Il est évident que les causes de l'ivrognerie doivent être cher- 
chées ailleurs, puisque ce n'est ni le prix, ni le système des impôts 
qui régularisent l'emploi du vin. L'alcoolisme provient de la misère 
générale, des privations de tout genre, de l'absence absolue de 
quelque agrément salutaire. Il ne reste rien en dehors de l*eau-de-vic 
pour oublier les malheurs de cette existence et c'est ainsi qu'on prend 
peu à peu l'habitude de l'intempérance. 

Il est donc clair que pour lutter contre l'alcoolisme il ne faut avoir 
recours ni au rehaussement des impôts, ni à l'octroi, ni au monopole. 
La réforme a été introduite non pas pour abolir les inconvénients de 
l'accise, mais puisqu'on ne pouvait avoir plus de bénéfices de l'octroi, 
ce système a été poussé. au plus haut degré et il ne pouvait donner 
un revenu plus grand. Il fallait rehausser la somme de la contribution 
sans agrandir les frais des dépenses occasionnées par un changement 
pareil ! L'accise montée à 9 copecks, prouva qu il était tout à fait 
impossible d'aller plus loin, car une grande partie des revenus était 
consommée par les dépenses de la contribution. La vente clandestine 
du vin sans octroi ( « perekour » J, formait un abus invincible dans 
les districts avec le régime d'accise. La réforme devait l'abolir. 

Le monopole, disaient les défenseurs du système nouveau, devait 
garantir une vente plus régulière de l'alcool. Mais cette opinion 
manque de fondements. Quand on introduisait « l'accise », on s'at- 
tendait également à un résultat pareil et pourtant la vente de l'cau- 
de-vie n'a pas atteint ce but. Qu'arrivera-t-il à la longue ? L'adminis- 
tration poussée à recevoir plus de bénéfices, a rehaussé de plus en 
plus le prix de l'octroi. En abolissant un certain impôt qui était autre- 
fois payé par chaque individu — et qu'on nommait « podouschnœ », — 
il fallait suppléer à cette lacune par un autre revenu. C'est dans ce 
but qu'on a ajoutç le neuvième copeck à l'octroi, mais la somme 
finale ne s'augmenta pas. Le même sort attend le système monopole. 
Sous ce point de vue, nous ne saurions profiter de l'expérience des 
pays étrangers. 

En récapitulant toutes les données recueillies ainsi, j'ai été amené 






CONTRB l'aBUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 435 

a formuler, au sujet du monopole russe des spiritueux, les conclusions 
ci-après, savoir : 

1° Le système actuel de la vente de l'eau-de-vie a modifié le mode 
de sa consommation et a provoqué des phénomènes regrettables d'un 
caractère public (consommation dans la rue); 

2° Depuis la mise en vigueur du monopole des spiritueux, l'ivro- 
gnerie à domicile a augmenté, car on s'est mis ù boire de l'cau-de- 
vic non seulement au restaurant, mais aussi chez soi, à la maison; 
autrement dit, l'ivrognerie a passé du cabaret dans la famille; 

3° La consommation actuelle de l'alcool au sein des familles a déjà 
causé et causera encore beaucoup de mal à la jeune génération, qui 
s'habitue ainsi à ne voir dans l'ivrognerie rien d'anormal et qui sou- 
vent y prend même part; 

4° La réforme du régime des boissons,. ayant privé les communes 
rurales du revenu qu'elles tiraient des licences sur les débits de spiri- 
tueux, a augmenté par là les charges fiscales de la population et a 
abaissé le niveau de l'instruction primaire; 

5° Le principe fondamental de la réforme du régime des boissons, 
tendant à écarter l'intérêt individuel du commerce des spiritueux, a 
été violé par l'admission de la vente de l'eau-de-vie de la régie en 
commission; 

6° Depuis la mise en vigueur du monopole, le nombre des débits de 
spiritueux a indubitablement augmenté. Il est vrai que le compte- 
rendu de l'administration générale des contributions indirectes et du 
monopole des spiritueux pour 1896 constate une certaine diminution 
des débits d'eau-de-vie, ce dont on ne saurait que se réjouir, mais 
cette diminution est largement contrebalancée par le surcroit du nom- 
bre des débits de bière, où l'on boit également de l'eau-de-vie, et des 
débits de vins qui, à dire vrai, ne sont guère un produit du raisin. 
Encore est-il certain que le nombre des débits clandestins a augmenté; 

7° La consommation de l'eau-de-vie n'a nullement diminué; 

8° La consommation de la bière et des vins russes a augmenté. Le 
contingent des débitants de bière ne diffère en rien des anciens caba- 
retiers-vampires ; 

9° Le régime actuel n'empêche pas les particuliers d'enivrer le 
peuple par l'eau-de-vie de la régie et d'en tirer profit; 

10° La vente des spiritueux par l'Etat a amené la monopolisation 
de l'industrie de restaurateur. Le restaurant (tvaktir) monopolisé a 
gardé toutes les traditions de l'ancien cabaret; 

11° Le monopole des spiritueux a fourni à la population un nouvel 
élément démoralisateur en rendant on ne peut plus attrayants le métier 
de débitant clandestin et l'importation frauduleuse de l'eau-de-vie des 



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436 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

provinces non soumises au régime du monopole, ce qui doit, à son 
tour, exposer souvent a des persécutions imméritées des personnes 
étrangères h la fraude; 

12° Le monopole des spiritueux n'a point écarté le danger qu'il y 
a, pour les classes les moins aisées de la population, d'être amenées a 
une ruine immédiate et rapide par l'eau-de-vie ; 

13° Le but du gouvernement d'atteindre une consommation modé- 
rée de l'alcool est irréalisable, attendu qu'il n'y a et qu'il ne saurait y 
avoir de modération dans ce genre de consommation. La modération 
est seulement possible tant que l'homme n'a pas éprouvé l'effet 4e 
l'alcool, affaiblissant ses facultés mentales et l'empochant de juger 
objectivement les choses en général et la modération en particulier; 

14° Contrairement a ce qu'on prétend, la question de la rectification 
de l'eau-de-vic ne résoud pas la question de l'alcoolisme. La vente 
d'eau-de-vie rectifiée n'affranchit les consommateurs d'aucune des 
conséquences nuisibles qu'entraîne la consommation de l'alcool. L'al- 
cool éthylique pur, étendu à une densité de 40°, n'est pas une essence 
anodine et ne saurait être considéré comme une boisson hygiénique; 

15° Qu'il soit vendu par la régie ou par des particuliers, l'alcool 
gardera toujours ses propriétés naturelles, et les personnes portées à 
s'empoisonner de ce liquide, seront toujours d'une même nature ; c'est 
justement pour cela que le monopole des spiritueux n'a point écarté 
les inconvénients de l'ancien régime qui ont induit l'Etat a prendre 
dans ses mains le commerce des spiritueux ; 

16° L'affirmation du ministère des finances qu'en recourant au 
monopole il ne viserait pas une augmentation de recettes publiques, 
son désir principal étant de réprimer l'ivrognerie, est en contradic- 
tion avec la réalité et ne forme que des pia desiderata ; 

17° Le monopole des spiritueux tendant à atteindre une consomma- 
tion modérée des spiritueux exclut la possibilité d'une lutte active 
contre l'ivrognerie. Pour pouvoir combattre l'alcoolisme, il est indis- 
pensable de substituer au système de la consommation modérée, la 
stricte application du principe de la limitation de la production de 
l'alcool et de l'interdiction graduelle de la vente des boissons alcooli- 
ques comme objet de consommation des grandes masses; 

18° La supériorité du système de Gottenbourg, par rapport a notre 
régime du monopole, ne saurait, d'aucune façon, être mise en doute. 

Mon rapport n'a soulevé de répliques que de la part de trois fonc- 
tionnaires représentant l'administration générale du monopole des 
spiritueux, MM. Schumacher, Ossipof et Minzloff; j'ai réfuté, a mon 
tour, les répliques de ces messieurs. 

Notre ministère des finances, par l'entremise de l'administration 
du monopole des spiritueux, a fait traduire, en langue française, mon 



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CONTRE L ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



437 



rapport et les répliques respectives de MM. Schumacher, Ossipof et 
MinzIofT; cette traduction a paru sous forme d'une brochure portant 
le titre de : Principaux Rapports sur le Monopole des spiritueux, etc., 
et qui est destinée à être distribuée aux membres du présent Congrès. 
Je dois, naturellement, savoir gré au ministère des finances d'avoir 
pris mon rapport en considération; qu'il me soit toutefois permis de 
faire remarquer que le titre de la brochure en question n'est pas 
exact. C'est que la brochure ne contient qu'un seul rapport, le mien, 
et les répliques qui m'ont été données; par conséquent, il n'y avait 
aucune raison d'employer le titre de « Principaux Rapports ». De 
plus, cette publication a un caractère exclusif, attendu qu'elle com- 
prend seulement mon rapport et les répliques respectives de MM. 
Schumacher, Ossipof et Mmzloflf. Il aurait fallu, par devoir d'équité, 
faire figurer dans cette brochure les arguments que j'ai encore pro- 
duits pour réfuter les répliques de ces messieurs; on aurait élucidé 
ainsi plus régulièrement la question. 

Ainsi, nous arrivons a la conclusion que cette question, selon qu'on 
l'envisage au point de vue moral ou financier, peut présenter les plus 
sérieuses contradictions et que ces contradictions seront plus ou moins 
marquées selon le rôle que le revenu des boissons doit jouer dans le 
budget des recettes publiques. Si ce revenu ne constitue qu'une res- 
source auxiliaire, s'il ne joue qu'un rôle secondaire, comme, par 
exemple, en Suisse, en Suède et en Norvège, c'est au point de vue 
moral qu'on envisage en premier lieu la question des spiritueux en y 
subordonnant les intérêts fiscaux. Dans ce cas, le système du mono- 
pole des spiritueux, considéré comme une mesure de moralité publi- 
que, peut même avoir certains* avantages sur les autres systèmes d'im- 
position de l'alcool. Mais la question du monopole prend un tout 
autre aspect là où, comme, par exemple, chez nous en Russie, on met 
au premier plan le but du gouvernement de tirer des boissons le plus 
grand revenu possible. Plus le budget des recettes publiques s'appuie 
sur le revenu des boissons, plus le gouvernement sera tenté de refou- 
ler le côté moral a l'arrière-plan, en réservant la première place aux 
considérations d'ordre financier. Pour ces raisons, il ne faut en aucun 
cas perdre de vue ces contradictions lorsqu'il s'agit d'apprécier l'effet 
que doit produire le monopole en Russie. 

En terminant notre rapport, nous croyons devoir ajouter que ce qui 
nous manque pour atteindre des progrès économiques sérieux, c'est 
notre propre initiative, notre propre esprit et notre énergie. Le meil- 
leur moyen pour le gouvernement de contribuer à cette cause est de 
favoriser les écoles. Pour le reste, il serait désirable que les mesures 
gouvernementales entravent le moins possible l'énergie et l'initiative 
individuelle, tant que celles-ci ne soiHent pas des limites de la loi. Il 
faut affranchir un peu de la tutelle gouvernementale l'activité privée 
et donner un peu plus de latitude h l'initiative individuelle. 



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438 Vil* CONGRES INTERNATIONAL 

M. A. Raffalovich explique sur quelles inexactitudes et sur quelles 
contradictions sont basées les conclusions de M. Borodine. Elle parait 
surtout étrange à l'orateur qui étudie spécialement les finances russes et 
leur histoire, l'idée de M. Borodine que le gouvernement russe a intro- 
duit le monopole pour augmenter ses revenus. Jamais encore la Russie 
n'avait eu si peu besoin des moyens extraordinaires pour l'équilibre de 
son budget. Au contraire, il y a tout lieu dç croire que la Russie a intro- 
duit cette réforme maintenant et non pas avant, parce que c'est mainte- 
nant qu'elle peut, sans danger aucun, subir les diminutions de revenus 
que pourrait, comme on le croyait, amener le monopole. Le gouverne- 
ment russe ne s'est pas arrêté sur le système de prohibition, parce que 
ce système n'atteint pas le but, non pas seulement qu'il n'extermine pas 
l'ivrognerie ; mais, en développant la vente clandestine et autres fraudes, 
il introduit dans la consommation des produits, dont la population n'a 
aucune idée avant l'application de ce système. On pourrait citer comme 
exemple la consommation de l'éther en Irlande et de « ladovine » ea 
Norvège. 

Puis M. Raflalovich donne lecture de la note suivante où il combat les 
conclusions de M. Borodine. 

Le monopole de la vente des spiritueux est introduit en 1895 dans les 
quatre gouvernements de l'Est. C'est la cinquième année de son fonc- 
tionnement : dans les autres gouvernements, où le nouveau système est 
appliqué, le monopole fonctionne dans les uns, depuis deux années et 
demie, dans les antres, depuis une année et demie, dans les autres enfin, 
depuis une année seulement. Etant donné le court espacede temps pendant 
lequel u fonctionné le monopole, il est fort difficile, même pour le Minis- 
tère des Finances, qui possède une grande quantité de renseignements, 
de se prononcer définitivement sur l'influence du monopole de la vente 
des spiritueux sur divers côtés de la vie russe. Qnant aux jugements 
des particuliers, ou de la presse, sur la même matière, ils sont inévi- 
tablement étroits, incomplets et ne se basent que sur des expériences 
fortuites et peu contrôlées. En outre il ne faut pas oublier que la 
réforme de 1894 s'est créée en lésant de nombreux intérêts privés, 
des ennemis dans la personne des anciens marchands des alcools qui 
font naturellement des efforts, bien qu'attardés, pour discréditer la 
réforme devant l'opinion publique et rencontrent malheureusement un 
appui de la part de personnes qui ne sont pas intéressées matérielle- 
ment dans le commerce de l'alcool, ce qu'on peut expliquer par 
l'habitude, enracinée dans une certaine partie de la société russe, de 
rencontrer avec une méfiance toute réforme accomplie par le gouver- 
nement. 

1. Il est probable que la consommation de l'alcool dans les rues a 
augmenté ; ce fait s'explique par une forte restriction du nombre des 
débits de boissons et surtout un nombre de ceux où on pouvait con- 
sommer l'alcool sur place. Mais il n'y u pas de données pour pouvoir 
affirmer que l'ivrognerie dans les rues a augmenté, c'est-à-dire qu'a 



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COKTRR L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 430 

augmenté le nombre des personnes manifestement ivres, qu'on 
rencontre sur la voie publique. D'autre part, théoriquement, il faut 
admettre que ce nombre a diminué, parce qu'il n'y a plus de lieux, où 
on peut se griser ; autrefois les roturiers restaient longtemps dans les 
cabarets et en sortaient presque toujours en état d'ivresse; au contraire 
maintenant, — à cause d'une diminution sensible des débits où on peut 
consommer l'alcool sur place (les iraktirs seuls , et à cause d'un 
contrôle plus rigoureux de ces derniers — il est beaucoup plus difficile 
de s'enivrer dans les débits de boissons et le nombre des ivrognes 
sur la voie publique a dû par conséquent diminuer. 

2. La consommation immodérée de l'alcool dans les familles a existé 
toujours et dépend des mœurs et des coutumes du peuple russe : les 
noces, les fêtes patronales etc., ont été toujours et le sont probable- 
ment encore) accompagnées d'une consommation excessive de l'alcool. 
Seuls les changements dans les mœurs du peuple peuvent écarter ces 

hénomènes et aucune réforme des boissons, comme telle, ne peut 
es faire disparaître. Quant à la réforme de 18()'t, son but est de 
substituer par une série de mesures, la consommation de l'alcool dans 
la famille à l'ivrognerie dans les cabarets, en tenant compte du fait, 

[trouvé par l'expérience de tous les jours, que la famille — surtout 
es femmes — réagissent toujours contre la consommation immodérée 
de l'alcool. Il n'y a pas encore de données précises qui permettraient 
de juger jusqu'à quel point est atteint ce but de la réiorme, mais il 
n'existe non plus des laits prouvant la recrudescence de l'ivrognerie 
dans les familles. Il faut plutôt conclure à la diminution de la consom- 
mation immodérée de l'alcool dans les familles, autant qu'on peut 
juger d'après les déclarations des curés, qui ont plus que tout le 
monde, l'occasion d'approcher la vie domestique du peuple. 

3. Nous ne possédons pas encore de données pour pouvoir juger 
des influences du monopole sur la génération future. La question de 
savoir si l'ivresse des membres âgés de la famille a des eflet* conta- 
gieux sur la jeune génération, est encore inexplorée par la science et 
plutôt il v a lieu de croire que l'ivresse des personnes mûres produit 
chez les jeunes membres de la famille une répugnance pour la consom- 
mation de l'alcool. D'autre part — quelle que soit cette influence — après 
la réforme de 18i)'ft elle s'est plutôt affaiblie que renforcée : les mœurs 
de l'ancien système du commerce des alcools rendaient l'ivrognerie 
plus facile et les membres âgés de la famille retournaient en état 
d'ivresse dans leurs familles aux yeux des membres jeunes ; main- 
tenant, comme cela a été déjà démontré, on a mis plusieurs obstacles 
à la consommation immodérée de l'alcool et il faut s'attendre par 
conséquent à une diminution du nombre des ivrognes ; l'influence 
de ce phénomène sur la jeune génération doit donc diminuer. Quant à 
l'influence que produit sur les enfants l'opération même de la con- 
sommation, il n'existe pas de faits, ni d'observations à cet égard. 



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440 VII e COXGBÈS IXTBRNATIONAL 

bien qu'il ne faille pas oublier pour la juste appréciation de l'opinion 
émise, que la réiorme est et sera utile a la nouvelle génération par ce 
fait môme qu'il lui a rendu impossible Feutrée — libre naguère — dans 
les débits de boissons. 

4. Les revenus que les communes tiraient en donnant des permis- 
sions d'ouvrir des débits sur leurs territoires, ont été tout à fait 
accidentels et en général insignifiants. De ces recettes on n'employait 
pour les besoins de l'instruction publique qu'une partie minime, le 
reste de par la loi devait être employé pour paiement des arriérés des 
impôts locaux et de l'Etat. En outre, le revenu en question a été 

Purement fictil, parce que les cabaretiers, par l'excitation du peuple à 
ivrognerie et diverses affaires louches, recouvraient avec profit 
l'argent payé à la commune ; malgré donc la diminution apparente des 
revenus de la commune, le monopole, en supprimant les cabarets et les 
affaires louches que faisaient leurs propriétaires, a plutôt augmenté 

3ue diminué les forces de la population, ce qui est prouvé aussi par 
'autres faits, notamment par les rentrées des impôts indirects et 
directs en général et des annuités de rachat en particulier et par 
l'augmentation des dépôts dans les caisses d'épargne. 

5. Chaque principe appliqué à la vie, admet des exceptions au 
nom des intérêts vitaux, et à cause même de l'insignifiance de ces 
exceptions. La vente en commission est admise exclusivement dans 
l'intérêt de la population et du commerce et non pas dans l'intérêt du 
Fisc, ce qui est prouvé avec évidence par l'insignifiance des sommes 

Payées comme rémunération des commissionnaires (376 mille roubles); 
autorisation de pratiquer la vente en commission n'a pas augmenté 
le nombre des lieux de vente et en même temps elle a rendu I intérêt 
de vendre la plus grande quantité possible de l'alcool reçu en com- 
mission si minime, que les commerçants considèrent cette opération 
comme un fardeau dont ils ne peuvent pas se libérer à cause des 
conditions de leur commerce. Il ne faut pas perdre de vue que le plus 
souvent on vend en commission l'alcool « à emporter » et que là, où 
il peut être consommé sur place, le commerce est étroitement sur- 
veillé par l'administration des contributions indirectes, par l'adminis- 
tration générale de la province et par les comités de tempérance. 

6. Le nombre des débits de boissons a diminué après l'introduction 
du monopole, et comparativement à la période précédente, d'un tiers 
et quelquefois même d'une moitié. Le nombre des débits de bière a 
augmenté, mais dans une proportion insignifiante et l'augmentation 
porte surtout sur les débits, où on vend la bière exclusivement à em- 

Corter. Si des cas se produisent, où on vend de l'alcool dans les dé- 
its de bière et où on mêle l'enu-de-vie avec la bière, les mêmes cas 
avaient lieu autrefois ; après l'introduction du monopole, au fur et à 
mesure que la surveillance des débits de bière par l'Administration 
et surtout par les comités de tempérance deviendra plus étroite, ce 



CONTRE l'aSUS DES SOISSONS ALCOOLIQUES 441 

phénomène ne se produira probablement que très rarement. De même 
pour les débits de vins de raisin, avec cette différence que ces derniers 
l'ont un commerce beaucoup plus important, paient des droits de li- 
cence beaucoup plus élevés et leurs propriétaires se décident par con- 
séquent plus difficilement à commettre des abus. Quant à l'augmenta- 
tion du nombre des lieux de vente clandestine, ce lait n'est pas prouvé 
et aussi il faut dire, que même dans ces lieux on consomme mainte- 
nant de l'alcool rectifié et ne contenant pas de fusel. 

7. La réforme de 1894 n'avail pas pour but de diminuer la consom- 
mation de l'alcool en général, parce que, comme c'est un fait connu, 
la Russie tient le dernier rang parmi les autres pays, quant aux di- 
mensions de la consommation de l'alcool par habitant ; ou considérait 
l'ancien système de la vente des spiritueux comme nuisible, pas à 
cause de quantité de boissons consommées, mais a cause du mode de 
la consommation par de rares, mais grandes quantités, amenant le 
consommateur à l'état de l'ivresse dégoûtante et à cause du caractère 
des débits où avait lieu la consommation — des cabarets, où on excitait 
le consommateur à l'ivresse, où on le volait par divers procédés, où on 
le poussait vers le crime et en cachait les traces. Le but de la réforme 
de 1894 consiste à écarter ces côtés de l'ancien système de la consom- 
mation et toute autre est la question de savoir si l;i population con- 
sommera beaucoup ou peu. 

8. Il n'y a pas encore de données pour pouvoir juger des dimen- 
sions de la consommation de la bière et des vins de raisin russes, mais 
théoriquement il va tout lieu de s'attendre h ce qu'elle augmentera et ce 
n'est que très désirable, parce que le remplacement des boissons con- 
centrées par celles qui contiennent peu d alcool, est considéré dans 
l'hygiène comme un phénomène heureux. Quant aux qualités des per- 
sonnes qui composent la classe des propriétaires et des vendeurs des 
débits de bière, elles ne sont pas connues ; elles ne l'étaient non 
plus dans la période précédente à la réforme. On peut seulement affir- 
mer que, devant l'opinion publique, ils ne jouissaient jamais de la ré- 
putation telle que les cabaretiers, et il faut aussi tenir compte de ce 
fait, que maintenant l'administration des contributions indirectes a le 
droit, en cas de contravention constatée, de fermer chaque débit et 

ue, par ce fait, les vendeurs dans les débits de bière se trouvent 
ans des conditions beaucoup plus sévères, ce qui doit avoir une in- 
fluence heureuse sur leur choix. 

9. Une assertion, qui n'est pas prouvée par des faits et qui théori- 
quement n'tst pas admissible, parce que la partie principale du com- 
merce des boissons est enlevée aux particuliers et la vente en commis- 
sion, comme cela a été déjà dit, ne présente aucun intérêt pour les 
particuliers et est en outre insignifiante quant à ces dimensions '. 

1 Ce paragraphe est peu compréhensible. U est regrettable que l'auteur n'ait p«» 
renvoyé ses épreuves corrigées. 



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442 



vu 6 congrès international 



10. Il n'est pas clair, dans quel sens « la vente des boissons pour 
la Couronne a monopolisé le traktir ». Quant au traktir actuel com- 
parativement à celui de la période précédente à la réforme, il n'est 
pas douteux, qu'étant donné la suppression du droit qu'avaient les mu- 
nicipalités d'autoriser l'ouverture des traktirs, (lequel droit à été trans- 
féré à l'administration générale de la province et à celle des contribu- 
tions indirectes;, le traktir adoptera peu à peu son vrai caractère. En 
effet, avant la réforme de 1894 une masse des traktirs n'étaient rien 
autre que des cabarets. Après la réforme de 1894, qui a presque com- 
plètement supprimé les avantages que peut présenter pour les trak- 
tirs la vente des boissons, ils seront obligés de tirer des bénéfices 
principalement de la vente du thé et de la nourriture, ce qui est le 
vrai but des traktirs et des institutions analogues, comme il est déter- 
miné par le règlement du commerce dans les traktirs. 

11. I/introduction clandestine de l'alcool des régions où le mono- 
pole ne fonctionne pas encore dans celle où il est déjà appliqué, est 
en eflet constatée, mais à présent, (dès lors que le monopole fonctionne 
déjà dans 35 gouvernements), ce fait ne se rencontre que rarement et, 
avec l'extension du nouveau régime sur tout le territoire de l'Empire, il 
disparaîtra complètement. 

12. Autant le cabaret ruinait la population, autant elle est maintenant 
protégée de la ruine. Autant qu'on peut juger d'après la rentrée des 
impôts en général et des annuités de rachat en particulier, ainsi que 
d'après l'augmentation des dépôts dans les caisses d'épargne, la situa- 
tion économique de la région où le monopole est appliqué, loin de 
décliner, a au contraire progressé, surtout si on tient compte de ce 
fait, que les récoltes delà période 1892-1894 ne différent pas de celles 
de la période de 1896-1897 et qu'en même temps les prix des céréa- 
les ont été plus bas pendant la seconde, que pendant la première de 
ces périodes. 

l'A. 1/exemplc dos pays d'Europe démontre qu'on peut atteindre la 
modération dans la consommation des alcools. L'assertion qu' « en ce 
qui concerne l'alcool il ne peut pas être question de la modération » 
est absolument fausse, parce que, en dehors de l'exemple cité ci-des- 
sus, elle est contredite par l'expérience de tous les jours. A cet égard 
le but du monopole consiste à supprimer tout élément séduisant, qui 
pousse à la consommation immodérée de l'alcool et de créer des con- 
ditions qui mettent entraves à l'ivrognerie ; la tache des autres admi- 
nistrations, autant qu'elles ont rapport à cette question, et celle de 
tonte la société intellectuelle, est de réagir sur la conscience des mas- 
ses dans le sens d'une consommation modérée des boissons. Si tout le 
monde fait son devoir loyalement et consciencieusement, on peut être 
sur que l'ivrognerie, dans les formes, où elle existe de nos jours, 
disparaîtra encore sous nos yeux. 

14. Que le fusel — même en petites quantités, soit plus nuisi- 



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CONTRE l'aBUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 443 

blc que l'alcool, le fait n'est pas douteux ; que l'alcool pur, consom- 
mé en petites quantités, soit nuisible a l'organisme, c'est une assertion 
qui n'est pas prouvée et on peut citer des. opinions selon lesquelles 
1 alcool, consommé en petites quantités, est plutôt utile que nuisible 
h la santé ; voilà pourquoi la rectification des alcools est un des pre- 
miers buts de la réforme de 1894; cette opération est dirigée plutôt 
contre l'influence fâcheuse sur la santé de la population des mélanges 
contenues dans l'alcool que contre l'ivrognerie. 

15. Il est évident que les qualités de l'alcool, ainsi que de toute autre 
substance chimique, ne dépendent pas des qualités des vendeurs ; 
mais les qualités des boissons qui circulent dans le commerce dépen- 
dent beaucoup, comme l'a démontré l'expérience de plusieurs siècles, 
des vendeurs. Sans parler des impuretés que contient l'alcool non 
rectifie, les cabaretiers y ajoutaient des essences nocives pour masquer 
ces impuretés et les coupages. Est aussi inexacte l'assertion, que le 
mode de la vente de spiritueux n'a aucune influence sur le consom- 
mateur. Cela peut être reconnu vrai — et aussi dans une certaine 
mesure seulement, — à l'égard de véritables alcooliques, dont le 
nombre par rapport a celui de la population entière est minime dans 
tous les pays et dont la réforme de 1894 ne tient pas compte ; quant n 
la masse de la population, on peut affirmer que le mode de ta con- 
sommation a sur un individu moyen une énorme et presque décisive 
influence : l'individu moyen n'a pas de passion organique pour l'alcool 
et, si toutes les séductions sont écartées, il boit moins ; au contraire 
s'il trouve partout un encouragement à consommer des spiritueux, il 
en boit plus et même s'enivre jusqu'à un état d'ivresse dégoûtante. 

16. Le lise en effet n'a pas maintenant ù se préoccuper de l'aug- 
mentation des recettes du chapitre des boissons, puisqu'on introdui- 
sant le monopole, il se basait sur cette juste considération, qu'une 
population sobre et saine présente pour le budget public une base 
plus solide, qu'une population abusant des alcools. Le ministère des 
finances croyait (et n'a pas été déçu dans ses espérances), que si même 
les recettes du chapitre des boissons diminuent, cette diminution 
sera couverte par l'augmentation des rentrées des autres impôts 
directs et indirects; sous un seul rapport les attentes du ministère 
des finances ne se sont pas justifiées, notamment en ce qui concerne 
la diminution sensible des recettes du chapitre des boissons : en 
réalité ces recettes n'ont pas diminué dans la région où fonctionne le 
monopole (sauf les premiers moments après son introduction), et en 
même temps ont progressé les rentrées des autres impôts et ont 
augmenté les dépôts dans les caisses d'épargne. Ce résultat de la 
réforme peut être attribué a la diminution de l'ivrognerie et a la sup- 
pression des cabaretiers, qui poussaient la population a 1?. consom- 
mation immodérée des boissons et la ruinaient. La population a été 
délivrée du lourd fardeau que présentait l'ancien système de la vente 



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444 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

des spiritueux, et par conséquent le peuple n'a pas seulement aug- 
menté le paiement des impôts, mais il a aussi consommé plus de spi- 
ritueux, malgré la diminution des bénéfices qu'il tirait de l'agriculture, 
comme cela a été déjà marqué au $ 12. 

17. Certes, si le ministère des finances se guidait exclusivement 

f»ar des considérations d'ordre financier, il serait heureux d'atteindre 
a suppression complète de la consommation des spiritueux, parce 
qu'en perdant toutes les recettes du chef du chapitre des boissons, il 
les retrouverait largement dans l'augmentation des rentrées de toutes 
les autres contributions indirectes, comme cela a été indiqué au $ 16. 
Mais le ministère des finances croit impossible — non pas seulement 
étant donné le niveau de la culture du peuple russe, mais même étant 
donné le niveau le plus élevé du développement de l'individu contem- 
porain — de supprimer complètement la production et la consomma- 
tion de l'alcool. Mais cela n'exclut en aucune façon la possibilité de 
lutter contre l'ivrognerie ; au contraire tout le système du monopole 

foursuit ce but et chaque activité dirigée vers le même but rencontre 
entière sympathie de la part du ministère. Si l'organisation du mo- 
nopole a pour but de mettre une série d'obstacles a l'ivrognerie et à 
la ruine par l'alcool, les comités de tempérance ont pour but de 
créer des conditions et des institutions, qui pourraient réagir sur la 
conscience du peuple et pourraient le détourner de l'ivrognerie. 
Quelle que soit 1 opinion sur l'organisation des comités de tempérance, 
il est incontestable que leur but est une lutte active contre l'ivro- 
gnerie et que les meilleures forces de la société sont attirées à ces 
institutions et il dépendra déjà de ces forces mêmes de développer 
largement leur activité. 

18. On peut certainement comparer le système de Gottenburg 
avec celui ne la Russie, si on ne tient pas compte des conditions de 
la civilisation nationale ; mais pratiquement, c'est-à-dire si on tient 
compte de la civilisation des pays où ils fonctionnent, ces systèmes 
ne sont pas comparables et on ne peut donc pas poser la question de 
la supériorité d'une d'elles. 

11). Jusqu'à quel point les conclusions de M. Borodine sont un 
produit exclusit de son opinion personnelle qui n'est appuyée par 
aucun fait, cela ressort par exemple de la comparaison de ces conclu- 
sions avec les déclarations qu'on trouve tous les jours dans la presse. 
Elle critique quelques phénomènes produits par le fonctionnement du 
monopole et qui s'expliquent par la nouveauté de l'entreprise, mais en 
général elle est très favorable à la réforme, ce qui prouve les influences 
heureuses de cette dernière sur les mœurs et sur la situation écono- 
mique de la population. 

M. Raffalovich cite encore h l'appui de ses dires les deux passages 
suivants d'un rapport de M. Schuhmacher, cité déjà par M. Borodine. 



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CONTRE L ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



445 



« Il est également indubitable que si le ministère, comme Ta 
a (firme M. Borodine, tendait seulement et même surtout a faire vendre 
la plus grande quantité possible d'eau-de-vie, il aurait, une fois qu'il 
a acquis le droit d'admettre la vente de l'eau-de-vie de la régie en 
commission, immédiatement profité de ce droit en donnant le plus 
grand développement possible à ce genre de vente dans les établisse- 
ments de commerce, ne fût-ce que dans les 16 provinces pour les- 
quelles cette mesure a été admise par la loi du 19 février 1896; 
cependant, comme nous l'avons vu plus haut, jusqu'ici la mesure en 
question n'a pas encore été mise à exécution. » 

ce En conclusion, je me permettrai de donner quelques renseigne- 
ments succints au sujet du débit de la régie situé dans le * voisinage 
du siège de la Société des divertissements populaires du quartier de 
la Neva. M. D. Borodine, afin de montrer que le ministère des 
finances, dans tous ses actes se rapportant a la vente des boissons, 
aurait manifesté de la façon la plus nette une tendance à faire aug- 
menter la consommation de l'eau-de-vie, a produit, comme le fait le 
plus persuasif dans ce sens l'ouverture d'un débit de la régie dans le 
voisinage immédiat du parc de la Société des divertissements popu- 
laires du quartier de la Neva le l tr janvier 1898. Cette affirmation 
était de nature à faire supposer qu'avant la mise en vigueur du mono- 
pole, il n'y eût aucun débit de boissons dans le voisinage du parc en 
question ; en réalité c'était juste le cas contraire. Le parc de la Société 
occupe sur la perspective de Schlûsselbourg deux lots de terrain 

ftortant les N°* 25 et 23 ; renseignements pris a la direction de chef- 
ieu de l'accise de Saint-Pétersbourg, il résulte qu'en 1897 il y avait 
dans cette localité, savoir : dans la maison portant le N° 21 un débit 
de boissons d'un nommé Vlassow, dans la maison N° 19 un restaurant 
d'un nommé Karpenko et dans la maison N° 17 un restaurant tenu par 
un nommé Joussow; de plus, il y avait, en biais, en face du parc, 
un débit de boissons a emporter. Au lieu de tous ces établissements 
(sans tenir compte d'un débit pour la vente au verre qui était situé 
dans la maison N° 13), on a actuellement un seul débit de la régie 
vendant exclusivement des boissons a emporter, et néanmoins M. Bo- 
rodine a jugé opportun d'affirmer que les intérêts de la Société de la 
Neva auraient été lésés par la mise en vigueur du régime du mono- 
pole des spiritueux dans le sens que ce régime favoriserait l'ivro- 
gnerie. 

« Pour apprécier à sa juste valeur le cas spécial en question, il est 
opportun que la commission sache que, tandis que les débits de 
boissons en général restent ouverts jusqu'à 10 heures du soir, ceux 
ui se trouvent dans le voisinage du parc de la Société de la Neva sç 
erment, les jours des promenades populaires, it 4 heures après-midi, 
en vertu d'un ordre spécial du ministre des finances. » 

En terminant, M. Raffalovich croit devoir répéter encore que la 
réforme de l'impôt des boissons a eu pour objet la lutte contre l'ivro- 



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4'i6 vu* 



CONGRES n«TBRNAT10NAL 



guérie, riutroduction dans la consommation uniquement de l'alcool 
rectifié, tandis que les considérations financières ont été au second plan. 



DISCUSSION 

M. Van der Meulen — On a recommandé le monopole pour avoir 
de l'alcool pur, élhylique. Mais l'expérience de la Hollande est là pour 
démontrçr que nous autres Hollandais, n'avons pas besoin de cet alcool 
élhylique. Diverses enquêtes ont prouvé que nous n'avons pas d'alcools 
impurs, amyliques, etc. Mais cependant l'alcoolisme ne règne pas moins 
chez nous que dans ces autres pays. La Hollande vous montre donc que 
l'ennemi n'est pas seulement l'alcool amylique, mais aussi l'alcool éthy- 
lique. Et là, j'ai appris qu'on ne veut pas boire l'alcool rectifié 
complètement. On a dû y ajouter des alcools inférieurs. 

M. Paul Apostol regrette que M. Borodine ait déjà quitté la salle 
des séances et qu'il ne puisse dire tout ce qu'il voudrait. M. Apostol l'ait 
observer que M. Borodine poursuit comme idéal la prohibition, l'absti- 
nence absolue et forcée. Cet idéal est d'un accomplissement infiniment 
difficile. Comment M. Borodine croit-il que le gouvernement, auquel il 
reproche de ne pouvoir mener à bien même une réforme d'après lui 
secondaire comme le monopole, pourra-t-il arriver à réaliser la prohi- 
bition? M. Apostol fait remarquer que la consommation, en Russie, est 
très modérée en présence des chiffres élevés des autres pays, et qu'on 
a voulu substituer une consommation par petites doses a la consom- 
mation par grandes quantités. Par conséquent, la remarque de M. Boro- 
dine, que la consommation n'a pas diminué, n'est pas un argument 
contre le monopole. 

Sur l'interpellation d'un des congressistes, M. Apostol déclare que la 
consommation modérée et régulière est inoffensive au point de vue social, 
moral et éthique et qu'au point de vue de son influence sur la santé, sa 
nocuité n'est pas définitivement prouvée par la science. 

M. Oraw. — L'abstinence totale est possible pour le peuple esthe. 
Le but des sociétés est d'obtenir par la voie administrative, la suppres- 
sion des cabarets et faire de la propagande. Les lieux de plus grande 
criminalité sont ceux où l'alcoolisation matinale est la plus développée. 

L'avènement du monopole est attendu par le peuple comme une amé- 
lioration, mais il faudrait mieux pi-endre toutes les précautions. 

L'alcool est un poison, d'après les sommités scientifiques comme MM. 
les professeurs D" Bunge et Foiel. Il serait donc désirable d'atteindre 
l'abstinence totale comme l'idéal. Tout empêchement à atteindre cet état 
social serait délictueux au point de vue de la solidarité internationale. 

M. Lombard (de Genève), secrétaire de la Ligue patriotique suisse 
contre l'alcoolisme, donne des renseignements sur le fonctionnement et 
les inconvénients du Monopole suisse; il expose les modifications qui 
devraient être introduites et s'exprime en ces termes : 



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CONTRE L'ABUS DES IIOISSONS ALCOOLIQUES 447 

Rapport sur la loi du monopole de l'alcool en Suisse 



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1 

Changements proposés. — Lu Suisse, par l'adoption de deux articles ; .j 

nouveaux dans sa Constitution fédérale, pour enlever au. commerce % 

de spiritueux lu liberté, qui est de droit pour les autres commerces, 
a sanctionné l'introduction d'un monopole qu'une loi du 15 mai 1887 
a établi. 

Le monopole Suisse a placé la fabrication, l'importation et la vente ^J 

en gros de l'alcool entre les mains d'une régie des alcools. T 

Les alcools monopolisés sont ceux de grains et de pommes de j 

terre, les autres produits de la distillation sont abandonnés à la liberté -j 

d'industrie ; l'importation supporte un droit de 60 à 80 francs par 
hectolitre. 

Nous nous sommes efforcé de faire passer un monopole restrictif 
qui, mettant tout le trafic en produits distillés sous la régie, peut exer- 
cer une réelle et efficace pression sur la consommation, ce qui n'est 
pas le cas sous le régime actuel. 

Les motifs de l'insuccès sont clairs et faciles à expliquer : 

La liberté de la vente en détail y le défaut de surveillance sur la fa- 
brication et le débit des liqueurs, encouragent la consommation sur N 
place et le débit de mauvais produits distillés ; i 

L'exception mise au monopole qui laisse libre l'importation, la fa- 
brication, le commerce et la vente au détail de tous les spiritueux 
hormis les deux catégories que nous avons nommées. 

Les effets de la loi n'ont pas été nuls, ils ont été insuffisants. Il ' r 

était facile de saisir que les 100 a 120 fr. 1 par hectolitre, prélevés sur ■«- 

les alcools méthyliques favoriseraient les alcools, exempts de toute f 

taxe de monopole. * 

La fabrication des spiritueux de fruits, de raisins, de marcs, a pris 
de l'essor, g ni ce à la prime en sa faveur qui résulte de la taxation des 
alcools soumis à la régie. 

Le peuple Suisse frappé des maux de l'alcoolisme et des progrès du 
fléau dont les statistiques des suicides, de l'aliénation, de la crimina- 
lité, et les constations médicales sur la gravité du développement de 
l'usage alcoolique (dans les cafés, buvettes, épiceries et les petits 
commerces, ces derniers pour les femmes), a été poussé par un senti- 
ment généreux ii désirer la réduction de l'alcoolisme . L'assurance que 
la loi réaliserait une extinction au moins partielle du mal, l'a amené à l 

donner un verdict affirmatif pour la loi. 

Aussi il a été déçu et il faut se rendre compte de l'état d'esprit où 
il a été conduit par le peu d'effet obtenu, taudis que les fiscs canto- 
naux et fédéral s'enrichissaient de la vente avec bénéfice de l'alcool. 

Il a été porté ii arguer que puisque la vente en était si profitable, •. 

les financiers de l'administration n ont pu manquer de développer le 

1 L nlcool Acheté de 28 n 35 fr. est revendu de 167 à 175 fr. par la régie. 






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448 vu* conçues international 

rendement, et par conséquent la vente, sans se préoccuper de faire 
échec au vice. 

Nous croyons l'administration désireuse de combattre l'alcoolisme, 
elle professe y travailler, mais il nous semble qu'elle ne l'a pas 
prouvé. Elle a accordé des exemptions qui ont permis aux fabrications 
de kirschs, rhums, cognacs, d'absinthes et de bitters ou vermouths, 
ces trois dernicre* surtout, de se développer dans une proportion 
déplorable. Les fabriques d'absinthe et des produits de la distillation 
additionnés de diverses essences progressent ; toutes les combinai- 
naisons perfides profitent de l'indemnité accordée. 

La confédération qui accorde ainsi une liberté pernicieuse, laisse 
faire une concurrence déplorable à sa propre distillation et détruire 
les effets de la loi qu'elle a édictée, destinée, y est-il dit, « h combat- 
tre l'alcoolisme dans ses causes et dans ses effets. » 

Comment remédier a cet état de choses? 

Nous ne voulons pas entrer dans des détails complets sur la régie 
de l'alcool. Elle a son bureau central au siège de l'administration fé- 
dérale à Berne et 6 entrepots près des frontières avec appareils pour 
la rectification. 

D'après le tableau que la régie publie annuellement de ses recettes 
brutes et des excédents à répartir, nous trouvons pour 1897 : 

Les receltes brutes Fr. 13.767.840 

Les dépenses d'achat et exploitation Fr. 6.787.774 

laissant un excédent de. Fr. 6.980.006 

dont la répartition est faite aux cantons 1 au prorata de leur population. 
L'alcool indigène est entré pour 33,041 quintaux. 
» importé » 77,481 

soit 32 et 68 °/ dans la production totale. 

Nous ne voyons pas dans l'exagération de l'impôt sur l'alcool un 
bon moyen de résoudre la réduction de l'alcoolisme. L'impôt n'atteint 
pas l'abus, même avec des taux excessifs qui rendent la perception 
illusoire, on a des produits que le passionné d'alcool se procure : il 
vendrait jusqu'à ses enfants et son lit pour satisfaire sa passion. 

N'avons-nous pas entendu un membre du Conseil municipal de 
Paris, nous dire à l'Ilôtcl-de-Ville, qu'il se chargeait avec un alambic 
démontable de frauder le fisc, et faire de l'alcoola domicile, dès qu'on 
voudrait tenter l'expérience. 

Le monopole pourrait le donner. 

Il faudrait se rendre maître du débit en n'accordant que des quan- 
tités limitées par districts, à un petit nombre d'agents, et obtenir la 

1 Dont la brochure : La loi du monopole de l'alcool. Examen de $o* action, par F. Lom- 
bard, (Genève, 1898), le détail des chiffres (pag. 23 à 25). 






450 VII 9 CONGRES INTERNATIONAL 

3° Se rendre maître de la vente au détail comme du commerce en 
gros des spiritueux, et l'opérer par les agents de la régie ; 

4° Faire décider par arrêté approuvé par les Chambres sur le rap- 
port de la Commission spéciale, le rendement que doit donner le mo- 
nopole> régler les ventes et les prix en conséquence ; 

5° Ouvrir des bureaux où des agents responsables soient les seuls 
débitants, interdisant le trafic de la vente dans d'autres locaux. 

Nous n'espérons pas corriger foncièrement le vice, au moins eu une 
génération, mais en classant l'alcool dans les produits dangereux et 
nuisibles, et le retirant du libre commerce, nous aurons avancé la 
question de la lutte contre l'alcoolisme. 

Sote. — L'art. 31 de In Constitution fédérale portant l'exception à la liberté du com- 
merce est maintenu pour ce qui regarde le commerce de l'qlcool, l'exemption des enux- 
de-vie et spiritueux autres que l'alcool ainylique (art. 32 bis) n'est pas maintenue. 

MM. Alglave, et Cauderlier prennent part à la discussion '. 

M. P. Van der Meulen. — Je suis d'accord avec M. Cauderlier que 
ni les Sociétés d'abstinence, ni l'augmentation de l'accise, ni la diminu- 
tion des débits dans plusieurs pays n'ont été suffisants pour combattre 
l'alcoolisme, mais je crois qu'il serait dangereux d'en conclure que ce ne 
sont p^s des moyens propres à contribuer concurremment avec d'autres, 
à la diminution de la consommation des alcools. Et je le crois d'autant 
plus que je ne vois qu'un moyen complètement efficace, la guerre aux 
distilleries, ou comme nous rappelons de préférence, la prohibition de la 
fabrication. 

M. Cauderlier a parlé d'une l'évolution qui résulterait d'une diminution 
forte des débits. Mais le règlement de la fabrication, comme M. Cauder- 
lier le souhaite, produira la même révolution et ne sera pas moins impos- 
sible. 11 est très facile de critiquer les moyens qu'on a appliqués jusqu'ici, 
mais quand on étudie l'histoire comme M. Cauderlier l'a fait, on arrive à 
comprendre que le monopole aura à lutter contre les mêmes difficultés et 
ne pourra pas plus éviter tout abus dans son application. 

Encore un mot, M. Cauderlier a mentionné le rapport que M. Milliet 
a lu au Congrès de Bâle, pour démontrer que la prohibition américaine 
a été un échec, mais il est bon de rappeler que ce rapport était écrit 
par M. Gallin Thomann, l'agent payé des brasseries américaines, les 
ennemie* à mort des lois prohibitives. 

M. Descroix. — M. Alglave sait très bien que l'Etat français peut 
très facilement obtenir avant la sortie des usines de fabrication et de 
rectification d'alcool, la pureté des, alcools de consommation a un degré 
maximum conventionnel, et cela du jour au lendemain. L'Etat n'a qu'à 
l'exiger, un simple décret ministériel suffit et il honorera le Ministre qui 
en prendra l'initiative. Tout le monde est d'accord sur ce point; pas 

1 Le Comité regrette vivement l'insuffisance du procès- verbal de la 2' section en ce qui 
concerne cette partie de lu nênnce. Ce prorèn-verbnl n'a pu mulheureusement être com- 
plété avec l'aide «les *oiivcnir* des orateurs. 



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CONTRE L ABUS OB8 BOISSONS ALCOOLIQUES 



451 



besoin d'un Monopole pour cela. L'Etat n'a-t-il pas dans toutes les usines 
à alcool une légion d'employés de jour et de nuit? Pourquoi. l'Etat ne 
ferait-il pas pour les alcools de consommation ce qu'il fait pour les 
alcools dénaturés destinés au chauffage? 

Lorsqu'un commerçant veut faire des alcools dénaturés, les employés 
de la Régie prélèvent trois échantillons de chacune des substances qui 
composent cet alcool, plus trois autres de l'alcool destiné à la vente au 
public ; ces échantillons sont cachetés avec le sceau de l'administration 
par les employés eux-mêmes. La Régie reçoit à son bureau central 
4 échantillons : alcool à 90 degrés fixé avant déna tu ration, méthylène, 
benzine et enfin alcool dénaturé destiné à la vente, et ce n'est que lorsque 
ses chimistes ont fini leur examen et donné leur rapport que le com- 
merçant est autorisé à faire circuler sa marchandise. 

Pourquoi ne pas agir de même à l'égard des alcools de consommation ? 

L'alcoolisme, étudié aujourd'hui sur. toutes ses faces par un grand 
nombre de théoriciens et de praticiens, dérive des causes suivantes : 
« Le plaisir engendre l'abus, et l'abus fait naître le danger » a dit 
M. Duclaux, de l'Institut Pasteur. A cette citation très judicieuse concer- 
nant les causes de l'alcoolisme, j'ajouterai : 

1° l'abus dans la consommation, la consommation habituelle et renou- 
velée d % 'eaux-de-vie, celles à fort degré principalement ; 

2° la prédisposition naturelle du tempérament de certains buveurs aux 
méfaits de l'alcool ; 

3° les impuretés de l'alcool, surtout celles des eaux-de-vie de fruits 
fabriquées par les bouilleurs de cru, ce qui est, je me permets de le dire 
à M. Alglave, absolument l'opposé de ce qu'il a affirmé et l'opposé des 
motifs énoncés dans le projet de loi de M. le député Guillemet qui, en 
cette matière, me parait d'une incompétence absolue ; 

4° l'emploi des essences et bouquets artificiels, tels que l'essence de 
badiane qui entre dans la composition de l'absinthe, les essences à base 
minérale, d'origine allemande, certains extraits de vernis, la combinaison 
hétéroclite de 2, 3, 4 et plus de ces produits, toutes ces sauces acres et 
irritantes pour l'estomac, abrutissantes pour le cerveau. 

Monopole inutile sur cet article ; un règlement d'hygiène publique, 
rédigé par des hommes compétents me parait être la meilleure solution 
pour combattre l'alcoolisme dû à l'emploi des essences et bouquets arti- 
ficiels ; 

5° le Mercantilisme commercial qui, à l'époque de concurrence à ou- 
trance où nous vivons est un corollaire fâcheux de la lutte pour, la Vie. 
Faire du bon marché est l'idéal du commerçant qui a de gros frais à ré- 
cupérer et un capital à faire produire ; n'oublions pas que le consom- 
mateur en veut beaucoup pour la plus petite somme possible. 

J'ai l'intime conviction que, plus les droits sur l'alcool seront élevés,, 
plus il y aura d'alcoolisme fatal, de cet alcoolisme qui peuplera par four- 
nées les Asiles d'aliénés. Je croîs aussi que de gros droits sur l'alcool, 
car Monopole de l'alcool signifie droits élevés, droits exagérés sur cette 
denrée, nous mènera à l'alcoolisme dans la famille. Dans un pays de 
boissons ferment ées comme en possèdent toutes les provinces françaises, 
il n'est pas un ménage qui ne fera son eau-de-vie soi-m^me pour sa cou- 



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452 



VU 9 CONGRÈS INTERNATIONAL 



sommation quand il n'aura pas l'envie intéressée d'en faire pour ses voisins. 
C'est d'une pratique si simple! Rien que cette circonstance fait tomber à 
plat l'espoir des 700 millions que Ton pense recouvrer avec le Monopole. 
Et l'alcoolisme en sera-t-il amoindri? Bien au contraire. 

Je ne donne pas 3 mois d'exercice de Monopole ou de droits élevés sur 
l'alcool pour que toutes les familles françaises fassent chez elles leur eau- 
de-vie de consommation. Pas besoin pour cela d'un appareil qui s'appelle 
distillatoire. Que les incrédules m'invitent à leur en faire une démons- 
tration. D'ailleurs, en cette matière je ne suis pas un prophète ni un 
initiateur. M. Cuné d'Ornano, député de Cognac, a fait sur ce sujet un 
remarquable discours ; il a même dit que le Monopole tuerait le com- 
merce des eaux-de-vie ânes des Charjntes et de l'Armagnac, cela est de 
toute évidence. Nous ferons d'excellente eau-de-vie avec le vin de notre 
cave et ce ne seront pas les alcools du Monopole, si purs qu'ils soient, 
mais avec 550 fr. de droits, qui pourront nous séduire et obtenir notre 
préférence sur les eaux-de-vie faites pas nous-mêmes. 

Vous pensez, parait-il, avec votiv; Monopole réduire la consommation : 
cela se dit, mais ce sont là des mots creux. En France nous sommes tous 
de caractère indépendant, et nous n'aimons pas que le pouvoir nous 
chicane sur ce que nous appelons une petite satisfaction, un petit con- 
tentement après le labeur quotidien. Qui voudra priver l'ouvrier de sa 
goutte le matin, de son apéritif avant le repas, du pousse-café après le 
repas, sera son ennemi. Il ne m'étonnei ait pas que les élections munici- 
pales de Paris se fissent sur cette question et que les électeurs refusent 
leurs voix à MM. les Conseillers municipaux qui ont créé les droits de 
351 francs l'hectolitre d'alcool pur a Paris et à ceux qui ont voté le prin- 
cipe du Monopole de l'alcool en octobre 1898. 

M. le Président. — La parole est à M. Baatz sur le Monopole 
russe. 



Le monopole de l'alcool en Russie 

PAR ROB. BAATZ 

Délégué de* « Lettischen Miissigkeits-Yereinen Sonne and Stem, » pasteur bnptiste 

a Riga (Russie). 



Meiuc gcchrle Damen und Ilerrn ! 

Das Letttschc Yolk in Russland ist nicht gross, sondern ein von 
ileu Kleinsten Volker, ungefahr ziihlt es bis 3 Millionen Seelen, aber 
trot/.ilcm uni somehr ist dieTrunksucht unter dertt Volke verbreitet und 
cleshalb haben die Lettischen Enthaltsamkeitsvereinen inich herges- 
chickt zum Congress, auszusagen, dass sie fûhlen mit dem allgemeinen 
internationale!! Kampi gegen Trunksucht, — und zugleich sollte ich 
Beachtungen und Anmerkungcn machen, wie es hier im Auslande 
gedacht und gearbeitet wird gegen Alkoholismus und dann dièse 
Anmcikiingen nach Russland initfûhrcu fur unseren Enthaltsamkeits- 







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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



453 



vereinen, damit wir kônntensiespfiterausnûtzen im Kample gegen den 
Alkoholismus. 

Deshalb muss ich best&tigeri, nachdem was ich hier auf dem Con- 
gress gehôrt und gesehen habe, dass es ailes fur mich sehr ûberras- 
chend war und habe gefunden, dass der Krieg gegen Alkoholismus 
in grossen Massstabe entfaltet und ausgetheiU ist auf die verschie- 
denen Klassén der Menschheit. 

Unsere Lettische Vereine vertheidigen die absolute Abstinenz, und 
darum freute ich mich vom ganzem Herzen, dass auf dem Congress 
die totale Ajbstinenz von allen Rednern und Delegirten wurde ver- 
theidigt undempfohlen. Wenn wir den Einfluss alkoholischer GeUanke 
auf die ôffentliche Morale oder Sittlichkeit betrachten, dann sehen 
wir dass dieser Einfluss ist einfach furchtbar. Hier sinkt dem Philan- 
thropen, dem Menschcnfreund, das Herz, wenn er den gcistigcn 
Schaden, den sittlichen und ewigen Ruin seinesVolkcs mit,ansehen 
muss. Aile Sûnden des Fleisches, aie in Galateerbrief cap. 5, 18-21 
aufgez&hlt sind, stehen in engster Verbindung mit dem Trunk. Bier 
una Schnaps sind die Quellen schlimmster Uebel und sUrken und 
stahlen den Muth zum Sûndigen. Im Glass geht un ter, was die 
Wûrdc des Menschen bedingt, was ihm glûcklich und zufriedcn 
macht, ihn vom Thier unterscheidet. Keuschheit, Ehre, Selbstachtung, * 
Ehrlichkeit, Wahrhaftigkeit, edler Sinn, Liebe und Familiengluck, 
Fremdschaft, Arbeitslust, Sparsatnkeit, berèchtigte Hoflnungen der 
Zukunft, ailes was dem Menschen heilig ist, gent im Glass untcr. 
Dieser unersfitliche Dfimon verschlingt ailes. Und aus dem Abgrund 
steigen heraus Armut, Not, Êlend, Schande, Roheit, Bestialitfit, 
Leiden und Thrftnen ohne Zahl und schliesslich der Tod und nur zu 
oft durch eigene Hand. Reich und Arm, der Geschfil'tsmann und 
Arbeiter, gelenrte und ungelehrte, leiden zugleich unter dem Einfluss 
dieser Getrftnke. 

Wir fragen, wie kann ein Christ, noch fur die Licentisirung dièses 
Uebels stimmen, dass die ôffentliche Besteucrung erhoht, die Ster- 
blichkeit vermehrt, und das Gluck der Menschen zerstôrt ? Die mora- 
lische Verantworlichkeit fur das ôffentliche Wohl allein sollte ihu 
schon zwingen, Hand an die Ausrothung dièses Triumphes des 
Satans zu legen, und dies kann an keinem Arte bcsser geschchcn als 
am Stimmkasten. Aile Parteien zusammen haben nicht aie ho/te mora- 
lische Bedeutung fur den Christen in einem Lande aU die, welche die 
Bekâmpfung dièses gesetzlichen Unfngs aufihre Fohne schreibt. 

Die rûssische Regierung hat nun mit die Einfûhrung des Monopols 
diesen gesetzlichen Unfug- Alkoholismus zu vermindern versucht. Su 
werden wir auch in baltischen Gouvernements am 1. Juli nttehstes 
Jahr das Alkoholmonopol erhalten. Aber nach allem, was man dort 
gesehen hat, wo das Monopol schon eingefuhrt ist, muss man kom- 
men zu dem Schlussfolgerung, dass wenn der Brantweinverkauf auch 
am Sonntagen und Feiertagen stattfindet, dann wird es reinen wesen- 



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454 VII* CONGRES INTERHATIOITAL 

tlichen Erfolgzu verzeichnen sein, weil die Trinker kônnen es ebènso 
noch am Sonntagen und Feiertagen nach 12 Uhr Mitlags bis Abends 
10 Uhr intimer erhalten. 

Deshalb denken die Lettischen Enthaltsamkeitsvereinen an der rus- 
sischen Regierung mit einer Pétition sich wenden und bitten, dass 
der Branntweinverkauf als eine staatliche Einrichtung Sonntags wird 

feschlossen und der Schnapsverkauf Sonnabends 10 Uhr Abends 
eendigt und erst Montagsfrûh um 8 Uhr angefangen wird. Dann 
crst dadurch werden die Arbeiter daran verhindert sein, alkoho- 
lische Getrflnke am Sonntagen und Feiertagen zu erhalten und werden 
grosstenteils mûssen wenigstens die Sonntagen nùchtern verbringen. 
Und das wird auch Erfolg sein. Das gebe Gott. 

4 

M. le Président. — L'ordre du jour appelle la discussion sur les 
rapports de la criminalité avec l'alcoolisme. 

Il dépose sur le bureau le rapport de M. le D r Barthès, Inspecteur du 
service des enfants assistés d'Eure-et-Loir. 



Des rapports de l'alcoolisme avec la criminalité 

L'alcoolisme n'est guère connu que depuis 1840 ; Ton ne buvait 
auparavant que de l'eau-de-vie de vin. L'alcool d'industrie fait son 
apparition de 1840 a 1850 où il en est fabriqué 76,000 hectolitres 
contre 815,000 hectolitres d'alcool de vin. 

Les travaux des médecins de cette époque : Trousseau, Grisolle, 
Calme il y ne visent qu'un alcoolisme avec l'ivresse en plus, dû unique- 
ment à l'abus de 1 alcool. Il n'atteignait que certaines professions : 
marchands de vins, épiciers, débitants de tabac et d'eau-de-vie, les 
distillateurs. L'ivresse néanmoins était fréquente ; mais comme elle ne 
consistait qu'en un état passager, elle ne laissait aucune trace durable. 

Le vin ayant manqué en 1855, on voit tout à coup augmenter dans 
des proportions énormes, la fabrication d'alcools que Ton extrait des 
mélasses, grains, betteraves ; aussi la consommation qui était alors 
d'un litre par tète d'habitant atteint cinq litres dans la période tren- 
tenaire qui suit. Les suicides augmentent de 21 pour 100,000, de 
même les homicides, les assassinats et les crimes passionnels 

Les médecins français poussent des cris d'alarme, mais le public 
insuffisamment convaincu ne les écoute pas. Survient un homme de 

Sénie, Pasteur, qui, par ses études sur les fermentations, permit de 
écouvrir V alcool èùiy tique qui fut le point de départ de toute cette 
gigantesque série des alcools connus aujourd'hui. 

Cependant l'on ignorait encore quel était parmi ces derniers celui 
qui provoquait les actions nuisibles. 

La nécessité de le trouver fit naître la médecine expérimentale et 
c'est au laboratoire de physiologie qu'appartient le grand honneur 



à 




,-H4 ,*« ". 1 - . 



CONTRE l'aBUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 455 

d'avoir résolu la question. Dujardin-Beaumets, Berl/telot, Debray, 
Troost y Rabuleaiiy Gautier, Laborde, Magna n, Girard et leurs disci- 
ples se livrent tour à tour à des expériences sur des animaux et ils 
ne tardent pas a reconnaître que toufe les alcools du commerce étaient 
des poisons. Audigè établit la comparaison entre les alcools rectifiés 
et ceux qui ne le sont pas ; et il constate que si les premiers causent 
des accidents, les seconds représentent de véritables fléaux pour 
l'organisme. La borde et Magnan extraient- des apéritifs et surtout de 
l'absinthe, des essences qui engendrent des maladies nerveuses : 
l'épilepsie et l'aliénation mentale. Lancer eaux affirme que le vingtième 
de la mortalité pour toutes les maladies traitées dans les hospices et 
hôpitaux de Paris, revient a l'alcoolisme. Moi-même dans un récent 
mémoire, visant l'augmentation des maladies chroniques traitées soit 
dans les hôpitaux, soit à domicile en vertu de la loi sur l'assistance 
médicale gratuite, j'ai démontré que l'alcoolisme en était le premier 
facteur. 

Mais il résulte de l'abus de l'alcool d'industrie et même de l'alcool 
de vin, quelque chose de plus grave que le défaut de résistance, et 
les rapports si documentés du D r Legram nous ont fait connaître que 
c'est la transmission héréditaire, la terrible hérédité avec ses carac- 
tères, ses lois fatales : Y ivrogne engendre V ivrogne . 

Dans le même ordre d'idées, le 8 novembre 1895, à l'Académie des 
sciences, le professeur Bouchard a présenté un travail des docteurs 
Charrin et Gley sur les maladies infectieuses survenues au cours de 
la grossesse. 

« Nos observations sur ce qui se produit dans l'espèce humaine, 
» nous permettent d'en tirer un renseignement significatif qui dépasse la 
» partie des simples expériences de laboratoire. Nous avons vu quelle 
» influence pouvait avoir sur les enfants ultérieurement procréés les 
» poisons inoculés aux parents. Or les poisons peuvent être introduits 
» directement, soit qu'il s'agisse d'un médicament comme le mercure 
» ou l'arsenic par exemple, soit qu'il s'agisse d'un produit d'alimenta- 
» tion comme V alcool. Autant de causes de la présence du poison dans 
)> l'organisme des individus appelés à procréer, autant de cas où il nous 
» a été permis de constater la possibilité d'une influence héréditaire 
» sur les enfants issus de ces individus. » 

11 est notoire que depuis une dizaine d'années, l'alcoolisme ne fait 
que progresser et avec lui malheureusement aussi la criminalité. L'ac- 
tion de ces fléaux est accrue par la littérature pornographique qui, ii 
son tour, surexcite le système cérébro-spinal déjà surchauffé par les 
excès alcooliques. Les conséquences de ce double poison : alcool et 
lectures obscènes se caractérisent, à bref délai, par une dégénéres- 
cence morale et intellectuelle et par une dépression très accentuée 
de la force musculaire. Dès ce moment, l'individu est placé dans un 
état d'infériorité (minoris résistentiœ) qui l'oblige, en présence de 
l'intensité toujours plus grande de la lutte pour l'existence, ii sa- 







456 VII e tfONGRBS INTERNATIONAL 

crifier sa droiture de caractère et *a franchise primitive, à la ruse et à 
l'hypocrisie. C'est la période initiale : vols, faux et détournements. 

Les doses des toxiques augmentant, le stade des crimes passionnels 
se traduit par des viols et des attentats à la pudeur. Enfin la folie fu- 
rieuse met un terme par le suicide à la carrière de l'alcoolique. 

On a dit et écrit dans ces derniers temps, que dans les pays les 
plus inléodés à la tyrannie alcoolique les naissances avaient augmenté 
et les décès diminué et que les conscrits y étaient plus nombreux que 
partout ailleurs. 

Quelque paradoxal que paraisse ce fait, il est cependant fondé et on 
peut le constater dans nos villes et agglomérations industrielles. 

Mais le véritable motif consiste uniquement en ceci, qu'une nuée 
d'espagnols et d'italiens chassés de leur pays par la misère, s'abat pé- 
riodiquement dans les milieux ouvriers qu'ils désorganisent par la 
modicité des salaires qu'ils acceptent. Puis, comme ils sont pauvres et 
sobres, ils ont beaucoup d'enfants dont la bonne constitution les con- 
duit sans à coups trop brusques à la période du tirage au sort aux- 
quels ils participent qaand leurs parents se sont fait naturaliser, ce 
qui est la règle générale. Je puis citer notamment les villes de Lille, 
Amiens, Le Havre, Rouen et surtout Bordeaux, Lyon et Marseille où 
la population exotique augmente tous les ans. 

II n'en est plus de même pour les cités possédant des manufactures 
nationales : Cherbourg, Brest, Toulon, Lorient, St-Etienne, Montlu- 
çon, etc., dont les étrangers sont bannis, vu que seuls les ouvriers 
français ont le droit d'y travailler. La constitution d'un grand nombre 
de ces derniers, intoxiqués par les alcools de mauvais aloi, n'engendre 
que des enfants arthritiques ou scrofuleux qui meurent dans la pro- 
portion de 50 0/0. 

Cette situation est si vraie que dans les régions exclusivement agri- 
coles, le Calvados et l'Eure-et-Loir où l'élément étranger fait complè- 
tement défaut, j'ai prouvé en relevant sur les registres de l'état civil, 
les naissances et les décès et sur les contrôlesdes contributions indirectes, 
les débits de boissons, que ces derniers étaient en proportion directe 
des décès, crimes et délits et en proportion inverse du nombre des 
naissances. 

Dans la ville de Chartres et les deux cantons Nord et Sud on 
comptait : 

en 1880 un débit pour 95 habitants et un délit pour 113 habitants, 

en 1891 — 87* — 92 — 

en 1896 — 72 — 83 — 

en 189G — 09 — 80 — 

D'autre part, les naissances qui s'étaient élevées en 1880 a 22 °/ 
ont baissé en 1891 de 3 •/• î en *896 de 6 •/• c * «n 1898 de 8 •/. ; tan- 
dis que les décès qui étaient de 28 % en 1880 se sont élevés a 30 % 
en 1891, à 33 °/« en 1896 et à 36% en 1898 ; que les conscrits réfor- 









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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



457 



mes ou ajournés ont été de 23 à / m en 1880 ; 25 °/«o en 1891 ; 30 %o en 
1896 et de 34 •/„ en 1898. 

La même progression a été observée en ce qui concerne les filles- 
mères, les prostituées, les aliénés et les suicides. 

Les journaux officiels ont relaté dernièrement que le nombre des 
affaires criminelles jugées par les cours d'assises avaient notablement 
diminué depuis dix ans. C est encore vrai. Toutefois, je ferai ressor- 
tir, d'après les renseignements qui m'ont été fournis par M. le Pro- 
cureur de la République près le Tribunal de Chartres, qu'en vue 
d'atteindre tous les coupables, la justice convertissait de plus en plus 
les poursuites au criminel en délits correctionnels. Ainsi la cour d'as- 
sises d'Eure-et-Loir n'a eu a juger que 12 cas en 1880, 10 cas en 1801, 
et 8 seulement en 1896; alors que le tribunal correctionnel s'était 
occupé de 228 affaires en 1880, de 392 en 1891 et de 480 en 1896. 

Cet aperçu de notre société actuelle semble établir d'une manière 
indiscutable le rôle souverain exercé par le débitant cafetier ou limo- 
nadier dans la démoralisation de notre race. En effet, toute la vie de 
cette fin de siècle se localise dans les salles de café, les bars, brasse- 
ries et autres lieux bachiques. Toutes les affaires : contrats, ventes et 
achats se traitent chez le limonadier. Qu'un événement heureux ou 
malheureux : baptême, mariage ou enterrement survienne, il a ses pro- 
logue et épilogue chez le marchand de vins. Et ce qui est particuliè- 
rement néfaste pour l'avenir de notre pays, c'est la présence de l'en- 
fant à toutes ces fêtes et réjouissances ; c'est qu'il y acquiert fata- 
lement en grandissant des habitudes qu'il croit toutes naturelles. 
Aussi n'a-t-il pas encore atteint l'adolescence qu'il est déjà intoxiqué 
par l'alcool. 

J'ajoute que si du fait de l'alcoolisme la classe riche dégénère et la 
moyenne se démoralise, la situation de la classe pauvre est devenue 
déplorable. D'autre part, l'alcoolisé n'étant pas stérile lègue une des- 
cendance qui sera à son tour une charge et un souci pour l'avenir. 

En résumé, l'alcoolisme en dégradant l'individu le pousse inévita- 
blement au crime et je ne saurais trop répéter avec mon cher et vénéré 
maître, le D r Théophile Roussel, que l'alcool est le principal élément 
du paupérisme, de la folie et, d'une manière générale, de la démorali- 
sation humaine. 

Quelles mesures à prendre, quels moyens à employer pour combat- 
tre ce terrible fléau qui fait chaque année plus de victimes que la 
peste et le choléra réunis ? 

Conclusions. — J'estime que le législateur doit intervenir, d'abord 
en faisant respecter la loi du 23 février 1873 contre l'ivresse et sup- 
primer ensuite celles du 14 décembre 1875 et de 1880 ; l'une favori- 
sant les bouilleurs de crû et l'autre les débitants de boissons. 

L'attention du Parlement devra être appelée également sur l'aboli- 
tion ou du moins sur le plus grand dégrèvement possible des droits 






458 



VII e CONGRÈS INTERNATIONAL 



d'octroi et de transport des boissons hygiéniques : vin, cidre, bière, 
etc. Une pratique personnelle médicale de dix années dans les Pyré- 
nées Orientales, m'a permis de constater que V usage du vin était V an- 
tidote le plus sûr de l'alcoolisme. 

Mais je l'avoue sincèrement, le Français est sceptique, les lois glis- 
sent sur lui et ne l'atteignent que rarement. Je citais, il y a un instant, 
la loi de 1873, due ii notre émiiient Président d'houneur du Congrès. RI le 
n'est jamais appliquée par crainte de l'aggravation des peines, en cas de 
récidive. Reste l'arme la plus puissante, la plus salutaire, Vinitiativc 
individuelle , la propagande par l'exemple et par l'éducation des jeunes 
gens. A ce sujet, le Congrès aura fort à faire pour faire disparaître 
cette force d'inertie qui caractérise notre nation, car, ainsi que me l'é- 
crivait récemment mon honoré confrère, le D r Legrain : 

« Nous mourons d'inaction, nous parlons volontiers, nous écrivons 
» plus volontiers encore, mais chez nous, entre la parole et l'acte, il y 
» a une distance que les étrangers apprécient a sa juste valeur. Notre 
» tort, c'est qu'après avoir écrit et parlé, nous attendons que d'autres 
» agissent et, comme notre éducation foncièrement bourgeoise nous a 
» privés de formules d'activité pratique, nous marquons le pas. » 

Oui, nous marquons le pas, lorque l'étranger marche à toute vapeur 
dans la voie de la régénération sociale. 

En Angleterre, une Société créée par John Ester broeke, à Londres, 
compte aujourd'hui 23.000 sections et son fonds de réserve s'élève à 
plus de deux millions de francs. Des conférenciers, munis d'autorisa- 
tions spéciales, visitent les écoles, entretiennent les enfants des méfaits 
de l'alcoolisme et les chargent de faire des comptes-rendus. 

En Amérique, aux Etats-Unis, l'enseignement anti-alcoolique est 
pratique dans V2 Etats et. depuis 1886, un bill a prescrit des examens 
de fin d'année sur la tempérance. 

En France, ce n'est que depuis 189.5, qu'à la suite du discours de 



M. le.D r Lannclongue ii la Chambre des Députés que M. Poincarc, 

fmblique, aidé d'un d< 
a lutte au moyen de l'instituteur. 



alors ministre de l'instruction publique, aidé d'un de ses directeurs, 



Son successeur, M. Rambaull, reprit la tâche et institua une com- 
mission chargée de lui présenter des propositions fermes. Le rapport 
rédigé d'une façon remarquable par M. Marillier a été inséré au Jour- 
nal Officiel du 17 mars 1897 et adressé à tous les Recteurs, afin que 
les matières du programme fussent enseignées dans les écoles pri- 
maires, collèges et lycées. 

Parallèlement h cet enseignement, des hommes de cœur, des phi- 
lanthropes, des savants ont créé des Ligues, des Sociétés de patronage, 
et je suis heureux de citer l'Eure-et-Loir qui en compte actuellement*)**. 

La lutte sera intense, ne nous le cachons pas. Mais, étant donné 
que le salut de notre grande et belle nation dépend uniquement de 






• t 



CONTRE L ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



459 



l'énergie des hommes de cœur, je propose au Congrès le vœu suivant 
qui doit augmenter le nombre des combattants : 



VŒU A EMETTRE PAR LE CONGRES 



Le Congrès, considérant que les résultats obtenus dans la lutte con- 
tre l'alcoolisme par les écoles primaires, collèges et lycées, sont satis- 
faisants, 

Emet le vœu que renseignement anti-alcoolique soit obligatoire 
dans les cours d'adultes y dans les écoles régimentaircs, industrielles, 
agricoles etcommerciales, ainsi que dans les grandes Kcoles de l'Etat et 
dans toutes les Universités de France. 



/ 



M. le Président. — M. Marthaler, de Berne, a la parole sur la 
même question. 



Opfer des Alkohols in den schweizerischen Strafanstalten, 
unter den Selbstmœrdern und tœdlich Verunglûckten. 



PAR MARTHALER, PASTEUR A BERNE 



Victimes de l'alcoolisme 



Analyse. — M. Marthaler, pasteur ù Berne, après avoir fait pour la Suisse la statis- 
tique des condamnations, des suicides, des cas de mort par accidents obtient les résul- 
tai» suivants : 

1* Pour un tiers des détenus l'alcoolisme e»t lu cause initiule du délit; 

2* Les récidivistes sont pour la plupart des alcooliques ; 

3*30 •/. des suicides , 

. e ' . . , . . . \ sont causes par I alcoolisme. 

/ ,5 •/• des accidents mortels f ' 

Es sei uns erlaubt, auf die Mittheilungeu hinzuweisen, welche wir 
auf de m fûnften, dem Basler Kongress, îm Jahre 1895 zu machen die 
Rhre hatten. Prâzisiert und erweitert sind jene Mittheilungen im 3. 
Heft der « Zeitschrift fur schweizerische Statistik », 32. Jahrgang, 
1896, abgedruckt worden. 

Angaben lagen damais vor ûber 32 resp. 35 schweizerische. 
Strafanstalten, und zwar : 

i. ûber 2201 am 1. Januar 1892 in Haft befindliche Personen, in 

32 Anstalten; 

2. ûber 3142 im Jahre 1892 eingebrachte Haftlingc in 35 Anstalten, 

also . . . 5343 Strafanstaltsinsassen insgesamt. 

Die ganze Statistikberuht aufZfthlkarten, welche von denDirektoren 
der Strafanstalten àusgestellt werden. In der darauf gebauten 
Zusainmenstellung des eidgenossischen statistischen Bureaus wird 



. u » n i r ""*•> r """ t* — * 




460 Vil 4 CONGRÈS INTERNATIONAL 

besoudcrs auch nach dcn Ur sac lien der Vergehen und Vcrbrcchen 
gefragt. Dcr Trunk spiclt dabei mit eine Rolle. Indem wir aus dcr 
Gefftngnisstatistik des Jahres 1892 die F ai le mit Trunk heraussuchen, 
haben wir zu unterscheiden solche Faille, bei doncn Trunk : 

1. ganz alleiu als uiimittelbare Ursache angegeben ist ; 

2. als alleinigc llauptursache angegeben ist; 

3. als mitwirkendc llauptursache angegeben ist; 

4. als mitwirkcnde Ursache. 
So ergiebt sich folgende Tabelle. 

Verurteillc Peraonen Auf je 100 Venir te il te 

_.._^__ .^^ __ l'nmiltclbare Ur*«che der ^^_^ m ^^ ^^^ 

Ma-nncr Weibvr Pcntoocii Verbrechen Itenuer Woibcr Par#oneu 

461 1. Trunk gani ullein 

781 2. » alleinige Houpturtuchc 

537 3. m roittwirkende Huuplursuc 

— 157 157 4. » » Ursache 



437 


24 


715 


tu» 


537 


— 



1.68U 247 1.036 Fulle mit Trunk 

2.754 653 3.407 » ohne Trunk 

*■ — 



10 


3 


!l 


16 


7 


15 


> 12 


— 


10 


— 


17 


3 


38 


27 


37 


62 


73 


63 



4.443 000 5.343 Geiamtiahl aller die*er Verurteilten. 100 100 100 

In YVorte gefasst, ist das Ergebnis dieser Untersuchung folgendes : 

1" Von je 100 Strftflingen sind 37 (Mftnner 38, Frauen 27) aus- 
scltliesslich oder mit durch Trunk zu Verbrechern geworden ; 

2° Jedcr Zehnte dcr Stniflinge (Mftnner) verdankt seine Haft dem 
Trunkc ganz allçin ; gut jedcr vierte Mann (26 °/ ) kam durch Trunk 
aUein oder durch Trunk aU alleinige llauptursache in die Strafanstalt. 

In dcn Strafaustaltcn des Kantons Bern sassen am 1. Januar 1892. 
590 Personcn (455 Mftnnern, 135 Weiber.). Bei 175 Mftnnern und 24 
Frauen war Trunk als vermutliche unmittelbare Hauptursache der 
Vergehen und Verbrechen angegeben, ergiebt 33,7 °/ (Mftnner 38,5 °/ 
Frauen 17,8 / o ) : Bei eine ni starken Drittel aller Inhaftierten war 
Trunk die unmitlelhàre Hauptursache, Fassen wir die «einzelnen 8 
Strafkategorieu fur sich ins Auge, so finden wir unter den zu Zucht- 
haus verurteilten Mftnnern stark ein Fûnftel (21,6 °/ ), im Korrek- 
tionshaus schwach die llaifte (45,2 °/ ), im Arbeitshaus der richterlich 
Verurteiltenetwazwei Drittel (64,9°/ Q ),im Arbeitshaus der administratif 
Verurteilten gut die Ilftlfte (50,1 / o ) solche, die lediglich dem Trunk 
ihre Haft verdanken. 

Dièse Angaben ans dem Jahre 1892 sind wir zu ergftnzen in der 
Lage. 

1. Fur die ganze Svhwciz Zwar steht uns dafdr nicht eine jener 






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>;\-<. r >?.-—: 



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v.i - «; 



CONTRE L'ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



461 



fruhern ko n forme Gefilngnis statistik zu Gebote. Doch sind uns vom 
eidgenossischen statistischen Bureau einige werthvolle Mittheilungen 
zugestellt worden. 

In den fùnf Jahren 1892 bis 1896 sind in die schweizerischen 
Stràfanstalten der Kantone 14,612 Personen eingebracht worden, 
worunter 7815 Rûckfftllige. In den Zfthlkarten qieser Inhaftierien 
14,612 ist Trunk als Ursache der Vergehen und Verbrechen erwfthnt 
4988 mal (bei Mftnnern 4443, bei Weioern 545 mal). Die Anzahl der 
im Ganzen angegebenen Ursachen belftuft sich auf 22,763. Es ergeben 
sich daraus folgende Verhftltnisse : 



Zahl der Ursachen bei 



lltraa«*r Frauen 



ToUI 



Ursachen der Vergehen und 
Verbrechen 



Von 100 angegebenen 
Ursachen entfallen auf 



Menoer Trauca 



Total 



1.5211 
2.914 


48 
497 


1.577 
3.411 


• 

1. Trunk allein 

2. Trunk in Verbindung mit andern 
Ursachen. 

Total der Fille mit Trunk 

3. Fûlle ohne Trunk 


8 
16 


1 
11 


7 
15 


4.443 
13.930 


545 
3.8.5 


4.988 
17.775 


24 
76 


12 

88 


' 22 
78 


18.373 


4.390 


22.763 


100 


100 


100 



Unter hundert Ursachen ist Trunk durchschnittlich 22 mal vorhan- 
den, bei Mftnnern 24 mal, bei Frauen 12 mal, Trunk allein kommt 
bei Mftnnern unter 100 Ursachel. 8 mal vor, bei Frauen 1 mal; Trunk 
in Verbindung mit andern Ursachen bei Mftnnern 16 mal, bei Frauen 
11 mal. 

In Verbindung mit Trunk geben die Zfthlkarten als Ursache der 
Vergehen und Verbrechen an : 



1 Armut 

2 Œkonomische Verluste 

3 Bûrgschaft 

4 Borsenspiel 

5 Habgier 

6 Genusssucht 

7 Hass 

8 Rache 

9 Streitsucht .... 

10 Eifersucht 

11 Ausschweifung 

12 Prostitution , 



Zabi der Ur.acbeo 


bai 


ToUl 


Minn.r 


Weiber 


414 


325 


89 


20 


16 


4 


2 


2 


— 


1 


1 


— — 


109 


105 


4 


282 


166 


116 


28 


27 


1 


56 


55 


1 


302 


288 


14 


14 


13 


1 


867 


710 


157 


50 


13 


37 



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*. — 



. -■ *.' r» • .- ■ ■ . f^ V < . I - ■ 



937 


881 


56 


124 


116 


8 


74 


73 


1 


86 


83 


3 


22 


20 


2 


34 


33 


1 


63 


58 


5 


18 


18 


— — 


23 


20 


3 


*» 
3 


o 





21 


21 


— 


6 


6 


— 


2 


art 





4 


3 


1 


4 


4 




— 


— — 





462 VII 6 CONGRÈS INTERNATIONAL 

13 Trunk — 

14 Moralische Verkommenheit . . 

15 H&uslicher Streit 

16 Verschwendung 

17 Arbeitscheu 

18 Verfûhrung, 

19 Leichtsinn 

20 Vagantitat 

21 Mangelhafte Erziehung 

22 Trâgncit 

23 Arbeitslosigkeit 

24 Liederlichkeit 

25 Beschrftnktheit 

26 Dummheit 

27 Gesetzesunkenntnis 

28 Andcrc 

29 Will unschuldig sein 

30 Unbekannt 

3,568 3,064 504 

F,s muss ausdriicklich bemerkt werden, dass die vorstehenden Anga- 
ben ûber die Jahre 1892 bis 1896 uns nicht fur die Individuen vorhe- 

Ben, sondern nurauf einer Zfthlung der in den Karten angegebenen 
rsachen der Yergehen und Yerbrechen beruhen. 

Deshalb erscheinen die Prozentziflfern dieser Berechnung erheblich 
kleiner als diejenigen der frûhern. Dort hatten wir auf je 100 Verur- 
tcilte: 37 Falle. 

Die sptttere VerôtTentlichung der schweizerischen Gefâncnis- 
staiistik wird uns erst die zur Yergleichung dienlichen Fttlle lielern. 
Die 4988 Falle machen immerhin beilftufig 34 % ^ er Gesamizahl von 
14,712 aus. 

Auf einem Punkte konnen wir indess schon jetzt vergleichen. Da 
\vo Trunk als alleinige Ursachc angegeben ist, 1577 mal, sind natfir- 
lich ebenso viele Individuen zu zânlen. Dièse 1577 machen von den 
14,612 im ganzcn Inhaftierten 11 Prozent ans. Die Berechnung l'fir 
das Jahr 1892 ergab 9 Prozent. 

Art der Vergehen and Yerbrechen 

Die 4988 mal, da Trunk als Ursache erwâhnt ist, verteilen sich auf 
lolgende Kategoricn von Vergehen und Verbrechen. 
1 Vergehen u. Verbrechen gegen den Staat u. 

die Religion : 86 1,8 °/, 

davon 63 wegen Widerstand gegen die Staats- 

gewalt. 



, .< ' ■n." '« ■ ' , '-." ' '*', •. / .'..'..- • 



CONTRE L'ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 463 

2 Vergehen und Verbrechen gegen die ôflentl. 

Ordnunff : 2051 41,1 °/« 

davon 1948 wegen Arrestbruch, Landstrei- 
cherei, Liederlichkeit. 

3 Vergehen und Verbrechen gegen die Person : 999 20,0 % 
davon a) 9 wegen Verletzung der Ehre und 

Freiheit ; wegen Beleidigung 8; 
h) 399 çegen die Sittlichkeit (8%), 

davon 190 wegen Notzucht; 
c) 591 gegen Leib und Leben (12 / o ), 
davon 191 wegen schwerer Kôrperverletzung 
189 » leichter » 

Korper verletzung. 

4 Vergehen und Verbrechen gegen das Ver- 

mogen : , 1786 35,8 °/« 

davon 1522 wegen Diebstahl und Unter- 
schlagung 

124 wegen Betrug und Untreue; 

5 Gemeingcfohrliche Vergehen und Verbrechen: 66 1,3 % 
von 62 wegen Brandstiftung. 

Total 4988 100,0 % 



davon 



Zur Vergleichung fûgcn wir bei, dass die Zahl derjenigen H#ft- 
linge, die sich am 1. Januar 1892 in den schweizerischen Strafanstal- 
ten wegen Vergehen und Verbrechen gegen das Vermogen befanden 
40 (l /ot der im Laufe des Jahres 1892 Eingebrachten 49 °/„ ausmachte. 
Die entsprechenden Zahlen fur Verbrechen und Vergehen gegen die 
Sittlichkeit waren : 12 •/„ und 9°/ D ; gegen Leib "nd Kcbcn 14 °/ und 
8 % ; gegen die ôffentliche Ordnung 21 % und 24 %. 

2. Fur den Kanlon Baselland (62133 Seelen Bevolkerung in Jahre 
1888). — Herr DirektorBlocher in Basel untersuchte die Zahlkarten der 
Strafanstalt des Kantons Baselland der Jahre 1892-1895. Es bctral 
dies 806 Strftflinge (726 Mftnner und 80 Weiber). Davon waren 195 
Personcn (187 Mftnncr, 8 Weiber), bei welchen Trunk allcin als die 
Ursache des Vergehens oder Verbrechens angegeben war = 24 °/ , bei 
den Mitnnern 26 °/„. Die Zahl derjenigen FâUe, bei welchen Truhk, 
sei es als alleinige oder als mitwirkende Ursache angegeben war, 
belief sich auf 290 oder 36 °/ (Mftnner 276 = 38 %, Weiber 14 = 17,5 •/. 
aller Weiber). « Demnach ist in unserm Kanton, » so sagt Herr Blo- 
cher « in den genannten vier Jahren je der dritte Verurteilte durch 
Trunk und andere Ursachen zu seinem Delikt gekommen, und je der 
vierte und fùnfte durch Trunk allein ». 

Von 323 Rûckfftlligen waren 37°/, Trinker, von 484 erstmals Be- 
straftenbloss 34°/ Q . Vonsftmtlichen 290 in vier Jahren zur Haftgebrach- 



»*<-*,'■ ■♦*. \'« 



Vli nH»^ * -«r <j 



464 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

ten Trinkern waren 121 oder 42 % rûckfftllig, wfthrend von den 516 
als Nichttrinker bezeichneten bloss 38 °/ c rûckfftllig waren. ' 

Ihr Réfèrent fand unter den 3142 im Jahre 1892 in der Schweiz 
inhaftierten Personen rûckfftllig 

durch Trunk 17,2 °/ (Mftnner 19,5 %) 

ohne Trunk 35 °/ ( « 31 %) 

erstmalig Verurteilte 47 °/o ( « 48,6 °/o) 

Unter den 1638 Rûckfftlligen 

fand ich 33 % Trinker (Mftnner 37,9 %) 

von 100 Trinkern waren 56 rûckfftllig, 
von 100 Nichttrinkern bloss 50. 

« Die Trinker sind dem Rûckfall besonders unterworfen, » sagt 
llerr Blocher. Im Jahre 1892 waren von den Trinkern 11 einmal, 
5 zweiuial, 7 drcimal und 8 vier=und mehrmal als rûckfftllig vcrur- 
teilt. » 

Von den 290 Trinkern fanden sich 41 mal Vater oder Mutter dem 
Trunk ergeben, 14°/o« 

In Bezug auf die Art der Vergehen und Verbrechcn fand Herr 
Blocher 39 °/« Korpcrverletzungen, 22 °/ Diebstfthle, 10°/o Unsitt- 
lichkcit. Die Totaldauer der ausgesprochenen Haftstrafen betrug 
64,070 Tage, « mit andern Worten : Wâren die 290 Mânner und 
Frauen nùchlern geblieben, so wâren die 195 davon sicher nichl, die 
nbrigen 95 wakrsckeinlick nicht in die Strafanstalt gekommen. Die 
Anstalt hfttte im Ganzen 64,070 Verpflegungstage weniger gehabt. 
Rechnen wir den Verpflegungstag rund zu 50 cent., so verursachte 
der Trunk in den vier Jahren dem Staat eine Kostensumme von 
Fr. 32000 — oder per Jahr F. 8,000. Dièse Summe reprftscntiert 
aber bei weitem nicht den ganzen Schaden. 

Fur die Àngehôrigcn der Strftflinge hatten in vielen Fftllen die 
Armenpllegen zu sorgen. Dazu kommen der Kummer, die Thrftnen, 
die Sorgen und ail das leibliche und seelische Elend, das jene 
Unglûcklichen ûber sich und andere brachten. » 

3. Die SelbsUnorde in der Schweiz. — Im Mittel der Jahre 
1884 — 1893 fanden in der Schweiz im Ganzen nach Angabe des 
« Sanitarisch = demographischen Wochenbulletins der Schweiz » 
(herausgegeben vom schweizerischen Gesundheitsamt und vom 
eidgenôssischen statistischen Bureau) jfthrlich650 Selbstmorde statt. 
Das Bulletin giebt Seite 706 des Jahrganges 1897 die Ursachen der 
Selbstmorde un Jahre 1896 an. Die Gesamtzahl der Selbstmorde 
betrug in diesem Jahre 690 (585 Mftnner und 105 Frauen). Die Tabelle 
enthielt Nachweise ûber 423 Mftnner und 179 Frauen (502 Personen). 
Bei den ûbrigen 188 war die Ursache nicht ermittelt. Wir finden 
dort heraus : 

Ursachen der Selbstmorde, Fftlle mit Trunksucht : 



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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



465 



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Minner Frauen 



Pertonen 



1 Korperliche Leiden und Gefrrechen .... — 

2 GeUteskrankheiten : 

Melancholie und Trunksucht. ........ 7 

Dementia und Trunksucht 1 

3 Leidenschafïen : 

Unglûckliche Liebe und Trunksucht. . . 2 

4 Las ter : 

Trunksucht, Trunkenheit 102 

Trunksucht, moralische Verkommen- 

heit, Arbeitsschen 6 

5 Frauer : 

Ueber Verlust von Ehegatten und 

Trunksucht 1 

6 Kummer : 

Zerrùttete Vermôgensverhftltnisse und 

Trunksucht 12 

Kûndigung der Anstellung wegen 

Trunksucht 1 

Armut, Elend, Nahrungs = und Fami- 

liensorgen mit Trunksucht 3 

Unglackliche Familienverhttltnisse und 

Trunksucht 4 

Ohne nfthere Angabe Trunksucht .... 1 

7 Reue und Scham : 

Furcht vor Strafe nach strafbaren 

Handlungen und Trunksucht, 2 

Im Gefilnffnis, Alkohol erwfthnt 1 

Uebertriebene Furcht vor Strafe und 

Trunksucht 2 

8 Aerger und Streit: 

H&uslicher Streit und Trunksucht. ... 7 

9 Lebensûberdvuss : 

Lebensûberdruss und Trunksucht. ... 1 

Total 153 

; Minntr Proienl 

Falle mit Trunksucht 

und Alkohol 153 36,2 

« ohne « « « 270 63,8 

Total 423 100 



1 



1 



2 

Pertonen 

155 
347 



7 
1 



103 
6 



1 



12 

1 

3 

4 
1 



2 
1 



502 



1 
155 

Proient 

30,9 
69,1 

100 



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4GG VII* CONGRES INTERNATIONAL 

Bei 102 M&nnern und einer Frau ist « Trunksucht, Trunkenheit » 
als alleinige mutmassliche oder bekannte Ursache angegeben. Fur die 
Mfinner ergîebt dies eine Verhttltniszahl von 24, 1 Prozent.' 

Aus den gcwoiinenen ZifTern lolgt, dass 36,2 Prozent der M&nner 

— Stark ein Dritlel — unter Mitwirkung des AUcohols, 24, 1 Prozent 

— naliezu ein Viertel — durch Alkohol allein zum Selbstmord getrie- 
bcn worden sind. Dièse Zahlen sind als minimale zu beirachten ; 
denn unter dem 169 Geisleskanken waren doch wohl auch solche, 
deren Geisteskrankheit unter Mitwirkung des Alkohol» crzeugt war. 

4. \ erunglftcknngen mit tôdlichen Ausgange, so wie TodesfdUe durcit 
Zitfall und Unvorsichtigkeit. — Das gleiche « Sanitarisch = demogr. 
Wochenbulletin der Schweiz » berichtet ûber 1744 Ffille von todli- 
chcr Verunglûckung im Jahre 1896. Wir heben diejenigen Ffille 
heraus, welche die Bemerkung « in berauschtem Zustande » tragen 
und fasseu das Ergebnis in folgender Tabelle zusammen : 

ZAHL DER IN BERAUSCHTEM Zustande 
tôdlicli Verungluckten nach Gruppen : 

Auf «00 Veruntlftckte 
Art de. Unr.II. »•"»•<»•» *•«■•« j^,, Vn. iglOcM. 

Mmaer Fraucn ToUl Ma?an«r Frauea ToUI Mcaaer Frao«n ToUl 

1 Stun 479 89 568 57 10 67 11.9 11.2 11.8 

2 Ertrinken 290 72 362 30 2 32 10.3 2.3 8.8 

3 Ueberfahren 131 27 158 4 1 5 3.6 3.7 3.2 

4 Durch Maschinen 27 1 28 2 — 2 7.4 — 7.2 

5 Verbrennung 63 99 162 2 — 2 3.2 — 1.2 

6 Eraticken 65 21 86 8 1 9 12.3 4.8 10.5 

8 ErtchUgcn 79 6 85 1 — 1 1.3 — 1.2 

9 Yergiftung 21 5 26 2 1 3 9.5 20 11.5 

31 Erfroren 18 3 21 7 1 8 39 33.3 38 

22 Unbeatimmt 5 1 6 2 — 2 40 — 33.3 

Andere Arien 207 35 242 — — — — — — 

T«U 1 1385 359 1744 U5 16 131 8\3 4.5 7.5 

Als Ergebnis der vorausgehenden Untersuchungen darf festgestellt 
werden : 

1 Bei wenigstens einem Driitel aller schweizerischen Strafanstalts = 
insassen ist Trunk als unmitielbare Ursache im Spiele. 

2 Bei einem Zehntel derselben ist Trunk alleinige unmiitclbare Ursa- 
che, bei einem Viertel alleinige Ilauptsursache. 

3 Die Trunksucht begfinstigt erheblich die Rûckfalligkcit der 
Verbrccher. 

4 An jedem dritten Selbstmord ist der Alkohol schuld. 

5 Von 1000 tôdlichen Verunglûckungcn fanden 75 « in berauschtem 
Zustande » statt. 



CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 467 

M. la Présidant. — Notre ordre du jour appelle les rapports sur les 
questions d'économie sociale. 

La parole est à M. le D r Brunon sur les conséquences de l'alcoolisme 
sur l'industrie, à Rouen. 



L'alcoolisme ouvrier an Normandie 

FAB M. LE D r BAOUL BRUNON 
Directeur de l' Ecole de médecine de Roues, correspondent de l'Acedémie de médecine. 



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La ville de Rouen consommait, en 1830, 5,000 hectolitres d'alcool 
ur 9 soit 6 litres par tète. En 1897, elle en a consommé plus de 
7,000 hectolitres, soit 16 litres par tète, en chiffres ronds ( . En 1830, 
la consommation de l'alcool pur était, dans la Seine-Inférieure, de 
35,000 hectolitres. En 1897, la consommation a été de 117,000 hec- 
tolitres. Et ces chiffres n'expriment qu'une partie de la vérité. Ce -sont 
les chiffres officiels. Ils ne tiennent pas compte de la fraude qu'il est 
impossible d'apprécier, grâce au privilège des bouilleurs de cru. 

On s'imagine encore que les Normands boivent du cidre. Le cidre 
n'existe plus au cabaret de village, ou au débit de la ville. Il est relé- 

é maintenant chez le petit bourgeois sobre ou chez le propriétaire 
e la campagne. 

La ville de Rouen consomme annuellement beaucoup plus de mau- 
vaise eau-de-vie de betteraves, de grains, de mélasse, qu il n'est fabri- 
qué d'eau-de-vie dans toute la France *. On peut citer une rue de Rouen 
où, sur 150 maisons, on trouve plus de 75 débits. Rouen possède un 
débit pour 60 habitants. Le nombre total des débits est de 1.729 pour 
113,000 habitants. 

Le Havre, Caen, Dieppe, Elbeuf, Lillebonne, n'ont rien a envier à 
Rouen. À Lillebonne, qui n'est qu'un petit centre, la consommation 
de l'alcool pur dépasse 19 litres par habitant. Dans le département 
de la Seine-Inférieure, on rencontre un débitant pour 67 habitants. 

Dans le Calvados, la consommation de l'alcool est encore plus éle- 
vée. En basse Normandie, le D r Rabodanges estime que chaque habi- 
tant de la région (Orne) consomme 43 litres d'eau-de-vie de cidre. 

Aux personnes que la grande question de l'alcoolisme en France 
intéresse, je ne saurais trop recommander la lecture très suggestive 
de la thèse de M. Tour dot, ancien élève de l'école de Rouen, et qui 
a recueilli dans la ville même les documents et matériaux de son 
travail. 

» Seine-Inférieure : en 1SJ0. 34,746 hectolitre*; en 1S97. U6,&72 hectolitres. Rouen : en 
1SS0. 4.81S hectolitres; en 1SS7. 17,513 hectolitres. 
« TotnDOT, Th>$* de Pmris, 1SS6, Ollier Henry. 



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468 VII 9 CONGRES INTERNATIONAL 

Alcoolisme des ouvriers de la ville. — Du samedi soir au lundi, les 
vieilles rues de Rouen offrent un spectacle attristant. On ne peut pas 
parcourir 100 mètres sans rencontrer un ivrogne titubant, au milieu 
de l'indifférence générale. Tantôt il est seul, tantôt il est soutenu par 
un camarade ou accompagné patiemment par sa femme. C'est le plus 
souvent un ouvrier qui a déjà bu une grande partie du salaire de la se- 
maine. J'ai vu souvent des vieillards horriblement ivres s'accrocher 
aux murs et suivis ou précédés de leurs fils ou de leurs petits-enfants 
qu'un tel spectacle ne scandalise nullement. 

Pendant la nuit du samedi au dimanche, et jusqu'au petit matin, des 

(groupes d'ouvriers vont de cafés en cafés. Ils tapotent discrètement à 
a porte entrebâillée. Les agents ferment les yeux. Un d'eux, en haus- 
sant les épaules de pitié, disait aux noctambules : « Vous n'en avez 
donc pas assez? » il était deux heures du matin. Le dimanche matin, 
il suint de parcourir la ligne des quais, en particulier celle des « quais 
du Havre », pour trouver à la porte des « caboulots » des hommes 
ivres-morts couchés le long des murs. 

Le lundi soir, c'est autre chose : des groupes descendent des hau- 
teurs de Rouen : le Champ-des-Oiseaux, le Mont-Fortin, les Trois- 
Pipes. Ils crient h tue-tète des chansons sentimentales. Le père, la 
mère, les enfants, les amis se tiennent par les bras, se remorquent 
les uns les autres et titubent en bloc. Les ivrognes du samedi chan- 
tonnent ou jurent, suivant leur tempérament; ils ont bu ignoble- 
ment chez les débitants de la ville. Les autres ont « fêté » dans 
les cabarets champêtres de la banlieue. Tous ont bu lés mêmes 
poisons : le fil en quatre ou le fil en six pour les riches; les apéritifs, 
l'eau-de-vie vulgaire et autres boissons infernales décorées de noms 
pittoresques. 

Un dimanche soir, vers neuf heures, un homme proprement vêtu 
titube largement en descendant la rue de la République, à la hauteur 
de Saint-Maclou. Ses sept enfants se tiennent par la main, et il donne 
lui-même la main au plus âgé. Cette file d'enfants le suit dans ses 
évolutions, comme une queue de cerf-volant. Les passants sont nom- 
breux. Personne ne s'émeut de ce spectacle. 

Voila ce que les habitudes locales d'alcoolisme laissent voir a la 
superficie. Si l'on cherche à aller un peu au fond des choses, on 
s'aperçoit immédiatement que parmi les ouvriers des villes, il faut 
établir plusieurs catégories : les plus intelligents, les ouvriers de 
l'imprimerie, par exemple, ne se grisent pas ostensiblement, « ils 
s'imbibent » sans scandale, comme les employés. Us boivent de pré- 
férence l'absinthe, les amers, les apéritifs et les autres boissons « dis- 
tinguées ». 

Ouvriers du fer et du feu. — Les chauffeurs, forgerons, mécani- 
ciens, chaudronniers, boivent beaucoup plus franchement, et leurs 
habitudes d'ivrognerie sont lamentables. Dans un atelier qui occupe 






CONTRE L V ABUB DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 469 



1 



150 ouvriers, le patron n'en connaît que cinq qui soient susceptibles 
d'être envoyés en ville, chez les clients de la maison, pour moijer ou J 

réparer quelque machine. Et encore ne faut-il pas les envoyer en 
dehors de Rouen. A la campagne, hors de surveillance, ils succom- 
bent et abandonnent le travail. , 

Dans ce même atelier, un homme ne buvait pas, quoique venant du 
Nord; il a dû abandonner Rouen ; ses camarades lui rendaient la vie 
insupportable et le frappaient. Un autre est ivre h jour fixe, le lundi. - ' 

Une semaine de fêtes, il but tant et si bien qu'il perdit la notion du 
temps et arriva à l'atelier un lundi « sain d'esprit » ; sur la remarque 
qu'on lui en fit, il abandonna immédiatement le travail pour aller 
boire. Un autre, le meilleur ouvrier et le plus adroit, celui auquel on 
confie les travaux difficiles, « ne désaoûle jamais ». 

Dans un établissement, sur 200 ouvriers, 15 sont relativement so- 
bres. Les autres ne peuvent pas « faire cinquante mètres dans la rue 
sans s'arrêter au débit pour boire. » Un d'eux m'est cité comme ne . f 

pouvant venir h l'atelier et ne pouvant en sortir sans être accompagné : i 

de sa femme comme un enfant. Sans cette précaution, il ne rapporte- ,î 

rait pas un franc pour la famille. Un autre encore gagne- 5 fr. 75 par * 

jour, et depuis deux ans, il n'a déclaré chez lui qu'un salaire de4fr.50. J 

La différence s'ajoute à ce qu'il prélève chaque jour sur son salaire u 

pour boire chez le débitant.' 

11 faut lire, dans la remarquable thèse de M. Tourdot, les obser- 
vations quMI a pu faire sur ce sujet. Il a vu vendre, chez un débi- 3 
tant voisin d'un grand atelier, jusqu'à 150 « apéritifs » en dix 
minutes. 

Voici un type : Philippe M..., maréchal ferrant, meurt h 37 ans, 
dans le delirium trcmens. Depuis deux ans, il prend un litre d'eau-de- 
vie aux repas. Il emporte un demi-litre dans sa poche pour le travail. 
Entre temps, il prend 7 ou 8 absinthes par jour. 

Aucun de ces ouvriers n'est misérable. Us peuvent se bien nourrir. 
Ils boivent quand même. Les mécaniciens et les chauffeurs des che- 
mins de fer appartiennent à ce même groupe, ils en sout même l'élite. 
Gagnant de gros salaires (3,600 fr. par an environ), ils vivent bour- 
geoisement et ne se privent de rien; cela veut dire, en style du pays, 
qu'ils prennent un café bien « consolé », bien arrosé d'eau-de-vie. Les .$ 

provisions nécessaires pour le voyage sont contenues dans un panier 
et comprennent de 500 grammes à un litre d'eau-de-vie ou de rhum'. 
Vins et boissons sont consommés en route à des endroits déterminés 
et invariables. Arrivés à destination, les mécaniciens, les chauffeurs et 
les conducteurs du train ont un rendez-vous dans un café où ils pren- 
nent des liqueurs telles que le cassis, le rhum, le cognac et quelque- 
fois du vin. 

Beaucoup de mécaniciens sont alcooliques. Ce sont des alcooli- 
ques gras, replets, luisants, parce qu'ils mangent bien tout en 
buvant. 

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470 VU 9 CONGRES INTERNATIONAL 

Au point de vue social, leur alcoolisme peut avoir des consé- 
quences terribles. Les troubles de la vision, le daltonisme, les hal- 
lucinations, le délire, peuvent apparaître tout à coup chez ces al- 
cooliques. 

En décembre 1885, un mécanicien alcoolique conduisait un train 
sur la ligne de Cherbourg. Tout à coup, il arrête le train en rase cam- 
pagne. Les conducteurs accourent et le trouvent délirant : il voit un 
château dressé devant sa machine en travers de la voie. Comme il ar- 
rive toujours, rien ne peut le convaincre de son erreur. 

Vers le tO décembre 1884, le chauffeur M... dirigeait avec le mé- 
canicien L... un train de marchandises du Havre à Paris. Le traindoit 
stationner quelque temps h Bolbec-Nointot. Le mécanicien confie la 
surveillance de la machine au chauffeur et se rend au café avec les 
conducteurs, suivant l'usage. Tout à coup, le chauffeur est pris d v un 
accès de folie, il ouvre le régulateur, le train part à toute vapeur et 
l'homme se couche sur le tablier de la machine. Malgré les signaux, 
il traverse ai toute vitesse la première gare. Heureusement, sa machine 
n'étant plus « alimentée », les organes de protection et de sûreté lais- 
sent échapper la vapeur et le train vient « mourir » aux -abords de la 
gare d'Yvetot. Le chauffeur se montra indifférent à tout ce qu'on put 
lui dire, il ne répondit que par un sourire stupide et des paroles in- 
cohérentes. Près de lui, on trouva une bouteille d'eau-de-vie, vide en 
partie et cachée dans un coffre. 

En mai 1885, le mécanicien V... exécutait une manœuvre dans la 
gare du Havre. Sans s'inquiéter des coups de « sifflets » ou sans 
en comprendre la signification, il emmène son- train sur Har- 
fleur, puis sur la section de Montivilliers, où il fut arrêté par des 
agents. 

Sur la section de Lillebonne à Beuzeville, puis plus tard sur celle 
de Beuzeville a Fécamp, un mécanicien M... fut signalé comme fran- 
chissant les gares sans s'y arrêter. H dut être révoqué. Ses dépenses 
s'élevaient ii une moyenne de 180 francs par mois dans un seul res- 
taurant. La note du cabaretier contenait les détails suivants : 1 er fé- 
vrier, deux litres dejambinet; 25 février, un litre de rhum, etc. Le 
jambinet ou postillon est un mélange d'une partie de café pour cinq ou 
six parties a eau-de-vie, le tout chauffé ensemble. 

Vers 1886, le nommé G..., mécanicien, a été mis h la retraite pour 
troubles de la vision imputables à l'alcoolisme. Il était incapable d'ob- 
server les signaux. 

Un autre mécanicien, S..., dut passer du service des trains de 
voyageurs ii celui des trains de marchandises. Atteint de tremblement 
alcoolique, il faisait manœuvrer irrégulièrement le robinet à trois 
voies : de là, des irrégularités dans la marche du train, qui s'arrêtait 
sans raison apparente 1 . 

1 Ces observation» de mécaniciens alcooliques ont été recueillies par M. Tourdot. 



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CONTRE L V ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 471 . '- 

Il n'est pas rare de voir des mécaniciens et des chauffeurs descen- 
dre aux fonctions de nettoyeurs. Leur affaiblissement intellectuel ne 
permet plus de leur confier un service important. 

» 

Ouvriers du bâtiment. — Voici ce que fait couler d'eau-de-vie la .' 

construction d'un chalet à X. : 60 hommes sont employés. Le plus .^ 

âgé a 54 ans, le plus jeune 16. La plupart ontde 20 à 30 ans. Tous boi- £ 

vent. Et, pour exprimer leur résistance, ils disent : « Nous avons une « 

bonne « chervelle ». Us mangent peu : un hareng saur, du pain et du 
beurre. Tous les jours ils sont éméchés. Il faut dire que la plupart 
sont picards et non normands. Bons ouvriers d'ailleurs et supérieurs 
aux ouvriers de Rouen. Leur travail est « propre », ils sont ambitieux 
et <c curieux de leur ouvrage ». 

Que boivent-ils? — Des bistouilles, 30 ou 40 bistouilles par jour. 
Une bistouille est une tasse de café avec deux grands verres d'eau-de- 
vie, le tout mélangé. C'est le jambinet des mécaniciens du chemin de / 
fer. 

Un chef, homme de 40 ans, boit une absinthe et un litre de ver- 
mouth de 6 heures à 9 heures du soir. Le cafetier lui tient compagnie. 
Ils ne sont pas ivres mais méchants et « vous tueraient pour deux 
sous » dans un moment d'exaltation. Dans la journée, ils ont bu vingt 
bistouilles. 

Un très bon ouvrier de 26 ans frappait son père h coups redoublés 

au and l'entrepreneur a dû intervenir. Pas un compagnon ne bougeait; 
s faisaient semblant de ne pas voir. 

Les femmes boivent autant. Une femme et son mari apportent de la 
brique. Us conduisent chacun un cheval et font 4 kilomètres h chaque 
voyage. La femme boit autant de bistouilles que le mari. Leur abru- 
tissement est tel que, pour les heures supplémentaires, ils prêtèrent 
boire une bistouille que de toucher 18 sous de plus que leur salaire. 

A Rouen, dans toute escouade de platrierè, le manœuvre, âgé de 13 
ii 14 ans, est obligé déverser 20 centimes chez le cabaretier voisin, 
comme les compagnons; et c'est lui qui, deux fois dans la matinée, 

Jnatre fois dans 1 après-midi, fait un voyage au cabaret pour apporter 
u « tout-ensemble » (café et eau-de-vie). 
Voici le résultat d'une enquête faite dans un alelier de menuiserie 
d'une grande ville de Normandie : cinquante ouvriers, tous boivent 
sauf un qui est un ouvrier exceptionnel et que je connais depuis dix 
ans. Le contre-maître, type du brave homme, boit plus que les autres. 
On boit du champoreau (café sucré et eau-de-vie). L'homme de peine 
sort dix fois par jour; chaque fois, il rapporte une bouteille de cham- 
poreau et un verre renversé sur le goulot de la bouteille. La bouteille 
voyage dans tous les coins de l'atelier. On fait semblant de ramasser 
un morceau de bois, on se baisse et on avale un verre sans dire un 
mot, froidement. 
• Le contre-maître gagne 200 francs par mois. U a 700 francs de det- 



"■*-"-*;;.*' ' - - '. ~* «■.-.!•'.*■ ■»-,-■ 







472 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

tes chez le cabaretier d'en face. Il voit d'un mauvais œil l'ouvrier qui 
ne boit pas et lui réserve « les mauvais ouvrages». Quand un compa- 
gnon Tait un « loup » (une erreur), le contre-maître ferme les yeux si 
on va chercher un « tout-ensemble ». 

Chaque ouvrier met 25 centimes h la masse, ce qui fait une douzaine 
de francs au total. Chaque bouteille ambulante Je l'atelier contient 
un sou de café, deux sous de sucre, dix sous d'eau-de-vie. Le « tout- 
ensemble » est insuffisant pour le contre-maitre. Il ne le sent plus. 
Il le lui faudrait h poivré », dit-il. 

Terrassiers. — Je donnerai ici le résultat d'une enquête faite chez 
des entrepreneurs de grands travaux de terrassements. 

1° Sur un nombre x d'ouvriers, combien pour 200 sont arrêtés dans 
leur travail par les excès de boissons faits le lundi ou les autres jours ? 

Parmi des ouvriers soumis à un travail pénible et devant exciter la 
soif, le total des journées perdues en 1898 est le double de ce qu'il 
était en 1870. Cependant le travail est le même et il est mieux rému- 
néré. 

Parmi les ouvriers travaillant h l'usine, trois ou quatre sur vingt 
manquaient le lendemain des jours de paie, en 1870. En 1898, Ta 
moyenne des manquants est de douze. 

Parmi les terrassiers travaillant en plein air, le déchet est beaucoup 
moindre, il est de 5 h 10 p. 100 environ. 

L'alcoolisme augmente dans de telles proportions que, dans trois 
chantiers, des ouvriers arrivent à perdre par quinzaine après chaque 
paie, trois, quatre et cinq jours. 

Les terrassiers ne commençaient pas leur travail autrefois sans avoir 
mangé une soupe préparée par leur femme avec des légumes récoltés 
par eux, ce qui leur coûtait peu de chose. Aujourd'hui, ils vont tout 
d'abord chez le cabaretier prendre un ou plusieurs verres d'eau-de- 
vie. 

Un entrepreneur me dit : « Par l'excitation momentanée Qu'ils y 
» trouvent, ils se croient devenus plus forts. Il y a là certainement . 
» une action physiologique à la suite de laquelle ils se trouvent comme 
» grandis a leurs propres yeux. Ils se sentent plus audacieux, entre- 
» prenants, impertinents même, et ils croient s'être élevés au-dessus 
» de ce qu'ils étaient. 

» Le nombre des cabarets dans mon village est -de 6 pour 650 habi- 
» tants, soit le double de ce qu'il était il y a trente ans, et la popula- 
» tion est restée stationnaire. » 

Les remarques qui précèdent concordent parfaitement avec les nô- 
tres; l'ouvrier commence sa journée par boire, en mangeant quelque- 
fois un morceau de pain. Cela s'appelle casser une croûte, avaler une 
mitrailleuse, un chasseur, un kolback, sifller une blèche, souiller une 
chandelle (Tourdot). A Paris, on dit « tuer le ver ». Les cabarets pul- 
lulent à Rouen. La tentation est trop forte. On prend un verre chez 







l*était pat moins, l'alcool l'a supprimé. On dit que le célèbre faubourg 



de Dieppe avait été créé par des colons vénitien». Ce qui est vrai, c'est 
que l'ancien Polletais avait l'aspect, la coiffure et, en partie, le costu- 
me des anciens Vénitiens. Ce type a disparu. L'étranger et le bai- 
gneur ont apporté l'argent et la corruption. Le dur métier de pécheur 



i 



CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 473 

ceux qui sont sur la route. Au cabaret voisin du chantier ou de l'ate- * 

lier, tous se rassemblent pour trinquer ensemble. 

« La coterie s'amasse » et, sous peine de se voir exclu de l'associa- 
tion, chacun paie sa tournée de rhum ou de cognac, sans aucune hési- ;1 
tation. Ils sont dix, dix tournées. En entrant au chantier, ils sont déjà * 
« émus ». Et malheur à celui qui « regimberait » et ferait bande a 
part. 

Matelots. — Les ravages de l'alcoolisme sont tels parmi les marins 
normands, que des armateurs de Rouen auraient eu avantage à embar- 
quer des matelots étrangers (norvégiens), et à naviguer sous pavillon 
norvégien. L'armement esjt moins cher dans ces conditions, la paie des 
hommes est moins élevée ; et, par contrat, il est stipulé qu'elle devra 
être envoyée dans la famille du matelot aux frais de l'armateur. 

Il est important de remarquer que des armateurs ont songé a em- 
ployer des étrangers et à abandonner, par conséquent, les avantages 
concédés au pavillon français, sous forme de primes à l'armement et a 
la navigation. 

Les matelots qui partent des ports normands pour la pêche d'Is- 
lande ou de Terre-Neuve emportent avec eux de l'eau-de-vie sans payer 
de droits. Grâce à cette incroyable tolérance, les femmes des matelots 
peuvent, au moment du départ de leurs hommes, s'approvisionner 
d'alcool à un prix infime. C'est la prime a l'empoisonnement. A Saint- 
Valéry, l'eau-de-vie coûte ainsi 40 centimes le litre. 

Dans les ports, le patron des bateaux est relativement sobre, il s'abs- 
tient pendant qu'il est sous les. yeux de l'armateur. Il a soin de faire 
sortir les bateaux le matin pour que les hommes soient « récents ». 
Le soir, ils sont tous ivres. En mer, les matelots boivent moins qu'à 
terre. Pour le patron, c'est le contraire. 

A Fécamp, on arme pour la grande pêche des mers du Nord, sur- 
tout pour la pêche du hareng, pour Terre-Neuve et l'Islande. 

Les hommes ne touchent leur paie qu'après la campagne finie. Ils 
sont donc forcément et relativement sobres. 

A Trouville, on fait « la pêche fraîche », c'est-à-dire que chaque 
jour les bateaux apportent à quai le poisson et touchent leur paie im- 
médiate et proportionnelle aux résultats de la vente du poisson. Ils 
boivent tout. C'est au Havre qu'ils abordent, au grand quai. Or, de la 



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474 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

a été abandonné; les patrons de barque ne veulent plus de Polie tais, 
ce sont des « propres à rien ». Le Pollctais est devenu sédentaire, pa- 
resseux, alcoolique. Ceux qui pèchent encore se servent de bateaux h 
vapeur. Le vrai matelot a disparu. 

Telle est la déposition attristée d'un vieux loup de mer. Et il me 
désigne un ancien matelot devenu journalier, « bricoleur ». Pour sa 
femme et lui, il acheté, par an, de 7 h 800 francs d'eau-de-vie qu'ils 
consomment tous deux « en brûlot ». -v 

Ouvriers des t/nais. — M. Tourdot a étudié avec un soin spécial une 
autre catégorie d'ouvriers, ceux du port, « les Soleils », coVnme on 
les appelle a. Rouen. H n'a pas craint de se mêler à eux chez |e caba- 
reticr pour les mieux observer. Mais tout Rouennais peut voir, dans 
les débits spéciaux que fréquentent « les Soleils », cette masse grouil- 
lante d'hommes déguenillés qui se pressent le long des comptoirs de 
zinc tandis que les femmes attendent ii la porte avec les enfants. Je ne 
connais rien de plus révoltant pour un médecin, c'est-à-dire pour un 
homme qui sonnait la misère des malheureux, que le spectacle de ces 
êtres buvant et s'agitant entre le débitant qui trône au comptoir et 
touche l'argent, et le groupe de femmes qui semblent mourir de faim, 
sur le trottoir, à la porte de la boutique. 

(les ouvriers se recrutent dans toutes les professions, depuis le co- 
cher jusqu'à l'ancien étudiant, en passant par l'employé de bureau. 
Ils n'ont pas de domicile, le plus souvent, ils couchent l'hiver dans les 
wagons à marchandises et l'été sous les meules de foin des prairies 
voisines. Quelques-uns couchent pêle-mêle dans des bouges de la 
ville ; moyennant quatre sous, on les enferme dans des espèces de dor- 
toirs où ils dorment au milieu de leurs déjections. Dans le vieux 
Rouen, existait, dit M. Tourdot, un hôtel qui était le modèle du genre; 
« les Soleils » l'appelaient « l'hôtel de la Puce qui renifle ». Le prix 
de la nuit y était de deux sous. Ils gagnent de cinq a sept sous par 
heure et ne travaillent que pour boire. Ils ne dépensent pas plus de 

uatre ou cinq sous pour la nourriture, tout le reste passe aux mains 

u cabaretier en échange de boissons terribles. 
Parmi les ouvriers du port, il faut citer comme formant une élite, 
les charbonniers. Les Soleils travaillaient a l'heure ou a la demi- 
heure, juste de quoi gagner pour boire. Les charbonniers travaillent à 
la journée. Ce sont souvent de beaux hommes musclés, d'une force et 
d'une agilité remarquables. On peut les voir sur les quais émerger 
uu à un de la cale des bâtiments, portant le sac de charbon sur 1 é- 
paule gauche et l'apportant au pas gymnastique, dans le tas a quai. 
Ils peuvent gagner 8 à 12 francs par jour. Ils se nourrissent assez 
bien, ils boivent du café cinq ou six fois par jour avec vingt centimes 
d'eau-de-vie chaque fois. Relativement sobres pendant le jour, ils se 
« grisottent » tout le soir et quelques-uns boivent chaque soir ce qui 
leur reste de leur paie. Ils sont âgés de vingt-cinq à trente-cinq ans 



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CONTRE L ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



475 



et la moitié d'entre eux ont un ménage. Après quelques années de leur 
régime, les forces ont diminué, ils ont l'aspect de vieillards rabougris 
et tombent de l'aristocratie qu'ils représentaient dans la catégorie in- 
férieure « de la grande et de la petite carue » dont nous avons parlé 
plus haut. 

Nous avons vu les femmes attendre leur homme ù la porte du débit. 
A la longue, l'attente les fatigue ; elles entrent et finissent par boire 
comme Gervaise avec Coupeau. Il y a nombre d'ivrognesses parmi 
elles. On peut les voir « abruties, muettes, immobiles dans un coin 
du débit comme des statues, puis chancelant tout d'une pièce, les plus 
ivres soutenues par les autres qui leur servent de supports *. » 

Il faut faire une remarque à l'actif des « Soleils » dont l'aspect est 
si repoussant : sauf quelques exceptions, ce ne sont pas de méchantes 
gens; les promeneurs, les femmes, les enfants, les domestiques peu- 
vent passer au milieu d'eux sur les quais sans avoir à craindre une re- 
marque malsonnante. 

La journée alcoolû/ue d'un ouvrier. — Le matin, l'ouvrier prend 
de l'eau-de-vic en quantité variable, de qualité inférieure, acre et de- 
vant augmenter la sensation de la soif. Dans la matinée, la bouteille 
entrée en fraude circule de l'un a l'autre jusqu'à épuisement. 

Défendre efficacement l'entrée de l'alcool clans les ateliers est chose 
impossible, Cent subterfuges sont employés. En voici un : une bou- 
teille est pleine d'eau-de-vie. Elle est bouchée de deux bouchons'su- 
perposés; entre les deux, il y a une couche de cidre. L'inspecteur (lai- 
re-t-il la bouteille, il ne sent que le cidre. 

A onze heures, sortie précipitée des ateliers. Le débitant a préparé 
à l'avance un nombre suffisant de verres d'absinthe, plus rarement 
de vermouth ou de bitter, et le consommateur ne perd pas une 
minute; il avale rapidement. Le cabaretier inscrit chacun ii son tour 
dans un ordre immuable, et le jour du règlement des comptes a 
quinzaine, il « paiera une tournée générale » pour s'attacher les 
clients et se justifier, à ses yeux, d'avoir majoré leur note. 

M. Tourdot a remarqué que l'habitude de prendre des apéritils 
est relativement jeune. Depuis une dizaine d'années seulement, 
l'ouvrier a voulu imiter la classe bourgeoise, le commerçant, le 
commis-voyageur, l'employé, qui eux-mêmes avaient imité l'officier. 
Aujourd'hui 1 apéritif a envahi les campagnes. Les bitters, les amers 
et produits similaires, décorés de noms médicamenteux, sont fabriqués 
en grande quantité aux environs de Rouen. 

Revenons aux ouvriers. Le repas de midi coûte 25 centimes, mais 
on prend 50 centimes d'eau-de-vie avec du café. — La deuxième par- 
tic de la journée est la répétition de la première. Elle se termine ù 



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1 Tourdot, p. 105. 



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476 VU CONGRES INTERNATIONAL 

six heures du soir par une pérégrination dans les cabarets qui se trou- 
vent sur le chemin de la maison. 

Le samedi soir, jour de paie de la quinzaine, on restera toute la 
soirée au café pour régler ses comptes, boire et chanter jusqu'à une 
heure avancée de la nuit, car ce jour-là on ne dine pas. Le plaisir d'a- 
voir de l'argent, la perspective de ne pas travailler pendant deux ou 
trois jours, le besoin de s'égayer « un brin », Faction des alcools in- 

{jérés, donnent une excitation spéciale qui ne cessera que le lundi ou 
e mardi suivants. 
Telle est l'origine de tant de drames dans les familles ouvrières. 
Voici la copie de trois feuillets du carnet des dépenses d'un ouvrier 
couvreur, mort à l'Hôtel-Dieu des suites d'une fracture du crâne. Je 
dois ce carnet à l'obligeance de mon collègue, M. Cerné. 

fr. c. 

7 janvier 1899. Café, cau-de-vie. .....; 1 » 

10 — Boisson (cidre et eau) 15 

10 — 3 apéritifs 75 

10 — 2 petits sous, 2 verres 50 

11 — 1 petit sou 15 

11 — Café, eau-de-vie 90 

11 — Café, cau-de-vie 40 

11 — 1 absinthe 25 

12 — 2 gouttes. ; . 20 

12 — Café, eau-de-vic 40 

12 — 3 apéritifs 75 

12 — Café, eau-de-vie 80 

12 — Café, eau-de-vie 40 

13 — 2 gouttes 20 

13 — Café, eau-de-vie 30 

13 — 2 gouttes 20 

13 — Café, eau-de-vic 40 

13 — 2 verres d'appétit 50 

13 — 1 absinthe 25 

8 50 
Payé le 14 janvier 1899. Signé : Femme X. 

fr. c. 

14 janvier 1899. 2 gouttes 20 

14 — Café, eau-de-vie 60 

14 — 2 anisettes, un amer 40 

14 — 2 verres 20 

14 — 2 apéritifs 50 

14 — Café, cau-de-vie 60 



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CONTRE LABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



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3 verres 30 

4 apéritifs 1 » 

4 petits sous 1 » 

Café, eau-de-vie 1 05 

Eau-de-vie, café 75 

Café, eau-de-vie 60 

6 verres 60 

Eau-de-vie 75 

Petit sou 65 

Eau-de-vie, café 60 

Café, eau-de-vie 60 

Petit sou, byrrh 0* 65 

3 petits sous, byrrh 25 

3 gouttes 30 

Café, eau-de-vie 55 

2 absinthes 50 

2 amers picon, 50 

1 madère, petit sou 40 

Omelette, pain, fromage 1 10 

Boisson, café, eau-de-vie 75 

2 absinthes, 2 verres 1 20 



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Il est probable que cet ouvrier ne buvait pas seul toutes ces consom- 
mations. En tout cas, sa dépense moyenne en boissons alcooliques 
était de 2 Ir. 50 par jour. 



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La saint Lundi 

La moitié des ouvriers de Rouen ne travaille pas ou travaille mal le 
lundi. Inutile d'insister sur les conséquences d'une telle habitude sur 
le commerce et l'industrie de la région et sur la vie sociale de l'ou- 
vrier. Elles sont désastreuses. 

Voici quelques notes prises chez des armateurs et des négociants 
de Rouen ; elles sont datées d'un lundi. 

20 juillet. 50 ouvriers sur le quai. Il fait très chaud. A neuf heures 
et demie, un charretier dissimule sa voiture derrière des marchandises 
et abandonne ses chevaux. A onze heures, on le retrouve avec deux 
camarades buvant de l'absinthe. Il ne reprend pas le travail de la 
journée. A quatre heures, 6 ouvriers absolument ivres, hors d'état de 
travailler. L un d'eux répond ; « Avec ça que ça ne vous arrive pas aussi 
de vous saouler ! » 

il août. Sur 17 hommes, 10 travaillent toute la journée, les autres 
abandonnent le travail à midi. Un d'eux veut toucher sa demi-journée, 



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478 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

2 fr. 30; a quatre heures, il est complètement ivre et en voiture 
découverte avec un camarade. 

24 août. Une bouteille d'absinthe pure est saisie a la porte. 

31 août. C'est le deuxième jour de la Saint-Fiacre, fête de quartier. 
Nous sommes obligés do cesser le travail a midi. 

1 er septembre y mardi. Sur le chantier, il y a trois ouvriers ivres 
depuis samedi soir. Obligé de les renvoyer. 

.'/ novembre. Avant six heures du matin, payé et renvoyé deux ou- 
vriers déchargetirs absolument ivres. Ce même jour, les ouvriers de la 
maison ont fait une brèche dans la clôture du chantier pour aller boire 
dans le quartier. 

21 décembre. A neuf heures et demie, N..., employé au décharge- 
ment, abandonne son travail pour aller boire. N'ayant pas d'argent, 
la cabaretière prend en paiement son paletot. Il revient à bora en 
chemise par un froid glacial. Peu de temps après, il tombe h fond de 
cale. On le porte à l'hôpital. Le contre-maître va réclamer le paletot. 
La cabaretière reconnaît l'avoir conservé en gage et donne pour excuse 
qu'elle ne peut pas refuser ce que ses concurrents acceptent. Le contre- 
maître, ému par l'incident et par la vue des salles de l'hôpital, se rend 
au cabaret et prend un verre d'absinthe pure. Il prétend qu'il « n'y 
a que cela pour remettre un homme d'aplomb. » 

— 2r> hommes employés au déchargement du M... se grisent et 
abandonnent subitement le travail. Leur cabaret a fait 1,800 francs 
de recettes dans la semaine. 

— 10 déchargeurs sont ivres tout à coup et cessent tout travail. Ils 
ont bu aux fûts de vin des quais. 

Lundi. Sur 2 charretiers, l'un disparait de midi à cinq heures. L'au- 
tre est ivre: il est impossible de l'envoyer en ville. On l'emploie au 
chantier, malgré les risques d'accidents. 

Lundi. 2 charretiers de M. X..., entrepreneur, conduisent une voi- 
ture. L'un d'eux reçoit des coups de pieds de cheval, il est gravement 
blessé. Son camarade nous demande de téléphoner au patron. Nous 
constatons que les deux charretiers sont ivres. 

Le charretier S..., en revenant de la Bouille, est écrasé par la roue 
de sa voiture. Il s'est grisé à la Bouille. Personne n'a voulu déposer 
dans ce sens. 

Le lundi suivant, même accident à Darnétal. Les témoins ont 
constaté l'état d'ivresse, mais ils ont refusé de déposer. 

Du haut en bas de l'échelle ouvrière, le lundi est un jour néfaste. 
Les ouvriers des chemins de fer n'échappent pas à ce reproche. Un 
haut fonctionnaire de la Compagnie de 1 Ouest me dit qu'il évite de 
voyager les jours de fête et le lundi. Ce dernier jour est plus dange- 
reux que les autres. Il a constaté que les accidents arrivaient le di- 
manche soir et le lundi. Il a vu trois grands accidents sur 18 ou 



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g: 

Dans 1 échelle des pays alcooliques, la France- dépasse l'Angle- 
terre, l'Autriche, la Russie, la Suède et la Norvège. En Norvège, 
la consommation est descendue, en cinquante ans, de 8 litres à 1,50. 

D'autre part, la France n'est plus dépassée que par la Belgique, le 
Danemark, l'Allemagne, la Hollande. Et ce sont en grande partie les 
Normands qui sont la cause de cette honteuse prééminence. L'alcool 
est devenu pour eux un poison ethnique, et si le mouvement actuel ne 
s'arrête pas, la race normande sera compromise gravement vers le 
milieu du siècle prochain, comme l'a prédit Jules Simon. 



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CONTRE L'ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 479 'jl 

. '■! 

20 voyages faits en deux ans h Dreux et à Caen. C'était un lundi.* 
(3 hommes écrasés à Dreux). 

A Caen, un lundi, lendemain d'élections, tous les employés subal- H 

ternes de la gare étaient ivres. Les cochers de la ville étant des j 

agents électoraux, payaient à boire aux employés de la gare. Dans la ;' 

même région les ouvriers de la campagne touchaient 2 francs et ne . : { 

travaillaient plus. 

Beaucoup d'industriels de Rouen sont très explicites sur les faits -J 

que je signale ; l'un me dit : « J'arriverai à supprimer le travail du * 

lundi, car le travail est de mauvaise qualité ce jour-là, de plus, les 
accidents sont très fréquents, les ouvriers étant plus ou moins ivres. » \ 

Un autre a une opinion plus originale : « Supprimer le lundi ne ferait * 

qu'aggraver le mal, le mardi deviendrait le vrai « lundi » et les ouvriers il 

boiraient pendant trois jours au lieu de ne boire que deux jours. - 

On me signale un ouvrier, excellent ouvrier fil eu r, âgé ac 52 ans. 
Il commence a boire le samedi soir et continue jusqu'au mercredi 
coir. Il commence sa semaine le jeudi (mais ne travaille que deux ou 
trois heures) et la termine le samedi soir. En deux jours et demi il 
gagne ce que les autres gagnent en une semaine : il boit les trois 
quarts de son gain. Ce sont ses enfants les plus ûgés qui nourrissent 
la mère et les petits. Le patron a du le mettre à un petit métier. Au 
lieu de 5 francs par jour, il ne touche plus que 3 fr. 50. 

Conséquences économiques de F alcoolisme des ouvriers. — La 
question de l'alcoolisme va très prochainement primer toutes les 
autres dans l'Etat. Elle contient toute la question sociale. Nous . 

vivons, en France, sur ce préjugé que l'alcoolisme est une plaie des 
pays septentrionaux à laquelle notre tempérament latin nous fait 
échapper. C'est une erreur aujourd'hui. Le centre de l'alcoolisme se 
déplace; du Nord, il s'avance vers les régions centrales et occiden- 
tales de l'Europe : Allemagne, Suisse, Belgique, France. En 1850, 
il était bu, en France, 1,50 d'alcool absolu par tète et par an ; 
en 1895, la quantité s'élève à 4 fr. 32. Et quelle a été la part de 
la Normandie? Pendant cette même année 1895, la consommation 
individuelle de l'alcool était de 1 litre 50 à Béziers et de 13 litres 
dans la Seine-Inférieure, de 15 litres à Rouen, de 18 litres à 
Cherbourg ? 






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480 Vil* CONGRÈS INTERNATIONAL 

1° Dégénérescence physique de l'ouvrier. — L'alcoolisme crée une 
race spéciale dont tous les membres ont un air de parenté. Dans les 
faubourgs industriels de Rouen, tous les ouvriers se ressemblent. 
Gardez-vous de croire que c'est là le type normand! Non, c'est le 
type du buveur. L'alcool conduit à la dépopulation bien plus sû- 
rement que le malthusisme. Voyez les expériences de Féré, si cu- 
rieuses et si ingénieuses. Par répercussion, il conduit k la ruine de 
l'industrie, car il n'atteint pas seulement les ouvriers des villes, mais 
encore ceux des campagnes; et que deviendront les villes quand les 
grands réservoirs ruraux seront complètement dépeuplés? 

2° Valeur individuelle de l'ouvrier. — Voici l'opinion très franche- 
ment exprimée d'un des grands industriels de Rouen : 

« Dans un personnel nombreux (400 ouvriers), nous avons beaucoup 
de peine a trouver quelques jeunes gens capables d'apprendre le 
métier d'imprimeur ou d'ajusteur. Us ne sont pas susceptibles de la 
plus petite initiative. La plus légère responsabilité est trop lourde 
pour eux. Us préfèrent pousser une brouette dans l'usine que manier 
un métier. Le niveau intellectuel baisse rapidement, comme la 
taille, d'ailleurs. Je citerai une famille-type (grand-père, (ils et 
petit-fils tous buveurs) dans laquelle l'intelligence et l'habileté profes- 
sionnelles ont été en diminuant a chaque génération : les petits-fils 
sont de simples manœuvres dans la maison et ne voudraient pas 
accepter un autre travail. '» 

La famille à laquelle mon correspondant fait allusion est très 
curieuse : le grand-père était d'une taille au-dessus de la moyenne, 
le père est au-dessous de la moyenne, les fils sont rabougris, maigres, 
presque nains; le patron dit que ce sont des « astèques ». Us ont 
reçu plus d'instruction que le père et le grand-père et cependant ce 
sont des minus habens. On voulait les pousser à être lamiers avec 
des appointements de 3,000 à 3,400 francs par an. Us préfèrent 
rester manœuvres, ouvrant et fermant les robinets de vapeur au 
commandement du lamier : ils gagnent 1,000 francs par an. 

Un entrepreneur de travaux exprime exactement la même opinion : 

« Les descendants d'alcooliques s'éliminent d'eux-mêmes ; ils 
font de mauvais ouvriers. Voici une famille dont j'ai pu observer 
tous les membres : Le grand-père était charretier et son travail 
demandait du soin et de l'attention. Le fils a commencé d'abord par le 
remplacer, puis il a dû abandonner ce poste et devenir simple ma- 
nœuvre. Le petit-fils n'a jamais pu faire qu'un manouvrier d'une 
intelligence si nulle que son père était obligé d'exécuter pour lui les 
travaux demandant un peu de soin. » 

Tous étaient buveurs. Le grand-père est mort à un Age avancé; le 
père, actuellement vivant, a une soixantaine d'années, c'est déjà un 
vieillard usé. Le petit-fils est mort à 35 ans. 



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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



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3° Conséquences économiques pour l'ouvrier. — Claude (des 
Vosges) a dit dans son rapport que l'ouvrier laisse au cabaret la 
moitié de son salaire quotidien. M. Rochard a calculé que les jour- 
nées de travail perdues grâce au cabaret représentaient une, somme de 
1 milliard 340 millions, mais l'intérêt de l'ouvrier ne se sépare pas de 
l'intérêt du patron et de l'intérêt de l'industrie nationale. Ces trois 
intérêts n'en forment qu'un. Un patron qui ne gagne pas d'argent 
n'en peut pas faire gagner à ses ouvriers. 

Voici ce que dit à ce sujet un industriel particulièrement intel- 
ligent : 

« L'alcoolisme est une cause capitale d'infériorité pour l'industrie 
française. Elle tend h la ruine du patron et au chômage de l'ouvrier. 
L'ouvrier, sous l'influence de l'alcool, produit annuellement moins. 
'Par suite du chômage, il touche moins ; il mange au cabaret une partie 
de sa paie : donc appauvrissement pour lui. 

» Autrefois les ouvriers de ma commune devenaient propriétaires; 
le nombre ne s'en accroit pas. 

» Le patron, par suite du chômage de l'ouvrier, a plus de peine h 
faire exécuter les travaux en temps utile. Ils lui coûtent plus cher. 
Donc réduction des bénéfices. 

» Mon industrie a perdu la moitié de ses fabriques, dont le produit 
a été remplacé par une importation équivalente de produits étrangers 
obtenus it bas prix, grâce à la différence de main-d'œuvre. » 

A Rouen, nous avons la preuve visible même de ce fait : Une 
compagnie y traite des minerais italiens qui se sont substitués aux 
miserais français par suite d& la différence du coût de l'extraction 
entre les deux pays. 

A cette question : Quelle est la valeur de vos ouvriers ? Un com- 
merçant de Rouen me lait une réponse brève :' 

« Il n'y a plus de bons ouvriers à Rouen. Tous boivent. Ils sont 
plus payés qu'autrefois. Us travaillent moins et moins bien. Les 
miens touchent 4 fr. 50 à 6 francs par jour. Sur les quais, ils touchent 
4 fr. 30, y compris les centimes d'assurances. Tous sans exception 
sont des ivrognes. Toute la question sociale est dans l'alcoolisme des 
ouvriers. » 

Et celui qui parle ainsi a des opinons politiques qui le poussent à 
être optimiste. 

4° Conséquences économiques pour les patrons. — L'alcoolisme des 
ouvriers peut avoir, dans certains cas, une répercussion terrible sur le 
patron, grâce aux lois dites protectrices de l'ouvrier, exemple : On 
embauche un ouvrier déchargeur h 40 centimes de l'heure. On ne peut 
pas lui demander ses papiers de famille. Il boit h même les fûts du 
quai. Deux heures après, il tombe a l'eau et se noie. Le patron devra 



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482 vu conçues international 

payer une indemnité énorme, proportiônnellle au nombre des enfants. 
Cette indemnité peut s'élever h 20 ou 25,000 francs. 

Deux charretiers sont gravement blessés par leurs chevaux. L'un 
est tué. Tous les deux étaient ivres. L'enquête des gendarmes est 
muette sur ce point. Le patron est responsable. 

Un scaphandrier, âgé de 36 ans, bon ouvrier, employé depuis 
sept ans, est asphyxié sans avoir fait les appels de corde pour re- 
monter. Il avait une grande provision d'air. On a perçu seulement 
une forte secousse. Il a été remonté en moins de trois minutes. 
L'entrepreneur est responsable. Et cependant on apprend que cet 
homme a pris un madère et un trou normand (eau-de-vie) en attendant 
son déjeuner, et qu'après son déjeuner il a pris du café et deux 
verres de cognac. 

L'étude de ces faits nous a poussé a faire la question suivante a 
des entrepreneurs : 1' aurait-il avantage à employer des étrangers? 
De quelle nationalité? — Réponse : L'avantage serait tel qu'un indus- 
triel jeune devrait organiser son établissement pour ne pas en em- 
ployer d'autres. 

« J'ai eu l'occasion, me dit un entrepreneur d'employer 15 ou 20 
ouvriers piémontais pendant plusieurs années, à l'époque où la 
construction d'un canal m'avait enlevé tout mon personnel ouvrier, 
malgré une majoration considérable des prix des journées. Les Pié- 
montais, d'une sobriété remarquable, fournissaient un travail régulier, 
soigné et exécuté avec la plus grande docilité. Ils se nourrissaient 

[tresque exclusivement de lait et de riz. Ils préparaient eux-mêmes 
eur nourriture et ne buvaient jamais d'alcool. » 

Autre fait : Dans la commune de X..., le maire ayant eu a faire, 
pour la canalisation de l'eau, des travaux difficiles, a employé 
quelques ouvriers piémontais. Il dit que jamais il n'avait employé 
d'ouvriers aussi dociles et que jamais if n'aurait pu, avec les ouvriers 
du pays, exécuter le travail dans des conditions aussi économiques et 
avec autant de soin. 

u La supériorité des ouvriers piémontais s'est montrée si évidente 
que les entrepreneurs du canal de l'Oise à l'Aisne ont dit qne sans 
eux ils n'auraient pu achever leur travail. Elle a été si bien reconnue 
ar les ouvriers français que ceux-ci se sont mis en grève pour obliger 
es entrepreneurs n renvoyer les Italiens. Les Belges donnent un 
assez bon travail; mais ils sont querelleurs. » 



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Conclusions : 

1° Les progrès de l'alcoolisme en Normandie sont contants et 
rapides ; 

2° Dans les classes éclairées, les alcooliques sont rares. Dans la 
classe ouvrière ils représentent environ la moitié de l'effectif; 



CONTRE L ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



483 



3° Dans certaines catégories d'ouvriers, les femmes boivent autant, 
peut-être plus que les hommes; 

4° Les conséquences sociales et industrielles de cet état de choses 
sont désastreuses; 

5° Si cet état de choses ne change pas, le commerce, l'industrie 
et la navigation vont être compromis en Normandie; 

6° Les iours de travail diminuent : la moitié des ouvriers, environ, 
ne travaillent que cinq jours par semaine ; 

7° La qualité du travail s'abaisse : l'intelligence, l'initiative, l'habi- 
leté technique et la force corporelle diminuent chez l'ouvrier; 

8° Le prix des salaires s'élève, les bénéfices du patron diminuent 
et la concurrence étrangère grandit tous les jours . 

M. le Président donne la parole à M. Richard, pour son rapport 
sur les Rapports de l'alcoolisme avec le système de V Assistance et 
de la Prévoyance. [Alcoolisme et mutualité). 

L' Alcoolisme et l'avenir de la mutualité en France 

PAR M. GASTON RICHARD, DOCTEUR ES-LETTRES 

Professeur de philosophie au lycée du Havre, Membre du Comité central de l'Union 

antialcoolique, Président de la première section havraise. 



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Messiburs, 

Les adversaires de l'alcoolisme ont eu bien souvent l'occasion d'ob- 
server à quel point le fléau est favorisé par notre conception tradi- 
tionnelle de la bienfaisance. 

On peut affirmer sans crainte d'erreur que la diffusion de l'alcoo- 
lisme ne rencontre aucune résistance de la part d'une population 
habituée à la mendicité, et que l'habitude de la mendicité se forme et 
s'enracine partout où subsiste une générosité insouciante des consé- 
quences. La preuve en serait donnée par l'observation de nos dépar- 
tements bretons. 

L'assistance publique a-t-elle en France une responsabilité compa- 
rable à celle de la bienfaisance privée? La réponse dépendra de 
l'extension que l'on donne a ce terme. L'assistance médicale et l'as- 
sistance des enfants abandonnés doivent être mises hors de cause, 
quoique nous attendions encore l'institution des asiles de buveurs et 
qu'on n'ait pas jusqu'ici cherché à faire de chaque enfant assisté, un 
véritable champion de l'abstinence totale. Mais est-ce là toute l'assis- 
tance publique? En -l'état actuel des choses, est-il possible de tracer 
une ligne de démarcation précise, entre l'assistance et la bienfaisance 



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484 



VII CONGRBS INTBMNATIONAL 



officielle? Personne ne le soutiendra et nous pouvons imputer à l'as- 
sistance publique les torts des bureaux de bienfaisance. Ces adminis- 
trations distribuent des aliments, des vêtements et des secours de 
loyer. Or, se préoccupent-elles des conséquences morales de leur 
action ? 

Un peuple, aussi ravagé par l'alcoolisme que l'est présentement la 
France, ne peut pas guérir sans recourir a une cure énergique. Le 
moyen le plus sûr et Te moins cruel est, comme le montre la science 
sociale, de livrer les alcooliques aux sanctions naturelles de leur con- 
duite, dussent les épreuves les plus pénibles en résulter pour eux. La 
pitié qui les soulage, mérite donc d'être taxée de cruauté. Que si l'on 
veut soustraire l'alcoolique a l'extrême misère, il faut le séquestrer 
dans. un nsile spécial, sévèrement administré. Quant à ses enfants, 
l'administration des secours devrait toujours être précédée par la 
déchéance de la puissance paternelle. 

Les travaux des économistes ont depuis longtemps montré l'exis- 
tence d'une relation visible entre la bienfaisance, privée ou publique, 
et l'imprévoyance de la population qui en est l'objet. Or, l'impré- 
voyance s'étend h tout, au souci de l'hygiène comme au souci de 
l'épargne et l'on peut dire qu'elle fraie la voie à l'alcoolisme, même 
quand les donateurs ont soin d'excepter les buveurs de leurs largesses. 

La bienfaisance n'atteint son but que lorsqu'elle restaure et accroît 
l'énergie morale de ceux qui en profitent ; bref, lorsqu'il s'y joint 
l'idée bien conçue de la solidarité. 

Il en résulte que les philanthropes et les municipalités n'ont guère 
u'un moyen de se montrer bienfaisants pour la partie adulte et saine 
e la population pauvre; c'est de donner leur contribution aux sociétés 
de secours mutuels 1 . La mutualité présente au point de vue qui nous 
occupe, un triple avantage. Elle est une école de prévoyance et d'épar- 
gne ; elle initie les ouvriers h l'administration de leurs affaires ; elle 
présente une grande plasticité et peut non seulement faire face aux 
risques de maladie, d'infirmité et de chômage, mais encore servir de 
germe au crédit populaire, aux sociétés coopératives de consomma- 
tion, de construction et parfois même de production, comme le prouve 
l'exemple de l'Italie, de la Belgique, de l'Angleterre et peut-être de 
T Allemagne. Par conséquent, le concours que donnent aux mutualités 
les membres honoraires et, s'il y a lieu les budgets locaux, est le 
moyen le plus sûr de marier non-seulement la bienfaisance et la soli- 
darité, mais encore l'assistance et la prévoyance sociales. 

Or, la mutualité dont la démocratie française attend avec un opti- 
misme parfois excessif des conséquences si heureuses, rencontre dans 
l'alcoolisme un ennemi mortel. Si la pénétration de l'alcoolisme dans 
nos mœurs marche longtemps encore du même pas que durant les 
cinquante dernières années, non-seulement le développement de la 

1 Joignons y l'assistance par le travail, mail le champ en est très limite. 



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CONTRE l'aBUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 485 

mutualité sera arrêté chez nous, mais les résultats péniblement acqijis 
seront irrémédiablement compromis. Mettre en évidence cet antago- 
nisme est l'objet des lignes qui suivent. 

II 

Le premier objet des sociétés dont la mutualité est le principe le 
plus ordinaire, le mieux défini, est d'assurer a leurs membres des 
secours en cas de maladie. On peut dire que s'il leur devenait impos- 
sible de réaliser cette fin, toute autre entreprise leur serait interdite. 
C'est même pourquoi toute mesure légale qui tend a mettre certains 
risques, les accidents du travail par exemple, rend moins difficile 
l'œuvre de la mutualité. Or, n'est-il pas évident qu'une cause générale 
de dégénérescence organique devient pour l'avenir de la mutualité, 
une menace directe et redoutable? Une population dont la consomma- 
tion alcoolique moyenne est élevée, paie par la même à la maladie et 
h la mort un tribut supérieur à celui d'une population sobre. On dira 
peut-être que les variations de la mortalité correspondent surtout h 
des taux différents de la mortalité infantile, niais peu importe ici. 
Chez un peuple qui a atteint un haut degré de civilisation et où la 
natalité est faible, l'élévation du taux de la mortalité infantile devient 
l'indice d'un affaiblissement organique général. Bien loin que le taux 
de la mortalité des adultes en soit diminué par l'effet de la sélection, 
comme il arrive souvent chez les peuples de civilisation inférieure et 
même chez les populations rurales, il y est proportionnel. La où beau- 
coup d'enfants meurent d'entérite, d'athrepsie, de méningite, de rou- 
geole, etc., beaucoup d'adultes et notamment de jeunes gens, meu- 
rent de la phthisie pulmonaire et de la fièvre typhoïde. On pourrait 
citer comme exemple la population du Havre * où l'été la mortalité des 
nouveaux-nés atteint parfois 80 °/ . En dépit d'une réelle amélioration 
la mortalité générale y dépasse encore 29 pour 1000. Or, on y compte 
annuellement environ 700 décès dus à la tuberculose. On sait qu'en 
cette ville, la consommation alcoolique annuelle est en moyenne de 
15 litres d'alcool pur par tête. Rouen offrirait au statisticien, des chif- 
fres aussi tristes. 

Le progrès de l'alcoolisme compromet donc l'avenir des sociétés de 
secours mutuels, en accroissant leurs charges. Il leur fait courir un péril 
indirect plus grand encore. Il a pour conséquence, en effet, la dimi- 
nution de leurs ressources. Dans une population envahie par le fléau, 
il n'est pas rare que le chef de la famille dépense en spiritueux, au 
moins un franc par jour et en moyenne 400 francs par an. Si c'est un 
ouvrier dont le salaire moyen, déduction faite des jours de chômage, 
ne dépasse guère 4 francs par jour et qui est en outre souvent chargé 

1 Sur la mortalité au Havre, voir E. Lauiièt. Population du Havre, i89d. 

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de famille, qui doit payer un lover relativement élevé et qui habite une 
ville où les subsistances sont chères, la modeste cotisation de 12 ou 
18 francs que demande la société de secours mutuels, devient un tri- 
but onéreux et dont on n'hésite pas a s'affranchir. D'ailleurs, l'alcoo- 
lisme en déterminant une régression du cerveau et des facultés men- 
tales, paralyse d'abord la prévoyance. L'aptitude à prévoir implique 
des facultés mentales relativement élevées, tardivement acquises et 
étrangères aux rameaux inférieurs de l'humanité. 

Or, c'est une loi bien établie, que les progrès les plus récents dispa- 
raissent les premiers. Il m'est arrivé, comme à bien d'autres, de 
recueillir les plaintes qu'arrachait il des ouvriers intelligents, mutua- 
listes zélés, l'indifférence avec laquelle les camarades d'atelier accueil- 
lent trop souvent leur prosélytisme en faveur de la mutualité. 

De même que l'imprévoyance d'une population rurale arriérée, y 
fraie la voie a l'alcoolisme, de même l'alcoolisme ramène l'impré- 
voyance au milieu d'une population arrivée à un plus haut degré de 
développement. Une comparaison entre la Bretagne * et les villes 
industrielles de la Normandie justifierait exactement, je crois, cette 
assertion. 

Sans doute, la mutualité ne disparait pas d'une grande ville envahie 
par l'alcoolisme. Toute dissolution sociale donne heu à une régression 
vers une forme inférieure. Dans un j milieu alcoolique, la mutualité 
subit une curieuse métamorphose régressive. Dans une grande ville 
industrielle qui comptera plusieurs milliers de mutualistes, ceux-ci 
constituent une puissance électorale qui a conscience de sa force. Ils 
ont beau se répartir en un grand nombre de sociétés distinctes, ils n'en 
sont pas moins organisés et peuvent agir solidairement auprès des 
conseils locaux. Ils ont donc la tentation, non seulement de demander, 
mais d'imposer le vote de subventions, qui leur permettent d'équili- 
brer leur budget. Je pourrais citer des laits de nature il prouver que 
toute résistance d'un conseil municipal soucieux des finances locales, 
est alors brisée avec colère. La mutualité perd donc entièrement son 
caractère primitif; elle n'est plus qu'une organisation savante de la 
mendicité. Ajoutons que la répercussion des taxes municipales vient 
frapper lourdement le prolétariat, qui donne d'une main ce que la 
municipalité lui remet dans l'autre, frais d'administration prélevés. Le 
prix des subsistances s'élève, ainsi que le taux des loyers. L'ouvrier 
toujours plus mal nourri et plus mal logé, est rejeté alors malgré lui, 
vers le séjour du cabaret et la consommation de l'alcool. Les cercles 
de l'enfer où l'on descend, sont toujours, toujours plus étroits. 



1 Sur l'imprévoyance des population* bretonnes et ses couses profondes, voir Demolim. 
Le» Fronçait d'aujourd'hui, livre V. — 



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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



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III 

L'observation confirme-t-elle ici le raisonnement? 

Une étude, môme sommaire, des rapports entre la mutualité et l'al- 
coolisme en Europe, représenterait une somme d'efforts devant lesquels 
nous reculons. Nous pensons d'ailleurs que si la tache n'est guère 
faisable, elle serait scientifiquement inutile, Quelques termes de com- 
paraison doivent suffire s'ils sont bien choisis et il n'est ni possible, 
ni utile d'énumérer tous les cas particuliers. Si nous montrons que la 
mutualité donne les 'résultats les plus beaux et les plus complets chez 
un peuple assez déshérité à bien des égards, mais dont la sobriété est 
le caractère distinctif, tandis qu'en un milieu intellectuellement et éco- 
nomiquement plus avancé, la mutualité reste chétive ; la preuve indue- 
tive sera faite. 

L'Angleterre a eu longtemps la réputation d'être la terre promise 
de la mutualité et de la coopération. Aujourd'hui, la palme lui est vic- 
torieusement disputée par la Haute-Italie. Notons d'ailleurs que le 
progrès de la mutualité en Angleterre, serait déjà pour une sociologie 
attentive, un fait h l'appui de notre thèse. Nulle part, en effet, la croi- 
sade prèchée contre l'alcoolisme par les hygiénistes, les éducateurs 
et les églises, n'a eu plus d'écho parmi les ouvriers. 

La mutualité anglaise qui a pour applications non seulement la 
société de secours, mais encore la société coopérative de consomma- 
tion et la société de construction [Building sociely) a pour allié, sauf 
exception, le syndicat ouvrier, l'union professionnelle, comme l'a mon- 
tré dans une publication connue,- M. Paul des Roussiers *: Or, le syn- 
dicat ouvrier anglais fait d'ordinaire la guerre h l'alcoolisme, précisé- 
ment parce qu'il y voit un obstacle a la prévoyance et une cause de 
dégénérescence pour l'énergie individuelle. Toutefois, l'Angleterre 
restant, somme toute, un pays où la consommation des spiritueux est 
considérable, si grands qu'aient été les efforts accomplis pour la dimi- 
nuer, nous préférons prendre l'Italie pour exemple. 

On sait combien l'alcoolisme est peu développé en Italie. D'après 
M. Denis, l'Italien consomme en moyenne 0,45 centilitres d'alcool pur 
et moins de cinquante litres de vin; tandis qu'à la même date, la con- 
sommation moyenne du français, était de 4 litres et demi d'alcool pur 
et de 80 litres de vin. On sait aussi que les progrès de l'alcoolisme, un 
instant assez sensibles, se sont a peu près arrêtés. Dans une étude 
publiée en 1898, par la Revista sperimentale di frenalria 2 , sur les 
morts par pellagre, alcoolisme et suicide en Italie 3 , le statisticien et 
biologiste Fornasari di Verce, donne h cet égard des chiffres probants. 



1 Paul des Roussiers. Le Trade-unionitmc en Angleterre. Colin, éditeur, 1897 ; p. 73, 107, 
18'*. 207, 228, 262, 310. 

- Tumburino, directeur, tome XXIV. 
3 Kc?tP° d'Emilie. Calderini, directeur. 



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De 1881 h 1886, les décès dûs à l'alcoolisme aigu et chronique, ont 
résente une continuelle diminution. En 1881 on en compte 336, soit 
7,1 sur 10.000 décès. En 1886 il n'y en a plus que 255, soit 11,7 sur 
10.000. Dans la période 1887-1896, on constate d'abord une légère 
augmentation, puis une diminution. En 1887, on note pour tout le 
royaume, 15 décès d'alcooliques pour un million d'habitants. On en 
compte 21 en 1893; on retombe a 15 en 1895 et on remonte à 18 en 
1896 L Bref, l'alcoolisme n'est pas devenu en Italie, une maladie sociale. 

Or, nullo part, le principe de la mutualité n'a été mieux compris 
ar la population urbaine et rurale qu'en Italie ; nulle part il n'a donné 
ieu à plus d'applications fécondes. C'est ce qu'a montré, après les 
travaux connus de Léon Say 2 une récente publication Ju Musée Social 
due a MM. Mabilleau, Rayneri et de Rocquigny 3 . 

En Italie la mutualité qui, contrairement à ce qui se passe en An- 
gleterre est entièrement distincte du mouvement syndical (sans doute 
parce que la grande industrie y est dans l'enfance), la Société de se- 
cours mutuels a rarement pour objet la distribution de pensions de 
retraite h ses membres. Elle se propose plutôt d'améliorer les condi- 
tions générales de la vie. Pour diminuer les frais de l'existence, la So- 
ciété de secours fonde d'abord des sociétés coopératives de consomma- 
tion. « II existe bien à Paris et dans quelques grandes villes de France, 
écrit M. Mabilleau, des services de ce genre, mais je ne sache pas qu'ils 
soient eu aucune façon reliés aux sociétés de secours mutuels comme 
ils le sont en Italie. Là, au 1 er janvier 1895 la statistique officielle (que 
nous savons incomplète) comptait 703 coopératives de consommation 
et 409 maggasini di consumo annexés au « mutuo soccorso » (p. 321). 

La Société de secours fait plus. Elle reçoit les dépôts de ses mem- 
bres et se transforme en caisse d'épargne et en banque populaire, deux 
fonctions généralement associées dans les villes d'Italie où la loi n'oblige 
pas les caisses d'épargne à confier leurs fonds a l'Etat. « En 1895 il y 
avait 1151 caisses d'épargne dépendant des sociétés de secours mu- 
tuels, reconnues ou non ; le nombre en grandit tous les jours ». 

Or, nous dit le même observateur « partout où il y a une caisse 
d'épargne, il y a une caisse de prêt. Le titre officiel est casse di ris- 
partnio c preslili. Et à qui sera ouverte cette source de crédit? A ceux- 
là même qui ont fondé la société mère et dont les économies ont créé 
les premiers fonds autour desquels les capitaux ultérieurs sont venus 
s'amasser, aux ouvriers. L'épargne est venue du travail, elle doit y re- 
tourner ». 

Pour arriver à organiser le crédit, la Société de secours doit se dé- 
doubler et donner lieu à une banque populaire. La plupart des établis- 
sements de ce genre existant en Italie « sont issus de sociétés de se- 



1 Fornatnri di Yerce. loco citalo, p. 8. 

- L. Sny. Dit jours dnn« In limite-Italie, Guilloumin, éditeur. 

a La prévoyance sociale en Italie, 1H98, 1 vol. iii-8. Armand Colin, éditeur. 




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CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



489 



cours mutuels, directement ou par influence : des deux côtés on 
retrouve le même but, les mêmes moyens et les mêmes hommes. Ces 
grandes institutions de crédit, dont les services sont d'ordre social 
autant qu'économique se considèrent elles-mêmes dans certaines de 
leurs fonctions, comme des prolongements des sociétés de secours et 
tiennent à honneur de se substituer ou de s'adjoindre a elles dans la 
mission de solidarité qui est leur raison d'être, ( p. 323 ». 

A peine sortie de la mutualité, la banque populaire a favorisé une 
application du même principe, la Société coopérative de production. 
Celle-ci est issue spontanément de la détresse des ouvriers les plus 
dénués et en apparence les plus incultes, les maçons et les manou- 
vriers (braccianti) les coopératives ouvrières ne pouvaient vivre si les 
adjudications de l'Etat et des municipalités leur étaient interdites, au- 
trement dit, il leur fallait pour subsister une certaine mise de fonds. 
Ce sont les banques populaires qui leur ont fait les avances nécessaires. 
C'est ainsi que de 1890 à 1894 se sont fondées 400 coopératives de 
travaux publics, dont plus d'une, à vrai dire, n'est ouvrière qu'en 
apparence. 

Nous ne voudrions pas ajouter à ce tableau déjà long Vies traits 
nouveaux. Passons sous silence même ces curieuses laiteries coopéra- 
tives décrites par M. de Rocquigny et qui onten quelque sorte trans- 
formé le sort des populations alpestres de la Vénétie '. Qu'il nous 
suffise d'avoir montré quel magnifique essor a pris rapidement le prin- 
cipe de la mutualité chez un peuple pauvre, un peuple éprouvé par 
la pellagre, un peuple où les régions les plus favorisées, telles que le 
Piémont comptent encore 20 °/ d'illettrés, c'est-à-dire le même taux 
que nos départements bas-bretons, mais un peuple où l'hérédo alcooli- 
que n'est encore dans la classe laborieuse qu'une exception. 

Au contraire, transportons-nous dans un milieu visiblement ravagé, 
par l'alcoolisme héréditaire. On sait que si la France tient aujourd'hui 
en Kurope la tète. pour la consommation des spiritueux, le départe- 
ment delà Seine-Inférieure dépasse toutes les autres régions françaises 
et que les grandes villes y sont plus atteintes que les campagnes. 
Bien que Rouen l'emporte légèrement sur le Havre, cette dernière 
ville peut être prise sans inconvénients pour objet d'étude. Il convient 
de noter que le Havre est une ville remarquable à bien des égards. 
L'esprit d initiative y est général ; le goût de l'instruction est répandu 
et tourné vers les améliorations d'ordre pratique ; enfin on s'y associe 
assez volontiers. Bien que % la législation française sur les caisses 
d'épargne et les sociétés de secours mutuels soient chez nous plus 
restrictive qu'en Italie, il semblerait que le principe de la mutualité 
aurait dû recevoir au Havre des applications approximativement aussi 
étendues et aussi fécondes qu'en Lombardie, en Venetie, en Emilie et 
enRomagne. Quel contraste! 



1 Prévoyance sociale en Italie, 1W. II, chap. III. 



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*' 490 VII e CONGRÈS INTERNATIONAL 

£\ Les sociétés coopératives y réussissent mal. Une Société coopérative 

J. de boulangerie, assez peu connue, n'y a qu'une clientèle restreinte. 

\, Une boucherie coopérative a dû se dissoudre à peine formée. Le crédit 

v, mutuel est inconnu. On ne compterait au Havre, ni une banque popu- 

lo laire, ni croyons-nous, une véritable Société ouvrière de produc- 

|r- tion. 

.v En apparence les mutualistes y sont nombreux. Une vingtaine de 

*' sociétés s'y partagent entre 4,500 et 5,000 sociétaires. Mais le Havre a 

bien près de 120,000 habitants et on y compte 24,000 électeurs ins- 
ï\ crits L La caisse d'épargne locale a près de 50,000 déposants. Nous 

} pouvons donc conclure que malgré l'apostolat de quelques hommes dé- 

$ voués, une multitude de travailleurs reste indifférente a ce moyen de 

combattre la misère. 
;- Les sociétés de secours mutuels visent et paraissent atteindre un 

quadruple but, les secours médicaux, les irais d'inhumation, l'indem- 
nité en cas de chômage et les retraites. Les deux sociétés les plus an- 
l ciennes et, croyons-nous, les plus nombreuses sont la Société Sainte- 

; Marie, fondée en 1800 et la Société Saint-Joseph fondée en 1884. Elles 

se recrutent surtout parmi les ouvriers des chantiers de construction. 
i La dernière assure à ses membres une retraite de 60 francs, la 'pre- 

mière une retraite de 30 francs seulement. Il est vrai qu'elle s'engage 
V à donner régulièrement une indemnité de 1 fr. 50 par jour de chô- 

£ mage et y réussit. 

< Les résultats, sans être mauvais, n'auraient rien de très brillant, 

# n'offriraient rien de comparable à ce qu'ont obtenu les Italiens même 

l si ces sociétés vivaient de leurs propres ressources. Ils provoquent des 

£ réflexions attristantes si l'on songe que, non comptées tes subventions 

& ' de l'Etat au fond des retraites, le conseil municipal donne annuelle- 

I' ment un secours de 5,000 francs aux mutualistes, c'est-à-dire 1 franc 

Ê par tète environ et si l'on ajoute que plusieurs compagnies, celle du 

gaz notamment, font des versements importants .aux sociétés de se- 
cours fondées par leurs ouvriers. 
f'- L'alcoolisme est-il pour quelque chose dans la médiocrité de ces ré- 

sultats ? 

Les mutualistes du Havre, j'en suis certain, considéreraient le simple 
examen de cette question comme une injure imméritée. Mais la science 
sociale n'a pas à ménager les amours-propres précisément parce qu'elle 
n'incrimine pas la responsabilité individuelle et se borne a considérer 
des phénomènes de solidarité. Nous sommes persuadé que les mutua- 
lités havraises sont composées d'hommes beaucoup plus tempérants que 
la moyenne de la population qui les entoure, mais elles ne peuvent 
échapper h l'influence du milieu. On ne peut mettre sérieusement en 
doute qn'ellcs ne souffrent, au moins indirectement, de l'alcoolisme 



i Exactement 24,500 au 31 mur* 1899. 



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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 491 

héréditaire. Elles lui doivent la maigreur de leurs effectifs et la lour- 
deur du tribut qu'elles paient à la maladie et a la mort. Rappelons qu'au 
Havre le taux de la mortalité atteint presque 30 pour 1000 habitants. 
Les maladies contagieuses, notamment la fièvre typhoïde et la tuber- 
culose y fauchent la jeunesse. L'assistance publique coûte annuelle- 
ment 1,350,000 francs a la ville, soit environ 12 francs par tète. On 
peut donc être certain que l'hérédo-alcoolique est un type fréquemment 
observable en cette ville et que de deux choses Tune, ou les sociétés 
l'écartent en compromettant leur recrutement ou elles l'admettent en 
grevant de toute façon leur budget. 

Si donc nous comparons les conditions de la mutualité dans la Haute 
Italie et au Havre, même en tenant compte des conditions légales dif- 
ficiles que la centralisation fait a l'épargne française, nous pouvons 
porter une conclusion scientifique aussi rigoureuse que l'étude des 
choses sociales le comporte. Une tempérance générale favorise l'essor 
de la mutualité, tandis que V alcoolisme le menace d'un arrêt de dévelop- 
pement et même de décadence. 

IV 

Puisque l'alcoolisme ne peut manquer de détruire la mutualité, il 
faut que tous les mutualistes, il faut que tous ceux qui fondent quelque 
espoir sur les sociétés de secours mutuels et sur l'idée qui en est le 
ressort viennent donner sans délai leur concours énergique à la lutte 
contre l'alcoolisme.. Conquérir l'adhésion des 1,500,000 mutualistes 
qui existent en France et avant tout l'appui, le concours de tous les 
présidents, de tous les médecins et de tous les membres honoraires 
de ces associations est un effort que la situation impose aux promo- 
teurs de la lutte contre l'alcoolisme. 

Toutefois en ce pays où le persiflage est plus commun que l'initia- 
tive, on ferait preuve d'une naïveté impardonnable en «'imaginant que 
cette adhésion sera obtenue parce qu'elle sera demandée. Nous de- 
vons donc chercher comment 1 idée antialcoolique pourra pénétrer sû- 
rement dans le monde des mutualistes. 

Nous devons donc distinguer entre les remèdes h longue échéance 
et ceux qui sont susceptibles d'une application prochaine et parmi ces 
derniers distinguer encore entre les mesures qui peuvent être prises 
par l'initiative des particuliers et celles dont l'application peut être 
demandée à l'autorité. 

L'école est ici comme ailleurs notre alliée la plus sûre. De même 
qu'elle devient peu h peu le centre de la section antialcoolique, clic 
est le siège de la mutualité scolaire. Cette dernière institution, qui a 
rendu célèbre son initiateur, M. Cave, est née à une date récente, 
mais la fortune en a été rapide. Six cents mutualités scolaires existent 
en France et leurcapital est déjà d'un million. Beaucoup embrassent les 
écoles d'une ville, quelques-unes, celles d'un canton entier. Noussom- 



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mes certains, pour ainsi dire a priori qu'elles se recrutent parmi les 
enfants de familles où l'usage des spiritueux n'a pas détruit l'intelli- 

Sence et les dispositions morales. Or n'ya-t-il pas là un admirable coup 
e filet à tenter? 

Pourquoi chacune des « petites Cave » ne serait-elle pas complétée 
par une société contre l'usage des boissons spiritueuses si l'on réus- 
sissait a montrer h ces jeunes mutualistes combien l'usage, même mo- 
déré, des boissons distillées menace l'association fondée par eux? 
Pourquoi Y Union antialcoolique ne préluderait-elle pas a cette heu- 
reuse combinaison en faisant de chacune de ses sections cadettes une 
association enfantine de secours mutuels ? Outre qu'elle créerait ainsi 
un type qui bientôt serait imité, édité à un nombre croissant d'exem- 
plaires, elle trouverait dans les avantages attachés à la mutualité un 
ferme ciment pour ces associations toujours un peu fragiles et qui 
n'auront jamais trop de cohésion. 

Si Ton nous objectait qu'on risque de rendre la mutualité scolaire 
impopulaire en lui imposant les traits de la société de tempérance, il 
nous serait facile de répondre que, devenus plus lents peut-être, les 
progrès seraient plus sûrs. L'important n'est pas de recruter rapide- 
ment un nombre considérable de mutualistes, mais de former des mu- 
tualités assez fortes pour résister à l'action dissolvante d'un milieu 
qui leur est contraire. 

Cette pénétration de la tempérance dans la mutualité scolaire par- 
tout répandue par les efforts combinés des amis de l'école et des 
unions antialcooliques est un remède dont l'efficacité est certaine. Mais 
ne pourrait-il pas arriver que d'ici là la maladie sociale dont nous 
souffrons eût empiré au point que la cure en fût impossible ? Nous ne 
pouvons donc pas nous contenter de la propagande scolaire si féconde 
qu'elle soit. 

Nous devons chercher en outre des remèdes ou des palliatifs dont 
l'action puisse se faire sentir rapidement. Bref, nous devons tout faire 
pour appeler dès maintenant à nous les sociétés de secours mutuels 
qui, comme on le sait, comptent plus de 1,500,000 membres en France. 

Entre V Union antialcoolique, et en général entre les sociétés de 
tempérance et les mutualités, il existe un intermédiaire naturel, c'est 
le médecin des mutualistes. 

Le médecin est d'ordinaire animé de sentiments désintéressés et 
presque partout il combat l'alcoolisme, qui est pourtant le grand pour- 
voyeur des maladies. Mais l'intérêt individuel rendrait-il parfois cer- 
tains médecins un peu tiedes pour notre cause ? Il n'en serait pas de 
même, je crois, de ceux qui donnent leurs soins aux sociétés de 
secours. En ce cas, si le médecin reçoit de l'association des honorai- 
res fixes, son intérêt est de rendre plus rares les occasions de fatigue. 

Nous pensons donc qu'en demandant aux médecins des mutualités de 
s'improviser conférenciers et de profiter de toutes les réunions de 
sociétaires pour leur montrer le rapport entre l'usage habituel des 




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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 493 

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boissons spîritueuses et l'origine des maladies qui grèvent leur bud- 
get, on obtiendrait assez vite des résultats appréciables. 

Ne pourrait-on pas aussi gagner facilement partout soit quelque 
membre du bureau de l'association, soit quelque membre; honoraire 
disposant d'une certaine autorité morale sur les mutualistes ? Cet allié 
devrait jouer un rôle aisé a définir. Puisque chaque société de secours 
a en général l'ambition de versera ses membres âgés de petites retrai- 
tes, il lui montrerait que chaque maladie opère sur l'avoir social un 
prélèvement qui diminue d'autant le fonds affecté au service des retrai- 
tes. S'il renouvelait la démonstration du médecin, s'il rappelait saYis 
cesse la correspondance entre l'usage des spiritueux et l'affaiblisse- 
ment organique, qui prédispose Aux maladies, nul doute qu'une salu- 
taire liaison ne s'établit dans les esprits entre l'idée de la tempérance 
et celle de la retraite à espérer. 

Enfin, l'Etat et les municipalités ont leur devoir à remplir. 

Sans doute il faut toujours compter moins sur leur action que sur 
celle des particuliers. Néanmoins, l'avenir de la mutualité est un pro- 
blème qui ne peut laisser indifférents les pouvoirs publics issus de la 
démocratie. S il est évident que le progrès de l'alcoolisme rend inu- M 

tiles tous les efforts que l'administration locale et le pouvoir législatif * 

ont pu faire pour favoriser cette forme de la prévoyance, l'Etat et les 
municipalités peuvent être avec espoir de succès conviés a la tâche de 
protéger la mutualité contre le plus grave péril qu'elle puisse courir. 
Ne parlons pas encore des mesures restrictives qui ne seraient pas \ 

entièrement inopportunes mais qui n'auront toute leur efficacité que le 
jour où l'opinion publique aura toute entière été éclairée et où les 
distillateurs, aidés par tes falsificateurs de prétendus vins naturels, 
seront les seuls a réclamer la liberté de l'empoisonnement national. 
Mais l'Etat et les municipalités disposent librement de leurs subven- 
tions. Ils peuvent mettre des conditions à leur libéralité, exiger que 
les sociétés de secours qui leur tendent la main accordent des avanta- .-.*[ 

ges aux abstinents et appliquent rigoureusement celles des disposi- .'S 

lions de leurs statuts qui sont dirigées contre l'intempérance. > J 

Prendre à tous pour donner à quelques-uns est une façon de procé 3 

der peu digne d'approbation. Tout ce qui élève le coût de la vie favo- | 

rise indirectement V alcoolisme; aussi convient-il de voir d'un mauvais \ 

œil les mesures philantrophiques qui tendent à élever les budgets i 

locaux. Néanmoins, il est impossible de ne pas tenir compte des habi- } 

tudes acquises, et, provisoirement, une réforme telle que celle que - : 

nous venons d'indiquer aurait pour un temps de bons effets. 

La propagande antialcoolique a conquis l'appui de tous ceux qui _';, 

s'intéressent aux progrès de 1 éducation nationale. 11 est temps d'ob- 
tenir l'adhésion des esprits soucieux de la prévoyance sociale. Pou- 
vons-nous douter que l'opinion publique nous soit vite acquise si nous *• 
dirigeons méthodiquement nos efforts en ce sens? \ 

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M. le Président. — Un certain nombre de rapports rangés sous la 
rubrique : Variétés, par le Comité d'organisation, restent à entendre. 

La parole est à M. le D r Bonne (Holstein) pour son rapport sur 
l'obligation de boire dans $es rapporls avec les conditions sociales. 

Ueber den Trinkzwang beim Broterwerb. 

(Sur la nécciiilé de boire pour gagner ta vie) 
VON D r MED. G. DONNE, KLEIN-FLOTTBBK (OEUTSCHLANO) 

Einedcr tragischsten Erscheinungen in der modernen Alkoholfrage, 
ja in der ganzcn modernen sozialen Frage ûberhaupt, ist der Zwang, 
den die sozialen Verhiiltnisse auf gewisse ErwerbssUtnde ausûben, 
berauschcnde Getrttnke gegen ihren Willen und gegen i/tre bessere 
Einsichl zu geniefsen. Es ist unzweifelhaft, dass hierbei zahlreiche 
Existenzeu in Folge schmâhlicher Gewinnsucht gewissenloser und 
gedankenloser Hândler und Produzenten geistig, korperlich und 
wirtschaftlich zu Grunde gehen. 

Ich rede hier nicht von dem gesellschaftlichen Zwang, den etwa 
alkoholliebende Vorgesetzte unter Oiliziecen, Beamten, luristen, Kauf 
leuten, Fabrikanten u. s. w. auf ihre jùngeren Untergebenen zur 
Vcrtilgung grofserer Posten berauschenaer Getrttnke ausùben, 
obwohl diesc Fiille nicht vereinzelt dastehen ; und oft junge, nicht 
allzu charakterfeste Leute in der Angst, sie m 6c h te n von dem ge- 
strengen Herrn Vorgesetzten mit seiner mehr oder wenigcr rotlichen 
Nase viclleicht gar als « Tempcrenzler » angeschen und aus diesem 
Grunde in Folge personlicher Voreingenommenheit nicht in der 
erwfinschten Weise befordert werden, dem giftigen Trank mehr 
zusetzen. als ihnen gut und fur ihre gedeihlicne Weiterentwicklung 
lorderlich ist. Ich will hier auch nicht von dem gesellschaftlichen 
Zwang rcden, aus Geschilfts oder Protektionsrûcksichten sogenannte 
Repràsentationsgesellschaften geben zu mùssen, bei welchen die 
Kosten der einzclnen Weinmarken dem Hauptgast die Intensitftt der 
Wûnsche des Gastgebers nahelegen sollen, obwohl auch aile dièse 
Veranlassungcn zum Trinken unter die Rubrik des « Trinkzwanges 
zum Broderwerb » sich miteinreihen liessen. 

Es soll sich hier vielmehr ausschliesslich um Personen handeln, die 
als Agenten, Rcisendc, Vertretcr oder dergl. Waaren zu verkaufen oder 
zu vertreibcn habcn, die irgendwie mit cfer Alkoholindustrie zusam- 
mcnhftngen. Da, wie schon erwflhnt, in Deutschland zur* Zeit bereits 
jeder 10. bis 14. erwcrbsthiitigc Mann nachweislich direkt oder 
indirekt in seincm Broterwerb von der Alkoholindustrie abhlingig 
ist, und da andercrseits, wie wir gleich zeigen werden, Ltngst sta- 
tistisch nachgcwiesen ist, dass Brauer, Brenner, Weinhttndler, Wirte, 



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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 495 

Kellner, und verwandte Berufsarten bei vveitem die kurzeste Lebens- 
dauer haben, so gewinnt die hier aufgeworfene Frage, in der die 
Hauptursache zu diesem frûhen Sterben liegt, da die absolute Zahl 
der in Betracht kommenden Personen ein und eine halbe Million 
Mânner ûbersteigt, nach gerade eine achtunggebietende Bedeutung 
fur die oflentliche Gesundheit ! 

Setzt inan (nach Hoppe, die Thatsachen ûber den Alkohol, Dresden, 
Bohmert 1899. 3,60 Mark) die mittlere Sterblichkeit gleich 1000, so ist 
bei den Geistlichen die Sterblichkeit 506, bei den Gftrtnern 599, bei den 
Landwirten 631, bei den Brauern dagegen 1361, bei den Schenkwirten 
1521, bei den Gasthausbediensteten 2205, also weit mehr als doppclt so 
grosswic die mittlere Sterblichkeit. Die Brauer mit ciner Sterblichkeit 
von 245 (die Durchschnitts-Sterblichkeit auf 100 angesetzt) die Wirte 
und Branntweinhiindler mit einer Sterblichkeit von 275 ûbertreffen mit 
zwei Ausnahmen (der Feilenhauer mit einer Sterblichkeit von 300 und 
der V r erfertigcr von irdencin Geschirr mit der Sterblichkeit von 313, 
die gcsundhcitsgcfiihrlichsten Bertife !) die andercn Berufsqrten. Die 
Gasthausbediensteten, Kellner u. s. w. aber mit einer Sterblichkeit 
von 397 bei weitem aile Berufsarten ! 

Zu den hier zu erôrternden Berufszweigen gehôren zunachst der 
Vcrkaufresp. der Vertrieb von berauschenden Getrànken selbst. Der 
Trinkzwang trifît in diesen Berufsarten die Vertreter von Brcnne- 
reien, Weingrosshandlungen, Liqueur — und Kognakfabriken, den 
Besitzer oder den Direktor selbst, den Geschftftsreisenden, sowie 
insbesondere die Bierfahrer, wie wir unten noch einmal des nttheren 
zeigen werden. Auf allen diesen Geschâftsarten lastet es wie ein Fluch, 
dass die Inhaber oder Vertreter derselben, die eben das Gesundheit 
und Menschenglûck zerstôrende Volksgift in die konsumierende 
Menge hiueintragen, um damit ihr Geschuft zu mâche n und dasselbe 
bei den Wirten, in den Ausschankstfltten dieser Gifte, in môglichst 
grossen Massen abzusetzen, genotigt sind, eben bei diesen Wirten erst 
einmal selbst gehôrig von ihren eigenen Giften oder teureren — das 
ist oft der Kardinalpunkt — zu verzehren : 

Ich kannte einen Brauerei Direktor, der selbst schwer herzleidend, 
a m Kaisersgcburtstag unter seinen Freunden herumsuchte, wer mit 
ihm am meisten Champagner Wein Kaiserdiner vertilgen mochte, weil 
er auf dièse Weise am ehesten hoffen konnte, fur das tau fende Jahr die 
Bierliefcrung an das bctrefTende Hôtel, \vo das Kaiserdiner stattfand, 
ft'ir seine Brauerei zu erlangen. Ich habe aber im Laufe der Jahre 
nicht einen, sondern ein Dutzend leber- nieren-, nerven-, gicht- oder 
herzlcidcnde Brauerei. Direktoren kennen gelernt, — gesund war 
kciner von s.'hntlichen Direktoren, obwohl llunen von Kerlcn unter 
ihnen waren, — die zwischen der Sorge um ihre Gesundheit und der 
Rntsagung vom Gesch.'iftstrunk und dem geschaftlichen Zwang, 
rcichlich zu verzehren, hin und herschwankten. Denn einige der ihm 
so vom Alkohol prftparierten Opfer hat der Sensenmann — fur die 



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Familien nur zu frûh ! — bereits abgeholt. Aber nicht nur den 
kôrperlichen Verfall dieser Herren habe ich in Folge des Geschttfts- 
trunkes crfolgen sehen, sondern auch den moralischen Bankerott, 
vom brutalen Ton im Hause, bis zum infamen Chikaneur vom sinnlo- 
sen Trotz gegen ailes Vernunftgemftsse bis zum betrûgerischen 
Borsenspiel mit Wechself&Uchungen uncl allen seinen Folgen bis zum 
Gefàngnis und Selbstmord. 

Im BegrilT, dièse Arbeit zum Druck zu senden, werde ich wiederum 
angegangcn, solch' unglûckliches Opfer seines unseligen Gewerbes 
zu retten : der einzige Sohn einer betagten Wetwe, Reisender einer 
grossen Kognakfirma, hat im Trunk Unterschlagungen begangen. Nun 
nach seiner Entlassung aus dem Gefcngnis stent er rat- und mittellos 
da, nur von de m dunklcn Drang beseelt, aus dem Las ter und dem 
Elend herauszukommen. Von seiner Kognakfirma, in deren Interesse 
er sich seiner Zeit das Trinken angewohnt batte, ist keine Hûlfe zu 
erwarten. Waruin ist er gefallen ! Warum ist er nicht mftssig geblie- 
ben ! — Dass es sich bei allen diesen demoralsierten Menscnen, bei 
allen diesen Failcn von « Unmâssigkeit » um Ogfer der typischen 
Giftwirkungen des Alkohols handelt, davon weiss oder spricht kein 
Mensch ! Ein Beispiel fur Tausende ! 

Ist es nicht ein Jammer, wenn man in dieser Weise von Haus aus 
gut begabtc und unterrichtete Leute, mit gutem Wollen und besten 
Absichten, durch den Dftmon « gesch&ftliche Rûcksichten » immer 
wieder und immer weiter dem Moloch Alkohol, in Folge eben dieser 
seiner typischen, dem Morphium verwandten Giftwirkungen in den 
Rachen stftrzen sieht? 

Es sind aber nicht nur die Verkftufer und Vertreter von alkoholi- 
schen Getriinken, die durch eigenes « Verzehren, » d. h Trinken um 
die Gunst des kaufenden Wirtes buhlen raûssen, sondern da ist das 
Heer von Verkilufern und Vertretern aller môglichen Firmen : Fabri- 
kanten von Bicrseideln und Bierfilzen, Gartenstuhlen und Restaura- 
tionsmôbcln, Bierdruckpumpen und Bierh&hnen, Wein-und Bierkor- 
ken, Fassfabrikanten, Flaschenfabrikanten. Fabrikanten von Cigarren 
und Cigarretten u. s. w. Ja, so lftcherlich es beinahe klingt, selbst 
Seltzerswasserfabrikanten unterliegen diesem Trinkzwang « aus ge- 
schliltlichen Rûcksichten, » um ihr Fabrikat in den Wirtschaften 
abzusetzen. Manche m Wirt aber geht es nicht besser, als diesen seinen 
Opfern : will er tûchtig bei seinen Gftsten verkaufen, so muss er bei 
diesen wiederum selbst den Agenten spielen, sei es auch nur, um 
sich, wie er sich selbst manchmal vorlûgt, a zu revanchieren. » 

Weniger in dieser Beziehung abhftngig vom eigenen Verzehren 
beim Wirt habe ich die selbststândigen Handwerker gefunden. Es 
scheint, als ob bei den verhaitnissmftssig grossen Posten, um die es 
sich hier handelt, besonders aber auch deswegen, weil bei Abschlûs- 
sen mit einem Handwerker vorwiegend die Tûchtigkeit, Soliditttt und 
Nûchternheit des Meisters selbst fur die Reellitftt des Geschâftes 



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bûrgt, -der Handwerker ganz anders unabh&ngig de m Wirt gegenûber 
steht, als die Klasse der obengenannten Reisenden oder Fabrikanten, 
die nur das kaufraânnische des Gesch&ftes nach mehr minder festen 
Normen festlegen, an der Herstellung der Waare selbst aber meist 
unbeteiligt sind. 

Freilich haben die schlauen Wirte verstanden, auch lûr ihre Hand- 
werker den modus vivendi zu finden, um einen Teil des Handwerker- 
verdienstes unter sehr wohlklingenden Namen in ihre, des Wirtes 
Taschen zurttckzuleiten. Das sind die angeblich so beliebten Gans-und 
Karpfenessen, die Preisskate und Preiskegeleien, sowie das Heer 
der ûbrigen fust stets von Wirten in Scène gesetzten Vereimssim- 
peleien, denen sich besonders auf dem Lande und in kleineren StUdten 
cier Handwerker kaum entziehen kann, ohne nicht den Wirt und 
seinen Anhang vor den Kopf zu stossen. Wie mancher Anfttnger hat 
in Folgc dieser Zwangsessen die ersten Geschflftssorgen statt erhoflfter 
grosser Kundschaft kennen gelernt, wie mancher ist vom ersten 
Karpfenessen Stammgast beim Wirt geblieben und hat ihm seinen 
Verdtenst hingebracht, bis er Konkurs machte. Haben mir doch noch 
kûrzlich verschiedene tûchtige Meister geklagt : ich muss zum Wirt 
mehr hinbringen, als ich im Jahre an ihm verdiene, aber thue ich es 
nicht, nimmt er einen anderen, und ich verliere seinen ganzen 
Stammtisch mit. 

Indessen konnte den Wirten dies die Vollerei begûnstigende Hand- 
werk doch etwas gelegt werden, entweder durch hohere Besteuerung 
von solchen offentlichen Zweckessen, oder, wie es schon in manchen 
Gegenden von Deutschland durch die Initiative einsichtiger Landrâthe 
auf dem Lande geschehen ist, durch direktes Verbot. 

Es gelingt aber auch dem Guttemplerorden meist ohne Schwierig- 
keiten, Handwerksmeister, die durch den Aberglauben, aie mûssten 
die Wirtschaften a des Geschftftes wegen » fleissig freauentieren, an 
den Trunk gekommen waren, von dem Unsinnigen dieser Ansicht 
zu ûberzeugen und ihnen durch ihr wirtschaftliches Emporblûhen 
sehr bald zu zeigen, dass das Handwerk auch ohne durch den Ge- 
schuftstrunk gewonnene Wirtschaftskundschaft noch einen goldenen 
Boden hat. Es mag dies damit zusammenhftngen, dass die Handwerks- 
meister zumeist von Haus gewohnt sind, selbststftndig nachzu- 
denken und zu rechnen. So kônnen sie leicht die Richtigkeit unserer 
Sfttze durchschauen. Und da es ferner zumeist energische Leute sind, 
so handeln sie auch danach. Erhebliche Schwierigkeiten finden wir 
dagegen meist bei den oben angefûhrten Klassen von Reisenden, 
Fabrikanten u. s. w., die thatsftchhch oft nichts verkaufen wenn sie 
sich beim Wirt nicht erst gehorig als a gute Kunden » durch reichli- 
chen Alkoholgenuss entpuppt haben. 

Eine weitere grosse Bevôlkerungsklasse, die, abhângig von den 
Wirthen, von diesen zu einem grossen Teil geradezu zum Trunke 
getrieben wird, sind die Fuhrleute, die z. B. in Hamburg den Waà- 



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renverkehr selbst sowohl, wie nach den umliegenden Ortschaften 
besorgen. Diesclbcn klagen fast durchgângig — und wie es in Ham- 
burg geht, wird es vielfach auch wohl anderwârts der Fall sein — dass 
p sic bci dem heutigen Stande ihrer Geschftftsvermittelung, d. h. durch 

:\' tlas, bei dem Aufsuchcn ihrer Waaren und Auftriige in den verschie- 

Ç denen Wirtschaften notwendig werdende « Vcrzehren » zu ganz 

'£ unvcrhuitnismassig hohen Gesch&ftsspesen gebracht wùrden, und dass 

'l , vicie von ihnen durch diesen allzuh&ufigen Wirtshausbesuch oft wider 

£. ihrcn Willen, nur durch die leidige Gewohnhcit, an den Trunk kâ- 

men. Ganz solide Lcute berichten mir, dass sie meist. 2 mark bis 
2,50 nn Zehrkosten tttglich ausgeben mûssten, um ihre Bestellungen 
einzusammeln; nnter 1,50 Mark sei nichtdurchzukomraen, dadie Wirte 
es verstiinden, denjenigen die meisten Bestellungen zu verschafTen, 
p die ammeisten verzehrten. 

V Bcrechnen wir nun die Einnahmen eines kleinen Fuhrmannes auf 

1500 bis 3000 Mark, so ergeben sich 25-50 °/ Geschaftsabgaben an 
diesc Wirtschaften. Es ist dièses, wenn man aie Schwere der Arbeit, 
dus Risiko des Fuhrmannes durch Entwendung oder Verlust seiner 
ihm anvertrauten Waaren, Erkrankung von Pferden, Abnutzung des 
Wagcns und des Geschirres und den Einfluss der Unbilden der vvitte- 
rung auf seine cigenc Gesundheit bedenkt, eine Abgabe, die besonders 
nach Art ihrer Kntstehung in keinerlei Verhàitnis zu seinen Verdienst 
stcht. 

Abhiilfe wiire leicht zu schaflen, wenn sich die s&mtlichen in 
Bctracht kommenden Fuhrleute zu einer Art Genossenschaft zusam- 
men thiiten, welche in Hamburg z. B. viclleicht am zweckmâssigsten 
auf dem Iiopfcnmarkt, oder da wohl mehrere Lokale nôtig wîlren, in 
vcrschicdcncn Gegciulen der Stadt ein Lokal mieteten als Lagerraum 
der abzuholcndcn Waaren und zum Anbringen der Brieikasten fur 
die Auftriige fur die verschiedenen Fuhrleute. Natûrlich mftsste ausser- 
dem Personal zur Abfcrtigung vorhanden sein. 

Solltc unter den Fuhrlcutcnnicht genûgender Korpsgcisthcrrschen, 
^ um dièses Institut zu Stande zu bringen, so dûrîte es Sache der 

betrefrenden Behorde, des Gewerberates, vielleicht am besten der 
Fuhrwcrksbcrufsgcnossenschaft sein, durch Einberufung einer Ver- 
sammlungdcn Anstoss zur Grûndung dieser, nicht nur fur die Fuhr- 
leute, sondern durch die Befreiung dieser von der Tyrannei des 
Wirtschaftsunwcscns, fur unsere gesamte Geschttftswelt zweckin&ssige 
*.*• Einrichtung zu geben. 

Die Fuhrwcrksberufsgenossenschaft ist wohl auch au s dem Grunde 
«? am meisten an dieser Befreiung der Fuhrleute, wie die Braucreige- 

nossenschaft an der Befreiung der Bierfahrer vom Tyrannen Alkonol 
\ interessiert, weil nach den ûbereinstimmen den Erfahrungen der 

? Behorden und der Aerzte in allen den mit irgend welcher ernsteren 

Verantwortung oder irgend welchen Gefahren verbundenen Berufsar- 
r ten schon verhaitnism&ssig geringe Mengen alkoholischer Getrflnke, 

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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 499 



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wie cin Glas Schnaps oder Bier, das Gefûhl der Verantwortung, die \ 

Sichcrheit der Handhabung und die Geistesffegenwart herabsetzen, | 

dagegcn das Gefûhl der Sorglosigkeit erhônen. Es is daher kein 

Zweifel, dass eine grossere Lnthaluamkeit der Fuhrleute in alkoho- 

lischen Getrftnken das beste Vorbeugungsmillel wilre fur Un fa lie, bei 

denen sie selbst verunglûcken kônnen, sus auch fur solchc, dure h clic 

Passanlen oder Hilfsarbeiter beim Auf-und Àbladen oder bei m Durch- 

gehen der Pferde in Folge Augetrunkenbeit des Kutschers zu Scha- •*? 

den kommen. 

Ein weiteres Zeugnis aus dem Kreise der Arbeiter ûber den Fluch 
der Alkoholpest; der unser Volk gefangen hait, ist die Eingabc der 
Hamburger Sceleute an den Hamburgy Sénat zur Zeit de* grossen 
Hafenstrcits 1896 ûber die Missbrttuche im Heuerwcsen, die wirklich 
wie cin eletnentarer Notschrei unseres arbeitenden Volkes Eincm 
entgegen gellte, ihm aufzuhelfen aus seiner Alhoholnot. Mit welchcm 
— gelinde gesagt — hoch entwickelten Erwerbssinn sich in diesein 
Ausbeutungssystem verschiedene Kreise die Hand reichten* davon 
einige Beispiele. Der % 115 a der Reichsgewerbeordnung bestimmt 
in weiser Voraussicht, dass Lohnauszahlungen nicht in Wirtschaftcn 
vorgenommen werden dûrfen, — die Lohnauszahlungen fandon dem- 
gemliss in Nebenrllumen — der Alkoholkonsum der auf ihren Lohn 
VVartcndeji, sowie der guten Kunden, die ihren Lohn soeben vor- 
schriftsmttssig in den Nebenrâumen erhalten hatten in den vorderen 
Wirtschaftsrâumen statt. Es ist bekannt, dass grossere Brauereien 
die eine oder die andere von diesen Hafenwirtschaften als cintr&glichc 
Einnahmequelle zur Vermehrung ihrer Dividcnden ankauften. Wâh- 
rend des Streits wurde bekannt, dass einem angesehenen Stauer 
solche Hafenwirtschaft gehore, welche wie eine Zwickmûhle den 
Arbeitern die eben sauer verdienten Groschen wieder abzunchmen 
verstand. Der Heuerbass ist wiederum so oder so verbunden mit dem 
Schlafbass, — der Agent des Heuerbaas, der arunner», wenn moglich 
mit beiden — und aile, aile dièse wollen verdienen und viel verdie- 
nen, indem der Arbeiter, verzehrt; d. h. dies Verzehren ist der 
technische Ausdruck fur Trinken, und sie zwingen ihn zu verzehren 
dadurch, dass sie ihm sonst keinc Arbeit verschaflen, auf die er ange- 
wiesen ist, sein Brot zu verdienen. Ist das nicht rafliniert? Aehnliche 
ZustUnde herrschten in den sechziger Jahren in den verrufensten 
englischen Kohlendistrikten und waren in den achtziger Jahren unter 
den belgischen Dockarbeitern allgemein verbreitet. Bekanntlich ist 
dem grobsten Unwesen dieser Art' durch die dem Streit folgenden 
Untcrsuchungen auf gesetzgeberischem Wege und durch Einrichtung 
von Arbeitsnachweisstellen Abbruch gethan, indessen wird es audau- 
ernder scharfer Controllebedûrfen um ein Wiedereinreissen der altcn 
Unsitte zu verhindern. 

Folgender Passus aus dem Bericht des Vorstandes des Vercins 
Hamburger Rhcder ûber das Jahr 1898/99, den ich dem « Hamb. 



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Correspondent » vora 11 Juli d. Js. entnchme, zeigt uns, dass dièse 
menschlichen Haifische noch heute jenseits des Ozeans ihr scham- 
loses Gewerbe wenn môglich noch frecher getrieben haben. Vielleicht 
bietet sich unseren amerikanischen Ordensbrûdern Gelegenheit, das 
dankenswerte Vorgehen unserer hiesigen Rheder und deutschen 
Behôrden jenseits des Ozeans krftftig zu unterstûtzen, damjt diesen 
menschlichen Ungeheuern das Handwerk dauernd gelegt wird. 

a Die vielen Desertionen an manchen Qberseeischen Hftfen sind 
schon wiederholt Gegenstand lebhafter Klageq und eingehender Eror- 
terungen, auch in unserm Verein, gewesen. Eins unserer Mitglieder 
lieferte uns in diesem Jahre mit Berichten seiner Kapitflne ûber an 
Bord ihrer Schiffe vorgekommene Desertionen des von der Postland 
Chamber of Commerce eingesetzten Commitlees of Seamans abuses 
ein, nach der dort in dieser Beziehung wahrhaft erschreckende Zus» 
tande herrschen. Danach bestand dort ein vollstflndiger Ring von 
Heuerbaasen, der die Seeleute zum Desertiren ûberredete, und, wenn 
dics nicht half, mit List und Gewalt von den Schiffen fortbrachte, 
um aie, nachdem sie vôllig ausgesogen waren, den Kapitflnen anderer 
Schifle, denen ihre Leute in flhnlicher Weise abspenstig gemacht 
waren, gegen hohe Gebûhren zu verheuern. Trotz grôsster Sorgfalt 
und Energie konntcn die Kapitdne sich vor diesem Unwcsen nicht 
schûtzen, sie mussten den Heuerbaasen tributpflichtig werden, wenn 
sie nicht wegen ungenûgender Besatzung îm Hafen festgehalten 
werden wolten. Der Ring verhinderte dur en seinen Einfluss in der 
Stadtverwaltung jedes behordliche Einschreiten gegen sein Treiben 
und wusstc die beantragte Festnahme von Deserteuren zQ verhindern, 
oder die Wiederfreilassung Verhafteter zu bewirken. Vom 1. Juli 
1897 bis zum 30. Juni 1898 sind von 2182 auf 133 Segelschiflen 
angekommenen Seeleuten 91 abgemustert und 778 desertirt. 
Das Komitee, das die Einsetzung einer behôrdlichen Heuerstelle 
unter seiner Mitwirkung anstrebt, hat die Denkschrift unserm 
erwtfhnten Mitgliede mit der Bitte ûbersandt, die hiesigen durch das 
Treiben geschlldigten Rheder môchten ihm durch eine Zustimmungs- 
erklflrung bei seinem Vorgehen behûlflich sein. Wir haben unter 
Darlegung dieser Verh&ltmsse den Reichskanzler ersucht, dièse Be- . 
strebungen nach Moglichkeit, sei es durch Vorstellungen bei der 
Regierung in Washington, oder durch entsprechendc Anweisungen 
an den Kaiserlichen Konsul in Portland zu unterstûtzen, wie Qberhaupt 
eine Anweisung an aile Konsuln in aussereuropflischen Hafenpltttzen, 
dem Heuerbaas-Unwesen ihre besondere Aufmerksamkeit zuzuwenden, 
und, môglichst in Uebereinstimmung mit den Konsuln anderer 
Staaten, auf Abstcllung bezùgficher MissUnde hinzuwirken, sehr 
dankenswert sein wfirde. Eine Abschrift dieser Eingabe haben wir 
der Portland Chamber of Commerce zugestellt. Nach neueren tele- 
graphischen Mitteilungen scheint dort jetzt Wandel geschaflt zu 



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502 VII e CONGRÈS INTERNATIONAL 

sondern nur symptomatische Typcn zahlreicher Erwerbsklassen, 
unter dencn eine grosse Anzahl gesunder, geistig und sittlich von 
Haus ausgut gebildctcrMttnner, meistaber Leute sien befinden, die gar 
keine besondere Ncigung zum Trunk verspûren, mithin keineswegs 
zii Schichten gehoren, die bereits in zweiter Linie durch chronischen 
Alkoholgcnuss degeneriert sind, die aber in Folge der Abh&ngigkeit 
von dem Alkoholgcwcrbe fur ihren Broterwcrb, meist geradezu 
wider Willcn an einen gesundheitswidrigen Alkoholgenuss gewohnt 
werden. uni schliesslîch, wcnn nuch in guten Vermogensverhaltnissen, 
so doch korperlich, geistig und sittlich geschwttcht, m eh r ode r minder 
frûhzeitig zu Grunde zu gehen, nicht ohne vorher noch den Fluch 
der Degcneration in Folge ihres eigenen zu rcichlichen, wenn nuch 
unfreiwilligen Alkoholgenusses auf ihre Nachkommen vererbt zu 
haben. 

lst es schon im hochsten Masse tragisch und unvolkswirtschaftlich 
zuglcich, dass alljiihrlich in allen Lttndern in Folge der unsinnigen 
Trinksitten ungeztthltes Nationalvermogen an sorgsam gcpflegter 
Bildung und nuihcvnll gehegter Gesundheit verloren gent, so ist 
dieser Verlust doppelt beklagenswert und bei der Hôhe unseres sons- 
tigen Kullurzu s landes sowie unseres offiziellbn chiustektvms geradezu 
schnitihlich, dass es geduldet wird, dass ein namhafter Prozentsatz 
der erwerbsthâtigen Miinnerwelt, um sein Brot fur sic h und seine 
Familie zu crwerben, sich an einen Alkoholgenuss gewôhnen muss, 
der fast rcgclmiissig seinen korperlichen, oit a tic h seinen geistigen 
und sittlichen Ruin zur Folge hat. 

Wie ist diesem Krebsschadcn zu steuern ? Gesetze und Polizeivor- 
schriften iiutzen in diesem Fa lie nur wenig, da die rafïïnierte Schlau- 
heit der Vcrtreter der Alkoholindustrie, raïïinierter als der schlimmste 
Wucherer, immer neirc Schliche ausfindig machen wird, Hinteithùren 
der Gesetze zu cntdcckcn ! Empfchlcnswert dûrfte sein, die Bcrufs- 
genossenschaften, Unfallversichcrungen, die Alters-und Invaliditftts- 
versicherung, clic KrankenkassenvorsUInde, die privaten Lcbensver- 
sicherungs gescllschaften, welche Kôrperschaften insgesammt bereits 
Kapitalien repriisentieren, die sich mit denen der Alkoholindustrie 
messen dfirftcn. — und auf eine Geldmachtfrage lftuft schliesslîch der 
ganze Kampf hinaus ! — auf diesen Krebsschaden aufmerksam zu 
machen, dessen Folge n auch an ihrem Geldbeutel zehrt, und sie zu 
Bundesgcnosscn in diesem Kampf zu werben. Ziweckmftssig erschiene 
es mir (erner, wcnn Sr. Ma j estât, unser deutscher Kaiser, der ja so- 
gern die Initiative ergreift, wo es gilt, Gutes zu wirken, das Buch 
des Amei ikaners Baird iiber die Mtfssigkcitsbewegung, welches sein 
UrgrossVatcr, Friedrich Wilhelm III in 13.000 Exemplarcn im Jahre 
18o2 an die gesamte Geistlichkeit der Monarchie vertheilen Hess, den 
Hcrrcn Pastoren noch cinmal in neuer Auflage offerieren liesse. 
Vielleicht dass ans diesen Bûchern dann wieder, wie vor 60 Jahren, 
etwas Yon der Erkenntnis in das Denkvermôgen unseres Volkes, 



% CONTRE L'ABUS DUS BOISSONS ALCOOLIQUES 50.1 

insbesondere auch unsorer leitenden Kreise, ûber&trômte, dass das 
Wirlsgetverbe nur zu dulden nnd als ehrbar zu belrachten sei, wenn 
es den Bediïrfnissen der Menschen naclt gesunden Speisen und Ge 
Lrànken nachkomml, dass es aber ein « unredliches » und « iinsiulichcs » 
Gewcrbe wird, sobald es darauf ausgeht, aus der Notlagc, den 
Scliwtïchen und Fehlevn der Menschen seinen Profit zu ziehen. Soweit 
es bei diesen rcdlichen und gesunden Grundsfltzen nicht bestehen 
kann, sich sclbst durch Ueberproduktion ruiniert, auf déni Lande 
insbesondere ohne Xebeneinnahme aus Handwerk und Landwirtschaft 
nicht bestehen kann, ist es ein ungesundes, das nationale Leben 
vergifiendes Geschwtïr am sozialen Kôrper und muss zu Grunde gehen. 
Andrerseits ergiebt sich aus diesen Gesichtspunkten und der Xot- 
wcndigkeit des Bestehens guter solider Wirtschaften und Gasthiiuser 
die weitere Notwendigkeit durch starke Beschrflnkung der Konzes- 
sionsgewdhrung einer Ueberproduktion gerade in diesem Gewerbe 
vorzubeugen. Die ûbergrosse Zahl an Wirtschaften ist nicht nur 
schiidlich wegen der durch dieselbe gegebenen zahlreicheren Gele- 
genheit zum Genuss berauschender GetrUnke, sondern erfahrungs- 
gemUss besonders deshalb, weil, je mehr Wirtschaften in einem 
Dorfe oder in einer Strasse sind, desto weniger Verdienst auf den 
einzelncn Wirt fftllt und so derselbe oft geraaezn, um seine Existenz 
zu fristen, gezwungen wird, wie eine beutegierige Kreuzspinne in 
ihrem Nctz, womôglich in der Hausthûre stehend etwaigen Kunden 
aufzulauern und sie in seine Kreise zu ziehen. 

Die gleiche Gefahr gleichsam gewaltsam erhôhten Absatzes und 
Konsums durch vermehrte Reklame und Verfuhvung im G rosse n 
ergiebt sich auch aus der Ueberproduktion von Schnaps und Bier. 
Bei m Wein sind der Ueberproduktion durch die Schwierigkeit des 
Anbaues gewisse Grenzen gezogen. Die Schnapsbrenner habén wie- 
dcrholt schon in Resolutionen die Tendenz ausgesprochen, nach 
Moglichkeit die tcchnischc Verwendung des Spiritus zu fordern, um 
nu-ht durch eine gesteigerte Begûnstigung des Schnapskonsums ein 
woitorcs Odium auf sich zu lauen, als die Hedlicheu unter ilmen 
schon auf sich lasten fuhlen. Dagegen schiessen die Brauereien immer 
uoeh wie Pilze aus der Rrdc und mit der steigenden Koukurronz 
steigt auch die Not und die sogcnanntc « Hcktoliterwut, » die Not- 
wendigkeit des gesteigerten Absatzes, des gesteigerten Konsums und 
damit des odiziellcn Rrhebung des $ 11 zu einer lieiligen Notwendig- 
keit. Was wûrde Martin Luther heutigen Fages pagen, der schon 
damais den Hrfinder dos Bières eine Pestis Germaniac, eine Pesl fur 
Dailschlmidy genannt hat ! 

Diesem hier geschil derten Krebsschaden kann und muss abgeholfcn 
werden durch unermiïdliche Auf'kliïrung der Bevôlkerting und Svhaj- 
fnng der Geivissen, vor allen Dingen der beteiligten Kreise selbst ! — 
eine schwere und mûhsame, aber viellcicht die einzige, wirklich Krfolg 
versprechende Arbeit ! 



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504 



Vil" CONGRES INTERNATIONAL 



Wirmûssenallen dîesen Erwerbstftnden, den Wirten, Brauern, Bier- 
fahrern und Direktoren, Brennern, Biervertretefn, Kognakagenten, 
Champagnerreiscnden und allen anderen verwandten Geschâftszweigen, 
die sich einbilden, unsere Feinde sein zu m us se n, immer und i miner 
wieder zeigen, wohin ihr fluchbeladenes Gewerbe fûhrt : oft zukeiner, 
oft zu einer degencrierten Nachkommenschaft und auf de m kûrzesten 
Wege zitm Kirchhof wie die Statistik nachweist, wie die Lebensver- 
sicherungsgesellschaften und Unfallversicherungen wissen, die die 
meisten aieser Leute, wenn sie sie ûberhaupt nehmen, nur zu erhôhten 
Prftmien aufnehmen. Zweierlei mùssen wirihnen ferner klar machen : 
erstens, dass die alkoholfreien Wirtschaften und grossen Hôtels in 
den Temperenzstaaten Amerikas und Skandinaviens trotz ihrer Tem- 
perenz vorzûgliche Geschàfie machen, — einfach dadurch, dass derje- 
nige Gast, aer kcine Sptrituoseii trinkt, dem Wirt mit Vergnûgen 
aus natûrlichem Anstands — und Gerechtigkeitsgefûhl die Preise ftfr 
seine Kûche zahlt, die der Wirt haben muss, um sein Geschfift zu 
machen. Beruht doch darauf das Geschflftsgeheimnis, dass die Gut- 
templer bei allen anstflndigen Wirten sehr gern gesehene Gfiste sind ! 
Und zweitens mûssen wir allen diesen Leuten zeigen, dass unsere 
Enthalsamkeitsbewegung die einzige der Welt ist, deren letztes 
Ziel es ist, den Sonnen aller dieser Wir te, Brauer, Brenner, Bier- 
Verleger und Vertreter, Kognakreisenden und x Champagneragenten 
neue, oessere, gesundere Berufsarten zu eroffnen. 

Wenn wir dièse Leute, die sich mit Vorliebe als unsere Gegner auf- 
spielen, auf diesen Punkt bringen, dann werden fast regelmttssig ihre 
Herzen weich: denn merkwûrdig, wtthrend sie selbst in ihrem 1/4-3/4 
Dusel, in dem sie sich meist bennden, nicht die Kourage habên, oft 
■vielleicht auch nicht in der Lage sind, sich aus diesem « gefôhrlichsten 
aller Berufe » zu crheben, so haben sie doch, mit wenigen Ausnah- 
men den Wunsch, ihre Sohne nicht wieder Brauer, Brenner, Wirte, 
Kognakagenten, Bierfahrer oder Brauereidirektoren werden zu lassen. 
Nuu wir wollen unser Moglichstes thun, damit dièse aile in einer 
spiiteren Génération in gesunden und dankbaren Erwerbszweigen 
ihr Brod finden kônnen ! 

Einer weiteren fur unseren ganzen Kampf schwerwiegenden Bedcu- 
tung dièses Zwanges zum Trinken beim Broterwerb mochte ich zum 
Schluss noch Erwaimung thun. Der Trunk, und selbst der unmiis- 
sigste, bekommt gewissemassen eine Art Heiligenschcin durch den 
Gesichtspunkt : « er thut*s ja nur, um sein Brod zu verdienen ; um 
seincr Familie willen ! » Und von dieser F&hschung und Vergiftung 
der oflTcntlichen Meinung ausgehend wird auch der freiwillire Trunk 
mit einem ncuen Schimmer der Berechtigung vergoldct. Und auch 
dièse Autosuggestion, auch dièse selbstrùgerische Ziwangsvorstellung 
muss gebrochen werden ! 

Und noch eins : Mage Jeder, der da glaubt, sein mâssiges Glas wein 
oder Bier nicht enlbehren zu kônnen, sich for tan beijedcm Schluck in sei- 



CONTttE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 505 

ne m christlichcn Gemiït bewusst sein, dass cr uni dièses ver nicintliv lien 
Gênasses willen, zu seine m Teile dazu beitrâgt, dass eine und einc 
halbc Million Manner — wenn nicht mehr ! — welche ïhr Brod in dcr 
Alkoholinduslrie vcrdicnen, eben in Folge der Gefahrcn, welche dièse 
« gefdhrlichste aller Berufsarten » mit sich bringt^oft tinter 1 1 inten- 
tas su ng einer degenerierten Nachkommenschafl, einem frûhzeitigen 
Tode enlgegengeftihrt wird ! 

M. le Président dépose sur le bureau le rapport de M. W.-O. Os- 
sipof : De quelques questions se rattachant à l'alcoolisme. {Ce mé- 
moire sera adressé aux congressistes en môme temps que les comptes- 
i*endus). 

Enfin M. le président dépose sur le bureau le rapport de M. J.-.J. 
Ridtfe sur Yabstinence imposée comme mesure de coercition. 

De l'abstinence obligatoire 

PAR MONSIEUR LE DOCTEUn J.-J. RIDCE 
De Londres el d'Enfield, in Middfetex (Angleterre) 

La nouvelle loi sur les ivrognes, loi qui vient d'entrer en vigueur 
dans la Grande-Bretagne, ne pourvoit qu'à la sélection et au 
traitement des ivrognes ayant été condamnés quatre fois déjà pour 
des infractions soumises à des pénalités quelconques. Il n'y a point 
lieu de douter que cette classe d'ivrognes ne soit fort nombreuse. Si 
dune, cette foule d'ivrognes devait être confiée aux Institutions pour 
la guérison des buveurs, une telle mesure conduirait a des dépenses 
considérables. 

l/eflet général de ce traitement curatif obligatoire reste à constater; 

ais, oh doit se souvenir que dans les circonstances les plus favo- 
rables, et avec une classe de personnes ayant, en moyenne, reçu une 
bonne éducation, et qui, se trouvant dans une position aisée, a déjà 
pu se soumettre à ce traitement, — environ un tiers seulement de 
cette classe à part a paru vraiment guérir. 

Je puis donc me risquer a prédire que cette loi sera très insuffi- 
sante, et cela pour les raisons suivantes : 

1° Cette loi n'atteint pas un très grand nombre de la totalité des 
ivrognes et précisément ceux-là qui sont incapables d'administrer 
leurs propres affaires, ou qui ruinent le bonheur et l'avenir de leurs 
familles, mais qui, néanmoins, ne commettent aucune offense 
tombant sous le coup des lois pénales, ne sont pas atteints. 

2° L'avantage assuré ne sera ni important, ni permanent, puisqu'il 
est h peine probable qu'un tiers des cas en traitement puisse être 
guéri. 



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306 Vil" CONGRÈS INTERNATIONAL 

3* De nouveaux groupes d'ivrognes se produiront chaque année, en 
vertu d'une loi physique inéluctable, tant que, par rapport aux bois- 
sons, les coutumes sociales resteront les mêmes. 

4° La loi nouvelle conduira à une dépense considérable, que les 
contribuables, déjà surchargés d'impôts, auront à supporter, sans 
compensations équivalentes. 

Je propose donc un autre plan, lequel me parait être de beaucoup 
préférable, parce qu'il entrerait en action sans la moindre dépense 
préalable et serait immédiatement utile à tout le pays. 

Je propose que la vente et le don d'une boisson capable de produire 
l'ivresse soient interdits vis-à-vis d'un ivrogne et d une ivrognesse, 
judiciairement déclarés tels. Ceci n'entraînerait aucune séparation de 
parents, aucun abandon d'occupations professionnelles. Un homme 
pourrait continuer ;i entretenir lui-même, d'abord, puis sa famille, et 
il ferait cela mieux encore, en raison de sa sobriété forcée. Une épouse, 
une mère serait toujours capable de vaquer aux soins de son ménage. 
Ce plan mettrait la boisson hors de la portée de l'ivrogne, au lieu de 
mettre l'ivrogne hors la portée de la boisson, ce à quoi prétend vai- 
nement la loi nouvelle, et cela se pourrait faire avant que l'ivrogne 
n'ait été aussi loin que le demande la loi nouvelle pour l'atteindre, 
sans qu'il en résulte la désorganisation de la vie de famille, ni du 
détriment envers qui que ce soit. 

Une personne duement et valablement certifiée par un Docteur, ou 
par un Magistrat, comme étant dans les conditions prévues par la loi. 
serait contrainte, sous peine d'emprisonnement (sans permission de 
choisir entre la prison et C amende) de porter visiblement en tous 
temps un signe indicateur; tel, par exemple, qu'un bout de ruban 
bleu sur sa poitrine, à la boutonnière de son habit, ou en tout autre 
endroit visible de sa personne ; ce ruban est, en Angleterre, déjà fort 
répandu pour indiquer l'abstinence. — Toute personne vendant à 
quelqu'un muni de ce signe prohibitif serait punie de la perte de sa 
licence , = permis de vente) pour une première offense. — Toute 
personne faisant don d'une boisson alcoolique à un ivrogne ainsi 
déclaré, devrait s'entendre condamner à une grosse amende, suscep- 
tible d'augmentation à chaque récidive. L'ivrogne, ou l'ivrognesse, 
ayant obtenu de la boisson interdite, serait passible de la prison 
jusqu'à révélation exacte du nom du vendeur ou du donateur du 
corps du délit. 

Ce plan n'implique d'ennuis pour personne. Les frais de son appli- 
cation ne seraient qu'une bagatelle. Ce système amènerait le bonheur 
à une multitude de foyers, car, la majorité des ivrognes cruels et 
violents est douce et même aimable quand elle n'est pas soumise à 
l'influence de la boisson.. 

Ce plan n'intervient en rien avec la liberté rationnelle ; car, certes, 
l'ivrogne n'a point le droit de faire de lui-même uu fou dangereux 



CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 507 

pour autrui ; et tout, vendeur de boissons qui, pour l'amour de son 
gain, consent à vendre a de tels buveurs, — en sachant qu'il détruit 
chez eux corps et à me, ne possède aucun titre a la considération 
publique. 

C'est pourquoi, cordialement et respectueusement, je recommande 
ce plan si simple à l'attention du Congrès : — v Signaler l'ivrogne ot 
le priver de sa boisson. » — Je puis ajouter, en terminant, quêtant 
moi-même un porteur volontaire dudit ruban bleu, je continuerais ii 
le porter avec plaisir, pour préserver de l'opprobre les décorés par 
force, poisqu'après tout aucun porteur de ce ruban bleu d'azur ne 
pourrait plus, alors, ni recevoir en don, ni acheter, peu ou beaucoup, 
de la liqueur tentatrice et fatale. * 

M. le président déclare terminés les travaux de la deuxième section 
et remercie les congressistes du zèleef de l'entrain qu'ils out apportés à la 
discussion des gros problèmes soumis à leurs études. 

La séance est levée. 



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DEUXIEME SECTION 



HISTOIRE, ÉCONOMIE POLITIQUE & SOCIALE 



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SÉAITCE 



Monopoles 



ANNEXES 



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Annexe 



Le Monopole de l'Alcool 

PAR M. DESCROIX 
Délégué du Syndicut des Employés du département de lu Seine. 

Le Syndicat des Employés de la Bourse du Travail de Paris convoqué 
un peu tardivement aux travaux du Congrès a désiré prendre part a ces 
travaux et m'a délégué dans ce but. J*aî déjà présenté à Messieurs les 
Congressistes un opuscule imprimé qui a pour titre : V Alcoolisme et 
dont deux des membres du Syndicat des Employés, MM. Guyot et 
François sont les auteurs. 

Le Syndicat, eu la personne de son délégué, prend aujourd'hui, 
comme il l'a fait d'ailleurs au Congrès ouvrier de Rennes en octobre 
1898, position très nette contre tout Projet de Monopole de l'Alcool 
par l'Etat. 

Le Syndicat des Employés est socialiste, et ne s'occupe pas de poli- 
tique, mais il est constamment sur la brèche dans les questions éco- 
nomiques et sociales pour l'amélioration de la condition de la classe 
travailleuse; en dehors du Syndicat, chacun de nous est, au point de 
vue politique, libre de ses actes et peut soutenir telle cause qui lui 
plaît. 

Nous définissons le socialisme ainsi : Le socialisme a pour but 
d'améliorer le sort du travailleur dans le milieu social. 

La question sociale est une question économique, mais elle n'est 
pas seulement économique, elle demande un effort dans le domaine 
matériel et un effort dans le domaine moral. La question sociale est 
le plus souvent une question d'éducation. 

La question du monopole de l'alcool a-t-elle un intérêt pour le 
monde des travailleurs ? A notre avis, elle n'en a aucun, bien au con- 
traire, elle a de nombreux défauts que je vais essayer de mettre en 
relief, mais, je le déclare immédiatement, je ne veux pas entrer dans 
le domaine de la politique, je reste dans l'esprit de mon Syndicat qui 
met la politique de côté pour ne s'occuper que des questions pure- 
ment économiques et sociales. 

Le monopole de l'Alcool en France a, pour moi, trois buts : 1° La 
politique qui domine tout le projet; 2° la fiscalité; 3° l'hygiène sociale. 

C'est donc dans la question fiscale seule, pour ainsi dire, que je 
vais aller chercher des arguments contre le monopole, car l'hygiène 










512 Vil" CONGRES INTERNATIONA^ 

sociale peut avoir une solution en dehors du monopole, elle en est le 
prétexte, elle n'est qu'un adjuvant pour consolider le projet, bien 
qu'elle paraisse en être le but initial. 

Cependant au point vue politique, MM. Guyot et François ont 
donné dans l'opuscule déjà mentionné: l'Alcoolisme, aux pages 43 et 
44 leur idée sur la situation des débitants et des électeurs en cas de 
monopole et il est probable qu'aux élections prochaines, nous aurons 
des arguments d'une incontestable valeur contre les candidats monopo- 
leurs. 

Messieurs les Congressistes ont pu remarquer combien a été tar- 
dive l'inscription au tableau d'un orateur français, partisan du Mono- 
pole de l'Alcool, inscription qui n'a été faite qu'au début de cette 
dernière séance, aussi ai-je eu fort peu de temps pour établir ma 
communication en réponse au discours de M. Alglave. C'est donc 
spécialement au point de vue français et au point de vue de la classe 
ouvrière que je prends part a ce débat écomique et utilitaire. 

M. Alglave nous a entretenus du monopole de la rectification. 

Ses explications ont été fort courtes, il est facile de s'apercevoir 
qu'il a fait une volte-face complète; à mes oreilles ne résonne plus le 
mot de milliard qu'il y a deux années encore la presse avait accueilli 
avec une faveur non dissimulée; si cette époque, il y avait deux hom- 
mes en M- Alglave, l'avocat et le professeur de sciences financières, 
c'était l'avocat qui faisait les conférences mais le public a toujours cru 
que c'était le professeur. Aujourd'hui, ainsi qu'il l'a dit lui-même, il 
attend sa retraite parmi les sinécures que toute administration fran- 
çaise ne peut s'empècher de créer. 

Entrons en matière, si vous le voulez bien, prenons l'Annexe n° 84, 
session ordinaire, séance du 20 juin 1898, page 1174 du Journal Offi- 
ciel. Projet de loi tendant a établir en France le monopole de la rec- 
tification de l'alcool, par M. Guillemet, député. Le produit de ce 
monopole devait être a liée té aux vieux travailleurs, la commission qui 
a été nommée pour examiner ce projet en a déjà modifié l'attribution 
de concert avec la commission des octrois, le produit en sera affecté 
aux communes afin de leur permettre de supprimer leurs octrois 
(Agriculture Moderne, n° 165, 26 février 1899). Ce chassé-croisé m'a 
immédiatement fait douter de la compétence de ces deux commissions, 
en voici la raison : Qui dit monopole, dit gros droits, droits élevés, 
comment admettre de gros droits sur l'alcool et la suppression des 
octrois, suppression intégrale s'entend puisque c'est l'Etat qui la ferait 
de concert avec les communes, c'est un illogisme économique fonda- 
mental. 

J'ai été à même de le remarquer très souvent, nos législateurs, nos 
conseillers municipaux sont gens lérus de science officielle et de 
science théorique, mais en science pratique leur bagage est léger, et 
je dois leur dire qu'en matières : Alcool et Alcoolisme, tout raisonne- 
ment qui n'est pas basé sur la pratique est certainement erroné. 



CONTRE L 9 ABU5 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 513 

Que Ton veuille bien me pardonner une digression à la cause de 
l'alcool et de l'alcoolisme, un exemple définira mieux ma pensée en N 
matière de compétence fiscale de nos hommes publics. 

MM. les Conseillers municipaux de Paris firent en octobre 1898 
ce qu'on appelle en langage amical — une gaffe — ils se dirent qu'en 
diminuant le vin de 3 fr. 25 par hectolitre et en augmentant de 85 fr. 
l'hectolitre d'alcool pur comme compensation, ils feraient œuvre utile. 
C'est là le raisonnement des gens incompétents et M. Guillemet n'y 
échappe pas dans son projet ae monopole — diminuer la quantité con- 
sommée en augmentant l'impôt. — Quel a été le résultat de ce vote ? 
Mécontentement partout. Idées théoriques superbes, malheureusement 
dans la pratique nettement opposées à l'intérêt des petites bourses et 
du ménage du travailleur, par contre, ils ont protégé le bourgeois, 
l'acheteur à la pièce, et le gros commerçant au litre, qui,' les uns et 
les autres ne' demandaient rien. 

Si les conseillers municipaux eussent voté 5 fr. parhect. au lieu de 
3 fr. 22, l'acheteur au litre eût pu exiger du débitant de vins le prix 
de fr. 55 au lieu de fr. 60; donc, résultat négatif pour le vin, 
mais par contre, les eaux-de-vie ont augmenté de ir. 40 par litre, et 
les consommations spiritueuses de 5 à 20 centimes le verre, l'alcoo- 
lisme n'a pas diminué, la bourse de la ménagère a été allégée de 2, 
4, 6 sous par jour; quant aux idées de M. Alglave auxquelles s'étaient 
ralliés un grand nombre de conseillers, dit une lettre de M. Brousse, 
je crois, il serait intéressant de faire comme M. Alglave lui-même, 
de faire le silence sur l'exagération voulue, la note forcée, les 
inconséquences de langage de l'avocat d'autrefois, et non point 
émettre un vote en faveur du monopole. Mais j'ai eu soin de le dire, 
la note politique domine toute la question du monopole de l'Alcool. 

Revenons au projet de rectification par un monopole d'Etat. Pour 
M. Guillemet, on doit tout attendre de cette rectification qui aurait 
le double avantage — d'apporter a l'Etat des revenus considérables, 
tout en diminuant notablement l'alcoolisme. 

Pour moi, revenus considérables, diminution de l'alcoolisme, sont 
des mots creux, aussi vides que le milliard de l'alcool; quant à la 
ureté, l'Etat ne fera rien de mieux en qualité, rien de plus pur que 
industrie actuelle, ce seront les mêmes appareils et le même alcool. 
L'industrie privée peut réaliser immédiatement ce que l'Etat nous 
promet de faire demain. L'Etat n'a qu'à exiger un degré de pureté a 
1 millième près, et immédiatement dans les 24 heures de renoncé 
d'un décret, l'industrie obéira. 

C'est d'ailleurs ce que j'ai répondu à M. Alglave. 

J'ai dit également ceci : Pour contrôler cette pureté l'Etat a 10, 
15, 20 employés dans chacune des usines, et aucun alcool de bouche 
ne pourrait être livré il la consommation sans avoir été contrôlé par 
les chimistes de la Régie; en faisant cela, on n'innove rien, puisque 
ce contrôle existe partout en France pour les alcools destinés au chaul- 



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VIT CONGRES INTERNATIONAL 



fagc dits alcools dénaturés, les employés prélèvent un échantillon 
d'alcool nature, un échantillon de méthylène, un échantillon d'une 
benzine spéciale qui ne doit bouillir qu'à 120 degrés et un échantil- 
lon de l'ensemble de ces produits, et ce n'est qu après ces contrôles 
que le mélange de ces liquides est admis à circuler sous le nom d'al- 
cool dénaturé. 

Ainsi donc le contrôle de pureté h 1 millième près de l'alcool des- 
tiné à la consommation de bouche est simple et facile, pas besoin d'un 
monopole pour cela. 

H y a deux sortes d'industriels qui livrent des alcools à la consom- 
mation, les uns au nombre d'une douzaine ne sont que rectificateurs 
de flegmes provenant de la betterave, les seconds au nombre d'envi- 
ron 200 sont des distillateurs-rectificateurs qui traitent des grains et 
des mélasses pour les transformer en alcool. Les premiers ont un 
outillage parfait, ils font 90 pour cent de leurs produits en alcools 
extra-fins d'une pureté absolue, les 10 pour cent qui restent sont des- 
tinés a la dénaturation. Quelques distillateurs-rectificateurs sont 
moins bien outillés que les premiers, mais leurs produits peuvent être 
très lacilement portés à un maximum de pureté conventionnelle, c'est 
une simple affaire de chaudronnerie. En résumé, sans monopole de 
l'alcool, on peut opérer un contrôle parfait de qualité et de quantité 
dans les usines d'alcool industriel de cette manière : 

1° N'admettre les alcools h la consommation qu'après vérification des 
chimistes de la régie ; 2° dénaturer sur place, dans les usines même, 
les alcools impropres à la consommation de bouche. 

Mais il n'est aucunement besoin de l'Etat-Monopole pour avoir des 
alcools de toute pureté, il ne s'ensuit pas pour cela que la question 
des eaux-dc-vic de consommation courante soit chose résolue, c'est au 
contraire à ce moment, que le poison est versé dans les eaux-dc-vie 
par des commerçants peu scrupuleux pour faire du bon marché, pour 
faire la concurrence a tout prix au détriment de la santé du consom- 
mateur. Je suis de l'avis de M. Guillemet et j'approuve son dire ; une 
bonne part de l'alcoolisme est dû aux bouquets artificiels, aux 
essences d'origine minérale qui forment le fond de presque toutes les 
liqueurs actuelles, substances acres, irritantes pour l'estomac ; en y 
joignant l'abus, voilà les vraies sources de tous les maux sociaux et 
de tous les désastres que l'alcoolisme traîne a sa suite ; mais permet- 
tez-moi de vous le dire, le monopole de l'alcool n'a rien à faire dans 
cette question qui relève soit de la police, soit du conseil d'hygiène, 
soit d une loi sur les falsifications de denrées alimentaires, ou sur 
l'emploi de substances nocives dans l'alimentation. Je suis d'avis de 
mettre le fer rouge dans cette plaie sociale, d'interdire l'emploi de 
toute essence vénéneuse, il faut absolument revenir aux arômes 
d'origine végétale qu'employaient nos pères. Il le faut pour remédier 
dans la mesure du possible au mal volontaire que se font les affamés 



CONTRE l'àIUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 515 

d'alcool, il le faut pour la famille, pour la patrie ; il le faut aussi pour 
le commerce qui se respecte et qui lutte désespérément contre le 
mercantilisme de ces empoisonneurs. 

A mon avis, la question de l'alcoolisme se résume dans les quatre 
considérations suivantes : 

1° L'alcool quel qu'il soit, même à l'état pur, n'est pas d'usage 
hygiénique : il faut admettre cependant qu'une minime quantité d'eau- 
de-vie de bonne qualité après fes repas est un excellent digestif. 

2° L'alcool est d'usage toxique si les impuretés (le fabrication ne 
sont pas éliminées, et j'ajoute que les impuretés de fabrication peuvent 
être aussi importantes et aussi nocives dans les caux-de-vie de vin et 
de fruits que dans l'alcool industriel. 

3° L'abus de l'eau-de-vie quelle qu'elle soit est la source la plus 
prompte de l'alcoolisme. 

4" L'emploi de substances nocives comme bonificateurs d'eaux-de-vie. 

Dans un chapitre du rapport de M. Guillemet intitulé : Régimes 
différents pour les alcools d'industrie et les eaux-de-vie naturelles, je 
lis ceci : « H faut tout d'abord établir une distinction entre les alcools 
» d'industrie et les eaux-de-vie naturelles, eaux-de-vie de vins, de 
» cidres, de marcs, de lie, de fruits. 

» Nous avons vu que les premiers représentent les neuf dixièmes 
a de la production totale et qu'ils sont presque tous des poison* 
n dangereux, la plupart n'étant pas rectifiés. 

» Les secondes n'ont besoin que d'une surveillance active de l'admi- 
» nistration et il y a lieu de faire renaître pour elles, autant que 
» possible, leur ancienne célébrité » ; et au chapitre suivant : Eau-de- 
vie d'industrie : 

» La rectification ne sera donc nécessaire que pour les eaux-de-vie 

» d'industrie, car il n'y a qu'un alcool éthylique, etc , il y a en 

» France des industriels qui rectifient d'une façon très satisfaisante. » 

Il faut croire qu'en écrivant ces lignes, M. Guillemet n'a eu d'autre 
souci que d'avoir des raisons bonnes ou mauvaises, erronées comme 
question fondamentale, pour imposer son monopole à des gens 
incompétents. Si c'est là la science que l'on enseigne à l'Ecole de 
médecine, elle est de qualité des plus médiocres et M. Ossipof, 
congressiste russe, a bien raison de nous dire que la question de 
l'alcool et de l'alcoolisme est insuffisamment étudiée. En tout cas, il 
faut revenir dans la vérité, il faut dire que : tous les alcools quels 
qu'ils soient, s'ils n'ont subi qu'une simple distillation, ont autant 
d'impuretés les uns que les autres, et que leurs substances nocives 
sont à peu près d'égale force. Cependant, je dois ajouter qu'un pro- 
grès dans l'industrie de la Distillation est sur le point d'éclore, celle 
du Bain-Marie ii haut degré de température, qui, pour la petite indus- 
trie dont les ressources sont limitées remplacerait l'emploi de la 



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vapeur, qui donne les produits les plus épurés, mais dont l'installa- 
tion est très coûteuse. 

Les eaux-de-vie de vin et de fruits qui n'ont subi que la distillation 
simple sont, en général, aussi impures, ou si l'on préfère, contiennent 
autant d'impuretés que les eaux-de-vie d'industrie. On rectifie ces 
dernières pour les amener à l'état de pureté, mais on ne peut pas 
rectifier les eaux-de-vie de vin et de fruits de la même manière sans 
enlever le bouquet naturel ; ces eaux-de-vie de vin et de fruits ont donc 
dans leur constitution toutes les impuretés des alcools d'industrie, et 
il ne faut nullement confondre impuretés avec bouquet comme pour- 
rait le faire croire cette ligne du rapport. Les eaux-de-vie de vin et 
de fruits n'ont besoin que d'une surveillance active de l'Administra- 
tion, parce qu'elles seraient censées ne contenir en fait d'impu- 
retés que de l'alcool cthylique ; que ce dernier est 7 fois moins nocif 
oue l'alcool amylique, etc.; pour raisonner par le côté pratique sur 
1 impureté des eaux-de-vie de fruits, examinons la Normandie et la 
Bretagne où l'on consomme en quantité effrayante les produits des 
bouilleurs de cru, il n'y a pas de pays en France où l'alcoolisme ait 
atteint un degré aussi élevé; d'ailleurs la science expérimentale a des 
procédés de recherche des impuretés qui permettent d'établir que les 
unes et les autres en ont la même quantité ; et le commerce avec les 
appareils de la Maison Dujardin-Salleron est en mesure de mettre au 
point pratique tout renseignement erroné. Le rapport de M. Guille- 
met s'exprime ainsi : 

« Quant aux eaux-de-vie d'industrie qui forment les 9/10" de la pro- 
» duction totale en France, elles sont presque toutes des poisons dan-' 
» gereuXy la plupart n'étant pas rectifiées, » A cette assertion 
fausse et incorrecte, on peut répondre par le côté pratique, que 
si elles étaient telles qu'on les annonce, elles seraient inbuvables. 
Ce n'est certes pas par une correction impeccable que brille le rap- 
port de M. Guillemet. Nous avons entendu trop souvent des argu- 
ments de ce genre dans les conférences non contradictoires de 
M. Alglave. 

Il est juste de dire que M. Guillemet n'est pas un praticien de 
l'alcool et que, pour justifier son monopole, il a ramassé les raisons 
citées par l'avocat. 

Je remarque, néanmoins, dans le rapport Guillemet, qu'il y a en 
France des industriels qui rectifient d'une façon très satisfaisante. 

Et j'ajoute, que c'est le plus grand nombre; ils y ont tout intérêt, 
puisque les qualités supérieures en alcool d'industrie jouissent d'une 

f>rime de 1 à 15 IV. l'hectolitre sur le cours de Bourse. D'ailleurs, 
e type de Bourse, relatifs! la pureté des produits, a été relevé l'année 
dernière et l'Etat, s'il le veut, peut les porter au maximum de pureté, 
sans monopolo; M. Cochery, alors qu'il était ministre des finances, 
fit une proposition législative dans ce sens. 



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CONTRE l'àBUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 517 

Voici d'ailleurs un document oui met au point la question des im- 
puretés, il est publié a la page 415 du livre qui a pour titre : Compte- 
rendu des travaux du deuxième Congrès international de chimie appli- 
quée, sous la présidence de M. Berthelot, en 1896. 

Section de chimie industrielle. — Communication de M. Ch. Meslé, 
chimiste œnologue. — De la rectification des eaux-de-vie par la 
ventilation : 

« Les eaux-de-vie à bouquet spécial ne peuvent être rectifiées par 
» distillation sans perdre tout ou partie de leur bouquet. On doit donc, 
» pour les consommer agréablement et* sans danger, attendre pendant 
» 5 à 8 années, qu'une lente évaporation ait chassé les impuretés 
» qu'elles contiennent : les alcools supérieurs, les aldéhydes, les éthers, 
» les acides et le furfurol. Ces matières toxiques étant d'ailleurs extrè- 
» mement volatiles peuvent être chassées par l'introduction vive d'une 
» quantité d'air qui remue la masse en tout sens et la traverse em- 
» portant avec lui ses impuretés. Il n'est besoin pour cela d'aucun 
» appareil spécial et la moindre pompe peut en quelques coups de 
» piston opérer le travail naturel de plusieurs années, vieillissant ainsi 
w les eaux-de-vie, facilitant leur prompte consommation et économi- 
» sant une perte notable de quantité et de degré. » 

Ce chimiste ne partage pas l'opinion de la plupart de ceux qui s'oc- 
cupent de la question, et qui prétendent que le oouquet des eaux-de- 
vie est justement contenu aans les impuretés qu'elles contiennent, et 
il conclut de ces diverses observations, que la bonification des eaux- 
de-vie provenant de l'évaporation des matières toxiques, leur rectifi- 
cation ne doit pas résulter de la distillation, mais bien de la ventila- 
tion qui, tout en conservant leur bouquet, peut cependant en chasser 
la plupart des impuretés. 

Ces expériences de ventilation d'eaux-de-vie de fruits ont été faites 
plusieurs fois en présence de personnes compétentes ; après chaque 
installation d'air, tes eaux-de-vie ventilées étaient dégustées et com- 
parées ii l'échantillon-type, et une amélioration du goût et du bouquet 
était constatée. 

J'ai assisté h plusieurs de ces expériences pratiques de ventilation, 
je me sers de ce procédé à l'occasion, et j'en certifie les résultats 
probants. 

Ce même chimiste ajoute: Pour faire de bonnes eaux-de-vie, il faut 
deux choses essentielles : 

1° Un liquide bien fermenté ; 2° une distillation bien faite. 

Toutes les eaux-de-vie mal faites sont nuisibles à la santé. Avec les 
appareils les plus rudimentaires, on fait des eaux-de-vie excellentes 
h la condition de savoir régler son feu. 

Voilà une question élucidée et jugée par le côté pratique. 

Et comme conclusion de ce fait pratique : Mettons de côté, une fois 

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518 Vit" CONGRÈS INTERNATIONAL 

pour toutes, tous les arguments d'avocat dont nous avons été archi- 
saturés pendant 15 ans, arguments qui sont encore les seuls piliers 
d'un monopole qui n'a d'autre raison d'être créé que pour, son côté 
politique, qui ruinera 2,000 maisons de distillation en mettant sur la 
paille patrons et employés, qui n'empêchera en rien l'alcoolisme, qui, 
en un mot, n'existera que pour la satisfaction d'une idée machia- 
vélique. 

La question de la pureté des alcools est désormais éclaircie, d'une 

Part, les alcools d'industrie peuvent être fournis immédiatement par 
industrie elle-même h un degré conventionnel de pureté que peut 
exiger le gouvernement, en second lieu, si les eaux-de-vie de vin et 
de fruits nouvellement faites sont nocives, elles peuvent être facile* 
ment épurées par la ventilation. De plus, la question des bouquets 
artificiels d'essences nocives est d'ordre policier, ou relève du labora- 
toire municipal ou d'un conseil d'hygiène. 

La classe ouvrier*» a-t-elle un intérêt quelconque à la création d'un 
monopole de l'alcool ayant pour base l'hygiène publique ? Je réponds 
non. L'hygiène publique peut recevoir satisfaction sans monopole. 

J'aborde le coté fiscal, et je déclare, qu'à mon avis, pour résoudre 
utilement cette question, il faut supprimer le privilège des bouilleurs 
de cru, ou plutôt, les mettre dans le droit commun comme le bouil- 
leur de profession, et surtout ne rien accorder comme consommation 
familiale; avec une augmentation de 50 francs sur les droits actuels, 
ce qui porterait le droit d'Etat de 156 francs actuels à 205, 210 francs, 
je suis persuadé que l'Etat recouvrerait une plus-value importante 
dans les impôts, sans secousse d'aucune sorte pour le commerce et 
pour les employés qui vivent autour de lui. Me voici en opposition 
complète avec le Conseil municipal de Paris, qui a voté 85 francs 
d'augmentation sur l'alcool, soi-disant pour restreindre l'alcoolisme, 
en opposition complète avec les chiffres de 275 fr. que la Chambre 
des députés a votés il y a 3 ans, avec les chiffres du monopole Guille- 
met qui le porte à 450, avec les chiffres de M. Alglave qui avait pour 
base 950 fr. 

Dans le rapport Guillemet nous trouvons ces lignes page 1,475, 
deuxième colonne, troisième alinéa : « Nous répétons que notre 
» principal objectif n'est pas de donner des recettes au Trésor, mais 
» de lutter contre le mal le plus épouvantable de notre époque. Le 
» monopole donnera des produits considérables, mais nous préfére- 
» rions bien qu'au point de vue budgétaire nos prévisions ne se réa- 
» lisent pas. »» Lo mot que j'emploierais pour apprécier et juger ces 
lignes n'est pas parlementaire, aussi je ne veux pas croire qu'elles ont 
été écrites par M. Guillemet. 

Pour raisonner fiscalité, nous ne citerons que pour mémoire la 
prohibition des boissons spiritueuses dans l'Amérique du Nord qui a 
eu un effet diamétralement opposé à celui qu'on en attendait, c'est 
dans ce pays où il y a le plus d'alcoolisme, et où il y a le plus 



CONTRE l'aSUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 519 

d'aliénés alcooliques. Les droits de 950 fr. qu'avait prônés M. Alglave 
n'étaient-ils pas, si cela eiU été possible en France, des droits prohi- 
bitifs. Ce n'est certes pas un professeur de sciences financières qui 
aurait dû raisonner ainsi. 

La note juste a été donnée par un congressiste russe dont le nom 
m'échappe : Des lois trop prohibitives, des droits trop élevés portent 
à la consommation de produits plus mauvais que l'alcool lui-même, il 
faut demander aux législateurs des lois jus les, modérée» et applicable*. 

Voici les meilleures paroles du Congrès contre l'alcoolisme, je 
m'en suis inspiré pour proposer le chiffre de 205 à 210 fr., qui est en 
augmentation de oO fr. sur le droit actuel, qui donnera aux finances 
d'htat 100 millions de supplément, qui portera de 350 ii 450, peut-être 
500 millions, le chiffre que donne l'alcool chaque année au budget 
de l'Etat. • 

Peut-on espérer de réaliser le gros chiffre de 700 millions indiqué 
par M. Guillemet dans son rapport' sur le projet de monopole d'Etat ? 
Je crois la chose nettement impossible et, suivant mon habitude, je 
la raisonnerai par le côté pratique. En France, dès qu'un droit, un 
impôt devient exagéré, on essaie par tous les moyens de tourner la 
difficulté, en un mot on essaie de ne pas le payer ou tout au moins 
de ne pas payer plus qu'auparavant; pour tout ce qui regarde l'intérêt 
personnel, on est peu prodigue, on ne lâche sa bourse que contraint; 
on laisse de côté la notion du juste et de l'injuste; on est adroit, on 
est subtil; c'est un suprême bonheur de faire la nique an fine; moins 
on donne, plus il en reste; donnera l'Etat, c'est du bien de perdu. 

Voilà un état d'urne particulier à la nation française. 

On demande au consommateur français 1 fr. 50 par litre d'alcool, 
il le donne; on lui demande 2 fr., 2 fr. 50 par litre, il les donne 
également, mais il regimbe; on lui demande 4 fr. 50, alors il essaie 
de ne rien donner du tout. 

Et le clandestin prend immédiatement le lieu et place de la chose 
légale, le clandestin bourgeois d'une part, le clandestin commercial 
de l'autre. L'app;it d'une aussi jolie prime : 4 fr. 50 par litre d'alcool 
pur que le bourgeois ne voudra pas payer, et qui sera un joli bénéfice 
pour le commerçant, provoquera une fraude inouïe, et l'ouvrier de 
quoi profitcra-t-il, il fera, s'il le veut, comme les bourgeois, mais 
comme le temps matériel lui manque, c'est lui tout seul qui donnera 
son argent au monopole, et conséquence toute logique, les prix des 
consommations étant augmentées, ce sera l'argent du ménage qui 
sera diminué d'autant. Allons aux preuves : qu'a produit l'augmenta- 
tion de 85 fr. par hectolitre d'alcool pur, que les conseillers munici- 
paux de Paris ont voté en octobre dernier, si ce n'est de diminuer 
l'argent du ménage chez l'ouvrier, sans diminuer l'alcoolisme. 

Mais qu'arrivera-t-il donc ? il arrivera une chose très normale, c'est 

3uc tout le monde fera son eau-de-vie chez soi, malgré toutes les lois 
raconniennes dont on parait vouloir entourer le monopole. On a in- 



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troduit des lois draconniennes en Amérique contre l'alcool, on a mis 
des impôts exhorbitants, on a imposé des licences de 2 à 3,000 francs 
aux débitants, et jamais dans ce pays, l'alcoolisme n'a exercé autant 
de ravages. 

Les rapports des congressistes russes nous ont dit qu'il y a 
quatre débits clandestins contre un débit officiel, et les rapports 
du monopole suisse, que les ravages de l'alcoolisme étaient toujouis 
effrayants, malgré le monopole. 

Mais, en Suisse et en Russie, il n'y a que fort peu de liquides 
fermentes tandis qu'en France, ils sont partout, le Nord serait 
peut-être la contrée la moins bien partagée, a première vue, oui, en y 
réfléchissant, non, puisque la macération des grains y est permise. 

En France, les bouilleurs de cru vétérans et nouveaux seront 
partout dans les villes comme dans les campagnes, il est si facile de 
faire de l'eau-de-vie chez soi. 

Mais l'Administration a prévu ce débordement de fraude elle 
imposera, dit M. Guillemet, le compteur qui fonctionne à merveille 
dans certains pays. Le compteur, c'est du croque-mitaine» 

Pour faire de l'eau-de-vie chez soi, il ny a besoin d'aucun appareil 
qui puisse s'appeler distillatoire , le compteur restera fixé à 1 ancien 
appareil si l'on s'en sert ; quant au nouvel appareil, celui que tout le 
monde installera chez soi, à peu de frais, l'ouvrier comme le 
bourgeois pourra se faire de l'eau-de-vie excellente et à bas prix, et 
je suis intimement persuadé que moins de. trois mois après l'éclosion 
du Monopole de l'Alcool, tout Français un peu intelligent, et ils le 
sont tous, fera dans son domicile sa provision au fur et à mesure de 
ses besoins. 

Ce sera la continuation du Privilège des bouilleurs de crû sous une 
autre forme et sans demander permission ; même en ce moment, où 
le Privilège est si dillicilc a déraciner, la raison qui le maintient est 
d'une injustice incompréhensible. Le président du Sydicat de 
bouilleurs de cru a fait cet aveu : que la suppression des bouil- 
leurs de cru entraînerait la ruine des agriculteurs Normands. Quels 
monstrueux abus financiers et anti-hygiéniques couvrent ce Privi- 
lège, abus financiers parce que les bouilleurs de cru s'approprient 
chaque année 100 à laO millions qui appartiennent en toute justice au 
Trésor Public, abus anti-hygiéniques parce qu'ils font couler l'Alcool 
a pleins bords, et sont par ce fait une cause effrayante d'Alcoolisme. 
Quelle différence cxiste-t-il donc entre les boissons qui sont dans 
notre cave et celles des bouilleurs de cru ? Absolument aucune en 
tant que propriété, mais il y en a une très grande sous le rapport 
fiscal. Ces propriétaires de vin et de cidre peuvent fabriquer de 
l'eau-de-vie sans payer aucun droit ii l'Etat, la Régie n'a même pas le 
droit de pénétrer chez eux ; chez nous, elle a le droit de fouiller 
partout et les impôts les plus lourds sont réservés a l'eau-de-vie que 
nous consommons. 






 






CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 52] 

Pendant 23 ans, le privilège des bouilleurs de cru a donné à ces 
miséreux deux milliards qui feraient une figure très intéressante 
pour la diminution de notre dette publique. 

Certains députés, même socialistes, demandent le maintien de leur 

Privilège et voteront en même temps la surélévation des droits sur 
Alcool, 450 francs, au lieu de 156 francs, c'est de cette manière que 
ces politiciens aiment le peuple, et l'assurent de sou dévouement. 

Et cet appareil peu coûteux dont je vous entretenais il y a un ins- 
tant qui sera dans tous les ménages après l'éclosion du monopole, je me 
mets à la disposition des pouvoirs publics et des Conseillers Munici- 
paux pour en faire l'essai devant eux. // ny a ni brevet ni fabricant 
spécial. Pour 25 francs au maximum, toute maison de quincaillerie 
pourra procurer cette marmite, ce chaudron, cette bonbonne plus ou 
moins grande, ce récipient le nom importe peu, ce sera l'appareil vrai- 
ment rudimentaire dont parle M. Ch. Meslé le chimisteœnologue; appa- 
reil avec lequel on peut faire de si bonnes caux-de-vie à condition toute- 
fois qu'on sache diriger son feu et qu'on complète la fabrication par un 
coup de soufflet de ménage. Le récipient dont je me servirai aura 
50 litres de capacité et* permettra de distiller 35 litres de liquide, la 
capacité courante pourrait être de 20 à 25 litres, ce n'est point là, un 
appareil enfantin, et je crois qu'après cela, on ne viendra vous reparler 
ni de gros 'droits sur l'alcool, ni d'un monopole a droits élevés 
comme celui de M. Guillemet, qui est assuré d un fiasco complet, a 
moins que par un procédé fort peu en honneur en France, procédé à 
la fois politique et fiscal, la moitié du pays soit chargée de surveiller 
l'autre moitié, ce qui est contraire aux mœurs françaises. Ce métier de 
délateur, nous disent les rapports, russes, ont de nombreux inconvé- 
nients sociaux. Moi-même je ine souviens de la condition très pénible 
de certains débits de Paris en 1870 qui étaient policier* par ordre, et 
quelles terribles vengeances on a exercé contre ces débitants pendant la 
guerre franco- allemande et à la suite de la guerre. 

Au sujet de la distillation h domicile, un substantiel discours de 
M. Cunéo d'Ornano n'a pas convaincu ses collègues de la Chambre 
des Députés, une épreuve pratique les convaincra. 

M. Alglave ne nous a-t-il pas dit : Liberté dans la maison, surveil- 
lance dans la rue? 

Ne disons-nous pas nous-mêmes : charbonnier est maître chez lui ? 

Voila donc expliquée sur toutes ses faces la question fiscale. Le 
monde ouvrier a-t-il un intérêt quelconque à l'adoption d'un monopole 
à base fiscale ! Certainement non. Il sait ^ue c'est lui seul qui sera le 

r pourvoyeur des coffres du monopole, il sait que plus les droits sur 
'alcool seront élevés, plus il sera malheureux, il est absolument 
persuadé que l'alcoolisme ne diminuera pas d'un iota, et pour finir, il 
entrevoit le but politique du Monopole. 

Veut-on une preuve irréfutable que les gros Droits ne diminueront 
pas l'Alcoolisme ? Nous la trouvons en Angleterre où l'alcool paie le 






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gros chiffre de 512 francs. Oserait-t-on dire que ces gros droits 
empêchent l'alcoolisme ? Non, nous savons que 1* on s'alcoolise dans 
toutes les classes de la société anglaise et que de nombreuses sociétés 
de tempérance et d'abstinence essaient de lutter contre le fléau ; 
donc les gros droits n'empêchent pas l'alcoolisme, pas plus que la 
prohibition eu Amérique. 

Mais cet alcoolisme de la nation anglaise nous conduit à deux 
observations très curieuses qui sont eu complet désaccord avec les 
maximes que prônent les hygiénistes français. 

1° Puisqu'on s'alcoolise aussi bien en Angleterre qu'en France, 
comment se fait-il que le peuple anglais reste si vivace, si pétulant, 
si plein d'ardeur dans la lutte et dans la conquête, et qu'il conserve 
sa natalité, tandis qu'en France, nos hygiénistes soutiennent que 
l'alcoolisme est cause de l'absence de natalité et de l'affolement 
général de la nation. Il y a là une. contradiction évidente et qui a pour 
base un fait pratique et inéluctable. Y aurait-il en matière alcool, 
comme il a été constaté en matière chirurgicale, un état nettement 
différent entre les deux peuples ; en Angleterre, l'opération chirur* 

fficale guérit très vite, en France, la guérison est infiniment plus 
ongue et de ce fait demande des soins plus minutieux ; l'alcoolisme 
agirait-il de même '.'j'en réfère à M. Ossipof. , 

2° Cette deuxième observation est d'ordre patriotique, je l'ai 
détachée d'un journal du matin en date du 29 janvier dernier, la voici 
textuelle : . 

« Beaucoup de nos publicistes français, de nos hommes d'Etat, de 
» nos médecins allaient répétant qilc les eaux-de-vie chez nous étaient 
» toutes falsifiées ou même toxiques, les Anglais se sont mis à boire 
» du whisky, alcool de malt ou de grain d orge, suivant qu'on le 
» dénomme « Irlandais » ou « Kcossais », alcool fruste et barbare, 
» doté d'un terrible goût d'huile, que les hygiénistes britanniques, 
» mus par un sentiment de patriotisme, ont déclaré excellent pour la 
» santé ! » 

Nous avons le désir de faire la lumière et nous en soumettons les 
cas à MM. les congressistes de toutes nations. 

A coté du monopole de l'alcool au point de vue français, il y a des 
questions générales soit sur les monopoles soit sur l'alcoolisme qu'il 
ne faut point oublier parce qu'elles ont un but utile. ' 

Le programme du congrès nous avait promis le concours de 
Physiologistes français qui devaient v apporter leurs communications, 
les résultats de leurs travaux et les expériences qui en sont le 
complément. 

M. le D r Laborde, M. Lapicquc, M. Sérieux n'ont point pris la 
parole. C'est grand dommage pour le Congrès, j'aurais été heureux de 
constater les progrès de la science physiologique de notre pays, 



à - 



CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 523 

parceque certaines idées émises il y a quelques années lors des 
conférences de M. Alglave seraient très démodées aujourd'hui, et que 
le rapport de M. Guillemet s'appuie sur les « récents travaux de 
l'Académie de Médecine », il làut espérer qu'un jour prochain nous 
aurons connaissance de ces travaux. 

Mais si les physiologistes français se sont dérobés, MM. les 
Congressistes Russes nous ont dédommagés et ils ont droit a tous nos 
remerciements pour leurs communications et leurs travaux sur le 
monopole de l'alcool en Russie, et le combat scientifique et pratique 
contre l'alcoolisme. 

Le rapport officiel du gouvernement russe constate le déficit du 
Monopole, c'est excellent contre un Monopole français à base fiscale ; 
le rapport de M. Borodine est d'une indépendance superbe et qui lui 
fait honneur, nous aimons en France les gens indépendants et nous 
les aimons et les admirons d'autant plus qu ils deviennent de plus en 

Elus rares et qu'ils sont trop souvent sujets aux réprobations et aux 
aines du milieu gouvernemental ; j'ai constaté que M. Rafalovitch, 
délégué du gouvernement russe, n'avait contesté que deux passages 
du rapport de M. Borodine, ce qui est une louange pour le haut 
caractère de ce congressiste, et enfin j'arrive à la meilleure, il mon 
avis, à la meilleure des Communications du Congrès, a celle qui est 
intitulée : De quelques questions se rattachant à l'Alcoolisme par M. 
X. O. Ossipof. 

J'adresse de chaleureux remerciements à M. Ossipof et h ses 
collègues de la Société Russe d'hygiène publique, je le remercie pour 
toutes les citations, tous les débats contradictoires, toutes les appré- 
ciations qu'il signale dans son opuscule et son résumé fiscal est une 
ligne de conduite indiquée à tous les gouvernements. Je suis heureux de 
le signaler h tous ceux qui veulent faire avancer l'étude des questions 
contre l'alcoolisme, j'en recommande la lecture à nos sociétés 
ouvrières françaises et j'ai le plaisir de constater que c'est la grande 
nation amie, la grande nation russe qui détient le haut de l'échelle 
dans les travaux physiologiques qui ont été faits jusqu'à ce jour contre 
l'alcoolisme. 

Après ces hommages rendus à l'indépendance et au mérite, je 
devrais conclure, mais ma tache est loin d'être terminée, je vais 
abréger cependant : 

Un de nos camarades de la Bourse du Travail de Paris, Conseiller 
municipal et Rapporteur au Congrès ouvrier de Rennes, en Octobre 
1808, a écrit les lignes suivantes : 

« lé alcool de raisin, considéré comme le meilleur, est produit et 
» rectifié dans des conditions qui défendent de le considérer comme 
» non toxique ; les procédés des bouilleurs de cru sont primitifs et 
» insuffisants, leur distillation d'un autre âge, et les alcools qu'ils 
» livrent à la consommation ne sont pas moins nocifs que ceux des 



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524 VII 9 CONGRÈS INTERNATIONAL 

» grands distillateurs. Ces derniers, mieux outillés, pourraient, s'ils 
» y trouvaient un intérêt quelconque, ne laisser sortir que des alcools 
» épurés et sinon parfaits, au moins débarrassés des huiles et des 
» essences qui centuplent la nocivité. » 

Ces lignes, émanent d'une personne notoirement incompétente, 
et comme ce sont les seules lignes techniques de son rapport, 
il est difficile d'admettre qu'il ait pu conclure au monopole en con- 
naissance de cause. Je le répète, le monopole de la rectification n'a 
aucun intérêt pour la classe ouvrière, ni en politique, ni en matière 
fiscale, ni sous le rapport hygiénique. Le Monopole politique se 
propose d'accaparer les électeurs, après avoir enchaîné le Débitant 
avec ses produits. Libres nous sommes, libres et indépendants nous 
devons rester, nous avons fait trois révolutions pour cela. 

A Des Bouteilles irrcmptissables. — Parmi les choses curieuses de notre 

h futur Monopole se trouve la question de ces bouteilles, qui sans elles, 

^ réduit à néant les recettes du monopole. Milliard de l'alcool et 

^ bouteilles irrcmplissables prêtent à la gauloiserie. Je ne doute pas 

l A que le public ne résolve lui-même cette question ou cette obligation 

Ç par le ridicule, en tout cas, le Monopole russe a dédaigné les Bou- 

teilles irremplissablcs. 
c M . Guillemet, ancien commerçant, est assurément un homme pratique, 

je m'étonne qu'il se soit approprié une des idées chères à M. Alglave. 

Je mentionne donc pour la forme, qu'on peut toujours remplir une 

Ç bouteille qui a été vidée, que nous disposons d'air comprimé à 20 

atmosphères de pression, et qu'au surplus si cette bouteille eût 
existé, elle eût été accaparée par les nombreuses liqueurs de marque 
7' qui cherchent des garanties pour leurs produits. 

$ Question tec/mif/ue. — Kn créant le monopole, l'Etat français 

*- parait vouloir contribuer à la suppression ou plutôt à la diminution 

de l'Alcoolisme en restreignant la quantité aeau-de-vie mise ii la 
£ disposition des consommateurs. C'est une utopie que se mettent en 

]|; tète et *quc nous débiteront avec emphase les théoriciens et les 

% personnes ayant habituellement style et pensées administratives, qui 

i?' voient les choses de loin sur une chaise ou dans un fauteuil. Répétons 

à ces personnes bien pensantes qu'on ne peut et qu'on ne doit 
l raisonner alcoolisme qu'à la manière pratique. Les monopoles de 

*\ l'alcool de M. Alglave et de M. Guillemet ont eu gain de cause 

V devant une commission de Députés, dont plusieurs membres seraient 

\\ peut-être très embarrassés pour expliquer la nuance qu'il y a entre 

£. ean-de-vie de vin et de fruits et eau-de-vie d'industrie, ce qui dans 

y - le rapport de M. Guillemet est un lapsus linguir technique, on doit 

dire eaux-de-vie de vin et de fruits et alcool d'industrie quand on parle 
\ de rectification et ((11*011 veut en exonérer les eaux-de-vie de vin et de 

fruits ; il ny a pus d'eau-dc-vie d'industrie avant la rectification, il y 



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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 525 

a des flegmes à rectifier, l'eau-de-vie d'industrie ne vient qu'après, 
c'est un mélange d'alcool rectifié et d'eau pour diminuer le degré 
initial. Les monopoles précités ont pu avoir gain de cause devant une 
Commise ion de Députés mais non devant des spécialistes. 

Pour moi, le monopole de M. Guillemet parait être le monopole de 
M. Alglave mis h un point nouveau, tous deux sont vendeurs d'alcool 
et entraînent = indemnité d'expropriation = comme lorsque fut créé 
le Monopole des Allumettes, le Monopole Guillemet n'est pas vendeur 
d'eau-de-vie façonnées, puisqu'il avoue son incapacité a les établir, 
mais les 2 Monopoles Guillemet et Alglave sont vendeurs d'Alcool 
rectifié. Je ne doute pas de la science* ae M. Alglave en matière de 
droit mais je le crois faible en la science alcool, j'ai assisté a un 
grand nombre de ses conférences et j'ai remarqué que la compé- 
tence pratique lui manquait assez souvent. Le brio de l'avocat, ce 
n'est pas de la science ni technique, ni pratique, c'est l'élaboration 
habile d'une leçon apprise au pied levé dans un cabinet de chimie. 

Le publii: ne comprend rien à ces élucubrations soi-disant techni- 
ques, mais il lui suffît qu'elles soient débitées par un Docteur en 
Science quelconque pour être persuadé que ces discours sont pa- 
roles d'Evangile. 

Ainsi, pour établir le chiffre d'un milliard, du milliard à bas mot, 
du Milliard qui ne. coûtera rien à personne, ce mot qui a fait la fortune 
oratoire du Docteur, sur quoi a-t-il basé ses calculs ? Sur une donnée 
vraie en théorie, absolument fausse en pratique. Prenons une de ses 
allégations qui a fait partie de toutes ses Conférences : « Chaque Litre 
contenant 40 petits verres » je mets sur un comptoir de débitant 1 
litre bien cubé et 40 petits verres de 2 centil. 1/2 bien cubés également ; 
en théorie, le litre doit remplir ces 40 petits verres. 

Invitons le Docteur a l'expérience pratique et mettons-lui le litre 
entre les mains. En combien de verres videra-t-il son litre ? 28 à 35 
verres, pas un de plus, et non pas 40. Donc si le Docteur a fait ses 
calculs sur un rendement de 40 verres et qu'il n'en ait rempli que 30, 
il s'est trompe d'un quart. De ce fait, le milliard en théorie 
n'est plus que 750 millions en pratique. Il y a, a dit fort justement 
M. Catusse, ancien Directeur des Contributions Indirectes, il y a 
le = Déchet de fractionnement = ; il y a également l'habileté du 
verseur, etily a l'exigence du consommateur qui, ajuste droit, veut son 
compte, tout son compte. Pour résumer, les calculs du Docteur sont 
absolument fantaisistes. 

Mais comment le Docteur a-t-il pu pendant 15 années redire les 
mêmes faussetés, la réponse est des plus simples. M. Alglave 
n'aime pas les contradictions, et pour avoir toujours raison, il n'a 
jamais fait de Conférences Contradictoires. Mais tout a une fin, un 
jour il a fallu y arriver et devant des agriculteurs qui ne se paient pas 
de mots, à l'Olympia de Paris, le vernis du professeur a pâli, il ne 
restait plus que 1 avocat diseur de mots ; après les agriculteurs, il a 



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526 VU 9 CONGRES INTERNATIONAL 

été appelé devant la commission extraordinaire nommée par M. 
Cochery, Ministre des Finances pour examiner la question du mono- 
pole de l'alcool sur toutes ses faces, il s'est trouvé en présence de gens 
compétents, des gens de métier, alors il n'a pu renouveler tous ses 
arguments sans être taxé d'ignorance pratique, et dès la seconde 
séance, il s'esquivait emportant son milliard étonné d'une aussi triste 
lin après avoir été tant de fois applaudi, et depuis ce jour le milliard 
est enterré, le professeur de sciences financières ne pourrait plus en 
reparler sans faire rire tout le monde, c'est lui-même qui lui a admi- 
nistré les dernières prières. Amen. 

Initiative privée. — Pour travailler utilement a la suppression dte 
cette plaie sociale de l'alcoolisme, de nombreux congressistes nous 
ont dit que l'initiative privée était un excellent moyen. Je le crois 
aussi, et voici, au point de vue français, comment j'en comprends un- 
des côtés, et comment on pourrait y remédier. 

En France, nous avons la manie de l'apéritif, la manie du trinquage, 
l'habitude de la tournée. Mais il y a deux sortes d'apéritifs: ceux h 
base de vin et ceux ii base de spiritueux. Les apéritifs a base de vin 
sont généralement de bonne qualité, pourquoi ne pas user dans nos 
rapports de camaraderie des apéritifs à base de vin de préférence aux 
apéritifs à base de spiritueux ? Je préfère ces apéritifs aux absinthes, 
bitter, amers, etc.. qui sont très souvent des plus funestes à la santé, 
je me suis expliqué sur le rôle épouvantable des essences nocives 
comme bonificateurs, qui sont d'autant plus pernicieux qu'ils sont 
à plus bas prix, or le consommateur est exigeant, il en veut beaucoup 
pour peu d'argent ; on l'empoisonne, il le sait, mais avant tout, il 
satisfait sa passion. 

Je disais que nous avions une manie fâcheuse, celle de la tournée ii 
tour de rôle, c'est à chacun h payer sa tournée ; nous sommes deux, 
trois amis autour d'un comptoir de débitant et nous nous faisons une 
obligation — de rendre la pareille. — Si c'est une absinthe qui a 
commencé la tournée, c'est trois absinthes qu'il' faut avaler, c'est 
épouvantable déjà, le mal est non moins grand si après avoir consom- 
mé deux absinthes, on change d'apéritif, on prend du vin ou un apé- 
ritif h base de vin, alors ces liquides se contrarient dans l'estomac, le 
cœur se soulève, et cet apéritif qui, dans l'esprit du consommateur, 
devait le préparer il faire un bon repas est un mortel ennemi, un dé- 
goût indéfinissable a remplacé l'appétit, les mets ne peuvent plaire, 
l'alimentation est insufiisante, l'absorption totale se fait dans de très 
mauvaises conditions. Voilà un des exemples d'alcoolisme très fré- 
quent à Paris. Peut-on y remédier, certainement oui ; les ouvriers et 
les bourgeois peuvent, s'ils le veulent, changer radicalement la ma- 
nière de prendrelcs apéritifs, les apéritifs à base de vin sontgénéralement 
bons ; les vins généreux qui servent à la confection de ces apéritifs 
sont de première qualité ; prenons donc des apéritifs à base de vin. 



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VII 9 CONGRÈS INTERNATIONAL 



Les Baptistères ont non seulement un très grand nombre de dépôts 
pour écouler leurs produits, mais ils ont aussi comme clients la ma- 
jeure partie des Sociétés Ouvrières de Consommation, 

La femme de l'ouvrier parisien aime à se fournir dans une société 
de consommation parce qu'elle dit en allant faire ses provisions : Je 
vais h ma société et qu'elle est intimement persuadée qu'elle aura des 
produits absolument naturels, à très bas prix, qu'elle ne donnera au- 
cun bénéfice h son vendeur et qu'à la (in de Tannée, elle aura un petit 
boni suivant l'importance de ses fournitures de Tannée. Les clients 
des sociétés de consommation se figurent trouver tout pour rien, tan- 
dis qu'on ne leur en donne, le plus souvent, que pour leur argent, en 
vins comme en toute autre chose. 

Pour confirmer le fait, voici une histoire personnelle : 

Au mois de novembre dernier, je fus invité à diner par de bons 
amis, la femme se fournit dans une société ouvrière de consommation 
de Belleville. Le menu du diner était : potage, rôti, légumes, salade, 
dessert, café et poussc-cafe, et le complément du vin au litre marqué 
60, une bouteille de Bordeaux; comme Courtier en Vins, j'eus a appré- 
cier quatre liquides, le vin à 0,60, le Bordeaux, le vinaigre et le rhum. 
Le rhum était passable, le vin à 0,60 était aigre, le vinaigre avait donné 
h la salade un goût empyreumatique d'acide acétique, le Bordeaux était 
trouble et se composait de trois vins qui se mariaient très mal. La dame 
du logis me demanda pourquoi je mettais autant d'eau dans mon vin, 
j'esquivais la réponse et interpellais mon ami sur une question du jour, 
mais quelque temps après, le mari reprenait la question du vin de sa 
société, je lui répondis ceci: Je ne suis pas du tout étonné que votre 
femme ait des maux d'estomac. Mon ami reprit: Il n'y a pas que le 
vin qui soit mauvais, et le pain, pendant les trois mois de 1 été, nous 
avons eu du pain exécrable, il n'y a rien à faire, ma femme a un béguin 
pour sa société. Conclusion : Cette société est très mal gérée. Les ad- 
ministrateurs sont des gens incompétents dans la réception des mar- 
chandises, ce qui arrive le plus souvent, ou encore, en style de pari- 
sien, ils font leur beurre. Et l'hygiène, et la santé publique??? 

Voilà la question du vin de Paris mise au point, les gens incompé- 
tents croient et répètent maladroitement que les vins cuisinésde Paris 
sortent des entrepôts réguliers et gérés par l'octroi, ils confondent 
dans leur réprobation le commerce régulier et loyal des entrepôts 
avec leurs plus grands ennemis : les Baptistériens. 

Laboratoire municipal. — S'il est un établissement administratif 
qui pourrait rendre de très grands services à la population parisienne, 
c'est le laboratoire municipal. En est-il ainsi? Oh non, en ce qui re- 
garde le vin, nous en sommes loin. Le laboratoire municipal a été 
créé dans un but que j'appellerai chimique, et il reste toujours le 
même. Du vin chimique, voilà l'objectif. A la création du laboratoire 




CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES , 527 

Un autre moyen de diminuer l'alcoolisme serait de ne pas tolérer la 
vente de boissons spiritueuses au-dessus de 50 degrés. 

Dans les articles oui vont suivre, je vais toucher h quelques points 
spéciaux qui ont un lien quelconque avec l'alcool et l'alcoolisme. 

Des Baptistères. — Un homme politique un loustic ou un ignorant, 
a dit une phrase célèbre : Bercy est le premier vignoble de France. 
Milliard de l'alcool, naïveté et premier vignoble de France ont le môme 
poids spécifique. Non, ce n'est pas Bercy, entrepôt géré par l'octroi 
de Paris, qu'aurait dû mentionner cet incompétent, ce sont les 
Baptistères. Qu'est-ce qu'un baptistère, c'est un endroit dans l'inté- 
rieur de Paris, où l'on se sert de l'eau, autrement dit, un magasin où 
l'on reçoit des vins alcoolisés et que l'on mouille pour en réduire le 
prix; on lait même depuis quelques années un métier intelligent : 
c'estde bonifier, de revivifier un vin altéré, et d'en augmenter le degré. 
On achète les vins altérés a bas prix ; s'ils sont piqués, c'est-à-dire 
aigres, on leur enlève la piqûre par un traitement approprié, ces vins 
sont ainsi remis en état moins rebelle à un mélange avec du bon vin ; 
vins dépiqués et vins altérés sont additionnés d'eau dans la proportion 
d'un tiers ou de moitié, puis on ajoute du sucre cristallisé pour 
augmenter leur force alcoolique de 3, 4, 5 degrés, on chauffe le local 
à 25 degrés avec des braseros au coke ; la science de Pasteur est alors 
mise à l'épreuve, on prépare un levain avec des levures pures de vin 
que l'on verse dans chaque fût ; la fermentation s'établit, le vin est 
revivifié, il est transformé en un vin qui, s'il n'a pas acquis de qualité, 
a l'avantage de ne plus avoir de défauts. Au lieu d'un vin vendu à vil 
prix h la vinaigrerie, il reprend une plus value assez importante 
puisque ayant été dédoublé avec de l'eau sucrée, il n'a plus payé que la 
moitié des droits d'octroi ; en le revivifiant, on lui a donné deux 
plus-values: 1° sur la valeur marchande; 2° sur l'octroi 7 fr. 50 au 
lieu de 15 fr. 65 par hectolitre. 

l/opération des Baptistères est en général beaucoup plus simple 
que cela, on fait arriver dans ces usines des vins alcoolisés à 12 de- 
grés provenant soit des bouilleurs de cru français, soit de l'Espagne, 
ces vins sont additionnés d'un cinquième d'eau, on emploie aussi des 
vins d'Algérie qui ont beaucoup d'extrait sec et un goût âpre, étrange, 
le tout est mélangé en foudre, additionné de tanin et d'acide tartrique, 

F tassé au filtre, voilà un vin clair, brillant, impeccable à l'analyse du 
aboratoire municipal, c'est le vin chimique exigé, il est en règle, 
c'est tout. C'est le vin nature que l'on vend dans ma rue à 40, 45, 50 
centimes le litre, c'est le type des Vins bon marché qui se débitent 
dans tout Paris ; chaque rue a un, deux et même trois dépôts de ces 
ofiieines et comme il faut du bon marché quand même, et que ces 
dépôts portent tous 'comme enseigne : vins naturels, vente directe du 
producteur au consommateur, toutes ces maisons ont une vente assez 
importante. 




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530 



Vil" CONGRES INTERNATIONAL 



journal hebdomadaire à 5 centimes, auquel je renvoie pour l'examen 
de la question de fonds. 

De la fraude sur les alcools dénaturés. — La fraude, ai- je dit en 
vingt endroits de cette communication, sera partout en France, et le 
monopole de l'alcool n'aura d'alliés que ses sbires qui auront le rôle 
le plus ingrat qu'on puisse imposer à un Français. Tout le monde 
sera ligué contre le monopole. 

Aujourd'hui les droits sur l'alcool sont facilement recouvrables, le 
commerce aide l'administration au recouvrement des droits, et l'on peut 
dire que d'une manière générale, ils ne font pas mauvais ménage. Mais 
voici, qu'à l'improviste deux faits nouveaux se présentent, l'un a 
rapport a un règlement d'administration publique concernant les 
détenteurs d'alcool dénaturé, on veut les surveiller jusqu'à l'emploi 
dans le ménage, on redoute la fraude partout. 

L'administration, naturellement tracassière, a-t-elle tort ? A-t-elle 
raison ? Je constate qu'elle nuit considérablement au commerce par 
ses procédés vexatoires qui ne peuvent aboutir à rien, je sais, qu en 
ce moment, elle serait heureuse d'avoir un litre d'alcool dénaturé 
revivifié, dont on lui assurerait la provenance, malheureusement c'est 
à ce moment que commence le mot : Délation qui est la force de 
l'administration, la seule qu'elle ait, car sans délation, elle cherche 
toujours, mais ne trouve rien. 

Or, sur quoi repose le rendement de 700 millions du monopole 
de M. Guillemet? Sur la délation. Ce serait le Débitant, client obligé 
du Monopole, qui serait chargé de la délation, qui serait, à la fois, 
agent politique et agent fiscal. 

Passons au second de ces faits nouveaux. Il est spécial à Paris. Le 
23 octobre dernier, MM. les Conseillers municipaux ont voté une 
augmentation de 85 IV. 20 sur l'hectolitre d'alcool pur, dans le but 
d'enrayer l'alcoolisme par de gros droits sur l'alcool ; h Paris, le 
droit nouveau est de «351 francs l'hectolitre a 100 degrés. Les déten- 
teurs d'alcool dénaturé ont été habiles, ils ont fait des expériences, 
ils ont trouvé le procédé chimique qui, parait-il, est des moins 
compliqués, et c'est comme cela que mille, cinq mille, dix mille 
litres d'absinthe ont été fabriqués avec des alcools dénaturés 
revivifiés. Avec 350 francs de droits un litre d'alcool coûte 4 francs, 
et un litre d'alcool dénaturé ne coûte que fr. 60 comment n'être 
pas tenté ? I /alcool, question très complexe, ne peut se raisonner 
que par le côté pratique ; avec de gros droits, on fait immédiatement 
appel au mercantilisme commercial ; et comme le monopole de l'alcool 
prétend imposer 450 francs c'est-à-dire 100 francs de plus que le taux 
actuel de Paris, je pressens tout le gâchis. Je pressens que loin de 
diminuer l'alcoolisme, on l'introduira partout, pareeque I alcool sera 
clandestin, et qu'étant une source de profits considérables, on 
gagnera beaucoup d'argent sans se donner beaucoup de mal. 



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CONTRE L ABUS OB8 BOISSONS ALCOOLIQUES 



531 



Mais dût-on m'appliquer la loi sur les alcools dénaturés qui dans 
l'un de ses articles inflige une pénalité a celui qui indique un moyen 
de revivifier l'alcool, voici un moyen qui est employé depuis 4 ans, 
c'est-à-dire bien avant cette loi ; ce moyen c'est le froid, je connais 
un marchand qui a employé de très bons alcools, de très bons méthylè- 
nes, une benzine de toute première qualité et qui opéraitsa revivification 
par le froid, il y a évidemment un tour de main pratique, j'indique le 
procédé, parce que je sais qu'il n'est plus intéressant aujourd'hui. 

Fraudes en perspective. — Mais il n'y a pas que la fraude sur les 
alcools dénaturés. M. Berthelot, l'éminent chimiste qui a fait partie 
d'un ministère monopoleur Léon Bourgeois ne se serait pas douté 
qu'un jour on ferait appel à sa haute science et à ses découvertes 
pour mettre ii néant le gros chiffre escompté par un monopole 
de l'alcool. 

M. Berthelot a découvert la synthèse de l'alcool, il a décomposé de 
l'eau par l'électricité, il en a tiré de l'hydrogène qu'il a transformé 
en éthylène par l'acide sulfurique, puis en alcool. Les essais n'ont ja- 
mais été beaucoup plus loin que le laboratoire, parce qu'en industrie, 
ils ne donnent pas de résultats pratiques, mais avec le monopole avec 
une prime de 450 francs, ils en donneront, et nul doute que des gens 
habiles, n'en tirent un habile parti. 

Ce n'est pas tout, M. Berthelot a fait une communication à l'Aca- 
démie des sciences le 29 mars 1897 « sur les réactions chimiques 
» produisant des transformations physiquement et théoriquement 
» analogues a la fermentation, alcoolique. M. Berthelot en tire la 
» conclusion qu'on peut espérer produire un jour l'alcool uniquement 
» par une série de réactions chimiques. » 

Nous avons en perspective l'alcool d'acétylène procédé de M. 
Villon, ingénieur a Lyon, nous avons aussi les études de M. P. Yvon 
à Paris. Ce qui gênait ces chimistes était l'impureté du carbure de 
calcium, aujourd'hui, on fabrique en Allemagne, des carbures à l'état 
pur. La difficulté est donc vaincue, et l'on fera avec le carbure de 
calcium des alcools bon goût. 

Dénomination du Congrès. — Primitivement le Congrès s'appelait 
Congres international contre l'abus des boissons alcooliques, dès sa 

fie mi ère séance, il prenait le titre de Congrès international contre 
alcoolisme ; par cette seconde appellation, il rallie tous les suffrages 
des congressistes français ; en la personne de M. Bayet, délégué du 
ministre au Congrès, l'esprit gouvernemental s'est très nettement 
indiqué au sujet des boissons hygiéniques dans le sens de la tempé- 
rance et non de l'abstinence ; nous sommes dans le pays du vin, nous 
naissons à côté, nous vivons avec lui, il partage, dans toutes les 
classes de la société, les joies et les douleurs de la vie, et par un 
usage modéré nous allons jusqu'à la fin de l'existence sans trace 




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532 



VU* CONGRB8 INTBUNATIONAL 



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P. 

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d'alcoolisme, il était temps de mettre une barrière entre les buveurs 
d'eau et les consommateurs de vin. Tous nos remerciements à notre 
gouvernement et à M. Bayet son représentant. 

De l'usage du vin et la médecine, — Tel est le titre d'un article 
que M. Georges Couanon œnologue distingué a traité, avec une 
habileté incontestable dans le numéro 158 de i Agriculture Moderne ; 
cet article est le complément de l'alinéa précédent. 

Monopole des allumettes, du tabac comparé à celui de V alcool. — 
Il y a des gens bien pensants et M. Alglave est de ceux-là oui 
assimilent le monopole de l'alcool aux monopoles du tabac ou des 
allumettes, c'est toujours la même incompétence dans l'esprit pratique. 
Nous n'avons pas sous la main le tabac, matière première, nous 
n'avons pas le phosphore matière première de l'allumette, mais pour 
l'alcool la matière première est chez nous dans notre cave, nous avons 
du vin, nous le distillons, nous avons une eau-de-vie qui nous plaît pour 
deux raisons chères h un français. 1° c'est nous qui l'avons faite, nous 
savons comment elle est faite, rien que pour cette raison, elle est bien 
meilleure que celle qui vient du dehors, bien meilleure que l'alcool 
coupé d'eau dont la bouteille irremplissable est entourée d'une vignette 
et que l'on vendra très cher ; 2° non seulement elle ent naturelle, 
mais elle sera très bon marché auprès de celle du Monopole. 

Des eaux-de-vie à domicile. — J'aurais désiré ne pas parler du prix 
de revient des eaux-de-vies faites à domicile, mais comme des grands 
pai leurs, des diseurs de mots tortionneront ma communication, voici 
des renseignements que je leur prouverai par des expériences prati- 
que de fermentation à domicile et en toutes saisons même les plus 
roides. L'eau de-vie d'eau sucrée revient à 1 fr. 10 ; l'eau-de-vie de 



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miel h 1 fr. 60 ; l'eau-de-vie de grains à 1 fr. 30 ; l'eau-de-vie de vin 
actuellement à 2 fr. 25, 2 fr. 50, et sans droits d'octroi à Paris 1 fr. 75. 

Essai loyal. — Parmi les nombreux alinéas de ce rapport de 
M. Guillemet, il est un mot malencontreux qui se trouve page 1174, 
1" colonne, voici la phrase : « L'organisation du monopole tel que 
« nous le proposons ne devant pas d'ailleurs coûter un centime à l'Etat, 
« celui-ci pourrait faire un essai. » 

Ce mot essai, à lui tout seul, indique : 1° que l'on est fort peu assuré 
du résultat ; 2° que l'on fait fort peu de cas de la ruine obligatoire 
que l'on va semer dans le pays parmi les commerçants et leurs em- 
ployés, les industriels de l'alcool, non seulement les déposséder de la 
valeur des fonds qu'ils ont payé, de l'achalandage et de leur clientèle, 
mais ils seront obligés d'augmenter leur capital pour faire crédit 
aux débitants leurs clients. Ce régime est celui de l'aberration, le 
commerce n'ayant aucun intérêt au monopole, sera contre lui, cela est 







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CONTRE l'aBUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 533 

de toute évidence. Pour la haute fantaisie d'un essai, on ne craint pas 
de tout bouleverser. Ah, si à M. Guillemet, commerçant, on fût venu, 

f>our un essai lui demander les revenus de sa maison, il eût crié h 
'injustice, mais aujourd'hui, M. Guillemet, trquve bon qu'on fasse 
l'essai sur le dos des autres ! ' 

Et l'alcoolisme, et la' classe ouvrière, quelles seront leurs situations 
respectives en présence des rivalités d'intérêt ? 

L'alcoolisme fleurira de plus belle ; l'ouvrier paiera cher et ne saura 
pas dans quelle poche se dirigera son argent. 

Les vignette* du monopole. — À la troisième colonne du rapport de , jf 

M. Guillemet, il est parlé des vignettes spéciales que l'pn apposera 
sur les bouteilles soi-disant irremplissables. — Cela s'appelle — de la 
poudre à effrayer les moineaux, — je me suis laissé dire que jamais 
les fabricants de bouffies n'avaient gagné autant d'argent que depuis ,\^ 

que l'Etat apposait des vignettes sur les paquets et les caisses de 
bougies. 

Et pour résumer ces articles je vais essayer de vous montrer par ^ 

le côté pratique combien est fragile, combien est aléatoire le revenu 
présumé d'un monopole de l'alcool qui escompte 700 millions. 

Il y a un instant, je vous disais que la Régie était aux abois parce 

Qu'elle n'ignore pas que depuis les nouveaux droit* de 351 fr. à Paris, 
y a un débordement de fraude qu'elle, est incapable de saisir ou ^ 

d'enrayer, quelle sera donc l'importance de cette fraude, quand les 



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gtos droits de 450 fr. existeront partout en France. 

La Régie a été très habile quand elle a été pressentie pour la prise 
de possession de direction du monopole, elle a demandé cinq années 
pour assurer son fonctionnement ; et de fait, en présence d'un mono- t 

pôle, sa situation change absolument a son profit, en ce moment, le "'^» 

commerce et la régie sont deux puissances d'égale importance sociale *>< 

chacune dans sa sphère propre, elles ne sont pas amies parce que le ' * 

fisc ne peut être l'ami de qui que ee soit, mais elles ne sont pas en- , ' 

nemies non plus puisque .le commerce aide le fisc au recouvrement '$ 

de l'impôt. ■; 

Mais voici que le monopole se présente, la Régie est directrice et -i 

le commerce devient son valet, obligé de la servir ou de cesser de % 

travailler. ^ ,'À 

Les résultats ne seront pas difficiles à prévoir. Les commerçants - 

ruinés se rattrapperont d'autre manière. Mais, au surplus, la régie 
a-t-elle les capacités voulues pour diriger un monopole ? « ^ 

Je crois, j'ai l'intime conviction, que le Ministère qui présidera au 
vote du monopole de l'alcool fera un acte aussi impolitique qu'impo- 
pulaire en préludant a l'effondrement des finances du pays. 

En France, nous sommes longs à changer nos habitudes, mais quand 
nos intérêts en dépendent, c'est vivement fait ; quand les particuliers 
auront pris l'habitude de faire leur eau-de-vie de consommation, le 



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534 



VII" CONGRES INTERNATIONAL 



budget de l'Etat ne pourra plus compter en matière d'alcool que sur 
des chiffres très aléatoires. 

Programmes électoraux. — Parmi les programmes alléchants que 
les candidats a la Députation ou au Conseil municipal présentent aux 
électeurs, plusieurs contiennent liées ensemble ces trois propositions: 

1° Suppression de l'octroi ; 

2° Maintien du privilège des bouilleurs de cru ; 

3° Monopole de l'alcool ou gros droits sur l'alcool. 

Ce programme tout mirifique qu'il paraisse n'est pour l'ouvrier 
qu'un trompe-I'œil, malheureusement il se laisse toujours prendre à 
ces promesses fallacieuses; et chaque électeur n'y voit que ce qui 
concerne son intérêt. 

1° C'est la suppression de l'octroi qui a fait la fortune des candidats 
aux élections de mai 1898 ; l'expression vraie est suppression des 
barrières, tant que les barrières existeront nous devons toujours crain- 
dre un impôt à l'entrée des villes. La ville de Lyon en a fait l'expé- 
rience il y a 25 ans, elle avait supprimé l'octroi, et moins de trois 
mois après,. on fut obligé de le rétablir par la force armée, il pourrait 
très bien se faire qu'après trois mois d'essai d'un monopole improduc- 
tif, ou nous oblige manu militari a payer les droits d octroi actuels, 
sans rien diminuer de l'impôt absurde d'un monopole. 

2° Tant que le maintien des bouilleurs de cru existera c'est toujours 
une centaine de millions que les contribuables sont obligés de rem- 
placer dans le budget, l'ouvrier doit donc s'abstenir de voter pour un 
candidat qui parle du maintien d'un système aussi anti-égalitaire. 

3° Du monopole de l'alcool, ou gros droits sur l'alcool. Monopole 
et gros droits sont semblables et se valent dans la pratique, ceci sous 
le rapport fiscal, les gros droits seront toujours un impôt lourd pour 
la bourse de l'ouvrier. D'autres que moi expliqueront à l'ouvrier 
pourquoi au point de vue politique tout candidat ou député monopo- 
leur est, non pas un adversaire, mais un ennemi de son indépendance. 

A propos des deux droits de 400 et 450 francs du monopole. Voila 
encore un merveilleux appât pour la fraude. Tandis que les Charen- 
tais garderont dans leurs magasins leurs excellents produits par suite 
d'une mévente trop facile h comprendre pour être méconnue, de tous 
côtés surgiront des eaux-de-vic clandestines de< vin et d'eau sucrée 
fermentée, qui sont assez moelleuses au palais, et assez délicates au 

Joût. Est-ce l'Administration qui se chargera de vérifier l'eau-de-vie 
e vin ou le coupage d'alcool d'industrie. Cette différence de prix est 
de la pondre aux yeux des ignorants, ce sera pour les produits de 
l'Armagnac et des Charentes un semblant de protection, et si les 
députés de ces contrées votaient le monopole sur un aussi vulgaire 







3 



CONTRB l'àRUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 535 

trompe Vœil qu'ils sachent bien, qu'ils supprimeront le commerce de 
leurs eaux-de-vie. J'ai sous les veux le vote du monopole de l'alcool 
ui eut lieu le 2 juillet 1895 a la Chambre des députés, je suis étonné 
u grand nombre de représentants de ces contrées qui ont voté pour 
un Monopole d'Etat. Ce vote est absolument contraire a l'intérêt de leurs 
électeurs. M. Cunéo d'Ornano l'a dit : — La surtaxe des alcools tuera 
l'industrie des eaux-de-vie naturelles; — le monopole de l'alcool la 
supprimera complètement, puis-je ajouter. 

Monopole d'Etat. — Quant au Monopole d'Etat que certains Socia- 
listes, ou se croyant tels, préconisent, nous pourrions, comme so- 
cialistes, soulever les raisons qui nous le font écarter. v 

Sous le régime économique actuel, les travailleurs employés dans 
les manufactures de l'Etat ne sont pas mieux traités que dans l'in- 
dustrie privée. L'accès dans les manufactures d'Etat est très difficile, 
ce n'est le plus souvent qu'un moyen d'assurer des créatures aux poli- 
ticiens en quête d'agents électoraux pour chauffer leur popularité. 
Les ouvriers de l'Etat, traités de haut par des directeurs omnipotents, 
en arrivent par le régime disciplinaire des administrations, à perdre 
toute notion de la dignité, de la fierté civique qui, dans une Répu- 
blique, caractérisent 1 homme libre et le distinguent du sujet; l'ouvrier 
d'Etat est un quasi-fonctionnaire et la plaie- du fonctionnarisme est 
assez grande en France pour que nous ne songions, pas à l'étendre 
encore ; et, comme nous ne pourrions attendre de nos dirigeants 
actuels qu'ils acceptent que les travailleurs d'Etat soient appelés à 
collaborer à la direction et à l'administration des industries qui les 
occupent, dans les conditions actuelles, les ouvriers ne peuvent donc 
ue perdre, pour leur intérêt comme pour leur dignité a la création 
e tout nouveau Monopole, qui, pour prétexter quelques sinécures, 
n'aurait aucun avantage pour eux. 

Monopole Guillemet. — M. Guillemet s'exprime à la 3* colonne de 
la page 1174 de l'Annexe 84-1898-20 juin, déjà cité : « L'Etat ne 
« peut se faire liquoriste. La fabrication des liqueurs est une in- 
« dustrie très complexe, qui nécessite un outillage important et des 
a connaissances particulières. Chaque industriel a ses recettes, ses 
« formules, qui font la réputation de sa maison. » 

U n'est pas difficile de préjuger ce qu'il adviendra pour les petites 
maisons, le monopole les ruinera au profit de quelques grosses maisons 
de distillation et de gros gagneurs qui s'intitulent déjà les fermiers du 
monopole ; dans le commerce de ladistillation, on les connaît déjà et d'ail- 
leurs ils ne s'en cachent pas. L'un d'eux était, il y a deux ans, secré- 
taire de l'Union du Commerce en gros des vins et spiritueux de France 
et en cette qualité, il a fait imprimer un opuscule qui a pour titre : 
Le Monopole de l Alcool dont la conclusion était très nettement expri- 
mée contre tout monopole de l'alcool, soit de la rectification, soit de la 



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536 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

production, soit de la vente. Ce commerçant, aujourd'hui, dit bien 
haut qu'il fait passer ses convictions politiques avant ses intérêts 
personnels, et qu'il est devenu monopoleur, ou si l'on veut, partisan 
du monopole de l'alcool. 

Mais quelles sont donc ces convictions politiques si importantes, si 
impérieuses, qu'elles paraissent faire compter pour rien 1 intérêt per- 
sonnel, MM. Vaillant et Baudin, Députés (qui ont présenté un Projet 
de Monopole complet) le savent très bien, puisqu'ils sont de la 
chapelle latérale de celle du dit commerçant, et qu'il est probable 
que toutes ces chapelles convergent vers un même but : le Fermage 
politique et financier de l'alcool. 

Voici Ténoncé des conclusions dont il vient d'être parlé : 

UNION DU COMMERCE EN GROS DES VINS ET SPIRITUEUX 

LE MONOPOLE DE L'ACOOL 



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Prête nié au 4* Congre» de» Chambrée tyndicale», commerciale» et industrielle» de France, 
te 'H octobre tMOG, au nom de l'Union du commerce en gro» de» Vin» ei Spiritueux, par 
M. le Secrétaire général. 



Vœu adopté par le Congrès 

Lot industriel! et commerçants de France, réunis en congrès le 22 octobre; 

Considérant que l'Etat peut satisfaire aux exigences des hygiénistes en contrôlant, 
dans les usines de rcctificution, la qualité des produits livrés à la consommation sans 
qu'il soit besoin d'établir le monopole; 

Considérant que l'essai même du monopole, quelle qu'en soit la forma, a démontré son 
caractère impraticable et n'a provoqué & l'étranger que des mécomptes ; 

Considérant que l'application du monopole accumulerait des ruines industrielles, com- 
merciales et agricoles considérables, capables de compromettra pour longtemps les finan- 
cer de la France ; 

Considérunt que la Grande Commission extra-parlementaire instituée par décret du 18 
septembre 1887, sous la présidence de M. Léon Say, comptant parmi ses membres 15 
sénateurs et députés dont 7 anciens ministres des finances et du commerce, les Directeurs 
des Douanes et des Contributions indirectes, des inspecteurs des finances, des profes- 
seurs et des médecins éminents, s'est, oprès huit mois de consciencieuses études, formel- 
lement prononcée contre tout monopole de l'alcool et que M. Alglave lui-même, mem- 
bre de la commission, n'a pu lui fuira adopter son système; 

Considérant que, depuis lors, lo question ne s'est pos modifiée et que tous les dangers 
et inconvénients signolés dans le magistral rapport de M. Léon Say, auquel il suffit de 
se référer, existent encore aujourd'hui ; 

Considérant que le régime des monopoles, attentatoire à la liberté du commerça et du 
citoyen, est contraire aux aspirations de notre temps ; 

Déclarent se prononcer contre tout monopole de l'alcool, soit de la rectification, soit de 
la production, soit de la vente. 



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533 vu' congrès international 

Vous nous signalez notamment l'important discours prononcé par le 
député socialiste belge Vandervelde. 

Ce dernier a particulièrement insisté sur ce point : 

» 

« Que l'alcoolisme ne résulte pas de la misère, mais que celle-ci est 
» un des facteurs qui contribuent à son développement. » 

Nous nous permettons de vous transcrire et de mettre en parallèle 
le 3' paragraphe page 47 de la brochure — VAcoolisme — que nous 
avons écrite et communiquée au Congrès, et le 3* paragraphe page 7 
de la brochure : Le Parti Ouvrier et Y Alcool, par le citoyen Emile 
Vandervelde. 

Notre brochure : « Nous ne pouvons admettre cette conclusion 
» des économistes officiels qui nous disent : « La misère est la fille 
» de l'alcoolisme » ; nous devons reconnaître néanmoins que dans les 
effets répercutifs ils s'engendrent mutuellement, mais nous affirmons 
que la cause initiale de l'alcoolisme est la misère. 

M* Vandervelde : « Il n'est pas un socialiste qui songe a contester 
» que l'alcoolisme ait des causes profondes, que la misère, la mauvaise 
» alimentation, l'état défectueux des logements, la prolongation ex- 
» cessive des heures de travail ne soient autant de facteurs qui agissent 
» sur le développement du fléau. 

» Seulement ici comme ailleurs, les causes et les effets s'enchevè- 

» trent, si la misère contribue au développement de l'alcoolisme, 

t & . » l'alcoolisme a son tour est une cause de misère et de démorali- 

» sation. » 
\ KV Nous faisons au citoyen Vandervelde la réflexion suivante : 

t p. 1 La misère joue, à notre avis, un rôle considérable dans le dévelop- 

' pcment de l'alcoolisme et tout en n'en étant pas la cause unique, 
elle en est, du moins, la cause initiale en ce qui touche la classe 
ouvrière. 

Comme il est unanimement reconnu que la misère développe l'al- 
coolisme et que la réciproque est également juste, il s'en suit 
évidemment que l'une des causes étant supprimée, les deux progres- 
Vr sions se trouvent annulées. 

Et dès lors, l'on ne se trouve plus en présence d'un fléau, mais d'un 
mal bien plus aisé à combattre. 

Nous vous prions d'agréer cher collègue, nos sincères salutations. 

L. Guyot et L. François. 

RÉSOLUTIONS : 

Mesures législatives 

1° Pas de monopole. 

2° Fiscalité. — En cas d'un relèvement possible du droit d'Etat sur 
l'Alcool, le droit actuel de 156 fr. pourrait être porté à 205, 210 francs. 




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540 Vil' CONGRES 1XTERN. CONTRE l'àBUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 

17° Laboratoire municipal de Paris. — Dégustation chez le débitant 
avant tout prélèvement et avant tout examen chimique. 

18° La guerre aux Baptistères parisiens et à leurs dépositaires. 

Mesures d'intérêt privé 

19° Initiative privée. — Consommer de préférence les apéritifs à 
base de vin. 

20° Informer le consommateur de la goutte matinale, qu'en temps 
froid, l'alcool glace l'estomac au lieu de le réchauffer. 

Mesures d'intérêt général 

21° Projeter pour l'Exposition de 1900 au Congrès spécial au point 
de vue français, auquel participeraient savants, commerçants, sociétés* 
ouvrières, et personnes compétentes, pour la lutte contre l'alcoolisme 
sur le terrain pratique. 

22° Le délégué du syndicat des employés du département de la Seine 
se propose de demander au commerce en gros des alcools en France 
rectificateurs, distillateurs-rectificateurs, distillateurs-liquoristes, à 
leur personnel et h leurs employés de former une association amicale 
pour n'employer dans leur industrie aucune substance nocive ni comme 
qualité d'alcool, ni dans la préparation des liquides spiritueux destinés 
à la consommation, dans le but de contribuer a l'amélioration du 
bien-être social, et également pour faire cesser le mercantilisme com- 
mercial par le bon marché à outrance, au détriment de la santé du 
consommateur. 



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TROISIÈME SECTION 



ENSEIGNEMENT, EDUCATION, PROPAGANDE 



Première séance 



PRESIDENCE DE M. MARILLIBR 



PROOÈS-VERBAL 



M. Marlllier est désigné pour occuper le fauteuil de la présidence as- 
sisté par les autres présidents et vice-présidents de la Section. Il ouvre 
la séance en rappelant que, vu le grand nombre des orateurs inscrits, 
ceux-ci ne peuvent disposer que de 12 minutes chacun. La parole est 
donnée k Miss Hilda DiUon. 

La Fédération des Unions de l'Espérance 

(Bandé ofHope Unions) 

PAR MISS HILDA DILLON (LONDRES) 



La Fédération de l'Espoir du Royaume Uni, dont j'ai l'honneur de 
vous entretenir aujourd'hui, réclame à différents points de vue, l'atten- 
tion de cette réunion. 

Il n'est point nécessaire de rappeler à votre mémoire tes Nazaréens 
et les Récnabites comme exemple de l'excellente pratique auc nous 
enseignons, c'est-à-dire l'abstinence totale des boissons enivrantes; 
mais nous considérons comme l'origine des Unions de l'Espoir, 
Daniel et ses jeunes compagnons juifs pendant la captivité babylo- 
nienne. 

Depuis 50 ans des Sociétés de Tempérance pour la jeunesse exis- 
tent ti côté de toutes sortes de Sociétés de Tempérance pour les gran- 
des personnes, car il est bien connu que les tendances les plus fortes 
du cœur de l'enfant sont pour l'imitation et le désir d'agir. 

M" Carlile, une dame âgée et veuve, depuis longtemps initiée à la 
philanthropie, mais nouvellement convertie aux principes de la Tem- 
pérance, rassemblait déjà en 1847 dans une petite' salle d'école de la 
ville de Leeds, des enfants pour les instruire au sujet de la Tempe- 



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Vil' CONGRÈS INTERNATIONAL 



rance. C'est à elle et au Rév. Jabez Tunnycliffe que nous devons le 
nom Bands ofHope et de Unions de l'Espoir. 

Ce nom désigne un mouvement dont la force, l'extension et l'effica- 
cité ont dépassé tout ce que les efforts des hommes ont pu faire pour 
le bien de l'humanité. Cette œuvre a rencontré la sympathie générale, 
h défaut du consentement et de l'approbation de tous. 

Il ne heurte aucun des préjugés des buveurs. Les membres de la 
Société se bornent h remplir leur propre devoir en se tenant éloi- 

5 nés des cabarets etdesépiceries v autorisées; ils ne se préoccupent pas 
'agiter l'opinion publique en faveur de la fermeture des cabarets le 
dimanche, ni de faire aboutir tel ou tel projet de loi. Dès que les 
membres de ces Sociétés de/ l'Espoir deviennent hommes, ils se 
trouvent entourés de mille tentations, telles que '..mauvaises habitu- 
des, mauvais exemples, forts dividendes des établissements de gros et 
de détail pour le débit des boissons alcooliques sous une formé ou 
sous une autre. Leur attention .est attirée par des affiches voyantes 
sur l'attrait des bières, des vins ou des eaux-de-vie. C'est en vue de 
leur propre défense qu'ils doivent s'allier pour former une forcé 
combattante et agir de façon a restreindre la force de l'ennemi. 

Selon le précédent créé par Daniel et suivant le grand principe 
<c qu'il vaudrait mieux prévenir le mal que d'avoir à le guérir », les 
enfants s'engagent à s'abstenir de toutes boissons alcooliques. 
C'est avec le consentement de leurs parents qu'ils font cette 
promesse et avec une foi vive dans leurs convictions et dans le pouvoir 
que Dieu possède pour les aider et les retenir même s'ils ont un 
jour à passer au milieu d'une fournaise ardente ! Ils ne limitent point 
la durée de cette promesse, ils ne songent pas à se réserver une 
porte de sortie qui pourrait donner plus tara satisfaction ù quelque 
sentiment d'honneur, mais comme pour toutes bonnes résolutions les 
enfants honnêtes expriment simplement leur intention de devenir 
abstinents totaux. 

Comme exemple de fidélité à l'engagement je citerai cette petite 
histoire qu'une femme nous a racontée de sa propre expérience! 
Comme enfant, encore toute jeune, elle était affiliée a une Société de 
l'Espoir. Bien qu'elle n'aimât pas le faire, elle allait chercher tous les 
jours au cabaret la bière pour le diner de ses parents. Un jour en 
entrant un homme lui dit en lui offrant un verre de bière. « Buvez 
ceci et vous aurez ces soixante centimes. » Tout enfant qu'elle était 
elle avait grand envie de posséder l'argent, mais elle répondit tout de 
même : J'ai promis de ne jamais boire de la bière ni d'aucune autre 
boisson forte ; gardez vos soixante centimes ! 

Comme elle sortait du cabaret son tentateur la rappela et lui dit : 
« Vous auriez eu soixante centimes si vous aviez bu la bière, mais 
voici trois francs pour avoir tenu votre parole ; vous êtes une petite 
héroïne. » 

Il ne faut pas s'étonner de ce que les promesses, tout en étant 



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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 545 

faites de bonne foi ne soient pas toujours tenues : car quel est celui 
qui n'a jamais manqué à sa parole : les chagrins, la pauvreté et la 
poursuite fiévreuse des richesses sont bien souvent la cause de telles 
chutes ! ! 

Ces petites Sociétés ont produit une armée de travailleurs, auxi- 
liaires de leur cause. Cette armée, dans le Royaume de la Grande- 
Bretagne seul, compte 70,000 personnes. Ceux-ci sans appointement 
ni récompense, rendent a Dieu et à l'humanité les services les plus 
généreux et les plus dévoués. De jour en jour, d'année en année, ils 
s'efforcent de rassembler les enfants, puis leur enseignent les dangers 
de l'alcool et les maux qui en accompagnent l'usage. Ces travailleurs 
leur montrent la puissance et l'influence 4e l'exemple, ils les engagent 
a recourir à Dieu, à lui demander son aide et sa bénédiction. 

Chaque semaine les enfants des Sociétés se rassemblent. On 
commence par une prière et pendant la soirée les travailleurs s'occu- 

Cnt a les instruire d'une façon à la fois intéressante et amusante. 
s lectures sont illustrées ou sur le tableau noir ou par des projec- 
tions ou par des expériences chimiques. Quelquefois pour varier l'on 
organise des expositions industrielles ou autres, des concours ; l'on 
fait chanter ou réciter les enfants. 

Le sou que paye chaque enfant par semaine aide à supporter les 
frais de la Société. 

Les Unions des Sociétés de l'Espoir de chaque comté organisent 

Sénéralement une grande fête par an au mois d'août. Souvent c'est 
ans le parc particulier d'un grand seigneur qui le prête a l'Union 
que cette fête a lieu. 

L'argent qu'on recueille aux portes d'entrée et les profits qui 
t'accumulent delà vente des rafraîchissements couvrent dans les bonnes 
années non seulement les frais de la grande fête, mais aident aussi 
aux dépenses ordinaires de l'Union. 

Afin d'assister ces auxiliaires, il y a environ 45 ans, M. Shirley 
invita quelques amis qui travaillaient dans différentes Unions de 
l'Espoir (Bands of Hope) à venir chez lui ; là ils formèrent une 
Association, en vue de se consulter et de s'encourager au sujet 
du développement de leurs Sociétés. Cette Union qui prit naissance 
en 1864 porte le nom de « La Fédération des Unions de l'Espoir du 
Royaume Uni.' » Grâce a la multiplication de ces Sociétés, reliées à 
toutes sortes de sectes religieuses différentes en vue de réunir le plus 
de membres possible, mais conservant toutefois le principe commun, 
de l'abstinence totale des boissons alcooliques, environ trois millions 
de nos enfants s'y trouvent enrôlés. 

Les écoles publiques n'ont pas pris part à la lutte antialcoolique 
en établissant un programme et des méthodes pour imposer aux élèves 
l'obligation de suivre un cours de tempérance. C'est à l'initiative 
privée que les gouvernements ont laissé le soin de développer parmi 



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546 Vil" CONGRÈS INTERNATIONAL 

la jeunesse l'amour de la sobriété ; ce sont les Unions de l'Espoir qui 
incarnent cette éducation a la fois morale et religieuse. 

Il y a plusieurs (19) professeurs dans le service de la Fédération 
des Unions de l'Espoir du Royaume Uni qui ne font que les instruc- 
tions dans les écoles ou institutions où Ton donne l'éducation séculière 
a la jeunesse. L'Union, supportant les frais, offre a ces institutions 
une instruction de 40 minutes et bien souvent le professeur est prié 
de la prolonger. On a grand soin de fournir aux professeurs tous les 
accessoires afin de capter l'intérêt des enfants: les cartes, les gravu- 
res, les échantillons chimiques, en un mot tous les objets d'instruction. 
Ces discours portent exclusivement sur le point de vue physiologique 
et scientifique de la tempérance, démontrant l'effet nuisible des 
boissons alcooliques sur le corps humain. Le caractère entièrement 
scientifique et non sectaire de ces instructions a ouvert aux profes- 
seurs entre autres portes, celles des écoles catholiques et juives qui 
leur auraient été iermées. Bien plus, ces écoles reconnaissent la 
grande valeur de cette œuvre ! 

Dans presque chaque école où Ton prononce un discours, les 
enfants et bien souvent les maîtres subordonnés en font l'objet de 
rapports. Comme moyens d'encouragement pourles meilleurs rapports 
Ton donne, quelquefois, des certificats et même des prix distribués 
sous forme ae livres. Dans l'année du 1" avril 1897 au 31 mars 1898, 

le nombre de discours donnés fut 4,680 

d'enfants présents » 496,755 

de rapports écrits » 260,261 

de maîtres présents » 15,104 

Tous les professeurs sont très reconnaissants de la sympathie et 
des secours que leur accordent les directeurs d'institutions. Ils le 
sont surtout pour les efforts qu'on a fait pour rassembler le plus 
d'enfants possible, et pour la rédaction convenable des rapports. 
L'opinion des directeurs est celle-ci : que le plus souvent, les enfants 
aiment beaucoup les discours et les attendent avec le plus grand 
plaisir. Une maîtresse, disait dernièrement, qu'en posant des ques- 
tions aux jeunes filles sur le discours de l'année précédente, elle vit 
que celles-ci se le rappelaient entièrement. Ces instructions des 
professeurs ayant été reconnues intéressantes et utiles, les maîtres 
leur ont demandé de les renouveler plus fréquemment. Bien des fois, 
ces derniers se sont chargés d'ajouter eux-mêmes, au programme, des 
instructions sur la tempérance. De ces efforts, profitent non seulement 
les enfants qu'on instruit, mais encore leurs familles et leur entourage. 
A l'appui de cela, je citerai deux exemples : — 

Un ministre de l'église anglicane nous écrit : Une petite fille montra 
à son père le certificat qu'elle avait gagné pour son rapport sur un 
discours scientifique de tempérance. Son père * à ce moment sous 
l'influence de la boisson, voulut le brûler. Malgré ses menaces on le 



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548 



VII e CONGRES INTERNATIONAL 



peranee League qui, en 1856, te fondit avec la National Tempérance Society. La nouvelle 
association prit alors le nom de National Tempérance Leagie : C'est une association in* 
confessionnelle et qui n'est affiliée à aucun parti politique/ Tous tes membres signant 
l'engagement d'abstinence; ses ressources consistent uniquement en souscriptions 
volontaires. 

Elle a étendu son action dans les milieux ecclésiastiques at a provoqué la formation da 
sociétés d'abstinence dans les Eglises des diverses dénominations, aile s'est spécialement 
attachée à propager ses idées parmi les médecins et c'est sous son influence que sa sont 
organisées des conférences de médecins, que s'est fondé la Médical Tempérance Journal, 
qu'a été rédigée la déclaration insérée dans le Time§, lé 1** janvier 1873 et signée da 
269 médecins et chirurgiens de renom; elle a institué dans les écoles élémentaires des 
leçons sur l'alcoolisme, qui ont été faites par des conférenciers choisis par elle, obtenu 
du D' Richardson, la rédaction et la publication de son c Tempérance Leeeon Book s- et 
provoqué des réunions et des conférences entre les professeurs et le* instituteurs. En 
1860, la Ligue a commencé à s'occuper activement de Y armée', des t missionnaires » de la 
tempérance, secondés par les autorités militaires ont fait une oeuvre active de 
propagande, tant en Angleterre que dans l'Inde, parmi les soldats : dans l'Inde a été ^ 
fondée la Salcheie Total Abëtinence Aeeociation, La Ligue a également aidé miss Ra- 
binson dans ses fondations de cabines de tempérance pour les soldats. Tout ce mouve- 
ment a abouti à la création de VArmy Tempérance Aeeociation qui reçoit du gouvernement 
une subvention annuelle de fr. 12,600. Une société similaire existe pour la marine et elle a 
une de ses sections à bord de chacun des vaisseaux de l'Etat. La Ligue a reconnu la 
nécessité de faire appel à l'influence des femmes : en 1876, s'est fondée la Britiek women'e 
Tempérance Aeeociation et de nombreuses réunions et conférences de dames ont été organi- 
sées. La Ligue a surtout jugé utile de mettre le plus largement possible au profit de la 
cause qu'elle défend, l'immense pouvoir de la presse ; elle a un organe hebdomadaire : la 
Tempérance Record qui a obtenu une très large diffusion, une revue mensuelle à bon 
marché, le National Tempérance minor et un annuaire publié régulièrement qui contient de 
précieux renseignements statistiques complètent son outillage pour Je propagande. Elle a 
réussi à ouvrir à ses idées plusieurs chaires ecclésiastiques où des sermons sur le tempé- 
rance ont été prêches sous son inspiration, des meetings contre l'alcoolisme ont 
été tenus à Mansion House, au Guildhall et dans les mairies de plusieurs grandes villes ; 
des congrès nationaux ont été organisés A Londres, A Liverpool, A Birmingbau et A 
Cbester, la National Tempérance Choral Union s'est créée qui a inscrit A son programme 
l'abstinence totale ; et la campagne s'est ouverte contre la vente des liqueurs fortes aux 
indigènes des colonies. Des sociétés populaires (oldguard of London tvorkere, London 
young men'ê auxiliary) ont pris naissance et une propagande incessante, n'a pat cessé de 
s'exercer dans les rangs des travailleurs. 

Il serait à souhaiter que dans tous les pays d'Europe fussent créées des lignes — 
animées du même esprit — et organisées sur le même plan quo la National Tempérance 
League. 

The National Tempérance League traces it§ descent from the Bri- 
tish and Foreign Tempérance Society, established in 1831 and 
specially directed against the evil of spirit drinking. Out of this 
organisation there arose in 1842 the National Tempérance Society 
which advocated total abstinence from ail intoxicatmg liquors fer- 
mented as well as spirituous. In 1851, the outcome of a séries of 
spécial démonstrations held in connection with the Great Exhibition, 
was forraed the London Tempérance League, having its headquarters 
in the Metropolis. 

A noteworthy event in the history of the former society was the 



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550 



VI I" CONC.RKS INTERNATIONAL 



occasions, expressed a warm interest in the work of the Leaguo, and 
a well known iournalist says, « I can never l'orge t Cardinal Manning 
— himsclf a rigid tcctotaler — once saying to me, in a discussion 
he h ad with me upon Tempérance, one such a man as Father Mathew 
or Robert Rae (Secretary of the League) is worth ail the Wellingtons 
and Napoléons that ever lived. » 

Other illustrations of the League's efforts to leaven the Churches 
might be mentioned but more than sufficient has been said to show 
the comprehensive manner in which this important work has been 

svstematically fostered. 

• » 

The importance of influencing the 



MEDICAL PROFESSION 



upon the Tempérance question çannot be overestimatcd, and in this 
direction the opérations of the League hâve been signally successful. 
When the late Professor Miller ol Edinburgh attended the annual 
meeting in 1862, advantage was taken of his présence in London 
to convene a private conférence with influential members of his own 
profession. Seven years afterwards a conférence was held in London, 
and several members of the profession attended and read papers which 
the League issued under the title of « Médical Expérience and Testi- 
mony in favour of Total Astinence. » Two important results followed; 
the one, the commencement of the Médical Tempérance Journal, 
published by the League for twenty three years; the other, the insti- 
tution of a breakfast to the members of the British Médical Associa- 
tion, which has now been held annually, during the week of their 
anniversarv assemblies since 1869, and which has been of im- 
mense service in specially directing the attention of the profession, 
to the daims of the Tempérance movement. The historic médical 
Tempérance Déclaration prepared by D r E. A. Parkes and published 
by the League in the Times newspaper on New Year's Day, 1872, 
was signed by 269 physicians and surgeons of eminence. The arran- 
gements also which led to the delivering at the Society of Arts, of Sir 
Benjamin Richardson's Cantor « Lectures on Alcohol », in 1874, were 
initiated by the Secretary of the League; and many other means hâve 
been adopted to enlist the powcrful aid of the médical profession 
in the national crusade against intempérance. 

The importance of including Lessons on Tempérance in the ordi- 
nary instruction imparted to children in 



ELEMENTARV AND SECONDARY SCHOOLS 



was many years ago recognised by the League. The work was 
commencée! in 1863 by two of the League's lecturers, and was con- 
tinued by three others; the latest of whom, Professor Cheshire, 






CONTIIK 1,'aRUS ORS BOISSONS ALCOOLIQUES * 551 



author of the « Scientific Tempérance Handbook », devoted sixteen 
years lo the delivery of lectures in Metropolitan Elementary 
Schools, in TrainingShips, at Pupil Tcachcrs Centres, andinTraining 
Collèges for students, where the League instituted Compétitive 
Exammations, and awarded a large number of valuable prizes l'or 
those essays and reports which were specially praiseworthy. The 
publication of D r Richardson's « Tempérance Lesson Book », pre- 
pared at the request of the League, and republished in the United 
States, Canada, Holland and other countries gave a powerful impetus 
to this educational movement; and the conférences with school 
teachers of both sexes, convenedby the League at theannual meetings 
of the National Union of Teachers, held in ail parts of Eugland 
during the last twenty-one years, hâve greatly added to the number 
of carnest and intelligent Tempérance workers. 
The League's great work in 



THE ARMY AND NAVY 



has repeatedly received the cordial récognition of the authorities, 
and upon more thau one occasion référence has been made in Par- 
liament to the steady progress of sobriety among soldiers and sailors, 
the speakers cheerfully testifying to the honourable part which the 
League has had in bringing about the great improvement. In 1860 the 
League first entered upon its work in the Army by appointing a 
spécial missionary who commenced his labours at Aldershot with 
full permission of the military authorities, almost concurrently with 
the work at home, the Rev. J. Gelson Gregson was promoting Tem- 
pérance eflbrts in the Army in India, and substantial help both in 
money and publications, was sent to him before he secured Go- 
vernment assistance for the Soldiers Total Abstinence Association. 
Miss Robinson also was greatly aided in her early eflbrts for the 
army, L 700 being spent during two years in furnishing Tempérance 
tents and canteens lor the soldiers. The League cordially co-opera- 
ted with others in organising the Army Tempérance Association (now 
recciving an annual Government grantof L 500), and the Committee of 
the League exercise the privilège of nominating one third of the 
members of its governing council. 

The storyof Tempérance work in the Royal Navy readslikea romance. 
After numerous casual lectures on board ship, the work was 
specially organised by the League under the direct personal superin- 
tendance of Miss Agnes Weston. When it was started there was litllo 
sympathy with the effort, and a terribly uphil path had to be trodden; 
but to day there is a branch of the League in every commissioned ship 
in the Service. Miss Weston estimâtes that one mnn out of every ton 
in the Royal Navy is a total abstainer. 



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552 VU* CONGRÈS INTERNATIONAL 

Beforc the Royal Naval Tempérance Society was formed the repré- 
sentatives of the League paid fréquent visits to naval training-ships, 
and estnblishcd a flourishing Band of Hope in the Greenwicn Royal 
Hospital Schools, which has sent forththousands of youthful abstainers 
into the service. 



î THE INFLUENCE OF WOMEN 



in praclical Tempérance work has always been fostered by the 
League. As far back as the year 1860 it had a women's branch with 
an accomplished lady représentative who held mimerons drawing- 
room and other meetings. The League has also organised many séries 
of Ladies' Conférences in various public halls; and the Ladies Na- 
tional Tempérance Convention convcned by the League in 1876, had 
a close connection with the formation in that year of the British 
Women's Tempérance Association, Médical addresses to women hâve 
long been an important feature in the opérations of the League, and 
invariably attenoed by large and influential audiences yelding most 
encouraging results. 

The con duc tors of the League hâve great confidence in 



THE POWER OF THE PRESS 



siuce the Publication Depot was opened in 1879 upwards of 
3r- • L 130,000 worth of Tempérance literature has been sent out. The 

Ç wcekly organ of the League, The Tempérance Record is warmly ap- 

% preciated by a large body of readers, who regard itas an ableexponent 

/ ofthe principles which it strives to propagate. The National Tempe- 

£* rance MirrorSs a cheap monthly which nas an extensive circulation 

Ç. in the homes ofthepeople; and the League's Annual, which keeps 

v; up a contiuuous supply of statistical and historical information that is 

*\l highly valucd by writers and speakers upon the Tempérance 

^ question. 

Amonsgt the other 



VARIOUS AC.EXCIES 



i that hâve aided in moulding and developing the great uational mo- 

* vement in favour of sobriety, may be mentioned : — the opening of 

Westminster Abbey, the Metropolitan Tabernacle, St. Paul's Ca- 
thedral, Wesley's Chapel, the City Temple, and many other ecclesias- 
tical buildings for Tempérance Sermons; the holding of spécial mee- 
tings addressed by total abstaining may ors in the Mansion House and 
Guildhall of London, nnd in the Tovvn Halls of the principal cities 
of the Empire; in addition to gatherings and célébrations at the 
Crvstal Palace, the Alexandra Palace, the Roval Albert Hall, and 





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554 VII e CONGRÈS INTERNATIONAL 

Rapport sur r United Tempérance Councils. National , 

County and Divisional 

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l'Ait LK HEV. A. GRAHAM-BARTOX (dURHA.M, ANGLETERRE* 1 

.National Tempérance Council) 

Introduction. — When we considerthe vast ainount ofwork expended 
upon the exposition of our principles, and upon the propagation 
of our cause, and then note the seeming slowness with which success 
cornes to us, we are apt to be disheartened and discouraged. This is 
more the case when we hâve to recognise the Tact that thousands of 
rapitalists are sinking their cash in developing distilleries and big 
breweries, that otherwise good citizens are depending for suste- 
nance upon dividends the size of which is measured by the drunken- 
ness of the people. 

The more extensive the drinking the larger the dividend. It is as ad 
reflection upon the social life of a nation that so many of its citizens are 
dépendent for support upon a continuance of the vices of its in ha- 
bitants. And yet there are manv reasons, in the face of this fact for 
encouragement. The disgrâce of drunkenness has been emphasised by 
the public voice. 

The moral status of teetotalism has been fully recognised in society. 

The evil eflfects of alcoholic drinking upon the social life is* now 
admitted. The abstainer's appeal for a diminution of our drinking 
customs is listened to with becoming respect. 

Tempérance législation forms a part of every Party political pro- 
gramme in déférence to the wishes of the supporters of each party. 
In fact there is no question before the Enghsh nation to day which 
coinmands the considération of its moral and religious reformers so 
much as now to dcal with the evils of drunkenners. 

It is said that time turns the mulberry leaf to satin, and so time must 
bring about in the interests of truth and right, the consummation of 
our aims. 

Section /*'. — X a Lion al United Tempérance Councils 

Whv has there been so little advance in the présence of so murh 
cdiirational opportunités. 

I think that it is si m pi v because our legislators neither enforce 
the laws now existing, nor seek to add others which might cope with 

the evil. 

Liquor législation has generally been a boon to those countries 
which hâve put it into force, and where no such législation is'being 
adopted the worsc state of things prevail. 



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556 VU 9 CONGRES INTERNATIONAL 

Country United Tempérance Councils which are worked upou a 
similar basis. Nearly ail the Tempérance organisations in the towns 
and villages senc}, upon affiliation, représentatives to its meetings, 
and tluis imite in its délibérations. 

Thus is focussed the force of the whole country upon one reform 
instead of being dissapated into single movements by separate 
societies. 

Thèse Country-Councils are again, for purely local matters, subdi- 
vided into Parliamentary divisional Councils. Thèse Councils may be 
called the régiments, the country-councils, the battalions, and the 
National Council may be considered as the whole army. 

With thèse forces properly managed and directed great and 
effective work ought to be accomplished. The chance of a century is 
ours to day. Shall we takc advantage of the présent occasion? Or, 
shall we by disagreeing amongst ourselves hinder the advance of the 
tempérance chariot? Unity must be our watchword and down with 
Alcohol, our battle cry. 

Let us sink our party-political différences, and forget our sec- 
tarian bias in viewofthis mighty conflict with one common enemy. 

The cry for help from the weak and fallen lalls upon our ears, and 
we must rush into the field and fight on ther behalf. 

Section 3 nd . — Their EducaUonal Efforts 

As united Councils we are endeavouring to educate the électorale 
and the people generally. 

(1) By placing before the public in the towns and villages the 
main leatures of our programme. 

This is done by holding conférences and public meetings at every 
local centre. 

(2) By the distribution of tempérance literature among the people. 
There are many most excellent tracts issued by other organizations 

which set forth the daims of sobriety. 

Thèse we use extensively, and in addition, through our Union 
publishing press, publish numerous works upon the scientific and 
social aspects of our case. We also issue a quarterly Gazette which is 
acknowledged to be the best periodical — in point ofgetup — of 
ail at présent issued by the Tempérance party. 

(3) By Prize Medal Compétitions. 

Ail Societies associated with religion, or tempérance, are elegible 
to provide candidates for thèse compétitions. 

The local winner receives a silver medal the district winner re- 
ceives u gold and silver medal, and the country winner will receive 
a solid gold medal. Thèse compétitions aw for reciting singing, and 
essay writing. 

(4) By advocating and securing for the children in our public 



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Vil' CONGRÈS INTERNATIONAL 






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Il faut renforcer ce lien trop frêle par la fondation au sein de 
l'œuvre de sections de mutualité, d'épargne libre 1 ou d'épargne pour 
achat d'obligations de ville, d'agrément, de chant, de gymnastique, 
d'études, de conférenciers, de propagandistes, etc. 

Il me serait facile de justifier la création de ces sections, et de 
répondre a ceux qui penseraient que ces œuvres détournent les 
membres du but principal de la Société, quittst la Tempérance. 

Ce danger n'existe pas; l'expérience que nous avons faite à Liège 
nous porte h croire que ces sections ne constituent que l'achèvement 
de notre outillage et le couronnement de notre œuvre. 

Les sections de mutualité et d'épargne apprennent aux ouvriers à 
faire un usage salutaire de cet argent qu ils gaspillaient follement jadis 
au cabaret. 

Les sections d'agrément sollicitent spécialement la jeunesse. 

Les sections d'études, de conférenciers nous fournissent les meil- 
leurs soldats. 

Nous prions instamment MM. les Congressistes, de bien vouloir 
accorder leur bienveillante attention à cette note que seul le désir 
de leur être utile et de faire faire* un nouveau pas a la grande cause de 
l'antialcoolisme nous a inspirée. 



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1 • 



M. le Président. — La parole est à M. le pasteur Bianquis. 

La Société Française de Tempérance de la Croix-Bleue 



p. 



PAR JEAN BIANQUIS 
Pasteur, Président du Comité nutional de la Société Francuise de la Croix-Bleue. 






V 
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I. 



HISTORIQUE 



Dès l'année 1875, un paysan de Valentigney (Doubs), terriblement 
asservi à la boisson, et qui avait eu déjà sept crises de delirium tre- 
mens, mais chez lequel toute aspiration morale et toute vie religieuse 
n'étaient pas éteintes, aspirait après la guérison. Un jour, seul dans 
son champ, ne sachant plus que faire pour être délivré, il se mit a 
prier avec lerveur. Il eut alors une intuition. Il se fit en lui une illu- 
mination intérieure : cette idée s'imposa avec autorité à son esprit, 
qu'il devait, pour être affranchi de sa passion, se mettre au régime de 
I abstinence totale. Il demanda a Dieu le pardon de sa vie passée et, 
pour l'avenir, la force de rester fidèle à l'engagement intérieur qu'il 
venait de prendre. Il tint cet engagement. A partir de ce jour, il de- 
vint et resta un homme nouveau. 



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1 Lu plupart de ces sous-œuvres sont créées au Bien-Etre Social, de Liège ; elles ont 
chacune leur comité propre, et aident puissamment au développement constant de notre 
Société. 






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560 



VII* COXURES INTERNATIONAL 



de s'appeler Fédération internationale des Sociétés de Tempérance de 
la Croix-Bleue 1 . 

C'est cette fédération internationale qui, pendant neuf ans, devait 
diriger directement la propagande en France et veiller à la création de 
nouvelles sections. Les membres du Comité international, en particu- 
lier son président, M. Rochat, tirent, à plusieurs reprises des tournées 
de conférences dans notre pays. Ainsi naquirent, en 1889, la section 
de Lyon qui devait passer par des alternatives de grands succès et de 
recul, mais dont l'importance et l'activité sont toujours considérables; 
puis la section de Marseille, puis des sections en Normandie (1891) et 
ailleurs. 

Le moment devait venir où les membres de la Croix-Bleue senti- 
raient le besoin de s'organiser en Société nationale, selon les princi- 
pes fédératifs qui sont h la base de notre association. C'est en 1893 
que la constitution d'une Société Française de Tempérance de la 
Croix-Bleue fut préparée d'abord a Rouen, le 9 juin, puis accomplie h 
Paris (4 à 6 décembre), dans une première assemblée générale des dé- 
légués des sections françaises, qui vota les statuts, et élut le premier 
comité national. 

Une seconde assemblée générale s'est réunie a Lyon (20-23 octo- 
bre 1895); une troisième à Valentigney (24 à 27 septembre). La qua- 
trième doit se tenir a Paris, samedi prochain. Notre Société regrette 
profondément de n'avoir pu trouver une combinaison qui ait permis 
à ses membres de participer à la promenade que le Congrès a projetée 
pour ce jour-là. 



II. BUT, PRINCIPES, ORGANISATION 

Je me bornerai à résumer le but, les principes et l'organisation de 
la Croix- Bleue. Ils sont les mêmes en France et partout où s'étend 
notre fédération internationale, et ils ont été exposés d'une manière 
très claire et très complète par M. le pasteur Arnold Bovet, de Berne, 
devant votre dernier congrès, ù Bruxelles. Je me borne aux points 
principaux. 

1 En septembre 1897, c'est-à-dire vingt ans après sa fondation, elle comptait 498 sec- 
tions ou sociétés locales, 20,090 membres et adhérents, parmi lesquels 703i étaient d'an- 
ciens buveurs. Voici le détail : 

Membres si Adhérent* Anciens b'ieesrs 

Canton de Genève 1151 362 

» Vaud 3611 1374 

s Neuchutel 2423 803 

Juru bernois 1301 567 

Suisse ollemande .. 4548 2175 

Allemagne 4553 1300 

Belgique 297 88 

France 1417 279 

Autres pays 789 83 

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562 VII 9 CONKRÈS INTRIINATIONAL 



Toutefois, les engagements pris dans la Croix-Bleue sont très rare- 
ment définitifs et pour toute la vie. Aux buveurs en particulier, 
quand ils font leurs premiers essais, nous recommandons de préfé- 
rence les engagements à terme, et même a courte échéance, moins 
e (Trayants que rengagement à vie, et dont la violation n'a pas le 
même caractère décourageant. 

Un très grand nombre de membres de la Croix-Bleue renouvellent 
leur engagement d'année en année. 

2° L'emploi des moyens religieux, et plus encore l'esprit religieux, 
évangélique, chrétien dans l'acception la plus large du mot, caracté- 
rise aussi l'activité de la Croix-Bleue. Nous voulons travailler « avec 
l'aide de Dieu et de sa parole, » disent nos statuts. 

Dans nos réunions, nous faisons toujours place à la prière, à la lec- 
ture et a l'explication de la Sainte Ecriture, au chant de cantiques 
de tempérance qui ont une forte saveur évangélique, a l'appel a la 
conversion intérieure, à la confiance dans celui qui seul pardonne le 
coupable, délivre l'esclave de la passion, régénère l'homme déchu. 

3° Enfin, il y a un troisième caractère de notre Société que je tiens 
à relever parce qu'il est souvent méconnu : c'est sa largeur. On nous 
taxe volontiers a étroitesse et d'intransigeance. Intransigeants, nous 
le sommes pour nous-mêmes, en ce sens que nous nous abstenons 
rigoureusement de toute boisson alcoolique, — fermentéeou distillée, 
aussi longtemps du moins que dure notre engagement. Mais nous dé- 
clarons expressément dans nos statuts que nous n'entendons pas con- 
damner par là l'usage modéré que peuvent (aire des boissons ferraen- 
tées les personnes qui n'appartiennent pas à notre Société. La Croix- 
Bleue ne condamne pas le vin, la bière ou le cidre. Le membre de la 
Croix-Bleue ne se fait pas scrupule d'en avoir sur sa table, quand il lui 
arrive de recevoir un parent ou un ami non abstinent. Il leur en 

£. verse à boire — dans les limites de la modération, bien entendu. Il ne se 

croit pas parvenu lui-même à un degré de vie morale plus élevé que 
son frère modéré ; il s'interdit de prononcer sur lui aucun blâme. S'il 

| recommande la pratique de l'abstinence totale, c'est à titre de remède 

- exceptionnel pour un temps exceptionnel. 



Organisation. — Un mot maintenant sur l'organisation de la Société 
française de la Croix-Bleue. 

Elle renferme deux sortes de membres : 

1° Les adhérents, qui ont pris pour un temps quelconque l'engage- 
ment de l'abstinence et qui l'observent fidèlement: 

2" Les membres actifs, ayant été adhérents fidèles pendant trois 
mois au moins, ayant pris pour un an au moins l'engagement de s'abs- 
tenir et de combattre chez autrui l'abus de la boisson, et payant une 
cotisation mensuelle dont le taux, fixé par les sections, est ordinaire- 



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564 



VII* CONÇUES INTERNATIONAL 



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si justement flétri hier, à la tribune de notre Congrès par M. Buisson ; 
mais un esprit d'affection fraternelle de cordiale simplicité. Chacune 
de nos sections se considère comme une association amicale d'infir- 
miers de la Croix-Bleue. Les alcooliques, les malades, les blessés de la 
vie que nous allons ramasser, que nous essayons de guérir, nous les 
aimons; ce sont pour nous des frères. Nous allons a eux la main tendue, 
le cœur ouvert; nous nous intéressons à leur situation, a leur famille. 
Si nous acceptons pour nous le régime de l'abstinence, c'est afin de nous 
mettre sous la même loi que ces pauvres amis, c'est afin que rien chez 
nous ne puisse les rebuter, les humilier ou les révolter. Disciples de 
Jésus-Christ, ayant placé la croix dans notre titre et dans notre insigne 
distinctif, c'est dans un esprit de renoncement h nous-mêmes, d'amour 
désintéressé pour nos frères, sans préoccupation ecclésiastique ou sec- 
taire, que nous nous efforçons de collaborer h la rédemption de l'hu- 
manité en relevant de leur abjection les membres les plus avilis 
du corps social. 



III. STATISTIQUE.' 



Sections organisées : 



Montbéliard. 
Paris et Seine. 
Lyon et Sud-E«t. 
Autres régions. 



1885 1887 1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1898 

10 7944779 10 94 

111114578 10 12 

» » 1 1 3 5 2 2 4 6 10 

3 35 7 6 7 8 13 



11 



11 



9 



11 21 21 24 29 33 



39 



Membres actifs : 



1879 1881 1885 1887 1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1898 



Montbéliard. 
Paris et Seine. 
Lyon et Sud-Est. 
Autres région». 



2 103 
21 



179 
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1 



181 
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70 

20 

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87 

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68 



130 

108 

91 

146 



140 
115 
112 
170 



173 
127 
171 
140 



154 
136 
230 
127 



160 
156 
199 
107 



249 
218 
222 
37 4 



1 2 124 263 268 184 266 475 537 611 647 622 1063 



Sociétaires (membres actifs et adhérents réunis) : 

1879 1881 1885 1887 1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1898 



Montbéliard. 
Paris et Seine. 
Lyon et Sud-E»t. 
Autres régions. 



3 166 224 211 93 139 152 207 231 185 248 321 

51 176 258 270 341 392 435 425 370 366 566 

67 92 462 490 579 762 343 366 

1 44 32 172 134 232 202 179 210 561 

1 .1 217 400 513 462 744 1140 1364 1437 1496 1167 1814 



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D'après le recensement du 1 er septembre 1898, la Croix-Bleue 
comptait en France si cette date, outre ses 39 sections organisées, 
13 sections en formation, total 52. 



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vu" coxr.nF.a ixtehnational 



Journaux mensuels illustrés 

non officiels) représentant les principes de la Croix-Bleue. 

Feuille de tempérance. 1 franc par an. Imprimerie Viret-Genton, Lau- 
sanne. 

Illustrierler Arbeiterfreund. I franc par an. Agence Croix-Bleue, 
Berne. 

DISCUSSION 









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M. Fielden Thorp (York) répond à M. Bianquis : 

Tout en admirant sincèrement les services immenses qu'a rendus la 
Croix-Bleue soit en France, soit en Suisse, à l'œuvre de l'abstinence, je 
n'ai jamais tout à fait compris pourquoi on évite de recommander l'absti- 
nence à tout le monde indistinctement. 

Certes, nous ne devons jamais condamner ceux qui ne partagent pas 
notre manière d'envisager les choses ; mais ie crois qu'on a le devoir 
d'essayer de convaincre tout le monde, qu'il faut donner l'exemple de 
l'abstinence, -sinon pour son propre avantage — pour sa propre sûreté— , 
du moins pour protéger ceux qui nous entourent, contre le danger qu'il y 
a à devenir victime de la boisson. 

M. Maillet dit que la Croix-Bleue doit faire appel à toutes les bon- 
nes volontés dans la lutte. 

M. Bianquis pense que tout le monde ne peut être missionnaire. II 
ne faut donc pas trop insister, mais laisser chacun libre du choix de ses 
moyens d'action. 

M. Babut dit que les partisans de l'abstinence totale obligatoire ne 
tiennent pas assez compte de ce fait, qu'il y a des milieux absolument 
rétVactaires aux idées de tempérance. Dans ces. milieux, la prédication 
intransigeante de l'abstinence totale risque de repousser, tandis que la 
pratique de l'abstinence partielle amène à la cause bien des hésitants. 

M. Jacot déclare que l'abstinence partielle telle que la préconise 
V Union Française Antialcoolique sera un utile acheminement vers la 
guérison du fléau. Les expériences qu'il a faites dans sa région en sont 
une preuve manifeste. 

M. Hercod estime qu'il faut songer davantage à la généralité ; il n'y 
a pas dans l'alcoolisme seulement des questions individuelles, il y a une 
question sociale, et pour entraîner la société, il faut un groupe toujours 
grandissant d'abstinents totaux, qui le soient non pas pour sauver tel ou 
tel individu, mis pour obtenir la sobriété de la société elle-même et tuer 
l'alcoolisme. 

M. Capper ne trouve pas qu'il y ait un sacrifice dans le fait de l'abs- 
tinence totale et qu'il y a au contraire l'acquisition d'une force plus 
grande. 

M. Van der Meulen dit qu'en Hollande, on a dit et pensé comme 
en France et comme MM. Babut et Jacot, ce qui n'a pas empêché l'absti- 
nence totale de s'y implanter. Bien que, dans les Pays-Bas, l'abstinence 



coxrtiK i/abus des boissons alcooi.iqlks r»4»7 

totale sincèrement pratiquée soit encore de «laie îécenteet seulement 
représentée par le Volksbond et la nouvelle société du Kreisnoerbunti, 
les résultats sont encourageants. Si toute personne ne peut être mission- 
naire, du moins tout le monde peut être abstinent et auxabstinentsnpimi- 
tient l'avenir. 



'. le baron Mollerus ne pense pas qu'en Hollande, il soit prouvé 
que l'avenir est aux a istinents, attendu que les nombreuses sociétés qui 
voient de jour en iour s'augmenter le chiffre de leurs adhérents ne re- 
commandent que la modération. 

M. Raous trouve qu'il y a certains malentendus dans la question. On 
ne peut pas exiger l'enseignement de l'abstinence totale dans les écoles. 
C'est l'œuvre des pasteurs et des Sociétés dévangélisation. Dans la luth» 
contre l'alcool, il y a place pour l'abstinence totale et pour l'abstinence 
partielle, qui peuvent être représentées dans chaque commune. A Niiues, 
par exemple, 5 ou t>00 écolier* sont dans les ligues de Y Union Française 
Antialcoolique, tandis qu'une section de la Croix-Bleue travaille à la 
guérisou des bu\eurs. Les deux Sociétés se complètent, forment une 
utile synthèse et prospèrent, grâce à leur aide mutuelle. 

M. Bayet insiste sur ce fait que l'abstinence totale convient au 
buveur et & ceux qui entreprennent de le relever; mais elle n'est pas 
indispensable ailleurs, ni même utile. L'instituteur en particulier ne |ieut 
au nom du gouvernement, enseigner l'abstinence totale ; il rappelle l'exem- 
ple du midi de la France où l'alcoolisme a été nul, tant que le vin seul y 
a été consommé et où le phylloxéra destructeur des vins, a été la cause 
directe de ce fléau. 

M. le président. — La parole est & M. le pasteur Hoeck. 

Rapport sur la Société nationale chrétienne néerlandaise 

d'abstinence totale 

PAR M. W. HOBCK 

Pu» leur de l'Eglise néerlandaise évangélique n llrui«lle». 

Mesdames et Messieurs, 

Deux nouvelles années se dont écoulées depuis que nous nous som- 
mes rencontrés ii Bruxelles, au sixième congres. Avons-nous, deptii* 
cette époque, gagné du terrain dans notre lutte ? 

Dans un journal, je iis ce qui suit : La France est le pays de l'al- 
coolisme montant. La Belgique également, mais surtout la France. 
Partout ailleurs l*usage des boissons distillées s'est maintenu à peu près 
stationnaire aux Pays-Bas, en Angleterre, en Italie; ou bien il a même* 
diminué dans une proportion plus ou moins forte, comme en Norvège, 
en Suède, en Suisse, en Allemagne, au Danemark, au Canada. Mais ou 
France l'augmentation est considérable et rapide. 



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Il est pénible qu'une telle chose se dise de la France, le pays qui 
nous reçoit en ce moment d'une manière si hospitalière. Et l'on n'aime 
point a médire de son amphytrion ni de son hôtesse. 

Les Pays-Bas sont stationnaires. Je ne veux point appliquer ici le 
dicton : tout arrêt est un recul. Lorsque le flot mugit avec violence, 
c'est déjà beaucoup d'avoir préservé sa barque de descendre avec le 
courant. Des efforts puissants, une énergie soutenue sont déjà néces- 
saires pour cela. 

En outre, nous faisons l'expérience, au cours de notre lutte, com- 
bien la puissance de notre ennemi est formidable, pareille à celle 
d'un hydre a plusieurs tètes ; c'est que le fisc et l'intérêt industriel se 
coalisent avec des situations sociales de toute sorte et, ce qui est le 
pire, avec les plus basses passions de l'homme, pour faire front, telle 
une seule puissance gigantesque, au rare individu dont là conscience 
s'est réveillée et qui cherche, mu par le sentiment stimulé de la pitié 
humaine, les moyens de préserver son peuple de périr dans le flot de 
l'alcool. 

Réussirons-nous jamais ? telle est la question que nous pouvons nous 
adresser à nous-mêmes avant de poursuivre notre lutte. 

Parlant en ce moment des Pays-Bas, je dis que j'ai encore de l'es- 
poir. Le peuple néerlandais porte au fond du cœur de nobles senti- 
ments ; il s'y révèle des principes et des mobiles qui sont ennemis de 
ce qui est égoïsme et orgueil, bassesse et bestialité, ce sol- fangeux 
dans lequel Ta plante parasite de l'alcoolisme croit si plantureusement. 
Les fêtes nationales, célébrées l'année dernière à l'occasion du cou-' 
ronnementde la bien-aimée et vénérée reine Wilhelmine, en ont fourni 
une magnifique preuve. Le secrétaire général de la société que j'ai l'hon- 
neur de représenter en ce moment, écrit à ce propos ce qui suit dans le 
rapport annuel : Notre peuple a salué sa reine de ses applaudissements, 
et il ne s'est pas laissé tenter par les boissons enivrantes. On a fêté et 
chanté, et il n'y en eut guère, le lendemain, qui avaient à rougir 
d'eux-mêmes ou des autres. Quelque chose a été ressenti de la béné- 
diction de la sobriété. 

Mesdames et Messieurs, j'-ai assisté moi-même a l'entrée solennelle 
de la reine et aux fêtes dans la capitale du pays, Amsterdam; et pen- 
dant toutes ces journées, je n'ai éprouvé que de la ioie sans mélange, 
dont ce que je viens de signaler n'était pas la moindre cause. J'ai com- 
pris ceci : que le peuple était sous l'effet magique de l'idéal, qui avait 
revêtu une forme visible dans la figure d'une jeune Mlle candide de 
dix-huit ans, la reine des Pays-Bas. Souiller un tel idéal par la ru- 
desse, la débauche, la conscience populaire s'y opposait. 

Donnons aux nations un idéal. Implantons dans les cœurs des sen- 
timents nobles, des mobiles purs. Faisons apparaître aux yeux de 
tous ce qui élève, ennoblit, ce qui délivre de la bestialité, du matéria- 
lisme terre-a- terre, dcl'égoïsme. Dans cette voie se trouve le salut, le 
relèvement. Notre lutte contre l'alcool fait alors l'office de Jean-Bap- 



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^ si cet îclôsil nous faisait défaut? Puissions-nous tous, à la fin de cette 

£- semaine (juitter ce grand Paris, affermis dans la foi, dans la charité, 

v dans l'espérance, pour continuer la lutte avec plus de courage. 

f. I/Kgliso chrétienne tout entière, dans la multiplicité de ses maniles- 

>:\'\ talions, a révélé son unité, sa catholicité en célébrant la fête de 

*" Patines. Le son des cloches pascales retentit encore dans nos oreilles 

^ s et dans nos cœurs. 11 nous a parlé de la vie naissant de la mort, de 

charité, de justice et de paix. 






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Puissent ces forces spirituelles agir également par ce congrès. Les 

7%\M% membres effectifs avec les 1815 membres adhérents de notre 

Société vous saluent en la délégation de ma personne, et remercient 

? l'incomparable Paris pour l'honneur qu'il nous rend en nous recevant 

* sur son territoire, afin d'y être instruits, retrempés, fortifiés pour la 

lutte difficile mais non désespérée. 
J'ai dit. 



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M. le Président. - La parole est à M. le Rév. Worsfold. 



i> The work of the Church of England Tempérance Society 

L'œuYre de la Société de Tempérance de l'Eglise anglicane 

PAK M. LE KÉV. WORSFOLD 

Analyse. — Déjà en 1882. quelques membre» du clergé et quelques laïques de l'Eglise 
Anglicane s unirent avec d'uutre» personnes pour instituer des sociétés d'abstinence. 

Kn 18'» 5, plus de 2.000 médecin* ont déclaré qu'il n'était pas nécessaire de faire usage 
des boissons fermentées pour se bien porter, et même que si l'abstinence devenait 
générale, elle contribuerait û lu santé et au bonheur de la race humaine. Dès ce moment, 
l'œuvre de In tempérance fit des progrès rapides. 
-_ C'est en 1859 que l'église Anglicane est entrée dans la lutte, et sa société de tempé- 

rance fut fondée sur la même base que les autres sociétés. Mais en, 1870, pour gagner 
plu» d'étendue et d'udhérents. une section de modérés fut ajoutée. On a senti que bien 
des personnes qui ne pouvaient pas prendre l'engagement d'abstinence, pouvaient aider 
dans les différente* <i»uvres de In société, comme les suivantes : Le» Bande* de l'Eêpèrance 
ou écoles de tempérance, — contre la vente de la boisson le dimanche, la propagande 
dans les prisons, la fondation de enfés de tempérance, de salles de lecture, etc. 

A peu près un million de personnes font partie de cette organisation, et 50,000 livres 
sont dépensées chaque unnée. 

Mais il reste encore tant ù faire qu'il est bien nécessaire que les amis de lu tempérance, 
dans le monde entior. * unissent pour prendre conseil les uns des autres ufin d'avancer 
v „ cette cause pour l'humanité et ù lu gloire de Dieu. 



As une who hegan public! labours iu connection with Tempérance 
Rcform more than fifty years a go 1 very willingly take part in this 
Congrcss and l'eel gratcful for the privilège of representing the 
Church of Kuglnnd Tempérance Society in this distinguished as- 
semblv. 

Although the Society which has commissioncd me to speak for it on 



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most diocèses associations Ibrmed, the headquarters of the Society 
being in London. 

Àmong the elergy who joined the Society a bout this time was the 
Kev. Canon Ellison, vicar of Windsor. He threw himself with greit 
ardour into the cause — became chairman of the executive committee 
abotit 1870, and very seriously considered how best to adapt the work 
of the Society so as to enlist wider sympathy ind support thtn ad so 
far been accorded to the Church of England movement. So in 1872 it 
was agrced that whilst total abstinence should still remain the basis 
of the Society for reclaiming the in tempera te and for ail who werc 
able and willing to renounce the use of intoxicants, either as the bisis 
of their own convictions as to its propriety or as a better means of 
influencing thosc to who m abstinence was a neccssity, yet that 
others who could not for various reasons see their way to the practice 
of total abstinence should be invited to join the Society as partial 
abstainers, and as desirous of conscientiously exerting tne m serves in 
endeavours to suppress intempérance by their example and influence, 
in préventive work, such as Bands of Hope, by législation restrictive 
of the sale of strong drink, especially on the Lord's Day, and by 
measures for reclaiming the intemperate and criminal classes, such as 
the Police Court Mission and by cou n ter-attractions to the public- 
house, such as British Work m en CofTee Houses, Tempérance Hotels, 
Reading Rooms, &c, &c. 

Thus it will be seen that the work of the CE. T. S. is mot com- 
prchensive. Intended to enlist ail practical philanthropists in a de- 
cided and persistent endeavour to stamp out the ravages of intempé- 
rance, not only by individual abstinence but also by every collatéral 
and auxiliary agency which may suggest itself on the Unes of prac- 
tical Christianityor the dictâtes of enïightened statesmanship. Indeed, 
une of the cardinal prînciples of the CE. T. S. is that as intempé- 
rance is a sing against God as wcll as a crime against society, ail en- 
deavours to dinunish and destroy this foui Rend must be made on 
Christian principles, actuatcd by Éhristain motives, and sustained by 
the enabhng grâce of God the Holy Ghost in answer to constant 
prayer and believing dependence on the promised aid ofthe great 
Captain of onr Salvation, the Lord Jésus Christ. 

It is not altogether casy to tabulate either the exact total of work 
donc by the Society, or of its funds because there are Church Tem- 
pérance Societies in many parishes not directly affiliated to the cen- 
tral organisation, and also because those who are thus connected, do 
not always make returns. Speaking, therelore,' in very gênerai terms, 
it maybe stated that the CE. T. S. is a centre of tempérance effort in 
ail conreivablc methods of assaulting the foe. Moral suasion for the 
drunkard, Christian expediency and brotherly love for those who hâve 
not been overcome by drink, législative and municipal reform as a 
citizen's responsibilitv against fiscal encroachments and erroneous 



CONTftB L'ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 573 

commercial ideas, with counteractive social attractions in the way of 
wholesome beverages and innocent récréations, the power of the 
Press, by manifold agencies and the didactic force of the living voice 
in lec}ure room pulpit and platform, being ail made subseryient to the 
high purpose of freeing our land from the monster which pollutes 
our homes, paralyses our industry, profanes our Sabbaths, poisons 
the springs of our youthful, life dégrades its manhood, shamelessly 
outrages tne révérence due to woman, both as wife and mother, con- 
fiscates the gifts of Christian charity and scorns the claims of reli- 
gious obligation. 

Something like a million of persons, voung and old, are connected 
with this organisation, and some L 50,000 are spent annually by 
the Central Executive and its various branches in tempérance 
work. Thèse figures, however, do not represent anything like 
what ought to be the strength of the movement in the National 
Church ofEngland, making lull allowance for the vast and powerful 
organisations at work throughout the land in other connections. It is 
painfully clear that the conscience of the National Church is not so 
thoroughly aroused to the evils of the drinking System as one could 
désire ; and yet looking back as I can for more than half a century, 
one is thankful for progress ofa very decided kind. The provision of 
non-alcoholic beverages at ail public entertainments. The very de- 
cided attitude on the tempérance question taken by the Archbishop 
of Canterbury and several other bishops, is a powerful factor in 
moulding public opinion, and encouraging tempérance efforts. Still 
there is a large mass of even religions persons who give no practical 
help— the power of the drink trame is no doubt great as regards the 
hindering of righteous législation, and millions of ail classes are still 
the salves of tnose sensual appetites of which the love of alco- 
holic drink is at once the expression and the sustenance. There 
is then still great need for ail the friends of tempérance throughout 
the world to combine together, to take counsel one with ano- 
ther, to résolve in view of the righteousness of the cause thev 
hâve embraced, its justification on scientific and moral grounds, the 
needs of humanity and the glory of redressing a great wrong, and of 
advancing an enterprise which is in sympathy with every other hu- 
ma ne and benevolent undertaking, that thev will not relax their 
efforts, nor abate their zeal, so long as the drink curse remains to 
coniiscate the bounties of God's providence, to paralyse the énergies 
of the Christian Church, to make sad hearts which God intended to 
be glad. and to gladd$n only those who, lost to every high and holy 
feeling, find mirth in madness, and joy in shame. 

M. le Président. — La parole est A M. le docteur Legrain qui 
développe les principes de l'union française antialcoolique et l'impor- 
tance qu'elle a prise en France depuis le Congrès de Bruxelles. Il dépose 
sur le bureau et fait distribuer la notice ci-dessous. 



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574 VII e CONGRÈS INNEKXATIONAL 

L'Union Française Antialcoolique 

Association fédérale contre l'usage des Boissons spiriiueuses 

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Fondation. Avril 1895. C'est la première Société française de Tem- 
pérance ayant proclamé le principe de Y abstinence volontaire des 
spiritueux comme un but hygiénique à atteindre '. 

Principes : L'alcool sous toutes ses formes est un poison. 

(Eaux-de-v ie, naturelles ou artificielles, liqueurs, apéritifs, etc.) ; 
les observateurs, hommes de science ou autres sont unanimes à le 
déclarer. Non seulement l'alcool est inutile à l'homme et ne doit 

tas entrer dans sa consommation alimentaire, même accidentel- 
lement, mais il est nuisible à sa santé physique et morale. Bien 

•lus, l'alcoolisme, qu'il engendre, nuit a la famille, compromet 
ta santé des enfants, retentit de mille manières sur l'équilibre 
social. 

Conclusion : Non seulement il est logique de s'en priver, mais 
il est patriotique de s'en abstenir ouvertement. 

Cette proscription ne s'étend pas aux boissons fer mentées. (Vin, 
cidre, bière), bien préparées et prises avec modération. 

L'U. F. A. est donc une Association pourl'abstlnence limitée 
aux boissons dites spiritueuses (alcools de distillation). 

Organisation. La vulgarisation des principes de TU. F. A. est une 
œuvre essentiellement individuelle, puisqu'elle est basée sur 
V exemple. L'U. F. A. se propose donc de développer au maximum 
Y initiative individuelle. La coopération permet seule à l'œuvre 
de prendre un grand et rapide accroissement. Ainsi comprise, 

.. * l'U. F. A. est une œuvre essentiellement décentralisée. 

? La décentralisation permet en outre à tous les Français, de 

quelque opinion qu'ils soient, h quelque confession, à quelque 
groupe social qu'ils appartiennent, de propager les' principes de 
lU. F. A. tout en restant syndiqués avec l'œuvre générale. 

Conclusion : L'U. F. A. est un agrégat de Sociétés locales 
autonomes y libres de leurs moyens d'action, indépendantes les 
unes des autres, mais travaillant toutes autour de ce principe 
commun : abstention des spiritueux. 

Nombre des sociétés locales (sections de TU. F. A.) : 435 ( . 
Chiffre des membres: 45.000. 

Topographie. L'œuvre s'étend à 72 départements sur 86. En 4 ans, 
elle s est implantée dans presque toute la France. Sa répartition 

1 La Société de la Croix- Bleue, fondée antérieurement, proclame la nécessité de Yabiti- 
nencr complète, mais seulement comme un moyen de relever les buveurs. 
- Depuis le Congrès, le chiffre des sections a atteint 812. 



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576 



VII e CONGRES INTERNATIONAL 






Œuvres diverses : Restaurants, cercles et roulottes de tempérance, 
Maisons du marin,* 
Maisons du soldat, 

Assistance par le travail et assistance morale pour les familles 
de buveurs, etc. 

Telles sont les principales créations rangées sous l'insigne de 
TU. F. A. YEloile Bleue, et qui font honneur a l'esprit de charité etau 
dévouement patriotique des diverses sociétés confédérées. 

(/œuvre de Y Union française antialcoolique, dont on vient de don- 
ner un faible aperçu, représente en même temps que l'effort le plus 
sérieux et le plus fructueux qui ait jamais été fait en France dans la 
lutte contre 1 alcoolisme, un bel exemple de ce que peut une ligue dont 
les principes sont clairs, facilement compréhensibles, et.qui base son 
action sur la collaboration simultanée de chacun. L'indépendance dans 
l'Union, telle est la formule de TU. F. A., être impersonnel dont le 
centre, la tête est partout où se rencontre une individualité décidée à 
agir et à payer de sa personne. 

L'U. F. A. est responsable de l'agitation antialcoolique dont la France 
est maintenant le siège parce que ses émissaires, gens de volonté et 
d'énergie sont partout. Elle a suscité, grâce à cela, la formation d'autres 
sociétés locales, a base de simple modération, timide essai de gens qui, 
inhabiles encore au sacrifice individuel, ont pourtant compris qu'il 
fallait faire quelque chose contre le mal. 

Enfin V Union a été l'âme et l'organisatrice du VII* Congrès In- 
ternational contre l'alcoolisme réuni a Paris en Avril 1899 1 . 

L'U. F. A. est a Pavant-garde du mouvement de tempérance en 
France. Elle ne combat pas l'usage modéré du vin, du cidre et de la 
bière et elle estime que 1 abstention limitée aux spiritueux doit suffire 
pour combattre victorieusement l'alcoolisme. Si le malheur voulait 
qu'il n'en fut pas ainsi, l'U. F. A. aurait encore le mérite d'avoir 
réparé le pays aux sacrifices suprêmes en acclimatant le principe et 
a pratique de l'abstention systématique. 



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Renseignements : 

Siège de la Fédération, : 5, rue Lalrun, Paris. On y trouve prospectus, brochures, statuts 
et, d'une manière générale, tous éléments utiles soit pour adhérer isolément, soit pour 
constituer des sociétés locales. 

Cartes de membres, formules d'engagement sont envoyées gratuitement à tout groupe 
qui se forme. 

On devient membre de la fédération en versant une cotisation minimum de 1 fr. Les 
cotisations des membres appartenant à des sections de l'U. F. A. sont fixées par ces 
sections. 

1 Depuis le Congrès, la circulaire fameuse du général de Gallifet, ministre de la guerre, 
qui supprime l'alcool dans l'armée, est venue donner une éclatante consécration à la 
campagne d'abstinence des spiritueux inaugurée par l'U. F. A. 



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578 vu* coxkrks international 

2° Union française antialcoolique. 

(Section ouvrière du Huvre, dite lu « Solidarité w fondée en juillet 1897, pur M. P. Allégrct). 



Cette section se compose de quatre branches : 

1° La section aînée, la « Solidarité », composée en très grande 

f>artie d'ouvriers, et comprend 190 membres. Cette section est actuel- 
ement présidée par M. le D r E. Sorel, directeur de la Clinique du 
boulevard François 1 er , chirurgien du nouvel Hôpital; 

2° La section cadette de garçons n° 1, qui comprend 150 membres 
et qui est présidée par M. J. Audouin; 

M a La section cadette de garçons n° 2, présidée par M. M. Crouzet, 
qui comprend 90 membres ; 

4° La section cadette de filles, présidée par M lu Lacheret, qui com- 
prend 100 membres, soit un total de 530 membres, dont à peu près 
500 sont membres actifs, ayant signé l'engagement. 
^ Chacune de ces sections a une réunion mensuelle, et le nombre des 

membres augmente presque journellement. 

M. Allégret dispose, pour ses réunions mensuelles, d'une lanterne 
a projections, et d'environ 150 vues antialcooliques. 

La u Solidarité du Havre » a déjà fait apposer des affiches sur les 
murs de la ville et fait distribuer des prospectus le jour de la Tous- 
saint, par deux de ses membres. 

Un assez grand nombre de membres de la « Solidarité », sont d'an- 
ciens buveurs relevés. 

M. le Président. — De l'Union française antialcoolique se l'appro- 
chent les Unions dites Solidarités dont M. Quiévreux va entretenir 
l'Assemblée, et qui forment autant de sections de l'Union française. 

Communication sur les Solidarités de Roubaix et de Lille 

PAR M. A. QUIÉVRBUX (DE LILLfi) 

La tâche urgente à l'heure actuelle est de refaire l'éducation morale 
de notre peuple et cela ne peut se faire que pir la coopération de 
toutes les bonnes volontés. C'est cette pensée qui a amené la fondation 
de nos « Solidarités. » Ce que nous nommons de ce nom, ce sont des 
bâtiments, où différentes œuvres de lutte morale et d'éducation popu- 
laire ont leur siège, et, par le fait même de cette communauté de 
siège, elles ont en partie les mêmes membres et se prêtent un con- 
cours réciproque. Ce sont des lieux où nous nous efforçons d'amener 
les hommes de bonne volonté à solidariser leurs efforts pour faire eux* 
mêmes l'œuvre do leur éducation mutuelle. 






CONTNB l'aMUS ORS ROISSON'S ALCOOLIQUES 579 

Je vais vous décrire celle de Roubaix. Une grande et belle salle de 
conférences pouvant contenir environ 600 personnes. A l'entrée, 
logement pour le concierge ; en face, un parloir-bibliothèque. Au pre- 
mier étage, une salle plus petite pour les réunions plus intimes. Voici 
les œuvres qui s'abritent dans ces salles : la Ligue antialcoolique, 
section de l'union française antialcoolique ; la Croix-Bleue ; la Ligue 
contre l'immoralité publique et privée; une Société chorale, la Fra- 
ternelle; une Société de Secours mutuels; un ouvroir pour femmes; 
des écoles populaires du Dimanche et du Jeudi ; des conférences reli- 
gieuses. Chacune de ces œuvres a ses réunions régulières. Vous avez 
peut-être remarque les conférences religieuses. Nous sommes, en effet, 
des croyants et nous ne pouvions ni ne voulions dissimuler notre foi. 
Mais ces conférences religieuses sont annoncées sous leur titre spécial 
et parfaitement distinctes des autres. Nos conférences antialcooliques 
et morales conservent leur caractère spécial. Nous avons agi avec une 
telle franchise et une telle loyauté que tous ont compris que notre 
œuvre morale n'était pas un moyen détourné de propagande confes- 
sionnelle. Aussi il y a à nos conférences morales un auditoire des plus 
variés comprenant des catholiques, libres-penseurs, socialistes et 
anarchistes. 

La Solidarité de Lille est analogue à celle de Roubaix sans lui être 
exactement semblable. Elle ne comprend ni la Chorale, qui n'existe 
pas encore, ni la Société de secours mutuels qui, pour diverses rai- 
sons, a son siège dans un autre local. En revanche, les bâtiments de 
la Solidarité comprennent à côté de la salle des conférences moins 
belle et moins vaste et qui sert aux mêmes ligues qu'à Roubaix, toute 
une installation de cercle populaire : cour avec jeu de boule, salles de 
ymnase, de billard et de jeux, salles de lecture. Par la volonté de 
a donatrice, ces salles servent à deux groupes : l'un, le plus impor- 
tant, est une Union chrétienne déjeunes gens. Cette Union, dont les 
membres actifs se déclarent des chrétiens, ne demande à ses membres 
associés qu'une seule chose, la volonté de la vie morale. L'autre est un 
groupe d étudiants et d'universitaires, qui se réunissent non seule- 
ment dans le but de converser mais aussi d'étudier les questions mo- 
rales et sociales et d'entrer en communion avec le peuple. Nous avons 
organisé dans ce but des soirées populaires récréatives, qui ont obtenu 
un vrai succès. 

De temps en temps, à Lille comme à Roubaix, des fêtes données le 
plus souvent sous le patronage de la Ligue antialcoolique, convient les 
membres de ces divers groupes et de ces ligues. Les conversations, les 
jeux, la joie goûtée en commun forment des camaraderies. 

En somme, nous n'avons rien fait d'extraordinaire. Conférences 
antialcooliques et morales, soirées populaires, groupes de jeunes 
gens, cercles ouvriers... tout cela existe et même plus beaucoup com- 
plètement en bien des endroits. 

L'originalité do notre œuvre, si elle en a une, c'est d'avoir réussi et 



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VII* CONGRRft INTERNATIONAL 



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solidarisé toutes ces choses afin qu'elles se prêtent un concours réci- 

E roque. Chacune de ces œuvres, isolée surtout dans les proportions, 
élas ! où nous les réalisons, est une bien petite œuvre. Réunies en- 
semble, elles forment peut-être quelque chose de nouveau et de plus 
important : elles constituent un milieu nouveau. Et pour dire le der- 
nier mot, c'est la en réalité le but que nous poursuivons. Les deux 
grandes conditions du salut social, c est à la fois le changement des 
individus et la transformation des milieux. L'une de ces conditions ne 
peut pas aller sans l'autre. Cela aussi, nous ne l'avons pas inventé, 
mais nous l'avons senti profondément. Si l'on s'adresse seulement aux 
individus dans des discours ou des conférences, on en touchera sans 
doute quelques-uns, mais ils retourneront dans leur milieu et les im- 

Î tressions reçues se dissiperont. Si Ton prétend, au contraire, trans- 
brmer directement le grand milieu social, si l'on s'attaque aux consti- 
tutions et aux lois, sans doute on obtiendra quelques bons résultats. 
Mais la tâche est difficile et presque irréalisable. Archimède était prêt 
à soulever le monde, s'il avait eu un point d'appui. Pour soulever le 
milieu social, il faut aussi des points d'appui. Alors que reste-t-il à 
faire ? Il reste à créer ces points d'appui. Il faut créer ces petits 
milieux, qui soient comme des foyers de vie morale. Et peut-être, un 
jour, par la multiplication de ces petits foyers, et par leur solidarité 
(car il faudra qu'à leur tour ils se solidarisent) tout le milieu social se 
trouvera transformé. En somme, quiconque étudie l'histoire s'aperçoit 
que les grandes transformations sociales se sont faites par la multi- 
plication de ces petits foyers. 

Mais comment créer un milieu ? Un milieu est une chose complexe 
qui doit embrasser tout l'homme. Une ligue antialcoolique n'est pas 
un milieu : elle ne répond qu'a un côté des aspirations morales de 
l'homme. Les églises elles-mêmes, du moins telles qu'elles sont cons- 
tituées à l'heure actuelle, ne sont pas des milieux: elles aussi ne 
répondent qu'à un côté des besoins humains. Un milieu doit répondre 
à tous les besoins et à toutes les aspirations légitimes de la nature 
humaine. Et alors il nous à semblé que le mot du problème, c'était 
le mot : Solidarité. Solidarisons toutes les œuvres d'éducation, de 
lutte, de réforme et d'amélioration, solidarisons les efforts de tous 

les hommes de bonne volonté venus des points les plus divers et 

il se trouvera que, par cette coopération, un milieu se créera peu 
à peu. 

Sans doute ce que nous avons fait n'est qu'un tout petit commence- 
ment. Dans la solidarité de l'avenir, telle que nous la rêvons, il devrait 
y avoir, outre les esquisses d'oeuvres dont je viens de parler, un bureau 
de placement, un théâtre, un journal, un restaurant, des sociétés coo- 
pératives de consommation et même de production et sans doute bien 
d'autres choses encore : en un mot, un milieu complet, orienté tout 
entier vers la vie morale. Nous sommes loin du but. Mais comme le 
disait un prophète hébreu : « Qui est-ce qui méprise le temps des* 



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."ï82 VII* CONGRÈS IXTICrtXATIONAL 

de 200 prêtres ou séminaristes. Encore une fois, notre Société de 
Saint-Maurice a pour but non pas de combattre l'alcoolisme chez ses 
adhérents, mais simplement de poser la question alcoolisme, de fixer 
V attention sur elle. Quand un prêtre a pris publiquement l'engagement 
de s'abstenir de toute boisson distillée, ne lût-ce que pendant trois 
mois, son attention est éveillée, ses yeux découvriront le fléau et tous 
ses méfaits, et sûrement ce prêtre deviendra un apôtre. 

Et de fait, plusieurs notamment à Amiens, à Paris et en Vendée, 
ont déjà fondé des Sociétés locales de tempérance. Et le mouvement 
ne fait que commencer. 

Voilà, aussi brièvement et aussi complètement que possible, la 
situation de la Société Saint-Maurice, à la date de ce jour. 

M. le Président dépose sur le bureau, les notices suivantes concer- 
nant V Association de la jeunesse française tempérante, et rappelle 
que cette Société s'est constituée encore sur le modèle des sections de 
l'Union française antialcoolique. Bien qu'elle ne fasse pas partie de 
l'Union fédérale, ses principes sont de tous points identiques & ceux de 
l'Union. 

Notes concernant Y Association de la jeunesse française tempérante. 
— Les principes et l'organisation de la Société \ sont nettement indiqués 
dans l'appel lancé par elle, et que nous reproduisons : 

J runes Gens, Jeunes Filles, 

Grâce aux leçons que vous avez reçues, vous savez maintenant que 
KÀLCOOL EST UN POISON. 

Vous savez ce qu'il faut penser de toutes les vertus imaginaires 
qu'on lui attribuait autrefois. Il ne nourrit pas, ne réchauffe pas, ne 
lortifie pas, n'éveille pas l'intelligence ; voila qui est désormais incon- 
testable. 

Mais s'il ne peut faire aucun bien, il peut, en revanche, vous le 
savez encore, faire beaucoup de mal. 

Vous connaissez les terribles maladies de V estomac, du foie, du 
cœur f des reins, du cerveau, etc., auxquelles expose son usage habituel 
et surtout son abus. 

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Vous savez enfin que lorsque le buveur d'alcool échappe à {'alcoo- 
lisme proprement dit, il reste affaibli et particulièrement apte à con- 
tracter toutes les autres maladies, notamment la plus meurtrière de 
toutes, qui est la tuberculose. 

Il n'est donc plus nécessaire d'insister auprès de vous sur les dan- 
gers que l'alcool fait courir à la santé, à la raison et au sens moral. 

Mais tout le monde n'a pas pu, comme vous, se pénétrer de ces véri- 
tés irréfutables. 

1 Le siège de cette Société est, 115, Faubourg Poissonnière (D r Roubinovitcb, secré- 
taire général}. 



CONTRE l'aRU* DES BOISSONS ALCOOLIQUES .VU 

Vous rencontrerez probablement des personnes portées à tourner 
en dérision votre jeune savoir, à vanter obstinément les bienfaits pré- 
tendus de l'alcool et à déclarer qu'elles ne croient pas tout ce que les 
médecins racontent. Rien d'étonnant à cela : l'ignorance est souvent 
présomptueuse. 

Il importe cependant que vous ne vous laissiez pas émouvoir par 
l'assurance de ceux qui, parlant fort, eroient parler juste. Souvenez- 
vous que votre intérêt véritable est d'écouter toujours les avis de la 
science désintéressée. 

Il importe surtout que vous résistiez aux sollicitations de ceux qui 
cherchent à vous faire contracter leurs mauvaises habitudes, car si 
vous leur cédez, même avec la ferme intention de rester prudents cl 
sobres, vous ne pourrez savoir où vous vous arrêterez : votre première 
défaite en entraînera nombre d'autres et les occasions de boire de 
l'alcool iront se multipliant il mesure que vous grandirez. 

C'est pourquoi nous vous offrons notre appui. Nous voulons soute- 
nir votre résistance contre ceux qui, inconsciemment ou non, veulent 
votre mal. 

Vous n'avez pas l'habitude de boire de l'alcool, et vous n'en éprou- 
vez aucune privation, car ce n'est pas là un besoin naturel. Prenez 
l'engagement d'attendre un an encore avant de commencer. Avec nous, 
vous serez vite convaincus qu'on peut vivre très heureux et très sociable 
sans consommer de boissons distillées. 

Venez a nous. Encouragés par la sympathie des hommes les plu* 
éminents, les plus illustres, vous vous sentirez déjà plus forts en vous 
comptant. 

Puis l'Association de la Jeunesse Française Tempérante vous offrira 
ses nombreux avantages, sous la condition qui se justifie d'elle-même 
et qu'il vous sera bien facile de remplir. 

Dans l'impossibilité de faire participer dès maintenant toute la jeu- 
nesse française aux avantages de notre Association, nous sommes obli- 
gés de n'appeler à nous que ceux qui sont prêts à nous manifester leur 
sympathie et à témoigner de leur ferme résolution en «'imposant un 
sacrifice bien minime d'ailleurs. 

Voilà pourquoi nous vous demandons de verser une cotisation d'un 
franc (moins que le prix de sept petits verres !) au moment de votre 
engagement. 

Vous allez d'ailleurs vous convaincre immédiatement que cette coti- 
sation est insignifiante en comparaison des dépenses considérable» 
que nous nous imposons pour chacun de vous. 

Nous ne sommes point gens moroses, notez-le. Nous proclamons que 
la joie est une des conditions de la santé. Aussi notre première préoc- 
cupation a-t-elle été de mettre à votre portée des plaisirs variés, con- 
formes à vos goiUs personnels, plaisirs dont vous seriez privés si vous 
restiez isolés et réduits à vos seules ressources. 

Aimez-vous les jeux de plein air ? Nous en organisons. 



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IW4 VU* CONÇUES IXTF.n NATIONAL 

Aimez-vous \o.s jeux d'intérieur ? Nous vous en procurerons. 

Vous sentez-vous portés vers les exercices physiques, tels que gym- 
nastique, escrime f tir, danse, canotage, natation, vélocipédie, mar- 
che, etc. ? Nous sommes en mesure de vous rendre ces sports plus 
accessibles et plus profitables. 

Préférez-vous les concerts et les représentations tlièâ traies ? Nos 
artistes et nos amateurs ne demandent qu'à vous égayer, h vous émou- 
voir, et même à vous enseigner leur art. 

Souhaitez-vous d'augmenter votre instruction tout en vous récréant? 
Nous instituons des causeries variées, des excursions topographique*, 
botaniques, géologiques, entomologiqnes, artistiques, photographiques, 
des promenades et des visites dans les établissements publics et privés. 
Au lieu d'errer, sans profit comme sans plaisir, dans nos musées et nos 
expositions, vous y serez guidés si vous le désirez, par des spécialistes 
qui vous rendront toutes choses intéressantes. 

Nous vous faciliterons même la lecture, pourtant si facile déjà. 

Mais il serait trop long d'énumérer ici tout ce que nous voulons 
faire pour vous. D'une manière générale, nous sommes attentifs h vos 
moindres désirs, et, dans la mesure de nos moyens, nous nous empres- 
serons toujours de les satisfaire^ parce que nous n'avons pas d'autre 
raison d'être que le souci de votre santé, de votre agrément et de votre 
avenir. 

D'ailleurs nous nous tenons en relations constantes avec vous, non 
seulement par l'intermédiaire de vos délégués et représentants, mais 
encore par un Bulletin que vous recevrez gratuitement *. Vous y trou- 
verez, outre le compte rendu de nos travaux, des articles d'hygiène 
pratique et d'économie domestique qui vous seront très utiles ; des étu- 
des de vulgarisation sur des actualités littéraires, scientifiques et artis- 
tiques ; des nouvelles choisies avec goût, et bien d'autres choses encore 
qu'il serait superflu de détailler. Bref, tout ce qui peut vous plaire et 
vous intéresser y a sa place. 

Faut-il maintenant vous faire remarquer qu'une Association, surtout 
lorsqu'elle a, comme la nôtre, de puissantes sympathies, obtient sans 
peine des avantages refusés aux particuliers? Ne savez-vous pas que les 
compagnies de chemins de fer, les tlièdtres et autres établissements 
publics, certaines administrations, certaines maisons de commerce 
accordent des réductions et des remises aux membres des Associations 
dont elles recherchent la clientèle? Or, nous mettons toute notre acti- 
vité h vous procurer ces avantages et a les multiplier. 

Faut-il enfin vous apprendre que nos membres actifs sont particu- 
lièrement recherchés par l'industrie et le commerce? 'Il n'est pas, en 
effet, de chef d'établissement qui n'ait éprouvé des pertes plus ou 
moins sérieuses par In faute d'employés ou d'ouvriers adonnés h l'al- 



pou 



Ce Bulletin est mi* en vente au prix de l.'i centimes le numéro ou de 2 francs par i«n 
r les personnes étrangères i% l'Association de la Jeunesse Française Tempérante. 



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586 vu* coNcnks ikteiinational 



&. Etat actuel 

r Voici comment l'Association de la Jeunesse française tempérante 

& tient les engagements pris dans l'article II de ses Statuts : 



1 et 2. — Elle donne des conférences antialcooliques à l'Ecole nor- 
male d'Instituteurs, dans les écoles primaires supérieures de garçons 
et de filles ainsi que dans les écoles communales. Plusieurs de ces 
conférences ont été faites à des instituteurs de province. 
( : Elle publie une revue mensuelle qui, non seulement doit éclairer la 

jeunesse française sur les dangers de l'alcoolisme et fortifier chez elle 
les habitudes de tempérance et d'hygiène, mais elle a l'ambition de 
devenir réellement la Revue de la Jeunesse, c'est-a-dire de contenir 
tout ce qui peut intéresser les adolescents à qui elle s'adresse. 

Les questions relatives à l'alcoolisme y sont présentées d'une ma- 
nière discrète, intermittente, presque inattendue, au milieu de contes 
enfantins, de dissertations plus sérieuses, de causeries sur les actua- 
lités littéraires, scientifiques, artistiques, ou sur l'histoire contempo- 
raine, de récréations variées, de recettes utiles, le tout entremêlé de 
dessins et de morceaux de musique. 

La modicité des ressources empêche seule l'Association de donner 
plus d'ampleur à son programme. 

3. — Elle organise des matinées et des fêtes. 
Elle a institué des exercices et des divertissements. 
Pour étendre son action, elle s'est affiliée à l'Association des Insti- 
tuteurs pour l'Education et le Patronage de la Jeunesse. 

4 et 5. — Elle a rendu des services importants à un certain nom- 
bre de ses adhérents qui ont sollicité son appui. 

Elle organise actuellement une agence de placement gratuit et l'on 
prépare ii l'Ecole Turgot une série de conférences sur le choix d'une 



'! carrière, 

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Etat statistique 



Fondateurs 22 Professions libérales ; négociants. 

/■ Honoraires l'A — — 

v Dirigeants 152 Instituteurs, professeurs, normaliens. 

£ Actifs 89 2 Elèves des Ecoles «. 

£ Total TÔ79 

b M. le Président. — La parole est à Miss Gray pour présenter le 

*f rapport de M. Malins, absent. 

£ ' Normale, 'il. — Turgot. '«35.— Colberl. G'i. — J.-B. S*y, 120. — Ara go. 3*. — Ecole 

ï ' communale, rue Fovutier, 70. — Ecoles diverses, 50. — Uors des Ecoles, 80. 

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T>SS vii' 1 coxunks ikteiinational 

thèse local Iodées in nu District or Coiinty lodges, which mccl qua- 
leily. and thoy elect Représentatives to the National or Grand Lodge 
which meets annually. The National or State Grand Lodgcs (of which 
there arc over cightyî elect représentatives to the International Su- 
preme Lodge which meets every two years — having met in récent 
years in Swedcn, Scotlaud, the United States of America, and, on the 
'last occasion in Switzerland — its next meeting being fixed for 
Toronto, Canada, in June ofthis year. Then will gather, in perfect 
amity, représentatives from the Grand Lodges ofsixty différent States 
and Coiintries in ail the great divisions of the World. 

The Causes of Success. — The Conipactness of ils organisation is 
onc great élément of success. A dozen really earnest people are enough 
to form. and even to work, a lodge throughout the year — though onc 
of the many lodges in Glasgow lias over twelve hundred members. 
Kven if no meniber were able to make a short speech the book of 
cérémonies — which is relatively simple — gives the principal officers 
something good to say. 

Then the uniformity of the Constitution (or principal rules) of each 
lodge conduce to smooth working and enable a visiting member from 
anv other lodge to instantly help a weak lodge as he is familiar with 
the n ni form method of working. Thus the several lodges among the 
Xorwegians in the Artic Circle, work exactly the saine as the Lodges 
existing among the African Negroes of Sierra Leone or of Cape Colony. 
Yct, wnile nniform in gênerai Unes as to titles, and positions of offi- 
cers, and in cérémonial work it is a nnity in diversity — for each lodge 
can make its own minor laws — called Bye-laws — and its own par- 
liamcntary rules of proceedure. The construction motto of the Order 
might be « In essentials — Unitv ; in non-cssentials Libcrtv ». 

I/s lireath of membership is another strong feature. It is not a sick 
club nor an Insurance Society but a Tempérance Missionary Frater- 
nitv. Thus il eau include not onlv the healthv. but the lame, the hait 
and the blind ; the young and the old ; the rich and the poor ; the 
man aud the womoii — and this enrolment of both sexes in the same 
lodges is a tower of strength to it, for it enables it to embrace 
the lamily circle. lu doing so it bas from the first attracted woman by 
giving her a sharo in the nonours as well as the work, and thoug the 
Chief Olfice is almost invariable held by a man the vice-presidency is 
almost as commonlv held bv a woman, and female members ofteu 
make excellent Secretaries : It is but fair to say that during the half- 
century hundreds of thousands of women hâve worked in the Order so 
acccptably that history docs not furnish a single case of any sugges- 
tion to change their cmial status. 

Yct the Order woiilu not allow a lodge to pétition for women to 
vote in clectin" Members of Parliamcnt — as it does not interfère in 



*.•• *»j.i» » »• . .««•• <.-»** j»i».a» i^» m ( — «■>,>« ,+»»».*»■« Il .■ ;r»/*«*fc^*H^H 



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590 VU* CONfiRES INTERNATIONAL 

Governor of ail things » Thus an Atheist who does not believe in the 
£ existence of God is excluded, but a Deist could enter, — and so could 

a Jew, although the latter would not concur in parts of the cérémonial 
which refer to Jésus Christ. 



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The Parliamentary usages of the lodges developes in those of even 
the smallest capacity the faculty of speech, in fact the varied offices 

I; held, utilises the talents of the most untutored, and the most cultiva- 

ted. The procédure in the humblest lodge is marked by fair dicipline. 
Every inember entering gives the password, and saintes a certain 
officer instead of shaking hands ail round. Before speaking the mem- 
ber must rise and address the presiding officer, and ail debates are 
under elaborate rules of debate adopted by the lodge from a code 
suggested by the International Suprême Lodge. The Presiding Officer 
must not take part in any debate while presiding and must conduct 
the business impartially. When the business ofeonfirming the minutes 
of last meeting, proposing or initiating new members, receiving 
reports of committees, etc., etc., is completed, there may follow ail 
address, essays, debates, singing or reciting as generally arranged for 
the quarter by a Programme Committe. The lodge is therefore a corn- 
bination emhracingthe featuresofan agressive Tempérance Fraternity, 

K a Parliamentary Debating Society, a mutual improvement organiza- 

tion, and a social club for both sexes, and nearly ail âges — each 
lodge fixing the minimum âge of enrolment. 

The Through-Going Pledge of the Order will seem to some stran- 

gers a source of weakness, because it appears to such as being 

extrême. But the Good Templars pride themselves on being in the 

f? front rankofthe Tempérance Armies of the World. Every one has 

necessarily taken a solemn pledge to abstain throughont life from ail 



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* ■'■' drinks as beverages, and they thus deny themselves the use of Ardent 

£ f Spirits and nll fermented Wines, and Niait Liquors as Beverages. They 

hold that abstinence from such beverages is no new and dangerous 

experiment but onlv a reversion to a more natural method of living. 

^ They believe that a majority of the earth's population hâve always 

t s lived vvithout intoxicants, and that the use of intoxicating drinks so 

common in civilized countries is no help but a hindrance to a still 

higher civilization. The Good Templar Pledge does not require them 

:.; to refuse Alcoholic Liquors a place as a medicine, but they can only 

take such under a Physician's written prescription, and the fact that 
they generally dislike even its médicinal use, is shown by its mem- 
bers subscriding : L 2000 towards the London Tempérance Hospital, 






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of the Order in no vvay requires any members to ignore his Phvsi« 



CONTRE 1. ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQLBf 



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cian's prescription, nor does it forbid Christian inembcrs using 1er- i 

mented wine at the Sacrament ofthe Lords Supper — though in 5,000 
places of worship in Great Britain they now use unfermented wine y 

îbr the purpose. 

To those who think the pledge is too strict to be workable, the 
Good Templars point to the nuge host which has adopted it, and hold 
that extremists are the pioneers of ail great reforma and the one 
deemed the fanatic of this décade is the reformer ofthe next, and the 
victor ofthe followiug. 



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Their Public Advocacy is another source of the strength although 
the quiet zeal of individual members in enlisting recruits from among £ 

personal friends is a still more potent factor. * 

The Grand Lodge of England has its extensive printing works for ** 

its weekly newspaper and other sériais, and its Àdult Lodges, and 
750 Junior Branches (with an aggregate of over 100,000 members). It * 

holds 10,000 public meetings annually, while nearly a thousand of 
its cycling members, hâve formed Mission Cycling Corps to use their # 

spare time in visiting rural places and Lodges, toform new branches, 
or encourage existing ones. It has its Mission Vans in which organi- ; 

zcra travel to rural parts and hold open air meetings from its platform, /* 

circulate tracts, and induce thousands to sign tne pledge of Total 
Abstinence. « 

.'A 

The Spirit of Benevolence induced among the people, by the Order A 

teachin? them to systematically give — ifever so little — for the *a 

work ofthe Order in rescuing the intemperate and protecting the ** 

sober from temptation, is illustrated by adaitional voluntary gilts of 
the members in furnishing an Énglish Good Templar Lifeboat, in hel- 
ping the London Tempérance Hospital, and in establishing in Caliior- j 

nia, and in Great Britain, Orphanages for the children of deceascd % 

Good Templars and other Total Abstainers, while the éducative \ 

influence ofthe Order has so well prepared its members for public 
administrative work, that in England alone, six hundred of its adhe- " 

rents are now elected members of Local Government Bodies — such •] 

as Parish, District and County Councils, and it has enroled no less » 

than fifty Mayots of cities and towns into its membership. 

It may be added that a Juvénile Branch of the Order also exists in 
which with the parents consent, the children abjure the use of tobacco 
as well as strong drink, and also undertake to refrain from profane * 

language and gambling practices. Many thousands of adults take a 
similar pledge in working this branch among the children. 

• 

The représentative Government of the Order is also a strong feature. 
Différent Grand Lodges may fix différent figures as a basis of repré- 
sentation to the District Lodge for each 50 members. Many District 



l 



« 
% 



■ •* — . »^ . • ■. . . ' • ■■' >* 



592 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

Lodges — meeting quarterly — send one représentative l'or every 
500 mcmbers to the Annual moveable meeting of the Grand or Natio- 
nal Lodge and each National Lodge scnds one Représentative for 
cvery 5,000 members tothe International Suprême Lodge which meets 
in the Eastcrn or Western Hémisphère at intervais of at least two 
ycars. The lower bodies pay a small tax to the higher and the Repré- 
sentative Bodies out of such tax pay part or ail of the travelling 
expenses of the Représentatives they thus receive. Most of the Grand 
Lodges issue a spécial newspaper,as the weekly Good templar Watch- 
wora in En gland, and the weekly Refonnatorn in Sweden, the fort- 
nightly Organs of Germany, Denmark and Switzerland; the,monthlv 
issues in Norway, and in Iceland and numbers of other Countries, — 
the International Suprême Lodge also issuing a handsome illustrated 
monthly. It ni a y be added that though the lodge sessions are confined 
to members, the constitutions, and rulcs, and the Journals of procee- 
dings of the Grand and International Suprême Lodge s are not concea- 
led from anyohc. The Order is not a secret society though ît is a 
society having secrets. It welcomes police and people, civilian and 
soldiers — and has lodges in the Army and Navy with the approval of 
Governmental authorities. 

The International influence of the Order is its final and crowning 
leaturc. It is a truly World-wide Brotherhood in which those of afl 
nations gather for the common welfare. Its branches everywhere wel- 
come alttravelling members and surrounds them with friends. It in 
no way impairs a member's lovalty to the government ot his countrv 
— whether it be Autocratie, Monarchial or Republican. No such poli- 
tical matters are ever discussed in its Lodges. It aims to make good 
citizens into better citizens. It is the friend of mankind and the foe 
only of strong drink. ltaflTirms the Fatherhood of God and practically 
exemplifies the Universal Brotherhood of Man and its Field is the 
World. 

That its opérations are appreciatcd is shown by the fact that atFlens- 
burg in Germany the Poor Law Authorities make an annual Grant to 
the Order, l'or its work in preventing pauperism, thatat the last mee- 
ting olthc Grand Lodge of Denmark the King sent a moncy gift for 
its Tempérance work, vvhile the Parliamcnt of Sweden last year 
granted ten thousand Kroner (about. 12,000 francs) to the Grand Lodge 
of that countrv to help on its wonderful work for national sobriety. 

M. le Président donne la parole à Mademoiselle de Laveleye qui 
fournit des renseignements sur la Société Sainte Marguerite {de Liège) 
et qui dépose sur le bureau une notice dont nous extrayons les passages 
suivants : 



'••«r» » r ■•«»•••■ ^-» »*••■>*» ■•# -*'• M-«M»*»^#H«WMU»p»^pfp« 






594 VII 9 CONGRES INTERNATIONAL 

Nous nous y réunissons tous les dimanches après midi dans un local 
séparé. 

Nous prions, chantons et Taisons ensemble de bonnes lectures, que 
nous trouvons dans les journaux de tempérance, etc. 

Nos séances sont toujours mieux suivies l'hiver que l'été. 

Nous nous efforçons d'arracher les buveurs a leur passion abrutis- 
sante. 

Notre Café a pour enseigne : 

V Etoile bleue. 
On y débite : 

Café au lait la tasse 5 à 20 cent. 

Chocolat » 15 » 

Bovril » 25 » 

Thé, sucre et lait » 15 » 

Syphon le verre 5 » 

Sirops divers » 15 » 

Lait » 10 » 

Buffet Froid 

Petit pain beurré 10 cent. 

Fromages, Jambons, — Saucisson, — Tartes, 
Gâteaux, — Œufs, etc. 

Il s'y trouve deux salles publiques et un local privé pour les socié- 
taires, où parents et enfants peuvent se réunir pour passer ensemble 
quelques heures agréables et utiles. 

Ce Café a déjà fait beaucoup de bien. 

Nous n'avons pas recueilli un grand nombre de signatures ; mais 
nous avons constaté que plusieurs de nos habitués apprennent h se 
corriger en fréquentant notre local. 

11 s est fondé également une Société de Tempérance pour les Dames, 
qui se réunissent aussi dans notre Café. 

Nous avons eu le 28 juin 1898 la visite de M. Dedye, président de 
la Société de Tempérance de Verviers. Il nous a conseillé de nous unir 
à la Société Belge de Tempérance, Y Etoile bleue, et nous avons décidé 
de nous joindre a la Fédération. 

Le Groupe des provinces de Liège et Namur a des sections a Liège, 
Namur, Amay, Chènée, La Préaile, Lize-Seraing, St-Nicolas, Sprimont 
et Verviers. Les membres portent comme insigne une étoile bleue sur 
fond d'argent. 

L'Union fait la force ! 

Le 5 septembre, M. Girard est venu de Suisse nous donner une 
Conférence qu'il a terminée par ces mots : 

Travaillez, travaillez ! 



x 1-*k*i h f u mn^ ■' j^m^— yo» «t*mt j. • • ,f.« *\ -y . . y '■■» f\ 



5îM> VII e COVriRRS INTKHNATIÔXAL 

presque partout, et l'appétit qu'elles engendrent pour elles-mêmes 
s'augmente de génération en génération. 

On est tenté d'examiner une foule de faits et d'expériences relatives 
à notre sujet, mais il faut nous contenter maintenant de considéra- 
tions plus générales. Il est inutile de perdre le temps à citer les 
horreurs, les crimes auxquels Y abus de I alcool conduit ses victimes; 
prenons la simple thèse que mieux vaut n'avoir aucun commerce avec 
ce qui produit tant de mal que de s'en servir au plus modeste degré. 

Dans plusieurs cantons de la Suisse, on trouve qu'à mesure que 
l'abstinence totale devient habituelle le crime diminue, et il en est de 
même autre part. 

Tout le monde est d'accord que pour vivre d'après les conditions 
ordinaires il faut manger et boire, et que les boissons alcooliques /»ri- 
ses à l'excès dépassent gravement, dans leurs suites, tout ce qui peut 
résulter de nuisible de la gourmandise ou de l'abus d'aliments quel- 
conques. Aucune autre consommation ne trouble la raison, ne cause la 
misère, la souffrance, le péché comme le fait cette maudite créature du 
diable autrefois appelée par ses partisans « bonne créature de Dieu. * 
C'est de la pourriture et de la putréfaction que résulte la fermentation, 
et le Livre de la Nature ne contient aucune recette pour la distillation 
des spiritueux. 

Nous trouvons écrit dans un traité scientifique d'autrefois : ce L'alcool 
est une nécessité inéluctable de la vie moderne, » mais la Commis- 
sion du gouvernement Belge, en 1895, constate que, quoiqu'on doive 
encourager la tempérance, l'objectif à atteindre est l'abstinence totale 
des boissons alcooliques. 

Il y a donc lieu de distinguer trois échelons : la tempérance, l'absti- 
nence et la prohibition ; et de rechercher comment on peut déterminer 
les limites où la modération devient l'ivresse, et où le*« bon camarade » 
se trouve alcoolisé. 

Aucune boisson alcoolique ne peut produire un bon effet, et, soit 
par ses propriétés physiologiques, soit par sa composition chimique, 
elle ne peut prétendre a être nutritive. Il est établi que l'alcool ne 
nourrit pas, ne fortifie pas, ne réchauffe pas ; il détériore l'intelli- 
gence, la volonté et la mémoire en même temps qu'il ruine la santé 
avec les organes physiques. Le goût, l'odorat, l'ouïe, la vue, la sensi- 
bilité tactile sont atteints par les doses dites très modérées. 

Que d'accidents arrivent en conséquence du petit verre qui a 
stupéfié l'employé du chemin de fer ; quelle quantité minime d'alcool 
a-t-il fallu pour obscurcir l'intelligence du pharmacien quand il a servi 
un poison destructif au lieu d'une médecine curative ! Est-il bon que 
la sentinelle exténuée de fatigue pense se remonter avec une petite 
goutte de la liqueur traîtresse qui la livrera assoupie à l'ennemi. 

L'alcool ouvre la porte à bien d'autres ennemis que ceux qu'on ren- 
contre a la guerre. Le goût de l'alcool prive son sujet du pouvoir de 
s'en passer. 









598 vn e coNnnks international 

tudes d'inébricté qu'il peut avoir prises avant de perdre sa liberté, «ne 
souffre aucunement dans sa santé pour être soudainement privé de 
toute boisson enivrante. 

Nous disons que « prévenir vaut mieux que guérir, » — si les gou- 
vernements s'efforçaient d'édicter plus de mesurés préventives, ils ne 
seraient pas obligés de tant dépenser pour réprimer les maux produits 
par l'alcool. 

On considère comme une chose excellente que le clergé et les institu- 
teurs montrent, tant par leur exemple que par leur propagande, les 
bienfaits de l'abstinence. Mais pourquoi le public, en général, ne 
doit-il pas prendre la même attitude? 

Notre Union de femmes a organisé une Ligue de garde-malades et 
une autre de diaconesses (ou sœurs de charité) abstinentes, et elle en 

F>rojetto encore une pour les institutrices; les membres de toutes ces 
igues conviennent qu'elles peuvent mieux accomplir leur besogne 
en évitant l'alcool entièrement qu'en le prenant avec modération. 
L'Hôpital de la Tempérance, à Londres, reçoit des malades de toute 
espèce comme ses pareils, mais la proportion des malades guéris est 
plus grande que dans aucun autre, quoique l'emploi de l'alcool, même 
comme drogue, y soit bien rare. Les expériences laites là par les 
médecins, les infirmiers et les malades, sont d'une valeur toute 
particulière. 

Quelques savants affirment que c'est en choisissant les éléments 
de nourriture appropriés à la constitution physique et morale du buveur 
que se trouve le remède pour sa guérison ; mais cela nous rappelle 
la ménagère qui se donnait une peine infinie pour raccommoder 
les (ils brisés d'une toile d'araignée, quand une voisine, qui observait 
son travail, lui conseilla de s'en défaire entièrement avec un coup de 
balai. Il faut attaquer le mal à sa source. 

M. Franch nous a dit, il y a deux ans, que la politique masculine 
tend h la guerre et la politique féministe à la paix, mais dans notre 
croisade la femme se range h côté de l'homme pour protéger ses inté- 
rêts les plus chers, et les rangs des combattants se comblent encore 
par les troupes d'enfants qui s'engagent à leur tour dans la lutte contre 
l'ennemi commun. 

Les parents pensent-ils assez à l'efTet produit sur leurs familles 
quand les bébés voient, dès leur première enfance, le vin, la bière, le 
cognac sur la table. Us associent, dorénavant, l'idée de prendre la 
boisson forte avec la mémoire du toit paternel. 

Ce n'est que rarement que les problèmes difficiles se résolvent sans 
un peu d'enthousiasme, et les bacilles qui causent les maladies les plus 
terribles fleurissent, on le sait, dans une atmosphère tiède. Il faut 
qu'elle soit ou brûlante ou glaciale pour les détruire. Ne voyons-nous 

f>as que ces germes ressemblent à d'autres sources de mal, comme 
'alcool, dont les suites durent une éternité. 
Comme règle générale, ce n'est qu'après que le dommage est irré- 



CONTRE l'aBUS 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES f>Di) 

parable que le buveur réalise sa ruine, comme dit le proverbe : « Qui 
en use s*use. » , 

Nous sommes d'accord que Vaùus 4e l'alcool est mauvais ; le sommes- 
nous aussi sur le devoir qu'a chacun de nous de s'abstenir entière- 
ment d'un poison tellement insidieux ? Plus l'on en prend, plus 
on en veut prendre, mais en évitant de s'en servir le moins du monde 
on se garde d'uue grande tentation qui peut nous assaillir partout, 
que nous soyons riches ou pauvres, heureux ou misérables. 

L'Union des Femmes en faveur de l'abstinence totale (W. T. A. U.), 
que je représente ici, annonce par son titre, VVomens Total .Muti- 
ne nce Union, les vue* qu'elle contient. 

Nous bannissons l'alcool de nos maisons, car si on l'emploie h l;i 
cuisine, de fâcheuses suites peuvent arriver pour nos domestiques, 
et si nous l'offrons à nos hôtes, il est possible qu'un, parmi eux, ait 
déjà souffert de l'alcoolisme, et que le parfum du vin lui soit une invi- 
tation à laquelle il ne saurait résister. Si le médecin l'ordonne, qu'il 
! procède comme pour tout autre remède, qu'il indique la quantité qu'il 
aut prendre et pendant combien de temps. Les fêtes ne sont jamais 
moins gaies, quand la fausse gaieté amenée par l'alcool n'y règne pas. 

Nous nous rappelons que notre Maître s'est humilié pour nous sauver, 
et ce n'est qu'un petit sacrifice en comparaison du sien de nous priver 
d'un plaisir de courte durée pour aider aux plus faibles à atteindre le 
bonheur éternel. 

Bien qu'il soit probable que l'alcool ne produirait en nous aucun 
mal prononcé, nous savons par les recherches scientifiques que 
l'alcool est un poison dont l'usage, même en modération, gâte nos 
tissus et nos forces ; et la statistique nous enseigne que les abstinent» 
ont la meilleure perspective d'une longue vie. Ainsi, nous formulons 
trois propositions : 

1* Nous pouvons parfaitement bien nous passer de l'alcool ; 

2* Nous nous porterons mieux sans le prendre en toute circons- 
tance et en tout pays ; 

3° Nous devons montrer par l'exemple, aussi bien que par la parole, 
la manière de vivre qui amènera les meilleurs résultats pour le corps, 
l'Ame et l'esprit. 

m Le bien-être matériel et moral est tout au moins un des buts do 
l'existence s'il n'en est pas Y unique. » Essayons de l'avancer par tous 
les moyens en notre pouvoir. 

A la guerre comme à la guerre, il faut se décider positivement pour 
un parti ou pour l'autre, on ne doit faire aucun compromis : — ou l'al- 
cool est bon ou il est mauvais. Pourquoi plaisanter avec un ennemi si 
perfide ? 

Que le moment se hâte d'arriver où l'altruisme triomphera dr 
l'égoïsmc et de cette indifférence dont parle saint Jean quand il écrit 



-.'. *w«r-( >.«--.>•--- >-v" -.-^»^.y**<V»<c yjrf«<^t^jf»»T:V'»"«vyyzrv *>«*>:«»»■. . «-> *^r. ««* 



MO VII e COMÎIIKS INTERNATIONAL 

«aux Laodict'»cns : « Tu n'es ni froîd ni bouillant. Plût à Dieu que tu 
lusses froid ou bouillant » 
J'ai dit. 

M. le Président. — La parole est à Mrs D r Alice Vickery Drys- 
dale sur le même sujet. 

Total Abstinence and Modération 

Abstinence totale et modération 

l'AK II- l) r ALHK VU.KFRV DHY8DAI.K (LOXDRR*) 

A nal y *r. — L'nlcool h ou h Uiute* ses formes c«t toujours un poison. Les boissons fer- 
m entée g romnie le* spiritueux sont dangereux pour l'organisme et le but que doit 
* assigner l'hygiéniste, c'est de convertir la société où il vit, non pas ù la modération 
seulement, mais ù l'abstinence totale. En notre civilisation fertile en jouissances variées, 
l'usage de l'alcool est inexcusable, et c'est par une assimilation erronée que l'on a tenté de 
mettre sur le même plan les inconvénients légers de l'abus des boissons aromatiques 
(thé, café, etc.) et le péril certain qu'entraîne la consommation des boissons alcooliques. 
La forte proportion des morts due ù l'usage même modéré de l'alcool indique à cet égard 
la voie ù suivre. 11 est d'uilleurs impossible de tracer les limites de la modération. Les 
statistiques d'uilleurs dressées par les compagnies d'assurance montrent que pour les 
buveurs modérés lu mortalité est toujours plus élevée que pour les abstinents. 

Lu folie, en Allemagne, en France, en Autricbe a dans l'usage de l'alcool l'une de 
ses causes les plus actives et sous les climats ebauds, comme celui de l'Inde, les abstinents 
présentent une résistance très supérieure aux maladies. Il en est de même d'ailleurs sous 
les climuts très froids, comme le montre l'expérience de tous les explorateurs arctiques. 

Les Sociétés ouvrières d'abstinents présentent une morbidité et une mortalité de beau- 
coup inférieures à celles des Sociétés dont les membres font un usage même modéré des 
boissons alcoolique», et c'est parmi les cuburctiers, épiciers, garçons de café et d'hôtel 
que la mortalité est muxima. 

Pour les enfants, pour les femmes en couches ou nourrices, l'ingestion des boissons 
fermentées ou distillées est particulièrement pernicieuse, elle doit leur être absolument 
interdite. 

Même comme agent l hé ru peu tique, il vuudruit mieux ne jamais recourir & l'alcool. 

The use of alcohol in daily life as an article of diet and enjoyment 
is a markecl leature of the présent day in ail civilised countries. Many 
persons hâve compared the use of alcoholic drinks to the use of tea 
and cofTee. They maintuin that just as people may drink too much tea 
or cofTee, or cocoa or eveii water ; so they may drink too much of 
alcoholised iluids ; while, on the other hand, modération in the use 
of such drinks is, theycontend, quite analogous to modération in the 
use of tea and cofTee. This, I think, is quite an erroneous view. The 
use of tea and cofTee as warm infusions isoften of great benefit ; and 
although not quite in accordancc with the strictest principlcs of 
hygiène, thèse drinks do not grcatly shorten life, in the countries 
where they are used ; and when moderately partaken of they may, 1 
think, be absolved from the charge of being causes of diseasc. 



CONTIIE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 60 1 

In the case of alcohol, however, whichis a strong narcoticand irri- 
tant, the plea of modération is by no means tenabïc, since it is now 
vvell as-certained that so-called moderato drinkers hâve at ail âges 
a smaller chance of longevity than persons who avoid ail use of alcoho- 
lic fluids. The pcople ol former centuries had some valid excuse for 
invoking the narcotism provoked by alcohol, since life in those days 
was su en a constant struggle against the cruellist enemies of mankind, 
wnr, pestilence, and famine. But, at présent, there are innumerable 
innocent pleasures in the power of ail but the most indigent portions 
of society ; a multiplicity of foods, drinks and flavors is oflered to the 
sensés of the modem epicure, whilst cheap travelling and ail the 
resources of science combine to relieve the Ledittm viUv of even the 
idlest, if they will only exercise their minds in innocent pursuits. 

Unfortunately, chemistry of late years, among the countless gifts it 
lias bestowed on man, has also made the production of alcohol vastly 
more facile than it was in former centuries, and to this we must attn- 
bute the grave increase of alcoholic diseases among the working clas- 
ses, which is the main cause of congresses such as the présent, which 
are attempting to stem the headlong progress toward national dege- 
neration bv drink. 

For in y part, I believe that the only real ai m of such a Congress 
ought to bc to preach, not modération in the use of béer, wines, and 
spirits ; but entire abstinence from thèse most dangerous and poiso- 
nous drinks. We take the greatest care to stamp out trichinosis or 
rabies, although we hâve in the United Kingdom, perhaps ten deaths 
annually from hydrophobia, and no deaths from trichinosis. 

We hear it said bv our most careful statisticians that far more 
than 1,000 deaths a week are caused by alcoholic drinks in the United 
Kingdom; and that, in Switzerland, one ninthofall deaths in maies 
over the âge of twenty are due to alcoholic disease ; and that the death 
rate goes on inercasing every ten years of the drinkcr's existence, so 
that the half of the deaths among men between fort y and sixty in 
Switzcrland are due to alcoholic causes. Surely, if the price we must 
pay for extirpating so much suflering is simply to follow the precept 
of entire abstinence from such a balcful substance, we need not hesi- 
tate to recommend that conduct to ail civilised men and women. Whv 
speak of modération when that so constantly leads toward early death, 
insanity, and the gravest evils of human life? 

What is a moderate drinker?It is, 1 think, impossible to define the 
term. lu France modération is compatible with the drinking of a 
bottle of wine daily or even more frequcntly. InGermany, modération 
consists in the use of a litre or two ol béer dailv ; in I.ondon. mode- 
rate drinkers consume often more than a litre of béer daily. The term 
is indcfuiite. I will not attempt to make it more précise. 

Meanwhile the Insurance companies of London and the Friendly 
Societv of Total Absiainers in the British dominions hâve made it 



v»...-!. •• i'—K *»< »•»** .■ .-r«« •*« 






602 



VII e CONGRES INTERNATIONAL 



elearthut so-culled m ode rate drinkers, whoalonc are allowed to insure 
their livcs in any prudent office, hâve, at ail âges, from twenty up 
to sixtv a higher death-rate than those persons who abstain entirely 
from wine, béer and spirits. The expérience of the United Kingdom 
Tempérance and General Provident Institution, and of the Sceptre Insu- 
rance Company of London show from year toyear that whilst mode rate 
drinkers hâve the expected death-rate of their âges, the total abstai- 
ners hâve only 70 per cent of the mortality which their âges predicted 
thev ought to hâve. So that modération in alcoholic drinks is a snare 
and the ouly really wise p *rson is he or she who abstains entirely 
l'rom this dangerous drug. I bave used the word « drug » ; but I do 
not wish you to imply frum this that alcohol is of use as a remedy in 
disease. Perhaps it m a y be of some use occasionally ; but my con- 
viction is that sick pcop.c do far better without it, and that other remé- 
dies are infinitely préférable to this vaunted panacea of the careless 
and routine practitioner. 

Insanity would not be such an apalling phenomenon as it now is 
were alcohol banished from civilised life. In Germany, von Baer speaks 
oi 27 per cent, of the maie lunatics as cases of alcoholic insanity. And 
in Germany it appears alcoholic insanity is increasing yearly, on 
account of the cheapness of béer and spirits in that country. In Pari- 
sian lunatic asylums the same sad taie of alcoholic insanity is narra- 
ted. The percentage in Charenton of alcohol caused insanity has risen 
to 28 per cent of ail the cases. In Austria, 40 per cent of the maie 
lunatics hâve been driven into this sad disease by the use of alcohol. 
In Germany only 3,2 per cent of the female insane were alcoholic in 
causation. In every European country the wail'ng of the victims of 
alcohol is heard entreating the thinkers to find some remedy for their 
rags, their dégradation, and their disease. 

In hot climates such as Hindostan the British soldiers who use 
alcohol are far more prone to sickness and disease than the abstain ers. 
The abstainer spcnds about three days in hospital against ten days 
spent by those who drink alcohol. And the deatn-rateamong the latter 
is greatly in excess ol that of the former. In cold climates also the use 
of alcohol is very dangerous, as has been well explained by D r Nansen, 
and other Arctic explorers, who are themselves total abstainers, from 
that narcotic. The drinker in the Arctic région (ails into a sleep, 
from which he ncver wakes ; whilst the total abstainer has his wits 
about him, and thus escapes from the danger of frost bite and death. 

In the United Kingdom of Great Britam and Ireland, the splendid 
experiments made by the Iriendly societies, the Rechabites, dons of 
Tempérance, and Abstinent Sons of the Phœnix hâve conclusively 
proved the enormous benefits of total abstinence to the working clas- 
ses. The members of a non-abstaining society, the Forestors, for 
example, hâve about 26 weeks of sickness, whilst the Sons of Tempé- 
rance hâve only 7 weeks of sickness. This means that perhaps two- 




CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 019 

prié et tenu conseil, elles s'en allèrent en corps par les rues accom- 
plir la sainte mission qu'elles s'étaient imposées. La marche solen- 
nelle de soixante-dix femmes, à travers les voies étroites d'une petite 
ville, en ce jour gris et froid d'un solstice de décembre, au chant de 
l'hymne : 

A tous les vents des deux jetez donc vos frayeurs ' 

formait une scène d'un ensemble grave et saisissant. Au fur et a mesure 
qu'elles atteignaient les boutiques h boissons, elles s'arrêtaient, chan- 
taient un cantique et priaient, soit debout en entourant la porte, soit 
agenouillées devant cette porte, sur la pierre bordant le trottoir. Elles 
ne faisaient point que chanter et prier : elles adressaient des appels 
fervents h chaque vendeur de liquides alcooliques, les conjurant 
d'abandonner leur commerce, lequel, après tout, était plus périlleux 
pour eux-mêmes qu'il ne l'était pour leurs pratiques. Une proportion 
considérable de ces débitants consentirent, — c'est étrange à dire, — 
h abandonner leurs débits; une multitude d'ivrognes renoncèrent a 
leur vice. L'impression fut profonde sur l'esprit public de Hillsbo- 
rough. Cet heureux mouvement s'étendit rapidement dans toute la 
région environnante. Bientôt, de proche en proche et par d'autres 
femmes, le mouvement gagna d'autres Etats de la Fédération. L'en- 
semble de ces faits fut nommé la « Guerre au whiskey 2 . » Quelques- 
uns des effets de cette lutte furent passagers. L'enthousiasme, selon 
sa coutume, s'éteignit par degrés. Plusieurs de ceux pour lesquels 
on s'était réjoui, parce qu'on les croyait corrigés et rachetés, retom- 
bèrent dans leur vice. La cupidité du vendeur d'alcool, jointe aux 
appétits dépravés de ses victimes, affirma de nouveau son sinistre pou- 
voir. Des salons 3 qui s'étaient fermés f\vec regret se rouvrirent avec 
joie. La vente retourna dans ses canaux habituels, h peine un peu 
moins nombreux. Les ennemis de la Réforme des ivrognes s'entrecon- 
solèrent parce que la Réforme avait fait un fiasco. « Elle s'était en 
allée en fumée », disaient-ils, « n'ayant rien laissé après elle. » Mais, 
bien au contraire, c'était ce qu'elle n'avait pas du tout fait. Elle s'était 
bel et bien transformée en un organisme d'un ordre plus élevé. Tou- 
tes ou presque toutes ces organisations de femmes pour l'avancement 
de la cause antialcoolique, — telles, qu'il présent, on les voit partout 
instituées sur le Globe, — sont nées de ce premier organisme. L' Union 
des femmes chrétiennes des Etats-Unis d'Amérique, — Union qui 
compte plus de deux cent mille sociétaires, — en est issue. \* Associa- 
tion des femmes anglaises tempérantes doit son origine a cet organisme. 
M Association d'abstinence totale de la Grande-Bretagne, avec ses socic- 

1 - - (live lu the winttë Ihy fears. 

• WUysky ( - ungluit) whiskey, liqueur distillée de l'orge. 

3 Salon*. ~ Chambres ou salles luxueusement décorées où le public américain va ache- 
ter des vins et liqueurs k consommer sur place. 



CONTRE L'ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 621 

nines en lutte contre l'intempérance ont été transformées, de petite 
troupe de guérilla vaillante, mais impulsive, en une grande armée 
régulière, splendidement équipée et parfaitement disciplinée. Le tra- 
vail de l'Union a été d'une valeur incalculable pour les Etats-Unis. Le 
vénérable père de la Prohibition, Neal Dow, m'a dit lui-même, un jour 
que nous étions assis au coin de son feu, que cette union féminine 
était de beaucoup la plus puissante et' la plus efficace pour l'avance- 
ment de la Tempérance en Amérique. Et ce seul fait que c'est 
vraiment grâce h 1 Union que l'enseignement scientifique de la nature 
de l'alcool et de ses effets sur l'organisme humain est devenu, par des 
lois édictées tout exprès, un enseignement obligatoire dans les écoles 
publiques de la majorité des Etats fédérés de la vaste République du 
Nord de l'Amérique, montre combien ladite organisation des Travail- 
leuses abstinentes est à la fois bien organisée et prévoyante. Il serait 
vraiment difficile de découvrir comment une fondation plus solide, sur 
laquelle puisse se bâtir une Réforme de Tempérance stable et per- 
manente, pourrait être mieux constituée que celle déjà créée et en 
activité, sur la base de l'enseignement scientifique antialcoolique 
dans les écoles américaines. 

Et ce beau résultat n'est que l'un de ceux obtenus par l'organisa- 
tion des femmes pour l'avancement de la Tempérance. Un autre 
résultat, c'est que la prohibition est devenue un des principaux élé- 
ments de la constitution de l'Etat du Maine. Ce résultat de haute im- 
portance est le fruit des labeurs de V Organisation des femmes absti- 
nentes du Maine, labeurs dirigés par M m * L.-M.-N. Stevevns qui, 
maintenant, remplit si dignement la place occupée longtemps et 
naguère par miss Frances Willard. Je veux dire par lit que 
si ce n'avait été fait par les efforts de ces femmes dévouées, l'amende- 
ment h présent introduit dans la Constitution du dit Etat, n'aurait . 
jamais été introduit. Les hommes du Maine, laissés à eux-mêmes, 
n'auraient point mené cette entreprise à bien. Ensuite, ainsi qu'on l'a. 
su depuis, lorsqu'en 1894 on tint un plébiscite et que les électriccs 
eurent h prendre part au vote, les six septièmes des dites électrices 
votèrent en faveur de la prohibition de la vente des spiritueux. En 
outre, très récemment, la conspiration ourdie par certains rois du 
trafic des boissons et par des politiciens corrompus de l'Etat de Ver- 
mont, afin d'obtenir l'abrogation de la loi prohibitive de cet Etat, fut 
une conspiration réduite a échouer par les e (Torts de Y Union 
des femmes. Dans les conflits qui ont dernièrement ému la Norvège, 
h propos de la prohibition de la vente des esprits distillés et autres 
liqueurs, tant dans les villes que dans beaucoup de districts ruraux 
de Royaume, les femmes ont pris une part active tellement efficace, 
en votant contre la vente des dites liqueurs et esprits, que les victoires 
des prohibitionnistes ont été attribuées aux femmes. Aussi, des poli- 
ticiens de cette contrée-ci s'étant postés sur le terrain de la raillerie 
vis-à-vis de la prohibition norvégienne, se sont comiquement écriés : 



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CONTRE L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES i 623 

ans, sociétés créées, dirigées, mises en œuvre exclusivement par des 
femmes, ont ainsi démontré pleinement que comme réformatrices, 
les femmes ne sont pas inférieures aux hommes et que dans ce dépar- 
tement des réformes a réaliser, les femmes ont autant d'originalité, 
sont aussi audacieuses, aussi persévérantes que le sont les hommes. Il 
a de même été prouvé que les femmes ont une perception aussi nettes 
que leurs frères des points vitaux de la lutte pour l'émancipation de 
la race humaine de l'esclavage des boissons enivrantes. 

Afin que tout cela soit très clair, il a été nécessaire que les femmes 
travaillassent en sociétés dirigées par elles-mêmes et ne dépendissent 
pour l'existence que de leurs seules ressources. Elles ont réalisé ces 
deux conditions. Elles n'ont point, il est vrai, toujours réussi dans 
leurs entreprises. Comme leurs frères, elles ont parfois commis des 
erreurs. De temps à autre leur sens de la proportion des choses s'est 
permis d'être en défaut. Elles se sont ça et là attaquées à des œuvres 
our lesquelles leurs voies et moyens étaient visiblement insuffisants, 
lais elles se sont dévouées infiniment plus que d'autres ne l'ont 
fait à ce qu'il y a d'essentiel, de solide et de permanent dans la ré- 
forme pour la tempérance véritable. Sur les deux principaux points de 
cette réforme, elles ont su concentrer leurs efforts. Le pemier point, 
c'est la prohibition du trafic des liquides capables d'enivrer ; — le se- 
cond point, c'est l'éducation scientifique de la jeunesse par rapport à 
l'alcool. 

En somme, je suis convaincue que l'avènement des femmes dans les 
affaires de la réforme tempérante, marquera l'ère nouvelle de l'af- 
franchissement de la chrétienté de I horrible domination de l'al- 
coolisme. 

J'ai dit. 

M. le Président. — La parole est à M ua Hoffmann (de Brème), sur 
YŒuore de la tempérance dans l'Union des sociétés des femmes 
allemandes. 

Rapport de l'Œuvre pour la tempérance dans la Fédération 
des Associations des femmes allemandes 

PAR M lla OTTILIB HOFFMANN 

Déléguée au Congrès pur la Fédération des Association» de» femme» allemande* et du 

Bremer MàssigkeiU-Verein. 

Dans notre ancienne ville de Brème, devant le magnifique édifice 
du moyen-age, où nous appellent nos assemblées pou ri a tempérance, 
s'élève une belle statue de St An&gar, apôtre du Nord enlevant le joug 
de la servitude du dos d'un esclave. Ce beau monument nous est de- 
venu un emblème. Les apôtres dévoués de la tempérance aussi enlèvent 



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5/ pour aider à révéler les réformes nécessaires à nos lois pour la 
lutte contre l'alcoolisme, car quoique la législation ne soit pas en- 
core du domaine de la femme, elle peut avoir, même ici/ quelque 
influence. i 

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6/ pour venir en aide aux pauvres victimes de l'alcoolisme, en les 

réclamant pour les guérir. 

Ce sont surtout les membres de la Croix-Bleue et les Bons Tem- 
pliers qui remplissent ce rôle de charité. C'est l'abstinence seule qui 
peut guérir. Nous travaillons fidèlement et amicalement avec les amis 
de la tempérance autant que leur chemin rejoint le nôtre. Mais pour 

ffuérir l'alcoolisme et pour réformer les mœurs il faut l'abstinence, il 
a faut aussi pour l'éducation de la jeunesse et dans tous les pays, où 
l'alcoolisme a diminué, cela a été produit, il faut le dire, par 1 absti- 
nence. Loin d'être une perte, c'est un grand gain d'appartenir à la so- 
ciété d'abstinence, un grand avantage pour l'esprit et le corps d'être 
libéré de l'effet débilitant même des petites quantités d'alcool, que ce 
soit vin, bière ou liqueur quelconque. Les mœurs sociales dépendent 
principalement des femmes. Ce sont elles qui doivent élever les 
mœurs. 

Quant à l'éducation, dans les écoles de ménage dirigées par les 
membres de la Commission, les filles sont instruites sur Tes effets de 
l'alcool sur l'organisme humain, et les mères étant alors présentes 
aux examens publics, on peut espérer que la bonne semence se déve- 
loppera en bons fruits. Ainsi, une femme du peuple ^revenant de l'é- 
cole après l'examen, disait un jour à une amie: En bien, vois-tu, si 
un petit morceau de fromage est aussi nutritif qu'un grand verre de 
bière, certainement, ie ne donnerai plus de celle-ci aux enfants. Dans 
nos conférences du dimanche pour les enfants, nous en avons environ 
300 qui viennent avec la permission de leurs parents. Un petit garçon, 
dont le père était un ivrogne, reçut un jour l'ordre d'aller chercher 
de l' eau-de-vie. D'un air touchant il refusa et pria son père de ne 
pas acheter ce qui le rendait malade. Le père d'abord fâché, céda h la 
douce voix et aux tendres caresses de son enfant. — Mais cette ins- 
truction , qui n'est pas encore générale, ne suffit pas. II faut que la 
lumière de la vérité sur les effets de l'alcool, découverte par la 
science (il ne nourrit, ne fortifie pas, il est un poison, non une nour- 
riture) s'étende à travers tout le pays, dans les cabanes et dans les 
palais. 

Pour aider à arriver à ce but, notre fédération a décidé d'envoyer 
une pétition aux ministres de notre pays pour demander l'introduc- 
tion d'une instruction sur la tempérance dans le plan des écoles. La 
jeunesse représente l'avenir de notre patrie, et les médecins sont una- 
nimes en leur affirmation, que l'alcool fait dégénérer les nations, si l'on 
n'arrête pas son influence meurtrière. 

Elever les enfants dans l'abstinence, c'est fortifier notre nation. 



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charité et notre intérêt plus loin et plus haut. La tempérance, comme 
tout ce qui sert h élever l'homme, est un lien d'une nation à l'autre. 
Dans nos intérêts les plus vrais, dans nos aspirations les plus hautes, 
nous sentons de même. Le développement de tout ce qui nous unit 
ainsi, contribue au bonheur des nations. Notre esprit nous dit et no- 
tre cœur espère, que plus nous travaillons pour le bien Je l'humanité, 
plus ce lien entre les femmes des différentes nations se fortifiera et 
les bénira par une perspective lumineuse qui s'ouvre à nos regards 
joyeux. 

M. l'abbé Neumann admire cette organisation des femmes pour la 
tempérance ainsi que la création d'asiles pour les femmes .allemandes 
catholiques alcoolisées. 

M. le Président. — La parole à Mrs Tinling. 

British Women's Tempérance Association 

PAR MRS TINLING (aNGLBTBRRB). 

Le B. W. T. À. *, que j'ai l'honneur de représenter ici aujourd'hui, 
compte à peu près 100,000 membres. 

Cette Association nationale, fondée en 1876, a pour but la propa- 
gande de l'abstinence totale par des moyens sociaux, législatifs et 
éducatifs. 

Les membres appartiennent à toutes les classes de la société, de la 
femme titrée à 1 ouvrière, à toutes les sectes religieuses, et aux diffé- 
rents partis politiques. 

Elles sont unies par le désir de protéger leurs familles contre une in- 
fluence funeste, et devenir en aide à leur prochain. 

Chaque membre promet de s'abstenir de toute boisson alcoolique 
et d'employer tous ses efforts pour amener d'autres à faire de même. 

Elles arrangent très souvent des conférences afin d'exposer leurs 
principes et d'augmenter le nombre de leurs membres. Ces confé- 
rences ont lieu quelquefois dans des salles publiques où les hommes 
sont cordialement invités, quelquefois dans un salon d'une dame ou 
même dans une chaumière où une ouvrière rassemble quelques voisines 
autour d'elles. 

Mais outre ces conférences, l'œuvre est poursuivie sous beaucoup 
de formes différentes, et chaque société est libre de choisir ses moyens 
de travailler. 

Parmi ceux-ci, nous pouvons mentionner l'œuvre de nos mission- 
naires dans les cours de justice, h qui les magistrats souvent confient 
des femmes qui devraient autrement être envoyées en prison. 

1 « British Women's Tempérance Association. » 



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Templiers), dont l'organisation ferme, les principes sévères, le carac- 
tère social sont sans doute connus aujourd'hui, en France aussi, 
put dire dès son début en Suède comme César : « Je suis venu, j'ai 
vu, j'ai vaincu. » Cet ordre qui, le 5 novembre 1879, avait une seule 
i section locale de 42 membres, possède h l'heure actuelle environ 

£ * 2,000 Loges dans toutes les parties du pays, depuis les régions du 

& cercle polaire et du soleil de minuit jusqu au littoral de la Scanic, la 

% somme totale des membres actifs payants étant de 85,000 ; il est sans 

$'. contredit la société privée la plus grande, quant au nombre, qui existe 

jj. en Suède. Le chiffre total des membres du Goodtemplar order (l'Ordre 

des Bons-Templiers), y compris toutes les grandes Loges du monde en- 
tier, monte ii environ 650,000. La Grande Loge de la Suède ne fait pas, 
j comme on le voit, moins que la neuvième partie de tout ce chiffre uni- 

V versel. 

<r II faut remarquer que, en 1883, bon nombre de membres s'étant 

t. détachés de l'Ordre en Amérique, une organisation particulière isolée 

? fut créée avec, au fond, les mômes procédés que la Loge première. Cette 

I; association qui, en Suède, compte 35,000 membres actifs, s'appelle 

Templar order (l'Ordre des Templiers). De plus, il y a à remarquer 
que, en 1888, a la suite de différences d opinions, et par mécon- 
tement de celui qu'on avait fait chef de l'Ordre, d'autres encore s'en 
détachèrent, ce qui eut pour résultat la création du National goodtem- 
plar order (l'Ordre national des Bons-Templiers), lequel n'a aucune 
relation avec l'Ordre international des Bons-Templiers. Cette organi- 
sation compte à présent 24,000 membres. Joignez à cela un groupe 
i ; apparu, en 1896, V Ordre de Verdandi, comptant à présent environ 

ï" 4,000 membres. Si on additionne la somme des membres du Tem- 

£ plar order (l'Ordre des Templiers) et celle des membres du National 

goodtemplar order ^l'Ordre national des Bons-Templiers), lesquels, 
tous les deux sortis du Goodtemplar Order (l'Ordre des Bons-Tcm- 
i. pliers), en ont, en tous points essentiels, le caractère et les procédés, 

g* la somme totale des membres actifs de ces trois ordres de tempe- 

I rance monte à 148,000. Il n'y a pas de statistique du nombre des 

> membres féminins, — les femmes aussi sont admises dans ces Ordres, 

£ : — mais leur nombre fait tout au plus un tiers du nombre total. 

* A côté de ces sociétés, organisées h l'imitation des Ordres — rap- 

4V pelant beaucoup, quant aux formes, l'Ordre des Francs-Maçons — se 

trouve depuis 1886 la Sveriges Bliibandsforening (la société des 
Rubans-Bleus de la Suède), avec environ 900 sections locales et 71,000 
membres, lesquels, de même, sont teetotalistcs, ayant tous pour sym- 
bole un ruban bleu porté au revers de l'habit comme signe de démons- 
tration contre les coutumes bachiques. Ce symbole, cependant, est 
aussi adopté par un grand nombre d'autres teetotalers. 

Il y a encore d'autres sociétés isolées d'une très grande importance 
en partie, mais le nombre de leurs membres est fort restreint, comme 
la Stndenterna* /felnykterhetssallskap i Uppsala (la Société de l'abs- 



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La plus grande société, le Goodtemplarorden (la Société des bons 
Templiers) s'est aussi chargée d'un vaste travail pour l'enseignement 
populaire en faisant des cercles d'études à l'imitation des cours d'Amé- 
rique, dits de Chautauqua, et en publiant le périodique, le a Svenska 
nykterhetsforlngct » (la Publication des livres de tempérance). 

Du temps de l'ancien mouvement pour la tempérance date la 
« Svenska Nykterhetssilllskapet » (la Société de tempérance de la 
Suède), qui existe encore. Celle-ci aujourd'hui n'est qu'un comité de 
personnages éminents (président; M. le directeur Sigfrid Wieselgren, 
directeur général des prisons d'Rtats), sous un patronage officiel, 
s'occupant principalement h répandre des brochures scientifiques ins- 
tructives sur la question d'alcool, et jouissantd'une subvention de l'Etat. 

Les chefs des di (Té rente s sociétés de tempérance de la Suède sont 
à présent : 

M. W. Styrlandcr, député, président du Goodtemplaorden, et 
M. Ashar Petersson, professeur, secrétaire général; M. E.-E. Lan- 
werdhal, maître peintre, président du Templarorden,etM. E. Lindwal, 
instituteur de l'enseignement primaire, secrétaire général; M. E.-J. 
Svanfeldt, fabricant, président du Nationalorden, et M. Eug. Stfthl- 

. gren, professeur, secrétaire général ; M. Albin Forssell, cordonnier, 
président du Verdandiorden, et M. Gustaf Elmgren, homme de lettres, 
secrétaire général ; M. P. Ollén, rédacteur en chef, président de la 
Sveriges Bl&bandsfôrening, et et M. J. Bystrom, député, secrétaire 

t général; M. S. Wieselgren, directeur général, président de la Svenska 
Nykterhetssflllskapet ; M. V.-A. Rinander, licencié, président de la 
Studcnternas helnykterhetss&llskap, Uppsala ; M. Elof Ljunggien, 
étudiant en théologie, président de la Sveriges Studerande ungdoms 
helnykterhetsforbund. 

La plupart des sociétés de tempérance se composent en grande 
partie de la classe moyenne et d'ouvriers. Pourtant plusieurs des per- 
sonnages éminents du pays se mettent aussi sur les rangs comme 
membres des sociétés aussi bien que comme soutiens solides de l'opinion 
publique. Parmi ceux-ci, citons MM. R. Tigerstedt et E. Almquist, pro- 
fesseurs à l'école de médecine h Stockhlom ; M. S. Ribbing, médecin, 
professeur à l'Université de Land ; M. E. V. Wretlind, rédacteur eu 
chef du journal le « llclso vannen » (l'Ami de la santé) périodique de 
médecine populaire ; M. Hcnrik Berg, docteur en médecine et en phi- 
losophie à Stockhlom ; M. L. F. Lappler, philologue, professeur de 
langues nordiques à l'Université d'Upsal ; M. 0. E. Lindbcrg, orien- 
taliste, professeur à l'Université de Gothembourg ; M. V. Ruain, é mi- 
nent théologien, professeur à l'Université d'Upsal ; M. Ernst Beck- 
man, écrivain et journaliste à Stockhlom; M. P. Waldenstrom, ora- 
teur religieux, professeur au lycée de G a fie ; J.-R. Lomcll, ancien 
fabricant, Stockholm (il légua, en 1889, 50,000 couronnes pour un 
institut h Upsal en faveur des étudiants partisans de l'abstinence ab- 



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son empreinte la culture de la fin du siècle dans le haut Nord, et c'est, 
sans doute un des éléments les plus puissants qui créent notre avenir 
qui, à ce qu'il parait, donne h présent de grandes espérances. Un 
peuple qui boit de l'eau, le diable même ne peut pas le vaincre, dit 
une fois, dans les temps passés, un de nos ennemis après avoir éprouvé 
les qualités des Dalécarliens. 

« Je préfère voir couler à terre le vin et la bière plutôt que le sang 
de mon peuple », s'écria peu après Gustave Wasa, en coupant les cer- 
ceaux dos barriques de vin, lorsqu'il eut surpris ses soldats dans une 
cave h vin. Ces nobles paroles animent encore en ce jour les mille et 
mille hommes qui, là-haut, dans le pays des neiges et du soleil de 
minuit combattent pour la conservation de la santé de l'âme et du 
corps du peuple. 

Plus un peuple est sobre, plus il est sain, et plus un peuple est 
sain, plus est sur le bonheur et la sécurité de son avenir. 

M. Bergmann termine la lecture de son rapport par ces paroles : 

« Notre pavs olIYe le spectacle intéressant d'un pays dont le peuple 
il va un siècle et plus tard encore était un des pays les plus alcoolisés 
de toute l'Europe. Représentez-vous, par exemple, que en l'année 
1829, la consommation d'eau-de-vie atteignait 46 litres par tète d'ha- 
bitant, tandis que maintenant la Suède est un des pays les plus sobres 
du monde. La consommation de l'eau-de-vie est descendue maintenant 
à G et 7 litres par tète et la consommation de la bière à 25 litres. Dans 
toutes les écoles publiques, l'enseignement antialcoolique obligatoire a 
été introduit Joi du 4 novembre 1892) et les débits ont été soumis à 
toute sorte de restrictions. 

Ce qui est le plus important, c'est que, aujourd'hui, l'opinion publi- 
que est d'avis que le plus petit excès est une honte ; dans beaucoup de 
roupes, dans beaucoup de lieux déjà, tout usage de boissons alcoo- 
iques est formellement désapprouvé. 

Cette sobriété générale exerce naturellement une action excellente 
dans tous les domaines ; la civilisation, matérielle et intellectuelle, se 
développe chaque jour. 

Je suis heureux de pouvoir le dire dans un pays comme la France 
qui a longtemps joui de l'honneur d'être un des plus modérés, un des 
plus sobres du monde, et qui, entré plus tard que nous dans la lutte 
contre l'alcool, marchera bientôt, nous l'espérons, au premier rang 
dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres. 

Je viens d'une petite nation qui pour la lutte contre l'alcoolisme est 
à cette heure une grande nation ; je salue avec respect la France, la 
grande nation par excellence et j'espère qu'elle deviendra bientôt, 
dans la lutte contre l'alcoolisme aussi, la grande nation. » 



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CONTRE L*A8US DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 683 

DISCUSSION 

Hon. M ra EUiot Yorke demande si les 220.000 membresdont a (>arlé 
M. Bergmann sont tous des abstinents totaux. M. Bergmann répond affir- 
mativement. 



!. Hayem demande quel a été le rôle du gouvernement dans la lutte 
contre l'alcoolisme. 



!. Tigerstedt discute avec M. Bergmann sur ce rôle. 11 semble ré" 
sulter de là que l'initiative, prise par le roi au commencement du siècle* 
a été reprise par les particuliers depuis une vingtaine d'années, et que 
maintenant le gouvernement est contraint de suivre un mouvement à la 
UMe duquel il n'est plus. 

Madame Aili Trygg Helinius expose son rapport sur le mou- 
vement de tempérance parmi la jeunesse de Finlande. 

History of Tempérance Work among the Children of 

Finland 

La propagande antialcoolique parmi les •nimnu, an Pinlanda. 

I*AM MAD. ALLI TMTCC HKLIKIL'S (flKLAMDr). 

Anmtyêe.— C'est en 18t7, qu'une institutrice, Hilda Helmonn, fondu la premier* société de 
tempérance finlandaise qui eût une section pour les enfant». 

En 1878, un instituteur fut révoqué a Jacobttad pour avoir donné un enseignement 
antialcoolique 6 tes élèves. Cette même année, la question de la propagande antialcooli- 
que fut discutée a la conférence officielle des instituteurs ; des ce moment, beaucoup 
d'entr'eus ont mis cet enseignement sur leur programme et le mouvement de propagande 
antialcoolique parmi les enfants, a fait de rapides progrès. 

1885. Le journal finlandais de tempérance, publié cette même année, discute la question. ^ „ 

On donne des leçons modèles d'antialcoolisme. • I 

1887. Fondation de la première société de tempérance pour enfants et de la première '! " 

école de tempérance à Helsingfors. ^ j* 

1890. Fondation de la « Société des instituteur» pour l'hygiène et la tempérance • qui. 
unie à la société de tempérance de Helsingfors, a donné une énergique impulsion au 
mouvement. 

1891. Circulaire envoyée a tous les instituteurs, les priant de donner un enseignement 
antialcoolique à leurs élèves. * I 

1892. Publication du premier manuel antialcoolique. 

1893. Publication d'un journal hebdomadaire de tempérance pour les enfante. 

1895. Tournée de conférences antialcooliques dans les écoles de villes. 

1896. Madame Trygg-Helenius étudie l'œuvre des • Bandsof H ope ■ à Londres, et au 
rrlmir elle fait des conférences sur re sujet, devant les conseil» muuiripeus de 13 villes, 
et elle obtient de dit d'entr'eus les moyens d'organiser l'instruction antialcoolique. 

1897. Conférences pour adultes et enfante dans ces 13 villes et publication du volume 
illustré : « Ce que la science enseigne au sujet de l'alcool ». 

1898. Sur 36 villes que compte la Finlande, il y en a maintenant 30 qui ont donné de 
300 à 1.000 fr. pour encourager cette propagande. « L'Union des instituteurs pour 1 hy- 
giène et la tempérance • a publié due sériée de conférences antialcooliques pour enfants. 




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684 VII e CONGRÈS INTERNATIONAL 

des programmes de réunions d'enfants et 12 grands tableaux muraux illustrant le volume 
« Ce que dit In science au sujet de l'alcool ». Elle a placé dans plusieurs villes un agent 
qui donne de» conférence» aux enfants, soit à l'école, soit en dehors de l'école. Cet ensei- 
gnement n'eut obligatoire que dans un petit nombre d'écoles. Il est donné par les institu- 
teurs, dans beaucoup d'écoles de campagne. Le département de l'instruction publique m 
envoyé une circulaire à tous les instituteurs, les priant de donner cet enseignement à leurs 
élèves. 

The first move in the Tempérance work among tlie children of Fin- 
laud began in 1847 when a tcacher nameil Hilda Helmann organized 
the first Tempérance Society with a department for children. 

1878 a teacher was discharged in Jacobstad for giving the pupils 
instruction in Tempérance. The saine year a discussion was held atthe 
state teachers meeting as to what the teachers could do with référence 
to tempérance for their pupils. As a resuit ofthis many teachers began 
to instruct in tempérance. 

Oui* Tempérance journal, published 1885 discussed the* subject in 
many articles. 

Sence 1886 the subject has been considered at a great number of ' 
tempérance meetings, and trial lessons of instruction were given. 

The first childreif s Tempérance Society was organised in 1877, and 
the s a me year the first temperance-school was began in Helsingfors. 
1890 « The Teachers Society of Health and Tempérance » was orga- 
nized which in union with the Tempérance society in Heisinglors 
hâve donc the most for the instruction of Tempérance in Finland. 

1891 a circular was sent to ail the teachers asking them to instruct 
in tempérance in the schools. — 1992 the first textbook in tempérance 
published. — 189.') a weekly childrcn's tempérance paper published, 
circulation up til 15,000 copies, very influcutial. — 1895 a lecturcr 
was sent to the schools visitée! a great number of them, most in towns. 

— 1896 Mrs Trygg Hclenius studied Band of Hope Union in London, 
and on her return home held lectures before the towncounciU in 
13 cities and requestcd means to carry on Tempérance Instruction. 
10 cities heartily responded; ncxtyear, 1,897, there were held a série 
of tempérance lectures as well for the children as for grown up people 
in thosetowns. The saine year the lectures, richlv illustrated, (200 pag.) 
titled « What does the science teach about Àlcohol ? » were printed. 

— 1898 ten more cities donated moncy for Scientific Tempérance 
Instruction; lectures were held in them aUo. Now 20 of Finlands 
.10 cities have given money for this work from 200 til 1,000 fr. 

The Teachers Longue for Hc?.lth and Tempérance has published a 
série of Tempérance lectures for children and a série of « Programs 
for childrens meetings », also 12 large wall charts picturcs to the 
work « What does the science teach about Alcohol ? » 

The Teachers Union for II. a T. employés in many of the 20 cities 
a secretary, who lectures for the children as well in schools as outside. 
In few of the cities Tempérance tcaching is obligatory. In many coun- 



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686 vu" coNcnks international 

of the London and South Western Railway), the lion : K. Capcl, Dircc- 
tor, Grcat Northern Railway, Mr. A. F. Govctt, Dircclor London and 
Soulh Western Railway, Mr. Robert Sawyer, Barrister-at-Law, and 
Mr. A. W. Camcrmi, an employé of the London, Brighton and Soulh 
Coast Railwav. 

Al the close ol* the Meeting hetween 'M and 40 members were 
enrolled as members. 

Gradually, but surely the movement extended, branches being ior- 
med, first on une, and then on another ol'our great Railways, until at 
the présent moment the membership is not far short of 20,000. 

The objrcts of thr Union are : 

1 . The promotion of Habits of Tempérance. 

2. The Reformation of the Intemperate. 

l\. The removal of the Causes which lead to Intempérance. 

The Union was commeneed, and still continues an unsectarian asso- 
ciation, and it is also one of the vital principles of the Union, that it 
is non-political. 

The aflTairsofthc Union arc managed by a Council, composed of two 
représentatives from each afïîliatcd line of railway, presided over bv a 
Président, the Meetings being heldon the first Monday in each month, 
and as a rule in London. 

Mr. Robert Sawyer, — a rctired Barristcr-at-Law, is the first and 
only Président, and it is not too mue h to say that the success of the 
Union, is, in a very large measurc, due to his generous iinancial hclp, 
and pcrsonal service. 

The Union lias onlv one paid officiai, Mr. A. C. Thompson, who 
l'or 15 ycars has held the post of General Secretary. 

The organisation <>f the Societv consists of : — 

lst. The Line Branches, composed ofa Committee for each railway, 
with a Chairman, Sccrctarv, Treasurcr &c who are responsible for 
the work on their own railwav. 

2nd. The Local Sections, established at Railway stations, and large 
centres, for the purpose of educating railway men in tempérance prin- 
ciples, and enrolling members into the Union. 

The work of the Union is carried on by means of Meetings for the 
advocacy of Tempérance and Thrift, Social Gatherings, Concerts, Lec- 
tures. Kxcursions, Provident Clubs, the distribution of sound litcra- 
ture, personal effort &c. 

Once in every y car a conférence of Dclegates elected bv Branches 
of the Union, ail over the country, is held in London, and it is most 
encouraging to hear the Reports given bv Engine Drivers, Guards, 
Signalmen, Porters, and others, as to the progress of the work in 
their respective districts. 

Similar conférences are held annually on the various Unes, and thèse 



4*v. *■»»*. «r*» *^-' 



«•%*.-«. —*->•.■•.■•. n ■>ii t iiii n, i jiij ' M^ i j ffpiw^CTyBr 




688 



VII e CONGRES INTERNATIONAL 



« I may say thaï for thc last few years there h a s not becn so niant/ 
men fined for drunkenncss. » 

« A very great change lias laken place, which I consider is largcyl 
duc io thc opérations of oui* Society. H is very rare now io see a inan 
corne on dutv thc worse for drink. » 

« Yes ! Our men used to boast to their mates, when on duty, of 
their intemperate habite, but that is a thing of the past. » 

« Yes! Thcre is a marked différence in the sobriety of thc men. The 
wholc tone ol thc place lias becn changed for the better. » 

Of the value of Tempérance work to the Railway Companies there 
can bc no doubt. Itis of course dilltcult to estimate, but men of expé- 
rience state that a large proportion of the L. 315,000 paid in compen- 
sation for loss aud damage to goods in 1897 was, as in previous years, 
caused by the carelessncss, ueglcct, or dishonesty of drinking railway 
fhen. To this musl bc added, loss of time, waste of property, preventa- 
ble accidents and ncglect of duty, caused more or less by the drinking 
habits of the men. 

The following are cxamples of the way in which our Society is assis- 
ting the Companies by improving the characters of their workmen. 

A worker w ri tes : « For years past I hâve had to deal with damage 
to rolling stock, and hâve invariably found that less damage ocenrs 
where the men are Total Abstainers. As an illustration of this, I may 
mention that 1 was constantly going to examine damages at one parti- 
cular place — bulle rs broken, wagons oit the une, &c, but after I 
had indueed the shunter to be an abstainer, and join our Union, was 
seldom called upon to go to that station. » 

Another says : « The U.K.R.T.U. has been the means ofplacing a 
number of total abstainers in every grade of the service, who can be 
relied upon to perform their du lies carefulhj , aud who exercise a retar- 
ding influence upon their mates who are inclined to take strong 
drink. consequentlv thcre is less drinking, and better performance of 
du lies. » 

« The men keep better time, and turn up better on Monday mor- 
nings. » 

An instance is known, wlrerc. when^one ofour members was placed 
in charge of certain work, that work was performed more efficiently 
and witrt less labour than when supervised by a drinking man, the 
pecuniary gain to the Railway Company being 18/- — per week. 

In conclusion, we do carncstly thank our Heavcnly Father for the 
blessings which Ile has showered upon us as an Association. We 
believe that without this aid we can do nothing, and look (orward to 
thc dav when the 470,000 persons employed on the Railways of the 
United Kingdom will bc one Great Tempérance organisation, banded 
together for their own coin mon welfare, and in the interests of the 
great travelling public. 



COXTIIE l/ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 689 

M. le Président dépose sur le bureau le rapport de M. Thiry sur 
l'Enseignement antialcoolique dans les prisons. 

m 

L'Enseignement antialcoolique dans les prisons 

PAB FBBNAND THIRY 
Profrateur de droit criminel & l'UnivertiU de Liège 

Dans une statistique que j'avais faite à la prison de Liège en sep- 
tembre 1895, j'avais constaté que la proportion générale des condam- 
nés influencés par l'alcool était de 45 0/o ; relativement au* coups et 
blessures, la proportion était de 66 0/o ; relativement aux attentats 
aux mœurs, elle était de 61 0/q et relativement aux vols et escroque- 
ries, de 34 0/0. Dans une seconde statistique, faite an octobre 1896, 
j'étais arrivé a une proportion générale de 50 0/0 et, quant aux pro- 
portions relatives, aux chiffres de 73 0/q, en matières de coups et 
blessures, et aux chiffres semblables à ceux de Tannée précédente, de 
61 et 34 0/o, en matière d'attentats aux mœurs et de vols ou d'escro- 
queries. 

Ces deux statistiques portaient sur tous les condamnés renfermés à 
ces époques dans notre prison ; du 10 novembre 1898 au 25 février 
1899, j'en ai fait une autre ne portant que sur les détenus vis-à-vis 
desquels j'exerce les fonctions au patronage ; en voici les résultats. 

Ces prisonniers étaient au nombre de 80, se* répartissent comme 
suit : 

Homicides, coups, blessures, rébellion à la police 11 

Viols, attentats à la pudeur, outrages aux mœurs 11 

Incendie 1 

Vols, escroqueries, abus de confiance 35 

Fausse monnaie, faux en écriture, faux témoignage 5 

Dénonciation calomnieuse 1 

Adultère 1 

Rupture de ban 1 

Combats de coqs 11 

Ivresse 3 

Sur ces 80 délinquants, 29, c'est-à-dire .'16, 25 0/(), étaient des ivro- 
gnes et avaient subi, en commettant leurs infractions, l'influence cer- 
taine de l'alcool. Parmi ces ivrognes, 6 appartenaient au groupe des 
11 auteurs d'homicides, coups et blessures, 5 à celui des 11 auteurs 
de viols et attentats aux mœurs, 10 à celui des 35 auteurs de vols et 
escroqueries, I a celui des 5 coupables de fausse monnaie et faux en 
écriture, 2 h celui des 11 coupables de combats de coqs ; le chiffre de 
29 se complétait par le condamné pour dénonciation calomnieuse, par 



> *»r ' * * »■•.*». 



I 

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t 



-. *- 



(>90 VII e COXCKKS IMKRNATIONAL 

le détenu pour rupture de ban (dont les délits antérieurs, ayant en- 
traîné la mise sous la surveillance spéciale de la police, consistaient 
en attentats à la pudeur et eu vols) et par les trois individus renfer- 
més pour ivresse. Quant aux 51 restants, 39 prétendaient ne boire 
jamais d'alcool, mais 12 étaient moins catégoriques dans leurs déclara- 
tions et me laissaient de très graves soupçons ; ils me disaient qu'ils 
buvaient « de temps en temps », « un verre à l'occasion », « le di- 
manche, comme tout le monde. » Complétons ces renseignements en 
disant que l'un des coupables d'attentats aux mœurs ne se livrant pas 
à la boisson était un pauvre garçon de 2G ans complètement dégénéré, 
au point de vue physique et intellectuel, par suite de l'alcoolisme 
épouvantable de ses parents, père et grand père. 

Les chiffres précédents prouvent d'une manière évidente les effets 
désastreux de l'alcool sur la criminalité, mais ces effets ne peuvent- 
ils pas être combattus avec succès à l'égard des délinquants que Ton 
empêcherait ainsi de devenir des récidivistes ? L'exercice du patronage 
m'a convaincu de cette possibilité dans un grand nombre de cas. 

1$..., w\\ des condamnés pour ivresse compris dans la statistique que 
je viens d'exposer, a 40 ans. C'est la quatrième fois qu'il vient en pri- 
son, toujours pour cette cause. Sa santé est satisfaisante ; son intel- 
ligence est restée en bon état. Il exerce le métier de peintre et il est 
capable de gagner d'excellentes journées. L'ivrognerie a eu le temps 
de prendre en lui de profondes racines, mais, ses conséquences n'é- 
tant pas encore fort graves, je suis persuadé qu'il y aurait moyen, 
surtout en le surveillant de près, de guérir ce vicieux. Il songe il se 
marier : serait-ce un bien ou un mal . Pour le moment, je n'oserais 
pas donner de réponse décisive. 

K..., a V2 ans. Il est aussi en prison pour délit d'ivresse publique ; 
il v est entré 2.") fois déjà pour cette cause ; sa condamnation actuelle 
s'élève ii 1)3 jours d'emprisonnement principal augmenté de l'empri- 
sonnement subsidiaire destiné ii remplacer le paiement des amendes. 
C'est un armurier ; il gagne 3 fr. 25 par jour; il est célibataire. Il va 
boire au cabaret avec des camarades, mais la présence de ceux-ci n'est 
pas nécessaire pour qu'il arrive à un état d'ivresse complète ; dès 
qu'il a commencé, « il faut qu'il continue », comme il dit ; le degré 
final étant atteint, il quitte le café, exhibe son ignominie dans les 
rues et se fait ramasser par la police. Sauf quelques menaces et quel- 
ques rebellions envers les agents, aucun autre délit n'a encore été 
commis par cet homme. Sa santé est restée bonne, mais on s'aper- 
çoit aisément que l'intelligence est entamée. Ce cas laisse également 
un certain espoir; le vice est fortement ancré; toutefois il n'a pas 
encore produit toutes ses conséquences et l'on peut se dire qu en 
agissant avec énergie, il y aurait moyen d'obtenir un heureux 
résultat. 

G..., a 33 ans ; il est très intelligent ; il exerce le métier de pein- 
tre-décorateur, qui lui rapporte un fort beau salaire ; il n'est point 






^ r ; * • * * 



V s 



692 



VU* CONGItRS INTERNATIONAL 



Heureusement, je tient k le répéter, un cas comme ce dernier est 
toujours exceptionnel. Mais, comment fa ut- il procéder pour combat- 
tre l'ivrognerie des délinquants ? 

Il faut avoir recours tout d'abord à renseignement antialcoolique 
pratiqué dans les prisons. 

Cet enseignement existe déjà en partie ; les aumôniers et les pas- 
teurs, dans leurs conférences religieuses, les instituteurs, dans leurs 
leçons, les directeurs, les membres des commissions administratives 
et ceux des comités de patronage, lorsqu'ils vont visiter les prison- 
niers dans leurs cellules, ont, en effet, maintes fois l'occasion d'insis- 
ter sur les conséquences épouvantables de la boisson au point de vue 
de la santé, de l'intelligence, de l'honnêteté et du bonheur. Seulement* 
cette manière d'agir, malgré les bons résultats qu'elle produit et qui 
doivent la faire maintenir, est insuffisante. Le mal est trop grand 
pour que l'on se contente de conseils donnés et d'observations expo- 
sées de temps en temps, lorsque l'occasion s'en présente, tantôt par 
une personne, tantôt par une autre ; il est nécessaire de créer, pour 
lutter contre lui, un enseignement antialcoolique continu, permanent, 
organisé d'une façon précise et rigoureuse. Un enseignement de ce 
genre constituerait l'un des éléments nécessaires et réguliers de l'exé- 
cution de la peine d'emprisonnement vis-à-vis de tous les détenus 
sans exception. Grâce a lui, aucun des développements si nombreux 
que nécessite l'examen de la question de l'alcoolisme ; ni aucun des 
procédés auxquels on peut avoir recours pour persuader les auditeurs 
ne devraient être laissés de côté. Grâce à lui surtout, on parviendrait 
à exercer une influence beaucoup plus soutenue et beaucoup plus 
forte. 

Et comment cet enseignement serait-il réalisé ? Je n'hésite pas h 
répondre : à l'aide de conférences données dans les prisons par des 
personnes choisies par le Ministre de la justice. Dans plusieurs Con- 
grès, notamment dans celui qui a eu lieu h Anvers en juin 1898, j'ai 
montré les avantages considérables des conférences semblables et, 
chaque fois, mes propositions ont eu l'honneur d'être très lnvorable% 
ment accueillies. Or, n'cst-il pas évident que les avantages susdits se 
manifesteraient surtout h propos de la lutte contre l'ivrognerie. 

L'enseignement donné clans les prisons serait continué, à partir de 
la libération, par l'enseignement public, tel qu'il commence à être or- 
ganisé, dans un grand nombre de localités, par les différentes so- 
ciétés ayant pour mission de combattre l'alcoolisme. Les comités de 
patronage, qui s'occupent des libérés et les surveillent, feraient en 
sorte qu'ils assistassent régulièrement aux séances. Ces comités de- 
vraient même aller plus loin : ils devraient encourager leurs protégés 
a entrer dans la Société de Tempérance et les initier aux avantages et 
aux agréments des établissements que créent ces sociétés pour rem- 
placer les cabarets. 

Tels sont les moyens spéciaux qui doivent, dans la lutte antialcoo- 1 



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vu' co\r;ar.s ixtp.rnatIoxai. 



Depuis Tan née 1872, où j'ai pénétré pour la première lois comme 
étudiant dans nos hôpitaux parisiens, j'ai toujours été obsédé par 
cette question de l'alcoolisme, et j'en ai suivi la marche ascendante 
avec chagrin et humiliation. 11 a suffi pour me convaincre de celte 
progression, de feuilleter les liasses d'observations que j'ai recueillies 
dans les nombreux hôpitaux où se sont écoulées 'mes années d'exter- 
nat et d'internat, et celles (pie j'ai fait recueillir depuis que je suis 
chef de service. Après cette révision faite, j'estime que si, il y a vingt 
ans, dans nos salles d'hommes la moitié des malades présentait des 
symptômes d'intoxication par les spiritueux, c'est aujourd'hui les .'1/4 
chez lesquels on relève, à un degré plus ou in oins accentué, la tare 
alcoolique. 

Quant aux femmes, c'était par exceptions qu'on l'observait chez 
elles, dans certaines professions (cuisinières, femmes de ménage, ser- 
vantes de marchands de vins, marchandes des rues, blanchisseuses) et 
surtout a un âge où l'alcool console des illusions envolées. Mais au- 
jourd'hui on voit trop souvent des jeunes filles venues de province 
pour entrer en service comme bonnes d'enfants, des jeunes femmes 
ouvrières d'atelier, demoiselles de magasin, réclamer nos soins h l'hô- 
pital pour des troubles digestifs et nerveux, dans la pathogénie des- 
quels entre pour une part évidente l'usage des boissons spiritueuses 
et surtout des liqueurs. Car vest surtout l'intoxication par les essen- 
ces, agents principaux de la toxicité des liqueurs, qui sévit sur le sexe 
féminin. Je ne parle que pour mémoire de la foule lamentable des filles 
de brasserie, de ces « invitcuses », auxquelles notre ami, leD r T. Bar- 
thélémy, médecin de la maison de St-Lazare, a consacré il y a quel- 
ques années, une si saisissante monographie. 

Ce qui est plus navrant encore, c est de constater que X enfance 
même n échappe pas à C action de l'alcool. Les médecins des hôpitaux 
d'enfants ont signalé le rôle de l'intoxication éthvlique dans la patho- 
génie de diverses maladies du jeune âge. Il n'y a pas lieu d'en être 
surpris quand on voit, aux jours de fétc, les famUlcs d'ouvriers atta- 
blées devant les cabarets des faubourgs, les enfants ayant devant eux, 
comme les parents, une « consommation » alcoolique. Pour ma part, 
j'ai encore dans l'oreille cette phrase d'un bébé de quatre ans, enten- 
due en I88(î il l'hôpital des Knfaiits-maladcs. Ce petit chérubin, entré 
la veille dans le service faisait rage eu tirant la surveillante par sa 
jupe et criait ii tue-téte : « Dis donc. Madame, on boit donc pas la 
goutte ici. 1 Chez, nous, f maman m'en donnait. » 

Mon ami, le D' Brunon, directeur de l'Ecole de Médecine de Rouen, 
nous a raconté comment les femmes de Normandie, non contentes de 
s'alcooliser elles-mêmes, faisaient à leurs petits la soupe à l'alcool. La 
province n'est pas en retard sur la capitale. 

S'il est facile de se convaincre par l'examen clinique de l'existence 
des symptômes d'alcoojtsme chez la plupart de nos malades hommes 
et chez un trop grand nombre de nos malades femmes, la tâche est 



4 



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.%»;é * l 1 t* 



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vn e coN<;ni:s international 



AGE 

et 

profession 



40 ans 
Charcutier 



PAYS 

d'origine 



Wu rlemberg 



4*2 ana I Seine- 
Cocher et- Marne 



Jl'nnier W--W.I- «*" 



BOISSON 

Inbituello 
du piys 
d'origine 



Diagnostic 

«le la 
maladie 



Bler* 



Tuberculose 
pulinonnire 



SBKSSaSB 

Sy nptômes 
d'Intoxication 



BB 



Pituites 
cauchemar 



Boissons 

aui repas 



Vin 
et cidre 



44 ans 

Coliiuctir 



Nord 



*5 ans I 
Garçon ' 
marchand 
de vins 



Hi ans . 
Cordonnier 



Paris 



lliere 



Tuberculose Pituites 



VI 2 litres 

eau-de-vio 

90 frammes 



Boisson 

à Jeun 



Vis 1 litre 
eau-do» vie < 
1 absinthe 



Pleurésie 



| Rêvet 
professionnels 



pneumonie 
avec délire 



6.% ans 
Cocher 



(il ans 
Tenassier 



Indie 



Vin 



Gard 



I Hle Loire 

i 



Vin 



Vin 



33 ans 

Lamineur 



4U an* 
Plombier 



3(j ans 
Livreur 



13 an* 
Journalier 



.'il an* 

Menuisier ' 



Aveyrou 



P.tri» 



Vin 



Nord 



Diôcv 



Pari* 



Alsni c 



Ri<Ve 



Gastrite 
liiberruKxe 



Troniblement 



Cauchemars 
piluiles 
crampes 



I 



Tabès 



Empliyrème 
pulmonaire 



Gastrite 

Hyperchln- 

rhydrique 



Tuben-ulose 



Saturnisme 
luberculo*e 
artériosclé- 
rose 



Pneumonie 



Aucun 



Pltniies 

crampes 

cauchemars 



Vin f litre 
rhum 00 gr. 



Vin I litre 
rhum GO |r. 



Vin S/ «de lit. 



TOTAL 

des boissons 
par jour 



00* M« 



Vin 3 lilrea 

de-vie 90* 
1 absinthe 



Vin I lit. 3/4 



i kLt.ik. ' rbumtïOgr. 
I absinthe f -fci|||| j, 



2 assert 
citron 



Vin I litre 

rhum GO gr. 

t amec*-cUr. 



Vin f lit. S/4 

eau-do- vie 

60 grammes 



Via 3/4 délit 



•aiwle vtoftOgjeau-de-rielstt 
3 absinthes 



Vin I litre 
kirsch 00 gr. 



Vin 1 litre 



Vin 1 litre 
rhum 30 gr. 



VU § litre* 



RAves 
profe*sionrels Vi , ... |/t) 
Hyper*sthé»le l V,n X Wn l '* 
musculaire 



Piiu tes 
cauchemars 



Bronchite 
chronique 



Tuberculose 
pulmonaire 



Crampes 
musculaires 



Crampes 
cau<-liemare 



Vin 1 litre 



Vin 1/i litre 

4 a mers-ci tr. 

on gentiane 



Rien 



Vin 1/i litre 
5 absinthes 



vin 1 lit. 3/4 

I abiinllie 
eau-de-vie 30g 



Vin 1/4 de lit 

2 Raphaël 

ou goudron 



I absinthe 
Vin 1 litre j 3 fois par 
semaine 



Vin llit i/j Vin 3/4 de Ut 
vin i m. i/i j abtlnlb€ 



Vin t Ut. f /* 
«u-de-rieUtj 
3 absinthe* 



Vis 1 lit. 1/2 
kirsch 00 gr. 
2 amers 



Vin 1 litre 



Vin I litr. 1/2 
rhum 30 gr. 
5 absinthes 



Vin 1/i litre Vin i Ut. 1/2 



Vin 3 lit. 1/4 

1 sbsinthe 
<*»u-de-vie30g 



Vinl litr. 1/4 
* Raphaël 
ou goudron 



Vin 1 litre 
absinthe irré- 
gulièrement 



Vin * lit. 1/4 
1 absinthe 



Vin I litre ,Vin 1/2 mr 
rhum <S0 gr.rhum 30 gr 

! 



litrejvin I lit. 1/2 
rhum !»> gr. 



COKTKB L'ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



097 



ÂGE 

profuaaioo 

IU «M 

Cordoonlor 



PAYS 

d'orlflM 



BOISSON 

babiloolto 
du ff 

d'oriftno 



Morbihan 



50 »M 

Terraaai ar 

13 aoa 

1*1— btar 

&t* au* 

Journalier 

29 an* 
Soulaaotr 

27 an» 
Garçon 
tficfcr 

29 an* 

falcfrtnicr 

S? an* 

m 

Charretier 

3m an» 

M*con 

4« ans 

Teinturier 

«I ana 
Tourneur 
•« cuivre 



Ardenuee 



Cidre 



DteftjDMtte 

du U ajMluditld'IalAïkaUoai 



principale 



Hla—UirU 



alcoolique 



aux rep u e 



TOTAL 



! 
Kula Vio 1/2 litre 



l P** J*»r 



Biuii 1/2 lu. du »tn 



Artdriuuclé- 



Vin ou Mèru 



Ardennee 



Manche 



Vin ou Mèru 



Cidru 



Hto- V tcaua . vin H cidre 



Mal du 

Brl|Bl 



Geelnle 



Morbihan 



Cidre 



Côtee-du-Nord Cidre 



fièvre 
typhoïde 

RbomaIJouM 
bluanorrha- 



pulmonaire 



Cauchemar» 

pituilr» 
t re mble m ent 



Vin 1 lit* Vin 1/2 I» rat Vin I liirel/2 



pituite* 



Pituite* 

cauchemar* 

rtvee profea- 

eioonel* 



**- 



INI 






Vin |/f ItfreVlut | rt 1/2 



Vin I lUrr rhoen 20 §r. 
3 ebaiolhun 



Vin I lùru 



Vin 1 lilru 
9 ahutotbeo 



Nele uu pou « Vin * litraa 
nota rhum 200 tr. 



Vin l/t inru 
Nula i * S obeiofbeo 

eufitac 1© et. 



tremblement 



Kao de vta3û| 
Vin 3/1 de lll. t Bef+aei 
ou Bvrrh 



Straebourg i Bière pulmonaire 



., 



Meuae 



mtr* 



Aveyron 



Vm 



Bruu c htiu 



eionoele 



Crompee 



o-vieUfcj 



SVfr 
3 ohoiataee 



Vtn t Mm 
3 ubuiMhua 

Via S IUr«a 

Via |/t liiie 

Cofo«« tf> »r. 

t ftbeiutbo* 



Vin 9/1 du ht 
2 Baphadl 



Vtn 1/ IllraVin 1/2 litre 
rhum «0 ce ' 1 «Ulula* 



Vin I litro 

r Nbom tO oc. 
1 abeinU* 



fan* 



Te hercule» e Tr — b l âm ant 
pulmonaire ; cauchemar* 



Vin 1/1 do III 

Vin 1 lilru 1/2 «hum 30 or. 

2 aboiuoaoe 



Vin | IH 3 | 



Vin 1/2 liiru 



•aV u»umm*jnmn i amBmm 



Nhomm rSmitaa 



l.t Ni. du «Ip|vi« 1 M || 
Vin 3/1 du la,] I ubuteabu 
ro— ainuffl 



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2 ehetuttoe 

Vin l/f l*w 

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098 • 



VII e CONÇUES INTERNATIONAL 



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IS un» 
Juii millier 

V7 ans 
Bijoutier 

40 au» 
Kouchonuii-r 



PAYS 



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Aliuicc 



Aisne 



) Belgique 



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Macoti 

30 «ni 
Domestique 

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Cordonnier i 

57 mii« 
Cultivateur 

35 uni 
Journalier 
arrive à P.irl» 
ilepui» peu 



Aisne 



Boisson 

habituelle 

du p.i)S 



Biôre 



fc«u ou vin 



Hérault 



Colet-ilu-tNnni: 



Yonne 



Seinc-lnfer* 



Bière 



Diagnostic 

île lu maladie 
principale 

I suflifanco 
aortlque 
giu» fuie 

Pieu renie 
»ero flbrineuse 

Mal de llright 
«orllle 



d'intoxication 



alcoolique 



Symptômes \ 



Boissons 



au& repas 



Cauchemars 



i 



Boissons 



TOTAL 



entre les «le» boissons 
rep;»* par jour 



.•!• 



crampes 



Yiu 1 lit 1/2 



Vin l/l de lit. Tin 1 til. 3/4 

l 

1 absinthe 1 absinthe 



Rien 



Vin 



Vin 



ii ilre 



Vin 



Cuire 



'Mal do UrigUI 

Tuberculose 
pulmonaire 

Pleurésie 

Bronchite 

emphysème 

gro« foie 

Erythrmc 
Polymorphe 



Cauchemar* 
crampes 



Ne boit que 
île l'eau 



ou «mer 

Café noir 
sans alcool 



ou amer 






Vin 2 litres 



Vin 1/2 litre Vin 2 lit. 1/2 



▼In 1/4 de lit. 
Crampes Vin 1 lit. l/fc'rbum 30 gr. 

1 absinthe 



Rien 



Rien 
ou douteux 

Tremblement 

cauchemars 

pituites 

Rien 



Vin I litre 



Vin 1 litre 

rhum 30 gr. 



Ni vin 
ni alcool 



Vin t/t délit 



Vin 1/4 de lit 
rhum 30 gr. 
absinthes 2 oujabsinthee 
3 par semai nc|3 



Vin 1 lit. 1/2 



Cidre 2 lit. l/i 
Cognac GO g» 



Vin 1 litre 

3 ou I 

absinthes 

le dimanche 



Vin I lit. 3/1 

rhum 30 gr. 

1 absinthe 



Vin 1 lit. 1/ft 



Vin 1 lit 1/1 

rhum 60 gr. 

2 ou 

par semaine 



Vin 2 Ht 1/2 

absinthes t ou 
3 pur semaine 



Cidre Cidrc3lit.l/2 






1/2 ou 1 litre Cognac 60 gr 



Dans un antre hôpital, dont la clientèle se recrute clans des couches 
sociales plus élevées, ii la maison municipale de Sauté Dubois, j'ai 
pu constater une autre espèce d'alcoolisme. Les domestiques de bon- 
nes maisons, les employés de commerce, placiers, petits boutiquiers, 
des artistes dramatiques, peintres ou journalistes, peu favorisés du 
sort, que j'y ai soignés, s'intoxiquaient très peu par le vin. Là, c'est 
le triomphe tic l'empoisonnement par les essences ; l'absinthe, les 
« amers », les liqueurs, les mélanges les plus ingénieux d'apéritifs ou 
tle fortifiants, pris presque toujours dans les intervalles des repas, ex- 



1 



r 



CONTRE L'ABUft DBS BOISSONS ALCOOLIQUES OUI) 

pliquaient les gastrites, les hépatites, les polynévrites, les complica- 
tion» cérébrales des maladies aiguës et les troubles mentaux de toute 
sorte que j'y ai vu défiler. 

Pour les femmes, il est plus difficile encore mie pour les hommes 
de savoir dans quelle mesure elles usent de spiritueux. Il est bien 
exceptionnel qu'elles exagèrent par forfanterie ou par malice, pour 
« épater le médecin. » En revanche, elles dissimulent avec grand soin *i 

leurs Mauvaises habitudes, et ce n'est que par voie indirecte qu'on < 

peut obtenir certains renseignements des parents, des camarades, des 
concierges, des patrons. Voici quelques renseignements ainsi obtenus: * 

Une cuisinière atteinte de paraplégie par névrite périphérique buvait „ 

depuis plusieurs années chaque jour .'l litres de vin '2 aux repa» 1 en- À 

tre les repas», et 2 ou «') absinthes. Une ouvrière couronnière, ayant 1 

une polynévrite, buvait 2 litres de vin, mais la goutte le matin à jeun, | 

environ (X) gr., de vulnéraire assez souvent et diverses liqueurs. Fré- * 

quemment les cuisinières, les femmes de ménage, sont intoxiquées 
ar le vulnéraire ; les diverses espèces d'amers, les vins « fortifiants », 
'alcoolat de mélisse interviennent, ainsi que les fruits à l'eau-dc-vie. r * 

(le rappel de faits, trop connus de tous les médecins de nos hôpi- 
taux, est un préambule a l'exposition du plan d'action que j'ai pro- 
posé à mes collègues de la société médicale des hôpitaux de Paris 
séance du l(> décembre 1898^. 

« Aucun d'entre nous, sans doute, disais-je alors, ne néglige l'occa- 
sion d'avertir les malades soumis h ses soins des dangers que leur 
lait courir l'abus des boissous alcooliques. Faisons-nous pourtant %* 

assez, je ne le crois pas. Nous nous lassons de répéter sans cesse les : i l 

mêmes avertissements et nous finissons peu à peu, après un certain » 

nombre d'années d'exercice dans les hôpitaux, par laisser défiler sous ) 

nos yeux cette lamentable procession de candidats il l'alcoolisme ou 3, 

d'alcooliques avérés, sans leur parler avec assez d'énergie et de fré 
qiicncc des dangers qu'ils courent. 

Il y a sans doute oien des raisons pour nous décourager de lutter t 

contre les deux fléaux qui dévorent la population indigente confiée à 
nos soins. Nous savons que, pour l'alcoolisme, les occasions et le» /i 

tentations sont si nombreuses par la ville que l'ouvrier est à chaque 3 

pas sollicité h consommer le poison sous les formes les plus diverse» 
et nous nous disons que les sages avis donnés par nous seront toujout» 
contrebalancés par la multiplicité des débits de liqueurs et d'alcool. 

Peut-être avons-nous tort de nous décourager ainsi et pourrions 
nous lutter avec quelque efficacité à la condition d'apporter dan» 
cette lutte l'obstination et la patience inlassable des missionnaire» 
religieux. « 

Et voici pour ma part la tentative que j'ai inaugurée dans mou jL, 

service. ji; 

J'ai condensé sous la forme à la fois la plus claire et la plus concise *Jj 

que j'ai pu trouver, après maint et maint essai, les dangers incotitc»* ; 






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VII e CONGRES INTERNATIONAL 



tables de l'abus des boissons alcooliques, et je l'ai fait imprimer, en 
caractères assez variés pour fixer l'attention. 

Cet avis important est distribué ii chaque malade h son entrée et à 
sa sortie ; il y en a un exemplaire dans chaque table de nuit ; il y en a de 
collés dans la salle et jusque dans l'endroit solitaire où chacun ne 
peut guère se dispenser de se retirer chaque jour quelques instants. 
J'ai pour but en un mot, de créer une véritable obsession pour mes 
malades à l'aide de ce petit papier rouge. 

Grâce au concours bienveillant du directeur de l'hôpital Tenon, il 
est alliché dans les salles de consultation, dans les réfectoires et dor- 
toirs des infirmiers. 

Voici cet avis. Je crois devoir vous le signaler pour que ceux d'en- 
tre vous qui le jugeraient suffisamment suggestif imitent mon exemple 
et se l'approprient ou imaginent quelque chose de mieux. 



*• . 



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I 



AVIS IMPORTA M 

Lu plupart de* maladies »oignée» dnn» le» hôpitaux sont causée* ou aggravée» pur 
« l'a but de* boisson» alcoolique* ». 

Toute» le* boisson* alcoolique» »ont dangereuse». Le» plu» nuitiblc» «ont celles qui 
contiennent, avec l'alcool, de» essence» aromatique», comme lu liqueur H absinthe . qui 
ne peut /a mai* être bienfaisante, le vtiluérnire et le» prétendu» apéritif» appelé» 
« amers ». 

Le» boi»»on» alcoolique* sont encore plu» dungercutea. quand on les prend le malin 
à jeun et entre le» repas. 

L'homme devient « inévitablement » alcoolique, c'est-u-dirc « empoisonné a lentement 
par l'alcool « même son* avoir clé jamais en état d'ivre»»e », quand, il boit tous le» jours 
de l'alcool, de la liqueur o-.i trop de vin (plu» d'un litre pur jour). 

— h' alcool est un /mison. dont l'usage habituel détruit plu» ou moins vite, mai» inévi- 
tablement, les organe* le» plu» né«e*»uire» û la vie : l'e»tomuc, le foie, le» rein», les 
canaux du sang, le c cur et le cerveuu. 

— L alcool excite l'homme, mai)* c il ne le fortifie pn» ». 

— Il ne remplace pn» la nourriture, mni» il en fuit perdre le goût. 

Quand on boit souvent de l'alcool, ou quand on boit trop de vin (plus d'un litre par 
jour\ on est plus exposé aux maladie» et, quand on est devenu mnlude, lu maladie est 
toujours plus grave, elle »e complique souvent de « délire mortel ». 

— L'alcool cause très souvent la m phtisie », eu ulTuiblissant le» poumon» : chnque 
année nou* voyou» de* malades qui entrent d'abord à l'hôpital pour ulcoolisme et qui re- 
viennent quelque» moi» plu» turd atteint» de « phtisie ». 

Los parent», qui ont fait ubu* de boisson» alcooliques, ont souvent des enfants qui 
naissent mal conformés ou idiot», ou qui meurent de convuUion». 



Le précédent avis expose les accidents généraux de l'alcoolisme et 
s'adresse évidemment surtout aux hommes ; mais, comme je suis con- 
vaincu qu'il y a également des dangers pour les femmes et pour les 
cillants, ainsi que des manières spéciales de s'intoxiquer, j'ai rédigé 
l'avis suivant pour les femmes qui seraient nos meilleurs auxiliaires 
dans la lutte contre l'alcoolisme, si elles comprenaient mieux leur 
propre intérêt. 



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702 



vi r com;hks international 



Bien des moyens pourraient être mis en jeu. Mais ce qui me paraît 
incontestable, c'est qu'il Tant faire quelque chose ; il faut frapper sans 
cesse sur le clou pour renfoncer, et je résumerai mon projet en répé- 
tant ce <|ut* j'ai dit plus haut : il faut organiser pour les habitués de 
nos hôpitaux 1* « obsession de l'alcoolisme. » 

Dans la séance où je lis cette communication, j'eus la satisfaction 
d être énergiquement appuyé par plusieurs de mes collègues, notam- 
ment par mes amis Jacquet et Triboulet, qui insistèrent pour qu'on 
lit « un cflort en commun », pour que notre société discutât « dans 
une réunion spéciale les moyens d'action qu'elle peut avoir sur la 
clientèle hospitalière et pressât l'Administration générale de l'Assis- 
tance publique de les mettre en œuvre et de les généraliser. » 

Mon collègue Jacquet, préchant aussitôt d'exemple, a fait aux ma- 
lades de l'hôpital St-Louis une conférence qui peut être considérée 
comme un parfait modèle, et il ne me reste qu'à Souhaiter que son 
exemple soit suivi par beaucoup d'entre nous. 

Malheureusement il ne me semble pas qu'il soit si facile d'obtenir 
l'accord de toutes les bonnes volontés, et il faudra sans doute revenir 
bien des. fois à la charge. Nous y reviendrons. Ne serait-il pas déjà 
d'un bon exemple de la part des médecins de ne pas prescrire si li- 
béralement l'alcool comme agent thérapeutique? J'ai rappelé plus haut 
l'époque où dans presque tous les services, presque tous les malades 
jouissaient du bénéfice douteux du vin de quinquina et de la potion 
de Todd. Fort heureusement une réaction tend a se taire; mais elle 
ne s'est pas encore assez accentuée, suivant moi; car, à en juger 
d'après un relevé que j'ai fait faire dans le seul hôpital Tenon, si de- 
puis deux ans les prescriptions de vin de quinquina sont en baisse, 
celles de la potion de Todd vont en s'accroissaut. J'espère que ce n'est 
pas le cas de dire : ah uuo disec omnes. 

Combattre par une propagande énergique et infatigable l'alcoolisme 
dans nos hôpitaux est pour les médecins un devoir absolu auquel ils 
ne failliront pas. Si pour la plus faible part mes modestes c (Tort s per- 
sonnels pouvaient y contribuer, je n'en serais pas moins fier que d une 
découverte scientifique. 

M. le D r J. Noir lit son rapport sur la lutte contre l'alcoolisme 
dans les bureaux de bienfaisance. 



Du rôle du médecin des Bureaux de bienfaisance dans 

la lutte contre l'alcoolisme. 

l'Ail LK DOCTE L' Il JULIEN NOIR 
Délégué de la Socirté méditlile de» Bureuux de bienfui»unce de Puri». 

Plus que tout autre, le médecin des Bureaux dé bienfaisance, sur- 
tout lorsqu'il est chargé du traitement à domicile des malades indigents 



CONTRE l'a BU* DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 10'A 

et nécessiteux, peut se rendre compte de l'action funeste de l'alcoo- 
lisme dans la classe ouvrière pauvre ; nul autre ne peut étudier de 
plus près les conséquences pathologiques et sociales de l'empoisonne- 
ment par l'alcool et ne peut exercer, s'il eu prend la peine, une plus 
salutaire influence. Le médecin des hôpitaux, certes, constate et soigne 
comme lui les maladies cpii résultent de l'intempérance, mais il horue 
son action au malade lui-même. Le médecin du Bureau de bienfai- 
sance qui traite à domicile pénètre au loyer de l'indigent dont il cou- 
nuit la famille, il peut devenir souvent, s'il le veut, leur bon génie, et, 
après quelques années, il finit par jouir parmi les nécessiteux d'une 
influence morale considérable doublée de respect et d'affection. 

Malgré une trop courte carrière, et n'avant pas encore l'âge qui 
permet de parler de longue expérience, il m est néanmoins facile d'ex- 
poser, dans cette courte communication, jusqu'à quel point est désas- 
treuse l'influence de l'alcoolisme dans la classe pauvre de Paris. 

Le hasard fait que je remplis mes fonctions de médecin du traite- 
ment à domicile dans* un quartier ni trop riche ni trop pauvre, dépourvu 
de miséreux professionnels, le quartier du Jardin-dcs-IMautes, que Pou 
peut considérer au point de vue de l'alcoolisme comme représentant la 
moyeu ne de la ville de Paris. 

Je passerai sous silence le nombre considérable de maladies dues à 
l'alcool ou exagérées par lui, qui sont d'observations trop banales, 
pour insister sur quelques points moins étudiés de l'alcoolisme, en 
particulier sur son influence sur l'enfance. 

La mortalité dans les familles d'alcooliques est effrayante, et j'ai pu, 
en diverses circonstances, m'en rendre un compte exact. 

J'ai pu voir disparaître, rue Geoflrov-Saint-llilairc, une famille 
entière d'origine allemande composée de cinq personnes sous l'in- 
fluence de la redoutable et fréquente association de "l'alcool et de la 
tuberculose. Une autre famille composée de dix enfants, et dont le 
père est manifestement alcoolique, est réduite à trois enfants malin- 
gres malgré les soins assidus de la mère; les sept autres ont été victi- 
mes de convulsions et d'accidents méningitiques. 

Les faits de ce genre ne sont pas rares. Néanmoins, je me permettrai 
de vous en citer un autre plus caractéristique. 

Je soignais naguère, rue de Valence, une pauvre enfant de dix-huit 
moi» à laquelle on faisait boire du gros vin malgré la diarrhée qui 
l'épuisait depuis plusieurs jours. « Monsieur, me dit le père avec ce 
sentiment de vantardise si fréquent chez les alcooliques, j'ai eu trente 
enfants, dont dix-huit de cette femme. » Ht comme je demandai* ce 
qu'ils étaient devenus, il me répondit avec moins de suffisance qu'ils 
étaient tous morts de faiblesse ou de convulsions, sauf les trois mal- 
heureux que j'avais sous les yeux ; celle que je soignais, et qui n'est 
guère brillante, un garçon de six ans à demi-idiot, et un pauvre petit 
rachitique de trois ans environ. 

Je ne voua ferai pas le tableau des enfants dégénérés, idiots, épi- 



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70C» VII e CONCRKS INTERNATIONAL 

taires incalculables ; chacun ne sauverait-il qu'un malheureux de l'al- 
coolisme qu'il aurait droit, à mon avis, h la reconnaissance publique, 
cai en sauvant un alcoolique on sauve souvent une famille de la misère 
et quelques générations de l'abjection, du crime ou de la folie. 

' A ceux qui nous objectent que nos faibles efforts sont ridicules en 

. . présence de la gravité du mal, nous répondrons que leur doctrine est 

celle de l'inertie et de l'égoïsme, qu'il serait monstrueux de prétendre 
que les œuvres de bienfaisance sont inutiles parce qu'elles ne parvien- 
nent pas h soulager toutes les misères. 

Kt du reste, si nous n'avons pas la prétention de mettre sur la même 
ligne l'importance de notre action et celle du Législateur et du Gou- 
vernement, nous sommes légitimement convaincus que nous pouvons 
réellement quelque chose. 

Aussi, sur notre proposition, la Société a approuvé les moyens 
j d'action suivants, qu'elle m'a chargé de soumettre en guise de con- 

! clusions à l'approbation du Congrès : 

{••'.' 1° Emettre le vœu que les pouvoirs publics prennent les mesures 

| es plus énergiques pour réprimer l'alcoolisme et que les Chambres 

{.'■ votent toutes les lois nécessaires pour restreindre la consommation 

îles alcools, liqueurs et spiritueux ; / 

2° Qu'eu ce qui touche les Bureaux de bienfaisance, les médecins 



s'engagent à mettre en œuvre toute leur influence morale pour dimi- 
nuer le fléau ; qu'ils évitent dans leurs prescriptions de conseiller 
l'alcool sous les formes usuelles répandues dans le public (grogs, vins 
;•' liquoreux, etc.), ce qui pourrait contribuera faire généraliser le pré- 

j V j 11 ?» 1 ' déjà * ros répandu de l'utilité de l'alcool au point de vue de l'hy- 

giène alimentaire; de prescrire, si besoin, l'alcool sous forme de 
teintures médicamenteuses, dont le malade ne pourra plus lairc usage 
après sa gué ri son ; 

.'!" D'engager l'Administration à prendre des mesures pour (pie tout 
? secours en argent ne soit pas remis directement il l'indigent reconnu 

alcoolique ; 

■V' Demander à l'Administration l'inscription, au dos du cahier ^'or- 
donnances (pli reste entre les mains du malade jusqu'à sa guérison,de 
la note suivante, destinée ii faire ressortir sous une forme nette et 
claire pour Ions les dangers de l'alcoolisme : 



L 'iilcmil et les produits alcoolique* apéritifs, absinthe, liqueur*, spiritueux) «ont «!«•* 
l POl*0.\s. 

Ces poi«<ms riigcndrciil de graves maladies chroniques si ton en fuit mi usage journa- 
lier, et. parmi ces maladies, qui le plus souvent ne peuvent guérir, la folie est In plus 
trèquente. 

* L usage de I alcool et des buisson» alcooliques prédispose nux maladies infectieuses et 

principalement à la phtisie. 






•* / «• 






CONTRE l'àIIU* DRU MOISSONS ALCOOLIQUE* 



707 



L'alcool mo fortifie pat, il excite momentanément al affaiblit ensuite. Il ae nourrit pat, 
il gris* et épuise mémo ceux qui en font un usafe restreint maie quotidien. 

L'alcool ne ruine pue seulement la santé de celui qui en use, mais ses effets funestes sa 
manifestent cbes las enfants qui naissent prédisposés « toutes les maladies constitution- 
nelles, et plus particulièrement à l'idiotie, à Tépilepsie, à l'hystérie et à la folie. 

Voilà, Mesdames et Messieurs, les conclusions qu<* la Société mé- 
dicale des Bureaux de bienfaisance de Paris m'a chargé de soumettre 
au Congrès. Forte de votre approbation, elle continuera sans relâche, 
soyez en sur, la lutte entreprise contre le fléau de. l'alcoolisme, un 
des plus grands facteurs de la misère. (Approbation unanime). 

M. le Président. — La séance est levée. 






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TROISIEME SECTION 



PROGRAMME GÉNÉRAL 



ENSEIGNEMENT, ÉDUCATION, PROPAGANDE 



TROISIEME SEANCE 
I endredi matin 7 Avril iHW 



Ordre du Jour i 

QUESTIONS MORALES ET ÉOUCATION; 
MOYENS OIVERS OE PROPAGANDE 



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vir coni;hks ixtkiikatiôxai. 



pas le repos, dont il a tant besoin. Fatigué du travail pénible de 
toute une journée l'homme a besoin non seulement du repos physi- 
que après la monotonie de l'occupation quotidienne, il exige aussi 
une récréation pour l'esprit. Il lui faut ce qui donne a ses pensées, à 
ses fantaisies quelque variation salutaire, des nouvelles de ses cama- 
rades, de son pays, de tout ce qu'il y a d'intéressant pour des hommes 
de son degré d'érudition et de sou imagination. Il veut apprendre ou 
du moins entendre parler, il désire occuper son urne d'autres chose» 
que de sou métier et de sa misère. Où trouverait-il cela ? — Qui a ja- 
mais pensé à lui faire plaisir, sinon sa femme ! Epuisée du travail et 
des soins pour un ménage mesquin, comment trouverait-elle toujours 
le moyen de le distraire, de lui faire plaisir? — Entourée d'enfants 
affamés et parfois maladifs elle n'a pas même le temps d'y songer. — 
l/homme est donc pour un quart d'heure h l'estaminet voisin. Il y en 
a partout. — On y fait la conversation, on badine légèrement, on se 
raconte tout ce qui s'est passé, on y parle politique, ou y traite les 
chances du métier ou du commerce, on y rtçoit des journaux ou on 
en discute au moins les nouvelles. — Qui voudrait donc blâmer cet 
homme .' Pour les représentants de commerce, les commissionnaires, 
les cochers et autres, le cabaret, l'auberge comme le café remplace la 
bourse, ils y font leurs affaires. Ces endroits sont pour le commerce 
de nos jours ce qu'était le forum pour les Romains. Mais quiconque 
s'en veut servir soit pour y faire ses affaires, soit pour s'amuser ou se 
distraire, y doit « tuer le ver ». Et lorsqu'il commence a s'y plaire, il 
ne refuse pas de faire marcher la consommation. Peu à' peu il s'ac- 
coutume ii l'alcool, et bientôt ce sera l'envie de boire qui le conduira 
au cabaret. 

l/alliancc fatale des fabricants d'alcool ^distillateurs, brasseurs) et 
des marchands de vin, des aubergistes et des cabaretiers, tous inté- 
ressés vivement à la consommation de grandes quantités de liqueurs, 
spiritueux, exploite le besoin social des personnes privées d'autres 
moyens de sullirc à ce besoin. Tant que cette coalition fatale d'intérêts 
subsistera et ne fera qu'augmenter de jour en jour, son influence 
pernicieuse sur les mœurs, tous les efforts des antialcoolistes seront 
vains, on ne finira jamais à rendre sobre la population de notre 
continent. 

La révolution qui doit nous débarrasser de la tyrannie de l'alcool, 
est une des plus difficiles à faire, parce que les victimes de cette ty- 
rannie soutiennent et défendent eux-mêmes les mœurs intempérantes 
auxquelles elles succombent de toutes leurs forces. 

On ne réussira il révolter les habitués des cabarets contre le système 
d'exploitation, qui leur fait sacrifier leur santé, le bonheur de leurs 
familles, leur fortune aux heures d'un agrément passager et douteux, 
que par des moyens d'éducation. Ces moyens sont en partie théori- 
ques, en partie d'une nature pratique. Il faudra démontrer a notre 
génération aussi souvent que possible l'effet désastreux du penchant 



CONTHK l'aBU* DES BOISSONS ALCOOI.IOL'ES 713 

fatal qui la gouverne, il laudra apprendre aux buveurs et surtout à 
ceux qui ne Te sont pas encore, ce que l'hygiène, la morale, l'économie 
politique nous enseignent sur les dangers de l'alcoolisme. Mais ce 
moyen théorique ne saurait achever l'éducation des masses ; il faut y 
ajouter un moyen pratique; il faut qu'on remplace le cabaret et ceux 
de ses charmes qui sont indépendants de la consommation de bois- 
sons enivrantes, par des institutions moins dangereuses, par des plai- 
sirs d'une nature plus élevée ; il faut qu'on fournisse aux classes ou- 
vrières et en général à tous ceux qui en ont besoin, l'occasion de s'ins- 
truire, de s'amuser, de traiter leurs affaires et de s'informer sur des 
choses importantes hors de l'atmosphère étouH'antc du cabaret et à un 
prix moindre que Test la consommation des petits verres. 

Il y a en Angleterre, comme nous ont raconté M. Cauderlier, de 
Bruxelles et le docteur Bode, de llildesheim un grand nombre de 
cafés de tempérance, mais aussi des clubs fondés par des ouvriers, 
qui par leur sobriété ont épargné le capital qu'il fallait avoir pour 
installer des salons spacieux où l'on s'amuse le soir eu faisant la lec- 
ture, la conveisation, le jeu. 

Il n'y a pas partout de ces hommes dévoués et énergiques comme 
le sont ces ouvriers anglais ; mais il y en a partout en grand nombre 
qui reconnaissent volontiers le mal qui les attend au cabaret, et qui 
voudraient bien s'en passer, ils trouveraient ailleurs ce qu'ils cher- 
chent au cabaret sinon l'alcool: les amis, la conversation, la lecture. 
Ils rendraient grâce a celui qui leur procurerait une salle de conver- 
sation, une bibliothèque utile et populaire ou qui voudrait les ins- 
truire et les distraire au moyen de conférences ou de la musique. 

Ceux-lii ont tort, qui prétendent que l'homme fatigué d'un travail 
physique n'estime pas la lecture, le discours sur des sujets étrangers à 
sa profession, l'art et la musique. On trouve, au contraire, partout un 
très grand intérêt chez les ouvriers, les apprentis, les commis et les 
employés d'un rang inférieur pour les questions de science et d'art, 
pourvu qu'elles soient traitées d'une manière facile ii comprendre et 
positive. 

A New-York on se mettait à créer en 188!) des conférences popu- 
laires avec entrée libre et gratuite ((ree-lectures). Leur nombre aug- 
mentait de 186 en 1889 à IMG en 1897, celui des auditeurs s'élevait 
en même temps de 22,149 à 698,200, c'est de 119 à 37.') pour chaque 
conférence. 

A Dresde on organise des soirées populaires (Yolksunterhaltungs 
abendc) dès 1886. Dans une salle de gymnastique se réunissent le di- 
manche soir hommes et femmes de toutes les classes. On leur fait un 
discours sur un sujet d'hygiène, d'histoire, sur des mœurs ou coutu- 
mes, on donne des chœurs ou des concerts orchestres. — Les re- 
prises de ces soirées montaient bientôt de 6 ii 10 pendant l'hiver. Os 
réunions eurent un tel succès, qu'on les imita bientôt dans d'autres 
villes de l'Allemagne, de sorte que. cent villes de l'Kmpire allemand 



V -#> •» * •^» i »*»î»'»v>rsi"^ï' - . .*-*»■- vvv v 



1. 



714 Vll fl CONGRÈS INTERNATIONAL 

ont leurs soirées populaires durant l'hiver comme une institution 
régulière * . 

Mais ou ne s'arrêta pas là. On comprit à Dresde, que la réunion 
d'hommes de différents métiers et d'une éducation diflérente offre de 
grands avantages pour la réforme sociale. 

On loua donc d'abord, et on finit par acheter un grand jardin aux 
arbres ombrageux sur les bords de l'Elbe, au milieu auquel se trouve 
une maison, et on offrit cette place aux réunions du public, on y ins- 
talla une bibliothèque populaire et fit participer la population des en- 
virons de ce « Volksheim » (« home » public) des bénéfices de cet en- 
droit, (mi personne n'est obligé de l'aire aucune consommation. Le 
fondateur île cette institution, le professeur Bohimert, chef du bureau 
de statistique du gouvernement royal, et d'autres savants s'y mêlaient 
presque chaque soir aux visiteurs, faisant avec eux la conversation, 
répondant aux questions qu'on leur adressait, donnant de bons 
conseils. 

On a élargi cette institution plus tard par l'acquisition d'un grand 
parc, qui offre aux patineurs un lac assez grand et une place destinée 
aux exercices de gymnastique, an jeu de balle et h d'autres mouve- 
ments physiques. — Au milieu s'élève un édifice où sont arrangés de 
temps en temps des conférences et des concerts. 

D'un genre pareil sont les institutions créées à Vienne. 

Ku 1880, s'y formait une société pour l'érudition populaire, dont 
l'importance et l'influence civilisatrice se manifestent chaque année 
de plus en plus. 

Durant l'hiver (le novembre h la fin de février), on organise ii 
Vienne chaque dimanche à cinq heures du soir, des conférences, des 
récitations et des concerts de violon dans les différents arrondisse- 
ments de Vienne, de 12 à 20 à la fois. L'entrée est tout h fait libre, et 
le nombre d'auditeurs de 130 à 450 pour les conférences scientifiques 
et de 150 a 025 pour les récitations et concerts. 

Les conférences ou cours traitent tantôt de sujets d'hygiène (par 
exemple les dangers de l'alcoolisme, un sujet qui se répète bien sou- 
vent^, tantôt la physique ou la chimie, l'histoire, la géographie (par- 
fois accompagnés de projections lumineuses), le commerce et la 
comptabilité et beaucoup de choses pratiques et intéressantes. — Des 
professeurs, des docteurs en médecine, des officiers publics et des 
avocats prêtent leur concours pour instruire les auditeurs et pour 
leur parler de choses différentes dont chacun s'occupe dans sa pro- 
fession ou son art. 

Des acteurs de nos grandes scènes y récitent des poésies ou des 
contes d'auteurs classiques ou modernes. La musique qu'on y fait est 
presque toujours sérieuse, on y joue des trios ou des quatuors des 

1 A Berlin, on célébrait le 15 janvier 1890, la 150* soirée populaire. 



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7l() VII e CONCKKS INTERNATIONAL 

recommandent le mieux ; il mérite donc une place dans' le combat si 
grave et si dificile c|iic nous faisons à l'alcoolisme de nos jours. 

M. Capper (ait l'apologie des établissements de tempérance d'Angle- 
terre pour tes ouvriers, et particulièrement pour les ouvriers des docks. 
Il a été dépensé dos millions pour ces raies, et M. Capper pense que ce» 
millions dépensés représentent une somme plus grande encore épargnée 
par les ouvriers intéressés. 

M. Raous, au sujet «les oeuvres complémentaires de l'Ecole, parle du 
précieux concours que les instituteurs prêtent au mouvement antialcoo- 
lique. 

A Nimes, une quinzaine de conférences antialcooliques ont été donnée» 
dans les écohs par des docteurs, professeurs, instituteurs. Ensuite, deux 
instituteurs ont donné vingt-deux séances de projections lumineuses anti- 
alcooliques dans ces mêmes locaux. Ce système gratuit a réussi au-delà 
de toute espérance. Dans des classes logeant 50 élèves, nous avons eu 
jusqu'à 350 personnes qui se sont tenues dans les cours ou môme dans la 
rue pour écouter, si elles ne pouvaient voir. Nous avons aussi donné des 
conférences dans la campagne et avons obtenu le même succès. 

Ce qui nous aidera aussi beaucoup ce sont les associations amicales 
d'anciens élèves, les ligues scolaires de tempérance, les cours d'adultes, 
conférences, lectures populaires, et surtout, j'insiste sur ce point, les 
caisses d'épargne scolaires et les mutualités. L'enfant qui dès l'école prend 
l'habitude de l'épargne, qui fait partie de la mutualité scolaire, c'est-à-dire 
d'une société de secours mutuels et de la caisse des retraites pour la 
vieillesse, a, par le même fait, un engagement antialcoolique. Il prendra 
et conservera l'habitude de l'épargne, et l'argent ainsi placé, non seule- 
ment n'ira pas au cabaret, mais sera un agent moralisateur important. 

Toutes ces œuvres ne sont faites que par l'instituteur, et dans toutes 
les séances du Congrès si nous avons fait beaucoup appel au dévouement 
de l'Instituteur nous ne lui avons pas assez témoigné nos sympathies. 

Croyez-vous qu'il ne soit pas très pénible, après G heu l'es de classe, 
de reprendre le harnais presque tous les soirs et souvent le jeudi et le 
dimanche pour travailler au relèvement moral que nous poursuivons? 

Souvent même l'instituteur aurait besoin de pensera sa famille, soit 
pour sou éducation, soit pour sa situation matérielle. N'oublio s pas 
qu'eu France un instituteur de 30 à 45 ans ne reçoit en moyenne comme 
traitement de l'Etat qu ; 1/200 francs. A ce moment il peut avoir trois ou 
quatre enfants, un vieux père ou un j vieille mère à soutenir, car l'institu- 
teur est fils d'ouvrier, et il s'abstient de donner des leçons payantes pour 
travailler gratuitement au relèvement des adultes. 

Envoyons donc toute notre sympathie, à ces modestes mais vaillants 
ouvriers dont le concours est le plus précieux que nous puissions avoir 
dans l'œuvre antialcoolique. (Applaudissement*). 

M.Bovet veut profiter de l'occasion pour rendre attentifs les membres 
du Congrès à l'avantage d'organiser des fêtes populaires. 

Il invite les membres du Congrès à prendre note que les 12 et 
13 juillet de cette année la Croix-Bleue organise une grande fête 
fédérale pour ses membres. La ville de Berne met à notre disposition 



). 



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718 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

Mais ici je me place surtout au point de vue de l'exemple, ce prédica- 
teur si puissant. 

Notre groupe se préoccupe aussi beaucoup de la fondation des école* 
ménagères, car nous sommes persuadés que la lutte antialcoolique aura 
un effet bien autrement rapide et fécond si nous faisons une campagne 
parallèle pour le relèvement de la famille, cette cellule sociale. Voilà 
pourquoi aussi, car tout se tient, nous donnons notre concours à toutes 
les œuvres de régénération et de relèvement de la condition des travail- 
leurs/ poursuivant ainsi, non pas seulement une œuvre de relèvement 
individuel, mais une œuvre de relèvement social. 

M. l'abbé Naudet dépose sur le bureau, à l'appui de son opinion, 
la note suivante : 

Notes sur les classes élevées et la lutte contre l'alcoolisme 

Beaucoup de gens confondent l'alcoolisme avec l'ivrognerie et sem- 
blent croire que le mal auquel nous faisons une guerre acharnée sévit 
à peu près exclusivement dans la classe ouvrière. 

C'est une profonde erreur. 

D'abord on peut être alcoolique et ne s'être jamais enivré : ensuite 
il est facile Hc constater que l'intoxication — l'empoisonnement par 
l'alcool — se retrouve partout, en haut comme en bas dans la so- 
ciété. 

Dire que l'alcoolisme est l'un des fléaux de la classe ouvrière, c'est 
malheureusement une évidente vérité, mais c'est une vérité non moins 
évidente que l'alcoolisme exerce aussi ses ravages dans la classe «éle- 
vée ». L'homme du peuple s'intoxique avec de l'alcool à vingt cinq 
sous le litre, le bourgeois s'intoxique avec de la chartreuse il huit IV. 
ou du cognac à vingt francs, mais l'un et l'autre s'intoxiquent ; et de 
récentes expériences ont démontré que les liqueurs aux bouquets 
subtils que boivent ceux-ci ne sont pas moins funestes que l'abomi- 
nable tord-boyaux qu'absorbent ceux-là. 

Ce serait donc une erreur de croire que notre campagne anti-alcoo- 
lique doit uniquement travailler au salut de la classe ouvrière ; il faut 
aussi sauver les « bourgeois ». 

Mais il est un autre coté de la question sur lequel on doit insister. 

Kst-il besoin de dire que nous ne sommes pas de ceux qui parta- 
gent la société en compartiments divers, sortes de castes dont quel- 
ques-unes appelées « dirigeantes » ont mission de conduire les au- 
tres eu leur chemin ? 

Cependant, il parait impossible de nier que la naissance parfois, la 
fortune et l'éducation souvent, la fonction presque toujours, ne fassent 
de certains hommes « élevés » parle fait de ces circonstances exté- 
rieures, de vrais dirigeants. Nous préférons dire des «responsables », 
mais puisque le terme a prévalu admettons «dirigeants ». 

Que nous essayons de lui expliquer comment I alcootest un poison, 




l; 







720 vu* coxonks international 

Il la 11 1 ensuite prêcher avec la dernière énergie aux classe» « éle- 
vées » l'obligation de donner l'exemple, afin, en se sauvant elles-mê- 
mes, de sauver les autres. 

Il faut encore profiter de l'influence et .du secours que nous o firent 
les ressources de la classe dile ce dirigeante » pour multiplier les li- 
vres, les brochures, les articles de revues et de journaux, les traits 
qui agiront directement et fourniront à nos apôtres ouvriers les do- 
cuments et les formules nécessaires \\ leur apostolat. 

Il faut enfin que les personnes appartenant à la classe « élevée »> 
bien convaincues que l'alcoolisme est l'un des plus grands dangers qui 
menacent notre société, dirigent dans ce sens l'cfFort des œuvres 
dont elles s'occupent : habitations il bon marché qui donnent à 
l'homme un intérieur et diminuent la tentation du cabaret ; coin de 
terre et lover qui attachent l'homme au sol et relevant ainsi sa mora- 
lité générale lui donnent une force nouvelle pour résister au mal 
etc., etc. 

Que tous ceux qui sont capables, à un titre quelconque d'exercer 
une influence sociale, réfléchissent à ces choses et prennent des ré- 
solutions. 

M. Baudrillard parle d'écoles ménagères antérieures à celles dont 
a parlé M. l'abbé Naudel. 

M. Sack. — Sans vouloir froisser l'honorable orateur dans sa 
manière de voir, je crois devoir communiquer une leçon que j'ai reçue 
il v a 35 ans. 

■ 

C'était dans les années 1860, au commencement; je m occupais à l'asile 
des aveugles à Lausanne, de l'impression en relief (système Braille] de 
la Bible à l'usage des aveugles, et je profitais de la circonstance pour me 
mettre en relation avec ces affligés, soit avec ceux qui vivaient en ville, 
soit avec ceux des localités environnantes; je voulais leur enseigner la 
lecture au moyen du toucher et leur annoncer l'Evangile. En général je fus 
assez bien reçu deux cependant pis siidlsammant pour me sentir bien 
encouragé dans ce travail. Heureusement j'appris, je ne sais plus com- 
msnt, que ceux auxquels je voulais vouer ma sollicitude, trouvaient que 
j'avais beau dire et faire, que, si « j'étais comme l'un d'eux, je parlerais 
tout autrement. » Cela me sulllt ; je compris. Dès lors j'envoyai des 
aveugle* convertis faire visita à leurs frèrjs dans la cécité. IU eu- 
rent du succès ; car, au bout de quelque temps, environ 70 aveugles 
âgés, disséminés dans plusieurs localités, apprirent à lire et reçurent 
avec empressement la Parole. » Voilà, dirent-ils, c'est autre chose ; vous 
savez ce que c'est que «le nos psines et de nos misères ; tandis que ce 
monsieur-là il ne peut pas n >us comprendre! » 

Il en est de méurj eu Suisse, dans la Croix-Bleue. Certainement, nous 
avons à la tête de notre œuvre des hommes d'élite de grande valeur, des 
hommes de cœur que nous avons appris à apprécier ; mais ce sont les 
ouvriers, les buveurs relevés qui, mieux que qui que ce soit, savent 
trouver le chemin du cœur de leurs congénères, parce qu'eux-mêmes ont 
connu l'amertume de la misère, de la dégradation. Ces hommes-là ne 



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722 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

jeté au rancart sans avoir été lu? Et s'il a été lu, cette lecture amène- 
t-elle des résolutions pratiques ? 

Le discours, la conférence sont aussi d'excellents moyens de pro- 
pagande ; mais ils n'atteignent guère tout le monde, ni surtout ceux 
qu il fallait atteindre de préférence. Que de lois, en effet, ne nous 
arrive-t-il pas, ii nous autres, conférenciers, de devoir regretter que 
ceux qui devaient être là pour nous entendre n'y sont pas; et nous 
nous résignons ii prêcher des convertis. 

Le Journal est une arme indispensable ; mais" il impose des ffais 
que tout le monde n'est pas disposé à vouloir supporter. La propa- 
gande d'homme à homme, sans avoir les inconvénients des autres 
moyens de combat, semble en réunir tous les* avantages. Aussi ne 
saurions-nous trop vivement insister pour que ce moyen de propa- 

Sande reçoive les honneurs d'une recommandation unanime de la part 
e MM. les Congressistes. 

Qu'est-ce donc qui a valu au jeune parti socialiste cette formidable 
extension dont il s'enorgueillit? Je ne crains pas d'affirmer que* ce 
succès est dû surtout aux efforts de la propagande individuelle. 

Je pourrais citer d'autres faits pour prouver la force expansive de 
cette propagande d'homme à homme; mais, comme il semble que 
tout le monde est d'accord sur ce point, je préfère dire quelques mots 
de la manière dont cette propagande doit se faire pour porter tous 
ses fruits. • 

Cette propagande n'est pas soumise à des règles fixes : elle dépend 
essentiellement dc£ circonstances; mais piur porter tous ses fruits 
elle doit être faite 'avec conviction et avec lûcl. 

La conviction suppose l'étude de la question ; on ne parle pas avec 
conviction dune chose qu'on ne connaît pas ou mal. 

Il faut donc ndus efforcer de former des hommes convaincus pour 
notre cause antialcoolique. 

Pourquoi tant d'objections demeurent-elles sans réfutation, pour- 
quoi tant de préjugés courent-ils librement la rue, sans rencontrer de 
contradiction? 

Est-ce parce* que les soldats do notre cause font défaut? Non ; mais 
les hommes qui savent et osent parler font défaut parmi eux. 

Dois-ie dire où je puise cette conviction? Klle se puise, vous le 
savez, dans l'étude, dans la lecture, mais surtout dans les exercices 
du Cercle des Conférenciers. 

Nous appelons Cercle des Conférenciers, non pas le Cercle dont les 
membres sont conférenciers, mais le Cercle qui a pour but de faire de 
ses membres des Conférenciers. Le Cercle des Conférenciers du 
Bicn-Ktre Social, présidé par M. le D r A. Bienfait, tient ses réunions 
tous les dimanches ; à chaque réunion, l'un des membres fait une 
conférence ou une oauseric, dont deux autres membres présentent la 
critique, tout cela pour habituer les membres à parler en public. 

Tel de nos membres, qui avait une frousse épouvantable à paraître 









724 vu 6 c.oxnnk* intriinational 

beaucoup de bien. — Un autre ouvrage plus important est « le bonheur 
domestique, » conseils aux femmes pour l'entretien de leur ménage, publié 
par la maison Suchard (fabrique de chocolat) pour l'instruclion de ses 
ouvrières. 

Quant à la question des classes sociales, nous pensons qu'il ne faut pas 
faire de distinction. 

Le peuple se compose de tous les habitants d'un pays, ouvriers aussi 
bien que bourgeois. Tous doivent collaborer fraternellement au bien do 
tous et spécialement à la destruction de l'alcoolisme. 

Dans la Croix-Bleue, sauf dans le Comité international qui ne s'occu|»e 
que de la marche générale de la Société et qui demande de ses membres 
des connaissances spéciales, nous avons des ouvriers, anciens buveurs, 
dans presque tous nos comités. 11 y en a un dans le Comité central 
Suisse, deux dans le Comité cantonal Genevois où ils siègent sur le pied 
de parfaite égalité avec des pasteurs, un banquier, un maître serrurier. 
— 11 y en a dans tous nos comités locaux. Ils nous font beaucoup de bien, 
font notre éducation au point de vue pratique et même nous édifient par 
l'élévation de leurs idées religieuses et morales. — Les rapports que nous 
avons avec eux sont une des grandes joies de notre travail. 

M. Hayem. — On oublie dans ce Congrès une des causes les plus 
importantes de l'alcoolisme. 

Je l'ai déjà dit hier : c'est l'imitation. Voilà pourquoi la bourgeoisie 
antialcoolique peut rendre tant de services. Si les basses classes sont 
alcooliques c'est, en effet, qu'elles imitent les classes élevées : c'est là un 
point qu'il ne faut pas oublier. — D'un autre côté, il est très difficile de 
convertir a notre cause des bourgeois, car nous manquons sur les classes 
élevées de moyens d'action. Il est très facile, en effet, de faire des confé- 
rences populaires nombreuses et efficaces. Il est très difficile d'en faire 
aux bourgeois.— De là, la double importance qu'il y a à acquérir à 
notre cause des bourgeois. 

Un membre du Congrès. — l.-n mot, s'il vous plait, sur les éco- 
les ménagères et leur importance: 

J'ai dirigé pendant presque dix années, à Aix-la-Chapelle, ces écoles 
pour les ouvrières(300cnviron;. et alors j'ai été conduit de la ques- 
tion sociale à l'Aude de la question alcoolique. 

Le mauvais ménage et les mauvais budgets ouvriers voilà des causes 
importantes de l'ivrognerie. Pour gagner la grande masse du peuple, nous 
devons: orient?!*, organiser, pétitioner! c'est-à-dire: nous devons livrer 
au public nos Mécs, les travailler au Congrès par tous les moyens possi- 
bles, la presse, les conférences, ensuite former des associations et c'est 
alors que. nous pourrons adresser des pétitions au gouvernement pour 
établir des lois meilleures . x 

Un exemple': En 2 ans nous avons propagé un 1/2 million de numéros 
du Volksboun4 grâce à quoi nous avons maintenant des associations 
contre l'alcooHsme. 

M. le D r Daum Autriche). — Mesdames et Messieurs, ne craignez 
pas que je vais donne lecture d'un manuscrit ; ce ne sont que quelques 
notes prises au crayon pendant cette discussion. Mais je demande votre 
indulgence pour ce que je vous dirai, car je n'ai pas l'habitude de me 




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dont il est, depuis sa fondation, le président central, et dont il a déjà 
parlé au Congrès de Baie, en 1895. (Voir son rapport dans le compte* 
rendu du Y 6 Congrès international, p. 328). 

Cette Société, où Ton peut entrer a sept ans et où Ton reste ra- 
rement après quinze, compte, au bout de six années d'existence, 
4,700 membres et 120 sections. Complètement indépendante, elle a la 
même base religieuse et la même organisation que la Croix-Bleue, sa 
sœur aînée. Elle réclame de ses membres actifs un engagement 
d'abstinence totale, avec l'autorisation formelle des parents. Cet 
engagement n'est ni pour un temps précis, ni pour la vie entière ; les 
eniants peuvent y renoncer dès qu'ils le désirent, à condition de 
rendre au Comité directeur leur carte de membre. Il y a aussi des 
membres auditeurs, qui ne signent aucune promesse : ils font une 
espèce de noviciat ayant pour but de les préparer à prendre l'en- 
gagement d'abstinence en toute connaissance de cause, et à devenir 
ainsi des membres actifs dans le plein sens de ce mot. 

La Suisse romande est partagée en groupes régionaux de l'Espoir : 
Genève, Jura Bernois, Neuchàtel, Vaud; il y a aussi quelques sections 
en Belgique et en France, notamment a Paris. Le centre de la 
Société est à Lausanne (Suisse), h Y Agence de V Espoir y Escaliers du 
Marché, n° i. 

A notre instigation, il s'est développé dans la Suisse allemande une 
œuvre analogue a la nôtre, sous le nom de Hoffnungsbund ; mais elle 
dépend de la Croix-Bleue et ne se rattache point à notre Comité 
central. 

Nous sommes, d'année en année, plus encouragés dans notre travail. 
Nos assemblées générales présentent un vit intérêt. L'automne 
dernier, à celle de Lausanne, une chaleureuse conférence du Docteur 
Legiain attira beaucoup de monde et produisit une grande impression. 
Les progrès constants et étonnamment rapides de notre œuvre 
prouvent à tout observateur impartial qu'elle répond vraiment à des 
besoins sentis et généraux Elle prospère dans les campagnes comme 
dans les villes, dans les pays de vignoble comme dans Tes contrées 
industrielles, partout où se rencontrent des abstinents convaincus 
ayant h cœur l'avenir des nouvelles générations. Lausanne, Morges, 
Neuchàtel, La Chaux-de-Fonds, Le Locle, Genève ont plusieurs 
sections ; il y en a plus de trente dans la ville de Genève et dans ses 
environs. Neuchàtel possède, non loin de son beau lac, une Chapelle 
de V Espoir, artistique autant que confortable, élevée ad hoc aux frais 
d'une généreuse directrice, qui, avec ses collaboratrices dévouées 
comme elle, y rassemble, pour les instruire, 400 enfants des deux 
sexes, tous abstinents. 

M . Ch . Byse souhaite que dans les divers pays on prenne de plus en plus 
h cœur la sage devise de l'Espoir. « Prévenir vaut mieux que guérir. » 
Il fait appel aux personnes désireuses de se consacrer à une œuvre 
patriotique réellement grande et féconde, notamment aux femmes et 



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728 VII* CONCRKS INTERNATIONAL 

luhmt und belttubt das Gehirn und kann sogar plôtzlichen Tod herbei- 
rcihrcn. 

4° la kleîncn Mcngcn gewohnhcitsmUssig genommen, zerstôrt er 
allmiihlig allô Icbcnswichtigen Organe des Kôrpers (Magcn, Leber, 
Nieren, Herz) und lu lut langsam zu Siechthum und sicherem Tode. 

.V 1 Der Gcntiss berauschcnder Getr!inkc wirkt insbesonderc dadurch 
verderblich, dass die Gicr wcckt, mehr davon zu trinken und auf 
diose Wcisc die Trunksucht hervorruft. 

i\° Die Trunksucht vernichtel aile edclcn Gelfthle im Menschcu. Sie 
wekt die roheslcn Triebe und wird hiiufig Ur sache zum Verbrcchcn. 

7" Die Trunksucht zerstôrt aile Fiihigkeiten des Geistcs und der 
Seelc und fuhrt allmahlig zum Persinn. 

8° Die Trunksucht zerstôrt das Gluck der Familie und brtugt Noth 
und Armuth hervor. 

9° Die alkoholische Getriinke, Wein, Bier, Branntwein, sind fur 
den gesunden Menschcn nicht nothwendig, vielmehr ganz entbehrlich. 

10" Fin- die Kinder ist Al kohol cin Gift. 

11° Fur Kinder, Trinker und solche, die sich mit Trinkerretlung 
beschaftigen, ist der Genuss geistiger Getr&nke g&nzlich zu verwerfen. 

12° Ileilanstalten fur Alkoholkrankc sind nach Krttften zu un* 
terstûtzen. 

II. Die Herausgcber der periodischen MUssigkeitsschriften der vers- 
chiedenen Litndcr tauschen ihre Organe gegenseitig um, unabhangig, 
ob sie den Standpunkt der Mttssigkeit oder Enthaltsamkeit vertreten, 
confessionncll oder intcrconfessionncll gehalten sind. 

III. F s ist die Herausgabe oines nach den verschiedenen Sprachen 
geordneten Vcrzeichnisses der Autialkohollitteratur zur Orientirung 
nothwendig. 

M. le Président. — Pour terminer notre ordre du jour, il nous 
reste à entendre diverses communications relatives aux divers moyens à 
utiliser pour la propagande. 

M. Thiron prend la parole pour présenter un ensemble de tableaux 
dont il se sert pour illustrer ses conférences. 

M. le D r Thiron expose que les conférences antialcooliques doivent 
être faites par des personnes compétentes et qui connaissent parfai- 
tement et totalement a fond la question antialcoolique, — il y a 
danger ii confier une conférence au premier venu, fût- il instituteur 
ou prêtre, — le Comité de la Ligue doit lire et approuver le texte de 
la conférence et les idées émises, autrement on s'expose si entendre 



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Vil CONGRES INTERNATIONAL 



espèce d'actes dégradants, des crimes mêmes, et Ton peut gagner des 
maladies graves ; une chute peut vous casser un bras, une jambe ; on 
peut même en mourir, et donc un grand malheur peut arriver pour 
s'être enivré une seule fois. 

6) La pauvreté et les maladies sont presque toujours dues à l'usage 
des boissons alcooliques et à l'abus, d où l'ivrognerie. 

1) L'eau-de-vie, la tzuica, te rhum et le cognac, etc., sont tout-à-. 
fait condamnés; le vin, la bière sont seulement tolères en petites, 
quantités et au moment des repas. L'ivresse causée par le vin, le 
cidre et la bière est aussi pernicieuse pour le corps que l'ivresse 
deau-de-vie. 

Le vin et la bière ne doivent jamais être bus par divertissement, on 
y perd son temps, sou argent et sa santé. 

8J Quand on est triste pu maladif, on doit se promener et respirer 
de l'air pur, puis se coucher, mais non pas boire et rester dans les 
cabarets, où on respire l'air infect et où l'on s'assoie avec des gens 
fourbes et vicieux. 

Ï)J Quand on a de la gastralgie (vatamentura), on doit prendre du 
thé, de l'infusion de menthe ou du café et non de l'eau-de-vie, du 
cognac ou du rhum. 

10) Quand on a la splénomégalie (raste), la fièvre, on doit prendre 
une décoction d'éeorcc de quinquina et consulter un médecin, mais 
non pas employer de l'alcool. 

\[) Aux femmes après leurs couches, on ne doit jamais donner 
de l'eau-dc-vic, ni pendant leur convalescence, ni pendant la grossesse 
et l'allaitement, ni pour mener à bonne tin (prétexte) la grossesse et 
l'accouchement, ou inversement pour avorter. 

\2) On ne doit jamais donner d*cau-de-vic à aucun dge aux 
enfante, surtout après le sevrage, car ce serait leur donner sûrement 
la mort; aux petits enfants indisposés on leur donne du thé faible, de 
l'infusion de menthe, de mauve et consulter le médecin; — jamais de 
vin, ni bière aux enlants et aux nourrices. 

l'i) La meilleure boisson, celle qu'on devrait boire toute sa vie, 
c'est l'eau pure (filtrée\ le lait, le thé, le café, la limonade, l'eau 
gazeuse bien fabriquée. 

14J Le cidre et surtout l'eau-dc-vic de cidre sont également dan- 
gereux et toxiques. 

In) Les poésies et chansons qui vantent les boissons spiritucuses, 
vin et autres, doivent être considérées comme absolument misérables 
et immorales, soit qu'elles glorifient la fête du l 6r Mai, la fin du Car- 
naval, ou d'autres innombrables occasions de boire, admises malheu- 
reusement dans nos mœurs et coutumes, d'autant plus que le citadin 



>»»» •**. »■ _ 



p. 



732 VU* CONGRÈS INTERNATIONAL 

M. le Président. — La parole est à M. Philippon pour une commu- 
nication sur la propagande par l'aspect, à l'aide d images antialcooliques. 

Images antialcooliques (genre Epinal) en collaboration 

avec le D r Legrain 

Il y a un an, je parlais, en séance du Comité de V Union française, 
de lidéc de la propagande antialcoolique sous forme d'images dites 
d'Epinal. Le D r Legrain m'apprit que cette idée lui était également 
venue Nous résolûmes l'un et l'autre de la mettre à exécution. 

Nous avons arrêté ensemble le plan de trois images s'adressant : la 
V première, aux enfants ayant IVigc des petits élèves des écoles mater- 

\ nclles ; lu seconde, aux écoliers des écoles élémentaires; Ih troisième, 

a ces derniers, tout en pouvant intéresser tout le monde, 
j \* Image n n i est exécutée. Elle montre sous forme d'un conte de 

k fées, où la Sorcière verte personnifie l'absinthisme et la fée des eaux 

& l'abstinence, les méfaits de l'alcoolisme : maux physiques, maux psy- 

chiques (folie, crime). 

Au bas de cette image est une courte notice relative a l'hygiène du 
*■ buveur. 

r Le vin. W. „„c .„p., U ,vu d. ,-, M «utrUiv,. ««. ta M*.. ,. cid. .1 ,. poi*. 

n est pua nuisible pris modérément. Toutefois l'cuu seule répond à no» besoins. L'eau do 

'_ source est lu meilleure, celle des rivière» e»t dangereuse à cause des germes qu'elle con- 

tient uprès avoir traverse des endroits habités et surtout en temps d'épidémie (germes 
de lu fièvre typhoïde, du choléra, etc.). Quand l'eau est suspecte, il faut la faire filtrer ou 
la faire bouillir ; après l'ébullition, on doit l'agitera l'air afin de lui rendre les gai (air 

;, et ncide carbonique) qu'elle n perdus en bouillant. Les eaux minéralisées, non médici- 

nales, dites cnux de table, quand elles sont d'origine sûre, sont les meilleures ; elles 

■ i% coûtent moins cher que le meilleur marché des vins; les vins bon marché sont souvent 

L frelatés et contiennent doit principes dangereux : furfurol, bouquets chimiques, etc.). 

Affiliez-vous, pour I franc par an, à la Société contre l'usage de» boissons spiritueuses t 

\ dont le siège est à Paris, "», rue de Latran. 

V 

L'Image n° '2 n'existe qu'à l'état de maquette. Ce n'est plus un conte 
de fée, mais seize scènes de la vie réelle d'un ivrogne qui se repent 
et guérit. 

1/ Image n u .'i comprendra seize tableaux qui, pour un sou f représen- 
v teraient les organes sains et les organes altérés chez les alcooliques, 

_ ainsi que les scènes dramatiques dans la prison, il l'hôpital, à l'asile, 

'V alternant avec des scènes plus sereines de guérison ou de bonheur 

f dues à l'abstinence et à la modération. 

v Cette dernière image serait avantageusement dédoublée. 

'. Malheureusement l'exécution de ces images est coûteuse, et ce n'est 

que par une vente de nombreux exemplaires qu'un auteur recouvre 
4 ses débours. 

Exécutées à Paris, où la main-d'œuvre est d'un prix élevé, c'est à 



I 



734 



Vil" CONGRES INTERNATIONAL 



par le dessin, par l'image, par l'illustration, — au lieu de se limiter 
» une sèche et aride, et la plupart du temps, stérile conférence. 

La jeunesse ne tient pas en place, elle se lasse vite de la parole, et ne 
tarde pas à s'impatienter, et ne plus écouter. La chose est naturelle. 

Eh bien, voilà le moment propice : prenez un morceau de craie, 
allez au tableau, tracez, écrivez, dessinez, faites vivre ce que vous di- 
tes. Aussitôt voilà l'intérêt qui se manifeste, l'attention sur le qui- 
vive, les yeux et les oreilles se prêtant un mutuel concours. 

« De quoi s'agit-il ? » Tous les regards sont braqués sur vous. Ne 
perdez pas l'occasion, elle est précieuse. On fait attention, on vous 
écoute, on vous suit, on vous devine. 

Votre enseignement devient plus clair, plus lucide, il s'illumine. 
Votre leçon n'est plus une énumération de phrases si vite oubliées, 
c'est une série d images vivantes qui se gravent dans la mémoire et 
s'y photographient pour ainsi dire. 

Ne laissez pas languir l'intérêt, et vite présentez votre acrostiche, si 
utile pour aider la mémoire, et toujours si en faveur dans la jeunesse. 
Par exemple : 

P roduit la misère 
A vance les maladies 
L'Alcool < R etarde la félicité humaine 

I nquiète la vie domestique 
S 'attaque à la raison. 

et cela se fixe dans In mémoire par les initiales 
Voulez-vous un autre exemple ? 
Cette fois l'acrostiche est renversé. 

S ubtil 
I mpostcur 
L'AICOOl est ' R uineiix 

A iidacicux 
P ernicieux. 

« 

En voilà un autre en anglais 




C'est un pot de bière et les résultats 
de son usage. 

C. R. I. M. E. = Crime. 






736 VI I* CONGRÈS INTEIUNATIOXÀL 

nos efforts pour inculquer profondément dans leurs cœurs les grands 
principes de la Tempérance ne peuvent jamais être en vain. « Car 
nous moissonnerons eu son temps, si nous ne nous relâchons pas. » 

M. le Président dounula parole à M. le D r Oudaillefclu Frcsnoy-le- 
(jraml pour son travail sur le rôle de la Presse dans la lutte antialcoo- 
lique. 

Le rôle de la Presse dans la lutte contre l'alcoolisme 

C'est le sort de beaucoup d'idées en France — où tout finit, dit-on, 
par des chansons. — de se voir accueillies par la plaisanterie et le 
sarcasme. Ce baptême national n'a pas été refusé ii la question de 
l'alcoolisme; mais â l'heure actuelle, grâce au dévouement et h l'éner- 
gie d'une poignée d'hommes convaincus, son importance commence à 
s'imposer dans notre pays. Il n'est plus aujourd'hui, pour nier le péril 
alcoolique, que les intéressés et les ignorants, — ces derniers de 
beaucoup les plus nombreux et que l'on rencontre même parmi les 
classes les plus éclairées de la société. 

Rien de plus aisé, pourtant, pour qui veut s'en donner la peine, que 
de se documenter sur cette question de l'alcoolisme à laquelle les 
journaux médicaux consacrent, chaque semaine, de nombreux articles. 
Les diverses revues de l'Enseignement — avec un zèle qui n'étonnera 
personne — ouvrent aussi leurs colonnes à tous les membres du corps 
enseignant — et ils sont nombreux et éminents — qu'intéresse cette 
cause si patriotique de la lutte antialcoolique. 

Malheureusement, cette presse spéciale ne s'adresse qu'à un public 
forcément restreint. Que de buveurs d'alcool, que d'intoxiqués victi- 
mes de leur ignorance restent en dehors de ce mouvement dont la 
généralisation serait cependant si désirable ! C'est le rôle de la Grande 
Presse, de ce (lambeau aux mille branches, de porter la lumière jusque 
dans les coins les plus reculés de notre pays. 

Par les mille canaux de la Presse, Paris distribue chaque jour la 
manne intellectuelle à des millions de lecteurs, — et, grâce h la rapi- 
dité et à la multiplicité des communications, les pulsations de ce 
cerur de lu France se l'ont sentir presque à la même heure dans les 
.'16,000 communes de notre pays. 

Régénérer ce sang appauvri, vicié par l'alcool en lui infusant le 
sérum de la tempérance, quelle noble tâche et combien digue de ten- 
ter la plume de plus d'un chroniqueur aimé de la foule'. 1 

L'autre soir, à la gare 'du Nord, j'assistais, en attendant l'heure du 
départ, au chargement d'un fourgon dans lequel s'empilaient des sacs 
de même dimension et de même aspect, soigneusement fermés et éti- 
quetés : c'étaient, innombrables commis-voyageurs de la pensée 
humaine, les journaux du jour qui, tout humides encore du baiser des 




). 






738 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

fres sont la avec leur brutale franchise. Il suffît de jeter les yeux sur 
les statistiques publiées dans ces dernières années pour se convaincre 
de Tétendue des ravages exercés chez nous, dans le domaine social et 
économique, par le fléau de l'alcoolisme. 

Le même défaut de compétence — j'allais dire la même légèreté — 
mais le mot sonnerait mal aux oreilles d'un rédacteur de grande revue, 
apparaît encore lorsque M. d'Avcnel aborde le côté physiologique de 
la question. 

Reprenant — du bout de sa plume — les expériences du D r Laborde 
(inoculations extra-veineuses d'alcool à des animaux), l'auteur de 
l'article avance que ce qu'on introduit dans la circulation peut être 
dangereux, et, si on l'introduit dans les aliments, peut être inoffensif. 

Le fait est possible — ■ tout en demandant à être vérifié — mais ne 
peut être vrai qu'a une condition : c'est que ces substances nuisibles 
pour le sang et les parois vasculaires soient transformées par l'acte 
digestif; or, cela n'est pas pour l'alcool. 

La science, en dépit de sa banqueroute, l'a démontré péremptoire- 
ment. 

L'hypothèse toute gratuite de M. d'Avenel est d'ailleurs infirmée 
par les expériences du D r Lancereaiix, qui a alcoolisé de jeunes ani- 
maux en introduisant de faibles proportions d'alcool dans leur nourriture 
journalière et est arrivé ainsi h arrêter l'accroissement de ces animaux. 

« Il n'y a qu'un remède, conclut M. d'Avenel, à l'alcoolisme : c'est 
de diminuer la consommation de l'alcool. » Je suis parfaitement d'ac- 
cord sur ce point avec le rédacteur de la Revue, et M. de La Palisse se 
fut certainement rangé h cet avis ; — mais nous différons sensible- 
ment sur les moyens à employer pour obtenir cette diminution. 
M. d'Avenel affirme que le seul moyen de l'obtenir est de renchérir 
V alcool. 

C'en est un, assurément, — d'une efficacité plutôt douteuse, à mou 
avis, — mais je suis assuré de n'être pas le seul dans cette assemblée 
en affirmant qu'il est d'autres procédés d'une portée bien autrement 
considérable. 

Ce moyen, le président de l'U.F. A. l'aditéloquemment: c'est d'or- 

Îraniscr la grève contre l'alcool ; c'est de s'adresser h la Raison, au 
Patriotisme du buveur, et, une fois sa raison éclairée, de lui mettre 
en main l'arme toute puissante de l'engagement d'abstinence libre- 
ment consenti. Obtenez de tout Français raisonnable qu'il renonce 
pour toujours à l'usage d'une boisson qui ruine sa santé et mène le 
pays a sa perte, et le poison pourra couler impunément dans tous les 
ruisseaux, nul ne songera a se baisser pour en prendre. 

Ce résultat — encore éloigné — sera obtenu lorsque les organes de 
la Presse — sans distinction de parti — auront compris l'importance 
et l'utilité de leur rôle dans cette lutte qui intéresse à un si haut point 
l'existence de notre pays, et ce rôle bienfaisant de la Presse, j'ai 
pensé, Messieurs, qu'il appartenait au Congrès de le lui signaler. 




740 VII CONGRÈS INTERNATIONAL 

pimpant, tout attrayant. Alors nous le lirons, il nous intéressera, et, 
une fois que nous aurons senti qu'il nous a fait du bien, nous l'aime- 
rons et nous en ferons un fidèle compagnon et notre meilleur ami. 

Des lutteurs de marque contre l'alcool, des docteurs spécialistes 
distingués nous citent des faits nombreux et frappants, où Ton voit 
que des ivrognes invétérés ont été guéris par la presse antialcoolique. 
Ces derniers rejetaient d'abord avec mépris les écrits qui condam- 
naient leur passion favorite ; puis, graduellement, ils consentaient a 
faire quelques lectures à contre-cœur; et, finalement, captivés par la 
force de la vérité, qui conserve toujours ses attraits pour l'homme, 
ils finissaient par lire avec avidité et se convertissaient. 

Le docteur Bcrgeret nous dit qu'il vit arriver un jour dans son ca- 
binet un homme d environ 35 ans qui lui dit : « Monsieur, j'ai fait un 
trajet de quinze lieues pour venir vous remercier. Je courais h ma 
perte en me livrant sans mesure à l'usage du vin et des liqueurs ; ma 
santé, ma fortune, la paix et le bonheur de ma famille s'en allaient 
rapidement. Un heureux hasard a fait tomber votre livre entre mes 
mains. Les premières pages m'ont frappé ; à chaque instant, en les 
lisant, je sentais un frisson courir dans mes veines. J'ai parcouru 
avidement tout le volume, et quand je suis arrivé ù la fin une révolu- 
tion s'est faite dans tout mon être. J'ai dit un adieu éternel il l'ivro- 
gnerie. Une volonté ferme m'a aidé à tenir ma résolution, et je m'en 
suis si bien trouvé que j'ai envisagé comme un devoir de venir vous 
remercier ; c'est votre livre qui m'a sauvé, ainsi que ma famille, du 
gouffre vers lequel je marchais. 

Voilà comment la presse antialcoolique transforme une famille en- 
tière, en guérissant son chef. Et si un livre a fait cette merveille, le 
journal l'accomplira plus facilement et plus sûrement encore. A ce su- 
jet, qu'on nous permette de reproduire la lettre suivante qui nous a 
été adressée par une bonne mère de lamille, abonnée au lièveil suisse \ 

« J'ai l'honneur de vous envoyer mon abonnement au llèveil suisse 
par un mandat postal, et je* profite de la circonstance pour vous féli- 
citer de votre entreprise contre l'alcoolisme, et surtout pour vous re- 
mercier du bien que votre publication a fait dans ma famille. 

» Depuis bien des années déjà, mon mari était dominé par la pas- 
sion abrutissante de l'eau-de-vie. Nous avions beaucoup à souffrir, mes 
enfants et moi, de ses orgies et de ses grossièretés. Souvent, pendant 
l'ivresse, il nous frappait et nous chassait même du logis ; cependant 
uand il est à jeun, c'est l'homme le plus aimable et le plus affectueux 
u monde. 

» Plusieurs fois, quand je le voyais bien disposé, j'en ai profité pour 
lui montrer combien la boisson le rendait malheureux ainsi que toute 
sa famille. Il m'écoutait avec bienveillance, mais ne répondait rien. 
Souvent j'espérais que son affection pour sa famille lui ferait changer 
de vie, mais toujours mes espérances étaient déçues. 



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742 VII 6 CONÇUES INTE1IKATI0NAL 

milieux, on aimerait voir, à la portée de tout le monde, les principaux 
journaux du pays contre l'ivrognerie. Ceux-ci, insensiblement, fe- 
raient disparaître l'habitude de la boisson, l'amour du cabaret, les 
querelles, etc., pour ramener partout le travail, Tordre, le bonheur 
et la paix. 

Ces journaux ont, en général, une allure si simple, si modeste, si 
désintéressée, qu'ils peuvent se présenter partout. Ils coûtent si peu 
en comparaison des autres publications, et l'argent qu'on déboursera 
pour leurs Irais d'existence rapportera 100 et même souvent 1000 
pour un, car le bonheur de la famille a une valeur inappréciable. Ap- 
pelez-les donc dans vos foyers, pères de famille; et vous, mères dé- 
vouées, lisez-les et surtout faites-les lire à vos enfants. Alors, petit a 
etit, votre intérieur se transformera : au lieu du cabaret, on aimera 
e foyer de la famille ; au lieu de l'huissier et des ventes forcées, on 
aura un carnet d'épargne ; au lieu des querelles, des rixes, on aura la 
paix, et au lieu de la paresse, ou verra régner le travail et l'activité. 



r, 



M. le Président dépose sur le Bureau une note de M. W. Monod, 
pasteur à Rouen, sur ta propagande par les affiches antialcooliques. 
Ce mémoire est accompagné de types d'affiches et d'une brochure que 
1rs Congressistes pourront examiner à loisir à l'exposition du Congrès. 

a L'Alcool voilà l'ennemi I » 

PAn M. W. MONOD 

Au nom de la Société française de la Croix Bleue, j'ai l'honneur de 
présenter au Congres antialcoolique un placard illustré contre l'ab- 
sinthe, du au pinceau exercé de M. Frédéric Christol, et sorti des 
presses de la maison Bcrgcr-Lcvratilt. Ce tableau de propagande, 
qui mesure 1)0 centimètres sur 130, est une véritable œuvre d'art. 

L'ailiche est rédigée de manière à servir, indistinctement, tous les 
ennemis de l'alcool , soit qu'ils recommandent l'abstinence partielle, 
soit qu'ils préconisent l'abstention totale a l'égard des boissons distil- 
lées ou fermentées. 

Déjà elle a trouvé son chemin dans un grand nombre d'écoles ; 
nous la voudrions dans les usines, les mairies, les casernes et dans 
les gares en particulier. 

Si notre placard trouve un rapide écoulement, il ne sera que le pre- 
mier d'une série. 

En même temps, nous sommes heureux d'annoncer au Congrès 
qu'un complet succès a couronné notre entreprise de placards trimes- 
triels contre l'alcoolisme. Nous en avons réuni la collection dans une 
brochure intitulée : Pour la Patrie ! véritable traité de propagande à 
bon marché. 



CONTRE L # ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 743 

1/clHcacité de la réclame n'est plus à démontrer, à la (in du xix e 
siècle. On ne voit pas pourquoi la réclame en faveur de la santé et de 
la moralité aurait moins d'urgence que la réclame en faveur de la ma- 
ladie et de la débauche. 

Nous devrons viser à l'affichage sur verre dans les colonnes lumi- 
neuses, a l'affiche peinte sur les murs, au placard ambulant monté sur 
roues ou à dos d'hommes : bref, nous sommes décidés à être aussi per- 
sévérants, aussi envahissants, aussi irritants par nos obsessions tena- 
ces, que les prôneurs de poisons. 

Nous espérons que le Congrès de Paris marquera un pas décisif, en 
ce qui regarde l'affichage antialcoolique. Si le Parlement, ou la Presse, 
ou l'Opinion, ne sont pas en notre pouvoir, emparons-nous, au moins, 
hardiment, de la voie publique : c'est notre droit et partant, notre 
devoir. 

PIÈCES ANNEXES 

1" Lo plucnrd illustré de M. Christol. — Prix 1 fr. 25, «un» le» fruis de port. (Il a été* 
tire 'tO exemplaires sur papier entoilé, & 3 fr. pièce). 

2* Le placard trimestriel d'avril 1899 (n* 12 : Savez-vouê !) 

3* La reproduction de ce placard, en format prospectus, pour la distribution. (1 frunc 
le cent, franco). 

4* La collection des u fâche» réunies en brochure : Pour /a Pairie ! (1 fr. 60 les vingt 
exemplaires, franco,/. 

M. Nathan, éditeur à Paris, donne lecture d'une note sur les biblio- 
thèques municipales et V antialcoolisme. 

m 

Les bibliothèques municipales et l'antialcoolisme 

Dans la plupart des grandes villes et en particulier à Paris, les bi- 
bliothèques municipales de prêt de livres h domicile et de lecture sur 
place, sont d'un accès très difficile. Il faut une véritable volonté, un 
désir bien déterminé de s'y rendre pour ne pas être découragé par les 
étages ir monter, par les couloirs à traverser pour arriver à ces bi- 
bliothèques. 

Il serait d'un intérêt puissant pour la lutte antialcoolique que ces 
bibliothèques soient mises h la portée immédiate des lecteurs, c'est-à- 
dire installées dans des rez-de-chaussée donnant sur la rue, et qu'elles 
soient éclairées largement et luxueusement afiu de faire une concur- 
rence heureuse aux marchands de vin dont les lumières attirent les 
ouvriers rentrant de leur travail. 

En conséquence nous proposons le vote de ce vœu : 

Le Congrès attire l'attention des conseils municipaux des grandes 
villes et en particulier de Paris, sur le nécessité urgente de mettre les 
bibliothèques municipales de prêt et de lecture à la portée immédiate 







744 VII e CONGRES INTERNATIONAL 

des gens de bonne volonté et les invite à voter les fonds nécessaires 
pour opérer les transformations indispensables. 

M. le Président donne la parole à M. Brun, inspecteur primaire, 
pour son rapport sur le rôle de la lecture dans la lutte contre Cal' 
cooli&me. 

Rôle de la Lecture dans la Lutte contre l'Alcoolisme 

Pour résister au lléau de l'alcoolisme, qui menace de détruire les 
forces vitales de notre race, on a mis en œuvre les moyens les plus 
divers; on a demandé secours aux pouvoirs publics et à l'initiative 
privée qui semble sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, plus 
féconde et surtout plus rapide ; enfin on a fait appel à l'école et aux 
œuvres post-scolaires pour préserver de la contagion les jeunes géné- 
rations destinées à préparer l'avenir de la France. Parmi les moyens 
préconisés, les uns sont d'ordre intérieur et tendent à modifier 1 état 
d'amc du sujet atteint, les autres sont d'ordre tout extérieur, et 
destinés ii soustraire le sujet à la contagion ou à l'attirance fatale ; 
d'autres enfin réunissent le double privilège de ces deux modes 
d'action et, ii ce titre, sont particulièrement efficaces et précieux. 
Parmi les moyens qui rentrent dans cette dernière catégorie, il en 
est un dont on n'a peut-être pas suffisamment compris la valeur et 
tiré tout le parti désirable, c'est la Lecture. 

Il est facile de montrer combien, au point de vue psychologique 
aussi bien qu'au point de vue matériel et pratique, la lecture peut 
être un instrument de combat de premier ordre contre l'alcoolisme. 

/. Valeur psychologique de la Lecture comme élément de lutte. — 
Pour mettre en pleine lumière le rôle de la lecture, soit comme 
moyen curatif. soit comme moyen prophylactique, étudions avec 
quelque attention l'état psychologique de l'alcoolique. 

Une première constatation montre que l'alcoolisme ne constitue 
un danger que le jour où il est devenu une habitude chez l'adulte ; 
c'est donc comme tel qu'il nous faut le considérer. Nous savons assez, 
contrairement à ce qu'on pense dans le public, que l'alcoolisme ne 
commence pas seulement le jour où les premiers accidents apparais- 
sent; ceux-ci sont consécutifs h un état général qui a duré plus ou 
moins longtemps et pendant lequel l'habitude s est sournoisement 
introduite et développée, de telle sorte qu'il n'est plus possible de 
la déloger sans une lutte sérieuse. Cette habitude est particulièrement 
dangereuse et tyrannique parce qu'elle modifie complètement l'état 
psychologique du patient créant dans l'espritde l'alcoolique un véritable 
état de monoidéisme qui devient vite fatal. Il est curieux d'observer 
comment l'idée fixe de la boisson s'implante dans l'esprit du buveur 
et exerce sur lui une suggestion de plus en plus forte. Les progrès de 






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1\[\ Vil" COXfînks IXTF.nNATIONAI. 

nos souffrances physiques ot suspend jusqu v h nos besoins. 1/ ho m me 
qui lit est pour siinsî (lire aliéné de soi, sa personnalité semble s'effacer 
et son- imagination accaparée par les péripéties du récit n'a plus la 
force de se soustraire il ce déploiement d'activité si spontané et si sé- 
duisant. La lecture nous apparaît donc comme un admirable instru- 
ment de lutte contre une passion dont la caractéristique est de con- 
fisquer à son profit le travail de l'imagination et d'absorber l'esprit 
dans une seule idée. 

La lecture offre d'autres avantages appréciables qui la rendent faci- 
lement utilisable et sur lesquels nous n'avons guère besoin d'insister. 

Rn premier lieu, elle n'exige ni efforts, ni dépenses. C'est, il faut 
l'avouer une sérieuse recommandation pour un remède lorsqu'on peut 
l'cmplover sans difliculté et surtout lorsqu'il ne coûte rien : 1 avantage, 
dans ce cas particulier, est d'autant plus précieux qu'il est destiné 
à la portion la plus pauvre de la soviété pour qui la dépense la plus 
minime serait un obstacle presque toujours insurmontable. 

Bien plus, loin de présenter quelque difliculté d'utilisation, le re- 
mède est même agréable ; les médecins, qui ont a soigner des enfants 
ou des clients difficiles ont pris l'habitude de faire envelopper les 
drogues bienfaisantes dans un véhicule de saveur douce chargé d'en 
supprimer l'amertume : ici c'est le remède lui-même qui est agréable. 
Si fermés ii toute jouissance esthétique qu'on suppose les esprits des 
malheureux qui chaque jour succombent ii l'alcoolisme, ils sont en- 
core accessibles ii l'agrément de la lecture, ils dévorent leur journal 
jusqu'aux annonces et les récits de voyage, de chasse ou de guerre, les 
enchantent comme de petis enfants. 

D'autre part, la lecture est à la portée de tous ; mais malheureuse- 
ment en France, c'est en principe seulement qu'il en est ainsi car 
dans la pratique il s'en faut que tous les lecteurs trouvent les livres 
qu'ils désirent. Nos bibliothèques populaires sont ou inaccessibles à 
force de réglementation, ou à l'état embryonnaire et nos bibliothèques 
scolaires, dans lesquelles cependant un mouvement progressif semble 
se dessiner, sont loin de répondre aux besoins, encombrées qu'elles 
sont de vieux bouquins illisibles ou de volumes trop élevés et sans 
intérêt pour leur publie, envoyés dormir là le plus souvent par le Mi- 
nistère, qui semble épuiser en leur faveur un vieux stock d'invendus 
Oii de laissés pour compte de librairie. 

Ou'on ait le courage de le dire hautement il tous les degrés de la 
hiérarchie et cette lacune sera vite comblée. 

Rnfin la lecture agit contre le malade sans attirer l'attention sur le 
mal. On a reproché parfois, avec quelque raison, à la campagne anti- 
alcoolique de produire, dans certains cas particuliers, des effets 
contraires ii son but en évoquant dans l'esprit des adultes des images, 
en y éveillant des idées qui sans elle n'y auraient jamais pénétré. La 
lecture au contraire est un dérivatif d'un ordre spécial qui donne des 
résultats bienfaisants sans être obligée d'attirer l'attention sur le 



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CONTRE I. ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



747 



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iléau qu'elle combat, sans mettre en lumière les tares et les vices de 
l'humanité : elle fait une heureuse diversion sans contre-partie mau- 
vaise et ce qu'elle gagne sur la funeste tendance est tout profit pour 
l'individu et la société. 

II. Valeur pratique de la Lecture comme élément de lutte. — Mais 
la lecture n'agit pas seulement comme agent psychologique pour mo- 
difier l'état d a me du sujet, elle a aussi un rôle comme agent matériel 
pour diminuer le temps pendant lequel l'adulte reste, exposé a l'atti- 
rance fatale. Ce n'est un mystère pour personne que l'homme inoccupé 
est exposé aux pires tentations; mais le travailleur ne l'est pas moins, 
nui après son labeur quotidien éprouve le besoin d'un délassement et 
d'un réconfort; l'alcool semble lui offrir l'un et l'autre; le café l'attire 
ar ses glaces, ses lumières, son installation confortable qui jure avec 
a médiocrité du logis : dès lors la tentation est trop forte et la proie 
est facile à conquérir. Il faut le reconnaître, il y a dans la vie de 
l'ouvrier des heures louches où, s'il n'est pas retenu a la maison par 
des affections de famille, s'il ne sait pas s'y créer des distractions 
saines et agréables, il doit devenir fatalement la victime du cabaret 
ou du café, et cela est également vrai pour les travailleurs des cam- 
pagnes et ceux des villes. Les uns et les autres, le dimanche, par 
suite de l'inaction forcée, se trouvent en quelque sorte désemparés; 
en admettant même qu'ils profitent, quand le temps le permet, des 
heures de l'après-midi pour faire une promenade en famille, ils. 
restent livrés a eux-mêmes au moment où la mère rentre au logis 

Four faire reposer les enfants ou préparer le repas du soir : c'est 
heure fatidique qu'on appelle si justement à Paris « l'heure verte », 
où la tentation guette l'ouvrier qui songe à la possibilité de retrouver 
les camarades au café, de s'y distraira un moment. S'il n'a rien pour 
le retenir, s'il cède une fois, l'habitude est vite prise et dès lors 
l'échappée du dimanche ne lui paraîtra plus suffisante, il abandon- 
nera chaque soir la maison et souvent même, avant de diner, au sortir 
de râtelier, il entrera faire sa station coutuinière auprès de la table 
de marbre ou du comptoir d'étain. Si au contraire il trouve, le di- 
manche, à tuer cette heure d'inaction sans bourse délier dans une 
bibliothèque librement ouverte, attirante d'aspect, bien éclairée, 
chaude I hiver, où il pourra- se délasser dans la lecture d'un roman 
d'aventures, d'un récit de voyages, de chasse ou de guerre, ou sim- 
plement en regardant les gravures d'un journal illustré (on ne se 
figure pas en e (Tel combien ces grands enfants ont gardé le goût des 
images), s'il a la possibilité d'emporter au logis un livre qui lui servira 
de compagnie, alors il ne songera pas ii déserter le foyer et comme il 
y restera plus longtemps, il le voudra plus confortable et plus coquet. 
Ainsi, autant d'heures de prises par la lecture, autant de gagnées sur 
les stations à l'auberge et au café. Ajoutons que l'amour de la lecture 
est une tendance comme une autre : a mesure qu'on la satisfait, elle 



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vu* co\<;nks intkiin. contre l'abus des boissons alcooliques 



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prend une intensité pins grande et chez certaines natures sensibles 
ou douées d'une imagination vive, elle ne tardera pas a acquérir une 
force égale et même supérieure h certaines passions. 

On commettrait donc une faute grave en négligeant un auxiliaire 
aussi important dans la lutte contre l'alcoolisme; mais si efficace que 
doive être la lecture, encore faut-il l'organiser de façon a ce qu'elle 
soit eu mesure de rendre les services qu'on attend d'elle. Malheu- 
reusement, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, nous nous 
sommes laissés devancer par les étrangers et tandis qu'en France, et 
même à Paris, l'onivre des bibliothèques populaires est toute entière 
à reconstituer, la Suède, l'Angleterre, les Etats-Unis ont, dans la 
plupart des grands centres, des bibliothèquesadmirables, accueillantes, 
largement ouvertes sur la rue, vraiment faites pour les lecteurs po- 
pulaires. Nou.s avons donc une tache sérieuse à entreprendre pour 
nous mettre sur ce point au niveau des autres peuples et notre cflort 
doit porter à la fois sur les bibliothèques populaires et sur les bi- 
bliothèques scolaires qui en tiennent lieu dans nos campagnes. 

Ceci n'est plus qu'une a (Ta ire d'organisation; l'essentiel était de 

f>rouvcr que la lecture peut jouer un rôle de préservation sociale dans 
a lutte contre l'alcoolisme et nous croyons avoir montré qu'elle est 
capable d'agir, soit comme moyen prophylactique, soit comme moyen 
curatif, en exerçant sur le sujet une influence psychologique antago- 
niste au besoin de boire et en diminuant le temps pendant lequel il 
subit l'attraction de ce besoin devenu par l'habitude prédominant et 
exclusif. 

M. le Président déclare que l'ordre du jour est épuisé. Après 
avoir remercié les divers orateurs et rendu un hommage mérité au très 
haut intérêt, à la très grande variété des travaux dans la 3 e Section, 
aiiwi quVi l'excellente discipline qui n'a cessé de régner au cours des 
débats, il lève la séance. 



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Des remèdes à l'alcoolisme ' 

PAH EM. CAUOBRLIBR 
Ancien Serré lu ire général de la Ligue patriotique belge contre l'alcoolisme 

On a longuement et a bien des reprises exposé les maux de l'al- 
coolisme. La tache est malheureusement aisée ; les maux sont si évi- 
dents, ils atteignent tant de malheureux autour de nous,, ils créent 
tant de misères que tout le monde est frappé de l'étendue et de la pro- 
fondeur du mal. 

Nous ne nous arrêterons donc pas a essayer de le décrire une fois 
de plus, notre tache est autre el plus difficile. Il s'agit d'examiner froi- 
dement et à la lumière des faits quel a été, quel est encore l'effet des 
remèdes qu'on a essayé de lui opposer. 

Ces remèdes sont divers ; chacun a sa panacée et d'ordinaire la pré- 
sente avec d'autant plus de conviction, qu'il est plus étranger à la 
question. 

Pour l'un, c'est le débit des boissons qu'il faut frapper. Ils sont 
trop ! diminuez-en le nombre résolument, vous couperez le mal dans 
sa racine. 

Pour un autre, c'est au contraire l'alcool même qu'il faut frapper, en 
le surtaxant de façon a le rendre inaccessible, ou peu s'en faut, a la 
masse des consommateurs. 

Pour un troisième, le mal est dans les impuretés dont l'alcool est 
chargé ; on le boira impunément h condition qu'il soit bien rectifié 
et cette solution satisfera tout le monde : les mastroquets et les dis- 
tillateurs, les buveurs passionnés et le trésor public, auquel on pro- 
met en France un demi milliard tous les ans pour son lot. 

Pour un quatrième clan, qui compte beaucoup de partisans il faut 
recourir il un dérivatif. Le vin et la bière, a bon marché disent-ils, 
chasseront l'alcool. Fit leur remède est le dégrèvement des boissons 
hygiéniques. 

Pour d'autres encore, il n'y a que la propagande par la persuasion 
qui puisse faire rellucr l'alcool. Imitons les Anglais disent-ils, multi- 
plions les sociétés de tempérance, faisons appel a la conscience indi- 
viduelle, convertissons les buveurs un ii un, l'œuvre sera de longue 
haleine mais les résultats en seront assurés. 

Chacun a son remède, plus ou moins bénin, mais toujours efficace 
à en croire ses promoteurs. Par une inconséquence, d'ailleurs bien 



1 Ce mémoire cal le résumé des idées exposées pur l'uuleur ù la 2* Section, 3" séance, 
Voir puge 450 du vol. Il (discussion sur les Monopoles) où le présent mémoire trouve sa 
pluce naturelle. 






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752 VU 9 CONGRÈS INTERNATIONAL 

naturelle, ceux-ci se demandent rarement si le remède n'a pas déjà 
été expérimenté et si le résultat justifie l'engouement avec lequel ils 
le vantent. 

Est-il rien de plus fréquent, par exemple, que d'entendre dire : le 
mal tient au trop grand nombre de débits, réduisez-les de moitié et 
S Ton ne tardera pas à en voir les bons effets. Mais si on demande ce 

i}- qui justifie cette opinion, quelles expériences sociales on peut invo- 

quer pour la soutenir, ses promoteurs ne trouvent guère à répondre 
que ces mots : « Mais le bon sens l'indique !» 

Ils semblent ignorer que des essais en grand, nombreux, probants, 
ont été faits du remède qu'ils prônent ; ils ignorent encore plus pro- 
fondément qu'aucun de ces essais n'appuie leur thèse. Nous allons les 
énumérer et en faire le rapide historique : 



De la diminution du nombre des débits 

Cinq pays sont proéminents dans la lutte contre l'alcool : l'Angle- 
terre, les Etats-Unis, la Hollande, la Norvège et la Suisse. 

L'Angleterre légifère contre le mal depuis le commencement de ce 
siècle. Or, la commission nommée en 1878 par la Chambre des lords, 
pour étudier ces lois et leurs résultats, dit : 

« L'augmentation de l'ivrognerie peut être en grande partie attri- 
« buée à l'élévation rapide ocs salaires, à l'amélioration qui s'est 

$• « produite dans la manière de vivre de la classe ouvrière, et pour une 

t « faible partie aussi, au fait que les logements des ouvriers manquent 

&«-' « du confort nécessaire. 

V. « Le nombre des public-h'ouscs n'a aucune corrélation avec les pro- 

« portions que prend l'ivrognerie 1 . » 

A l'appui de la thèse du comité que le nombre des débits n'a 
pas d'influence, ajoutons que d'après la statistique il y avait en 
1881-8.1 : 



{#. Angleterre : f»r»5 débits par 100.000 hnb. ronsomm. : 2.95 litret por lète ( ..i,.^! .-, 



Kcokmc : M 5 — — — : 7.95 

Irlande : 357 - — — : 4.5'* 



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donc l'Ecosse, avec près de moitié moins de débits, consomme beau- 
coup plus du double, nt l'Irlande 50 °/ de plus. 

« Le nombre des publie-houscs, ajoute le rapport, n'est pas décisif, 
« parce qu'il faut prendre en considération le fait que, bien que leur 
a nombre diminue, beaucoup de ces établissements ont pris plus d'ex- 
« tension, tant quant aux locaux qu'à la variété des boissons. » 

1 Traduction française reproduite dans l'Exposé ou Conseil fédéral Suisse. 



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CONTRE L ABUS 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 



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Depuis que ce rapport a été rendu public, les faits ont continué a 
, le confirmer. D'après des statistiques et des diagrammes publiés par 
ordre de la Chambre des communes en 1896, le Royaume-Uni avait, 
en 1882, 92,493 débits de liqueurs ; il n'en a plus en 1894 que 
91,076', c'est-ii-dire un par 430 habitants, contre un par 370 habi- 
tants en 1882. Or, la consommation de boissons fortes a varié de moins 
de 1 p. c. Elle était, pour la période 1882-83, de 1.41 gallon, elle est 
de 1.40 gallon pour la période de 1890-93. Donc la diminution des 
cabarets est sans influence. 

Une nouvelle commission siège depuis 1897, car l'Angleterre s'oc- 
cupe, sans relâche, de l'alcoolisme. Il n'y a pas moins de dix-huit 
bills déposés en ce moment, devant sa Législature, tous ayant trait à 
la question, quinze devant les Communes, trois devant les Lords. — 
Dans la séance de la commission d'enquête du 3 novembre 1896 à 
Bradford, le colonel Moorsom, chef constable du Làncashire, déclare 
qu'il constate, en somme, moins d'ivrognerie la où il y a plus de dé- 
bits, et interrogé par M. Caine, à propos de cette déclaration inatten- 
due, le témoin ajoute que ce doit être probablement que les débits 
sont petits là où ils sont nombreux 2 . 

En Suisse, l'enquête menée par le Bureau fédéral de statistique 
dans tous les pays de l'Europe et dont les résultats ont été condensés 
par M. Milliet, dans un rapport de tous points remarquable, aboutit 
après minutieux examen à la conclusion que voici : 

« Souvent, aussi, on a fait valoir la réduction du nombre des caba- 
le rets comme un des moyens les plus efficaces pour restreindre la 
ce consommation de l'eau-de-vie. Mais dans le cours de notre enquête, 
« nous n'avons rencontré que peu de données confirmant l'exactitude 
« de cette hypothèse que l'on a presque érigée en dogme. Au con- 
te traire nous avons pu constater souvent que les conséquences fa- 
« cheuses de l'alcoolisme se manifestent particulièrement la où il existe 
« moins de cabarets, circonstance qui s'axplique par la raison que, 
u d'une part, le nombre des cabarets n'est pas le seul facteur en 
« cause et que, d'autre part, là consommation de l'eau-de-vie s'est 
« rendue indépendante du cabaret et s'est parfois établie a domicile 
« d'une façon tout spécialement pernicieuse. C'est pourquoi la réduc- 
u tion du nombre des cabarets, considérée en elle-même, n'a qu'une 
« valeur restreinte pour la répression de l'alcoolisme 3 . 

Passons aux Etats-Unis d'Amérique. 

Aux Etats-Unis, on a introduit, vers 1882, le système des hautes li- 
cences. L'Etat de Nebraska commença en portant la licence annuellé- 



1 II y uvuit, en outre. 34,520 débits de bière qui sont descendus à 31,075 en 1894. 

• To the tflatement ihot he found that where ibère were raost licensed bouses, there was 
les* drunkenness, be udded. wben questioned by M. Caine, that tbis might be because 
the housesare smallerwhere they are most numerous (Alliance Ne*>s % 13 Novembre 1896). 

3 Exposé comparatif de la question de l'alcoolisme, par le Bureau fédéral de statis- 
tique, p. G79. 



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754 



VII e CONGRES INTERNATIONAL 



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ment à 500 dollars pour les débits établis dans les localités ayant 
moins de 10,000 habitants et à 1,000 dollars pour les localités plus 
importantes. La plupart des Etats de l'Union suivirent. (M. Van den 
Ileuvel, ministre de la justice en Belgique, donne les détails les plus 
précis dans sa brochure : La lutte contre r alcoolisme aux Etats-Unis). 
Le nombre des débits de boissons se réduisit, partout, dans de fortes 
proportions. Quel en fut le résultat ? 

D'après les statistiques publiées par le Bureau officiel des Etats- 
Unis, à l'occasion de l'exposition et des congrès de Chicago, la con- 
sommmation dos liqueurs distillées (spirits) a subi les fluctuations 
que voici , : 



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1880 1.27 gallon par habitant 

1881 i.:w — — 

1882 1.40 — — 

1883 1.46 — — 

1884 1.48 — — 

1885 1.26 — — 

1886 1.26 — — 

1887 1.21 ' — — 

1888 1.26 — — 

1889 1.32 — — 

1890 1.40 — — 

1891 1.42 — — 

1892 1.50 — — 



En admettant nue le recul de 1885 à 1888 fut le résultat des hautes 
licences (ce qui n est pas certain, car il est probablement dû, surtout, 
a la dépression économique qui régnait alors), en admettant l'influence 
des hautes licences, au moins doit-on conclure qu'elle ne fut point du- 
rable. Dès 1890, la consommation reprenait l'ancien taux, et en 1892, 
elle le dépassait déjà notablement. 

On vit d'ailleurs, aux Etats-Unis, ce qu'on a vu en Hollande, et ce 
que l'on verra partout sous le régime des hautes licences : les débits 
s agrandir à mesure que leur nombre diminuait et finir, souvent, par 
constituer d'immenses bazars où l'on peut servir 500 a 1,000 consom- 
mateurs à la fois. Cela permet de supporter allègrement les frais géné- 
raux augmentés, les patentes majorées et supplée surabondamment 
aux cabarets disparus. Comme on le voit, l'ingéniosité des intérêts 
Kirticuliers trompe, une fois de plus, les intentions du législateur. Et 
e diable n'y perd rien. 

Cette expérience, très curieuse, faite par l'Amérique prouve, en 
tous cas, combien il est difficile de légiférer contre l'alcool, combien 



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TfHtpfïtiHïf in «H nntians. New-York. IH'.I.*», j>. Vif». 



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CONTHE LARUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 755 

les passions se laissent malaisément brider et sont fécondes en expé- 
dients pour retrouver leur libre expansion, combien, enfin, on fait er- 
reur quand on croit que le simple bon sens et la logique théorique 
seule, sans l'étude attentive des faits, peuvent fournir des solutions à 
priori dans cette question si délicate et si complexe. 

Tous ceux .qui l'ont étudiée en reviennent de ces solutions toutes 
faites qui ne s'inquiètent pas assez de l'expérience et Ton peut ajou- 
ter, que la plupart, si pas tous les auteurs récents qui se sont occupés 
de l'alcoolisme, conviennent que la réduction du nombre des débits 
n'a qu'une action restreinte et fugitive. Parmi les mieux informés, 
citons les docteurs V. Sérieux et F. Mathieu, qui disent : (L'alcool, 
Paris, F. Alcan, p. 149) : 

« Il faut conclure que si la réduction du nombre des débits n'est 
« pas un facteur à négliger dans la lutte contre l'alcool, elle ne peut, 
« ii elle seule, donner des résultats importants et durables. » 

Mais revenons a l'expérience. On cite la Norvège, qui a réduit, à 
la fois le chiffre de ses débits et sa consommation alcoolique et 
dont le succès dans la lutte contre l'alcoolisme, est aujourd'hui connu 
par toute l'Europe. 

La Norvège n'a pas seulement diminué le nombre de ses cabarets, 
elle les a décimés et, même, sur de larges surfaces de son territoire, 
extirpés. La Norvège n'avait plus, en 1896, que 198 débits d'alcool 
dans toutes ses villes réunies et, pour toutes ses campagnes, dans l'im- 
mense étendue de son territoire, 25. Le coefficient en regard de sa 
population est de 1 débit par 9,000 habitants '. A ce taux, la France 
n'aurait plus que 4.000 (nous disons quatre mille) débits d'alcool, en 
tout et pour tout. 

Oui, si les partisans de la diminution du nombre des cabarets con- 
sentent à la pousser jusque-là, nous leur donnons cause gagnée ! Mais, 
qui ne voit que cet exemple est une preuve par l'absurde qui vient 
ajouter ii la force de notre démonstration ? Car, alors, ce n'est plus la 
moitié des cabarets qu'il faut faire disparaître, mais 99 sur 100, et 
c'est là une besogne que personne n'est d'humeur ni de taille h en- 
treprendre. 

Laissons donc de coté la Norvège, qui n'a pas pratiqué la réduction 
mais l'annihilation des cabarets, et voyons ce qu'à fait la Hollande. 

La Hollande a fait porter tout l'effort de sa législation contre l'al- 
cool dans le sens de la diminution du nombre des débits ; elle n'en a 
plus que I par 150 habitants, soit quatre lois moins que la Belgique 
que nous choisissons comme point' de comparaison. En 1882, elle en 
comptait 43,950, aujourd'hui, leur nombre est tombé à 24,000. Pour 
réagir dans les mêmes proportions (n'avoir plus que 1 débit par 150 



1 Og rciueignemciils «ont du* û l'obligeance de M. Berner, directeur de In banque de 
Chrixltunin cl chef du mouvement antialcoolique eu Norvège. 






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756 vu 9 coNc.nks international 

habitants), la Belgique devrait, au lieu de 155,000 débits, n'en avoir 
plus que 38,500 environ. Or, quel a été le résultat de cet effort vrai- 
ment sérieux et soutenu ? En 1882, la consommation était de 9,75 
litres à 50° par habitant ; pour la période 1891-93, elle a été de 8.96 1 . 
Pille n'a donc fléchi que de 0.79 litres. Et encore, dans l'intervalle, y 
a-t-il eu deux augmentations de l'accise : le 1 er août 1884 et le 1 er 
mai 1893, qui ont, au moins momentanément, influencé la consom- 
mation. 

Les Hollandais eux-mêmes sont d'ailleurs édifiés. Si, parmi les pro- 
moteurs de la loi, il y en a encore qui la soutiennent, d'autres nient 
ses effets, tout au moins comme arme de guerre contre l'alcool. Au 
dernier congres de la Haye contre l'alcoolisme, M. Vandermeulen de 
Bcyle, a fourni des diagrammes et des statistiques et lu un rapport 
qui conclut en disant : 

« La seule chose que nous puissions apprendre de toutes ces don- 
nées, c'est qu'il n'y a pas de relation de cause à effet entre le nombre 
des débits et l'augmentation ou la diminution de l'usage de l'alcool. » 
(Compte rendu, Congrès de la Haye, page 306). 

Et, en fait, la Hollande, avec tin débit par 150 habitants, consomme 
autant d'alcool, à très peu de chose près, que la Belgique avec un dé- 
bit par 35 habitants. 

La consommation belge est d'environ 9.30 litre à 50° d'alcool livré 
a la consommation de bouche pour 1892-93. À cette même époque, la 
Hollande avait pour quotient 9. D'un côté, 1 débit par 35 habitants, 
de l'autre, 1 par 150. Donc, une fois de plus se vérifie l'axiome éta- 
bli partout où l'on a lutté contre l'alcool et cela sans exception : le 
nombre des débits nest r/niin facteur très accessoire de la consom- 
mation . 

La conclusion qui ressort de cette étude avec l'évidence d'un fait 
confirmé par de multiples expériences et l'on peut dire par toutes les 
expériences tentées pour le vérifier ou l'infimcr, c'est que rien ne 
permet d'augurer qu'en diminuant le nombre, des débits on diminuera 
sensiblement la consommation. Cette opinion dérivée d'une logi- 
que superficielle et raisonnant ù priori n'a rien pour se soutenir. Tout 
au plus, peut-elle invoquer l'argument qu'elle tire de la pratique en 
usage chez beaucoup de. buveurs qui vont visiter successivement 
chacun des «débitants qu'ils connaissent ou dont ils sont les obligés. 
Mais il faut en conclure que lorsqu'il y a moins de débitants, on Doit 
plus (Je tournées chez chacun d'eux. 

Et s'il en est que cette réponse ne satisfait point, il ne nous reste 
qu'à leur citer le fait suivant, que je trouve dans les journaux de 
Bruxelles au moment où je coordonne ces notes, et qui est un des 
mille faits de jnéme genre que l'on pourrait relater chaque jour : 

1 Statistique oÛiciellc des Puy»-Hns. 




contre i/amjs des BOISSONS ALCOOLIQUES 757 

« Un ménage de la rue des fabriques : le père, la mère et trois en- 
fants ; l'homme ivrogne incorrigible dépense à boire presque tout 
l'argent que sa pauvre femme très laborieuse, gagne péniblement ii de 
harrassantes besognes. Or récemment l'ivrogne profita de ce que sa 
femme était en journée pour vendre tout son mobilier et jusqu'aux 
moindres nippes de la malheureuse et de ses cillants. 

» Lorsque la ménagère rentra, le soir, elle trouva le logis désert et 
vide. On juge de son désespoir ! Les enfants ont été recueillis par 
une parente de condition très humble, mais d'âme compatissante. » 

Quand une passion pousse ses dévots à faire litière des sentiments 
les plus sacrés, quand pour se satisfaire, elle engendre chez eux la 
plus abjecte lâcheté et leur fait oublier les plus pressants des devoirs, 
les plus instinctives des affections, elle saura bien les décider aussi à 
faire cinquante pas, cent pas de 'plus pour se satisfaire. Et si dans 
une commune qui avait vingt débits, vous n'en laissez que dix, ces 
dix auront autant de fidèles qu'en avaient les vingt. 

Résumons, en disant que la réduction du nombre des débits est 
d'une efficacité très douteuse et si l'on considère que pour les di- 
minuer de moitié, il faudrait une longue campagne de propagande, 
un très grand effort politique et que le parti qui poursuivrait cette 
réforme s'aliénerait un très grand nombre d'électeurs, il faut con- 
venir q'ie ce n'est guère par là qu'il faut proposer aux pouvoirs 
publics, d'attaquer l'alcool. 

Passons maintenant aux effets des relèvement d'accise : 



De (accise 

Essayer de réduire la consommation de l'alcool en augmentant l'ac- 
cise, c'est le moyen auquel recourront le plus volontiers les adminis- 
trateurs et les dirigeants de la chose publique. Mais ce moyen est-il 
aussi efficace qu'il est aisé et tentant. 11 est peut-être permis d'en 
douter si l'on considère que par toute l'Europe on a depuis le com- 
mencement de ce siècle élevé progressivement le taux de l'accise et 
que presque partout la consommation de l'alcool a augmenté. Il est 
juste d'ajouter que depuis un demi-siècle surtout, la richesse des na- 
tions européennes s'est accrue de façon a leur faire supporter plus al- 
lègrement les charges publiques, mais il est douteux que cet accrois- 
sement soit proportionnel a l'énorme augmentation de l'accise. 

Ainsi en Belgique, pour citer l'exemple qui m'est le mieux connu, 
l'accise sur l'alcool s'élevait, pour 1831-40, à une moyenne de 
2,800,000 francs. Dans ces dernières années, elle s'est élevée à 37 
millions. Elle a donc presque décuplé (eu tenant compte des chiffres 
respectifs de la population). Cet accroissement s'est fait par périodes, 
sans jamais enrayer sérieusement la consommation. 

La loi de 180G l'a élevé encore de façon h prévoir une charge de 

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758 VII* CONV.nÈS IXTEIIXATIONAL 

55 millions par an. L'ellct a été presque nul, et il est dès aujourd'hui 
certain qu'avant très peu de temps la consommation aura repris son 
ancien niveau. 

M. le sénateur Claude (des Vosges), dans son remarquable rapport 
fait au nom de la commission d'enquête sur la consommation de l'al- 
cool en France, conclut également (page 21, Edition août 1887). « Il 
« n'est nullement démontré que l'exagération des droits ait une action 
« restrictive sur la consommation ; tout au plus peut-on dire qu'elle en 
<( a et par moments ralenti l'augmentation. » 

A l'appui de cette opinion, M. le sénateur Claude (des Vosges), 
constate d'ailleurs (page 104) que taudis que la consommation en 
France était on 18110 de 2.24 litres a 50° par habitant avec un droit 
d'accises de 18.70 cette consommation était montée h 7. 70 litres en 1885 
avec un droit de IV. 78-12. En 1895, elle a atteint plus de 8.50 litres. 
Le droit a quadruhlé et la consommation aussi. Nous livrons ces chif- 
fres et ces faits à la méditation de ceux qui croient a la vertu curative 
des droits d'accise et nous passons à la fantasmagorie de la rectification. 

La Rectification 

On connaît cette théorie qui fit beaucoup de bruit il y a quelques 
années : « n'employez que de l'alcool rectifié ; il n'est pas nocif, tout 
le monde pourra continuer a en boire et pourtant l'alcoolisme dispa- 
raîtra ; ce sont les impuretés qui sont la cause du mal. Rectifiez et 
tous s'en trouveront bien : débitants, bouilleurs de crû, distillateurs, 
consommateurs et l'Etat ; l'Etat surtout qui continuera à percevoir 
des centaines de millions de francs tirés de l'alcool. » 

Cette doctrine fallacieuse a été complètement réfutée. Dans des 
écrits retentissants, MM. les docteurs Germain Lée, Riche, Proust, 
Sérieux, Mathieu, Magnan, Lcgrain, en ont fait justice. 

Pour ne pas abuser des citations, qu'il nous suffise de celle-ci : 

« Il faut vouloir fermer les yeux à l'évidence pour faire peser les 
» maux de l'alcoolisme sur les impuretés de l'alcool industriel — plus 
» pur d'ailleurs que l'alcool de vin — et ne pas voir qu'ils sont impu- 
» tables à l'énorme quantité d'alcools consommés 1 . 

L'expérience par le fait confirme cet arrêt des hygiénistes les plus 
autorisés. 

La Belgique ne boit que des alcools d'industrie. Or, ceux-ci, ainsi 
que le remarque très bien M. le D r Riche, sont beaucoup plus purs 
que les alcools de vin dont les impuretés toxiques vont parfois a deux 
pour cent. 



1 D r Hinii:, Rapport mir le nouveau régime det boisson» À appliquer en France, 
page VA. 






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CONTRE l'àUUS DU S IlOlSSÔXS ALCOOMQUKS 759 

MM. Bruylants et Depaire, professeurs de chimie aux Universités 
de Bruxelles et de Louvain, ont analysé plus de cinq cents échantillons 
d'alcools prélevés dans des débits de boisson belges et ont constaté 
qu'ils ne contenaient que 1 1/2 a 2 par 1.000 d'impuretés. 

Ces alcools contiennent donc dix fois moins d'impuretés que 
l'alcool du vin et en réalité ce sont des alcools éthyliques presque 
chimiquement purs. Cela n'empêche pas que la Belgique s'alcoolise 
jusqu'aux mottlles et que tous les pires symptômes de 1 alcoolisme — 
fléau social — s'y manifestent de plus en plus. 

Voilà qui fait justice de la dangereuse thèse de ceux qui préconi- 
sent la rectification comme remède à tout faire et h tout concilier. 



Les Boissons hygiéniques 

Plus nombreux et plus convaincus — en tous cas plus convain- 
cants — sont ceux qui disent : Répandez l'usage du vin et de la 
bière, en les dégrevant, et vous refoulerez l'alcool. 

Cette opinion s'appuie sur un fait incontestable, c'est que chez les 
euples, grands consommateurs de vin, l'Espagne, l'Italie, le sud de 
a France, l'alcoolisme ne s'est guère répandu. 

Mais ce fait prouve tout au plus que la, où la consommation du vin 
est abondante et établie par des usages séculaires, l'alcool a peine à 
pénétrer. Le vin suffît a tous les besoins d'excitation que ces popula- 
tions éprouvent. 

Il ne faut pas en tirer cette conséquence tout autre et qu'aucun 
fait ne vérifie, que là où l'alcool s'est établi, le vin et la bière plus 
abondants parviendront à le chasser. On observe, au contraire, que 
la plupart des communautés européennes augmentent à la fois et en 
môme temps leur consommation de vin, de bière et de liqueurs, et la 
seule loi qu'enseigne l'étude des faits est celle-ci : 

Toutes choses égales d'ailleurs, et abandonné à ses seuls instincts, 
un peuple boit en raison de sa prospérité matérielle. Dans les périodes 
de prospérité économique, il boit plus de tout : bières, vins et alcools; 
dans les temps de dépression économique, il boit moins de tout : 
bières, vins et alcools. Si le temps m'était moins mesuré je fournirais 
des exemples nombreux à l'appui de cette thèse, mais ce hors- 
d'œuvre m'écarterait trop de mon sujet, contentons-nous de démon- 
trer que la bière, le vin et l'alcool sont loin de se combattre. 

La Belgique et l'Allemagne sont les pays qui consomment le plus 
de bière. En Belgique, notamment, la consommation monte de 130 
litres par habitant, en 1850; jusque 175 litres, en 1890. L'eau-de-vic 
monte dans une proportion encore plus forte. L'Allemagne, dont la 
consommation de bière dépasse 100 litres par habitant et par an, 
voit celle de l'alcool dépasser 8 litres à 50°. 



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760 



VII e CONGRES INTERNATIONAL 



En France, mêmes constatations. Le rapport de M. le sénateur Claude 
(des Vosges), établit que les plus grands centres de consommation 
de l'alcool sont en même temps ceux où Ton boit le plus de bière ou 
de cidre. Le Havre, Rouen, Le Mans, Caen, Cherbourg, avec une 
moyenne de 200 litres de cidre par habitant, ont une consommation 
d'alcool qui dépasse 20 .litres h 50°. Lille, Tourcoing, Mézièrcs, 
Àrras, Amiens, avec une consommation de bière, dépassant 240 litres, 
consomment en alcool près de 15 litres à 50°. 

Par contre, la Norwègc, où l'alcool est tombé a moins de 3 1/2 litres 
à 50°, consomme par habitant 20 litres de bière. 

Il y a des peuples sobres et il y a des peuples qui ne le sont pas ou 
ne le sont plus. Us ont oublié cette belle maxime : « La sobriété est 
une élégance. » 

L'exposé fédéral suisse sur l'alcoolisme conclut (page 371) : Les 
contrées qui consomment le plus d'eau-de-vie sont en même temps 
celles qui ont la plus forte consommation de bière et de cidre. 

Et les docteurs Sérieux et Mathieu contestent que le dégrèvement 
de la bière soit Indiqué pour lutter contre l'alcool [V Alcool, page 143) 
et demandent le dégrèvement des boissons véritablement hygiéniques : 
le thé, le café, le chocolat. 

On sait que tous les stimulants ou les stupéfiants, doivent, h mesure 

3ue l'habitude en émousse l'action sur l'organisme, être pris a doses 
e plus en plus fortes. Il n'est donc pas à présumer que c'est la 
boisson faiblement alcoolisée qui fera abandonner celle qui l'est for- 
tement. Le vin parait fade au buveur d'alcool. Et l'expérience con- 
firme : En France, c'est l'alcool qui gagne surtout. « Il n'est pas 
» douteux que l'alcool y refoule le vin et même le cidre et la bière, » 
constate douloureusement le journal L'Alcool (Avril 1900, page 61). 
Et en tous cas quand on réfléchit h des faits comme ceux-ci, cités 
à l'appui de cette constatation par U Alcojol, même numéro : 

La consommation par tête d'habitant et par an en vin et en alcool 
(à 40°) est dans les départements que voici : 

Scinc-ct-Oise 155 litres vin 20.40 alcool 

Aisne 67 litres vin 21 .30 alcool 

Seine-et-Marne . . 166 litres vin 22.05 alcool 

Oise 61 litres vin 25.00 alcool 

Manche 8 litres vin 20.08 alcool 

On cherche vainement rien qui justifie cette opinion que le vin 
abondamment consommé refoulera l'alcool. 

Ici une anecdote : la théorie du vin triomphant de l'alcool a pour- 
tant trouvé un partisan convaincu, quoique mal informé, en M. le 
Ministre des Finances de Belgique, qui de ce chef dégreva les vins 
en tonneaux. 



r, 



CONTRE L*ADUS OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 761 

Plusieurs grandes usines du pays, entr'autres la Vieille Montagne 
(Angle m) firent venir de France des vins bons ordinaires et les ven- 
dirent ;i prix coûtant au verre a leurs ouvriers. L'expérience lut 
promptement concluante. Ceux-ci firent bon accueil au vin, en burent 
abondamment, mais ne burent pas moins d'alcool et les absences 
our cause d'ivresse, au lieu de diminuer, allèrent croissant. Aussi 
es achats de vin furent-ils bientôt abandonnés. 

Pour nous résumer, nous dirons que nous n'avons trouvé nulle part 
la preuve de cette proposition : qu'un pays qui s'alcoolise diminuera 
l'usage de l'alcool si on lui facilite celui du vin. Si le vin refoulait 
l'alcool, la France, qui est bien le pays du monde consommant le 
plus de vin ne serait pas devenu l'un de ceux qui s'alcoolise le plus. 



La propagande par la persuasion 



Voici enfin un moyen éprouvé et qui partout où il a été mis en œuvre 
avec persévérance a donné des résultats certains. Non seulement il 
faut le reconnaître, mais il faut eu même temps apporter le tribut de 
nos hommages et de notre admiration à ces vaillants qui ont voué leur 
effort quotidien ii la plus belle des causes et en ont fait la pensée 
directrice de leur vie. 

D'autre part, il faut se garder d'une confiance irréfléchie et se deman- 
der dans quelle mesure la propagande par la persuasion et l'exemple 
ont été elhcaces. 

Il importe premièrement de remarquer que le seul mode de propa- 
gande qui soit éprouvé es» celui qu'exercent les abstinents, c'est-à-aire 
ceux qui réprouvent absolument toute boisson alcoolique ou fermentée 
et qui, pour commencer, s'en privent d'abord eux-mêmes. Partout où la 
tempérance, avec des quantités modérées de vin et de bière a été prê- 
chée, on n'a abouti à rien de viable. Ces associations d'abord pros- 
pèrent cl ont assez, de membres. Mais les uns après les autres aban- 
donnent et l'association se dissout, ou vivote faiblement. L'expérience 
en a été faite partout et les exemples en sont aujourd'hui innombrables. 
L'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, la Suède ont vu tour à tour 
s'élever et disparaître des centaines de sociétés île tempérance. 

Donc la propagande par la persuasion doit avoir pour point d'appui 
l'abstinence complète et non la modération. Kt la raison eu parait simple. 
Si l'abstinence est une règle dure et exigeante, du moins est-elle nette 
et claire. La .modération n'a pas de norme, pas de règle prévue, ce 
qui fait qu'elle retombe aisément dans le dérèglement. Kt si les tem- 
pérants arguent qu'ils exigent l'abstinence des liqueurs distillées, on 
leur répondra qu'ils ne prévoient point les bières fortes et les vins 
alcoolisés ii outrance, par où leurs néophytes retombent dans leur vice 
avec complaisance et facilité. 




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762 vn c cox<;nks ixteiixatioxàl 

Mais l'abstinence absolue, si clic peut être la ressource d'une élite 
parait bien ne devoir jamais <Hrc une cure crime application générale. 
Kxccllente pour les cas individuels, cette médication héroïque qui 
exige une résolution, une énergie peu communes n'est guère un 
remède que Ton peut espérer voir accepter en masse par nos sociétés, 
nos états modernes. 

Or l'alcoolisme est un mal social affectant les masses; c'est comme 
mal social (pic nous le combattons et qu'il éveille le souci des pouvoirs 
publics ; il faut donc lui opposer des remèdes susceptibles d'aller 
toucher les masses. Cela, il est incontestable que l'abstinence absolue 
ne le l'ait pas et cinquante ans d'expérience en grand, sont là pour 
nous le démontrer. 

C'est l'Angleterre qui fournit d'abord cette démonstration, tous les 
Ktatsde l'Europe la confirment d'ailleurs. 

1/Angletcrrc où la propagande par l'abstinence a été menée depuis 
soixante ans avec une énergie et une persévérance aussi extraordinaire 
qu'admirable et des sacrifices pécuniaires qui depuis de longues 
années dépassent quinze cent mille francs par an, a de six à sept mil- 
lions d'abstinents dont bon nombre sont des enfants enrôlés par leurs 
parents. Mais le reste de sa population, 33 à 34 millions d'habitants 
environ, c'est-à-dire les cinq sixièmes, ne se laisse plus guère entamer 
et les antialcoolistcs anglais constatent, non sans tristesse, que tandis 
(lue leur propagande ne progresse plus guère, le budget cie l'alcoo- 
lisme progresse, lui, tous les ans et que leurs trente-trois millions de 
compatriotes boivent de plus en plus. C'est à tel point que la consom- 
mation par tétc d'habitant est plus forte et beaucoup plus forte de 
nos jours qu'il y a quarante ans. La consommation en bières, vins 
et liqueurs représentait par habitant (abstinents y compris) une 
somme de : 

2 livres 18 shcllings en 1860 

3 _ 12 — en 1895 

4 — » — en 1899 J 

Déjà, en 1895, M. T. T. Pittar, surintendant de l'office de statisti- 
que, publiait sur l'ordre de la Chambre des Communes, un document 
officiel établissant que, depuis 1800, la consommation du Royaume 
Uni tout entier avait augmenté de : 

3 °/o SMr ' cs v * ns 
12 % sl,r ' es alcools 
15 °/o sur ' cs hières 

1 Dawaon Hurns. The national drinlc bill for 18'J.9, publié par le Moniteur des Absti- 
nent* : Alliance .Wn-j, 1 er niar«* lf/00. 



CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 763 

malgré tous les efforts des abstinents, et ceci bien entendu, en 
tenant compte des populations respectives. Remarquons en passant, 
qu'ici encore, la bière, l'alcool et le vin progressent la main dans la 
main. 

lit l'organe des abstinents, Y Alliance News, lait suivre ces consta- 
tions des réflexions suivantes (N° du 1 er mars 181)5) : 

(c On aurait pu espérer que le labeur de plus d'une génération de 
réformateurs sociaux aurait pesé dans le sens d'une diminution des 
boissons intoxicantes. Ceux de nos amis qui ont été optimistes seront 
attristés a l'examen des tableaux dressés par M. Pittar ». 

Depuis 1895, le mal a fait de nouveaux progrès, le budget des bois- 
sons a encore augmenté de 11 °/ (grâce a la prospérité économique 
des grandes industries et ii la hausse des salaires) et il s'élevait pour 
1899 à la formidable somme de 162 millions de livres sterling soit 
plus de quatre milliards de francs ! 

Voilà pour le Royaume-Uni où, depuis soixante ans, les plus vigou- 
reux efforts ont été faits par l'initiative privée. Si ce n'est pas là un 
échec dans toutes les règles, nous demandons ce qu'il faut pour que 
les caractères d'un échec soient patents. 

L'expérience anglaise prouve que l'initiative privée peut, sous les 
drapeaux de l'abstinence, rallier un certain nombre de résolus, d'aus- 
tères, de persévérants, mais que la majorité reste indifférente ou hos- 
tile, en tous cas irréductible. Aussi les abstinents auglais ne se font-ils 
plus illusion et demandent-ils l'intervention des pouvoirs publics. 

Leur campagne a prouvé que l'Européen de cette (in de siècle, veut 
jouir de la vie et voit à tort ou à raison un élément de joie, dans la 
bière et le vin ; les moins avisés le cherchent jusque dans l'alcool. Et 
loin de se laisser convaincre du contraire par les abstinents, l'Euro- 
péen augmente de plus en plus sa dépense alcoolique. 

Dans l'Europe continentale, jamais la campagne abstinente n'a été 
entreprise avec cette fougue, cette conviction et cette dépense d'efforts 
et d'argent qu'y a mis le Royaume-Uni. Cependant elle a été déclarée 
indispensable et sérieusement entreprise, mais avec quels résultats? 
Après vingt-cinq ans de propagande, la Suisse compte une vingtaine 
de mille abstinents, soit moins de un pour cent de sa population, la 
France et l'Allemagne quelques milliers, la Belgique quelques cen- 
taines, e'cst-ii-dire une infime minorité. Nier après cela que l'absti- 
nence ne peut devenir un remède social, c'est nier l'évidence. 

Qu'on ne se méprenne toutefois pas sur notre pensée. Nous n'en- 
tendons point décourager l'initiative personnelle, ni la propagande par 
l'abstinence. Mais ceux qui se rangent volontairement sous ce drapeau 
ne seront jamais qu'une élite, élite précieuse, indispensable a toute 
campagne contre l'alcool et qu'on peut comparer, sinon aux Martyrs 
du christianisme, tout au moins h ces Ordres qui s'astreignent h une 
discipline sévère et qui forment Tavant-garde de l'Eglise militante. 



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704 vn c consuls ixteiixational 

Mais de même que l'immense majorité des chrétiens ne sera jamais 
martyr, missionnaire, jésuite on chartreux, de môme l'immense ma- 
jorité des hommes de race indo-européenne, ne sera jamais abstinente. 
Kt l'on peut ajouter que c'est peut-être un peu a cause du christia- 
nisme, car s'ils lussent devenus boudhistes ou mahométans, ils seraient 
eu masse abstinents. Une foi qui donne au vin une place éminente 
dans les cérémonies de son culte ne peut guère le proscrire de la table 
de ses fidèles. Or cette loi a irrévocablement formé leur âme et leurs 
mœurs. 

Le remède 

Nous venons de voir h la lumière de l'expérience et c'est la seule 
lumière qui soit claire, la seule qui permette d'examiner sous toutes 
ses faces ce cl i (lie i le problème de l'alcoolisme, que ni la guerre aux 
débits, ni l'élévation de l'accise, ni les fallacieuses promesses de la 
rectification, ni l'accès plus facile de la bière et du vin ne sont en me- 
sure de détourner nos sociétés modernes du penchant de plus en plus 
prononcé qui les portent vers les boissons distillées. 

Quant à l'initiative privée, elle est trop faible et trop intermittente 
pour avoir raison du redoutable mal qui pénètre de plus en plus les 
masses et atteint toutes les classes de nos nations modernes. Il y faut 
la forte main du pouvoir central et non seulement il la faut, mais ce 
ne sera pas de trop de toute son énergie et de toute sa persévérance 
pour arriver au but. 

A ceux qui ne veulent pas de l'intervention de l'Etat, il suffirait de 
rappeler qu'en Europe, là où l'on a obtenu quelques succès, c'est-à- 
dire en Xorwègc, en Suisse, en Russie, c'est grâce a l'intervention du 
pouvoir central ; qu'après soixante ans de lutte, les Anglais réclament 
la main de l'Etat ; enfin qu'en Amérique, dans les sept Etats ou la 
fabrication et la vente de l'alcool sont interdits, c'est-à-dire le Maine, 
l'Yowa, le Kansas, les deux Dakota, Vermont et Hampshire, ce sont 
leurs parlements qui ont voté et maintiennent l'interdiction ; dans 
quatre de ces Etats elle est même inscrite dans la Constitution. Enfin 
les Etats qui ont diminué par voie législative le nombre des débits en 
élevant le coût des licences (2,500 à 5,000 francs de patente annuelle 
par débit) sont : Illinois, Mincsota, Pcnnsylvania, Massachusetts, 
Mississipi, Alabama, Gcorgia 1 . 

Prétendre après cela, que dans nos nations du continent européen, 
où l'initiative personnelle est bien moins énergique que chez les Anglo- 
Saxons, cette initiative suffira pour nous débarrasser de l'alcool, c est 
donner en plein dans l'illusion et dans l'idée préconçue. 

1 Disons en passant et pour nppuvcr d'un argument de plus une thèse dont nous tenons 
beaucoup à établir l'exactitude, que le Contre* de Chicago de 181)3 a constaté l'échec de 
ce système. « Les résultats do ce mode d'action contre les maux de l'alcool n'ont pas jus- 
tifie les espérances de ses promoteurs (Annales du Congrès, page 123). 



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766 VU 6 CONGRÈS INTERNATIONAL 

contre les débitants et les cabaretiers. Nous avons vu qu'une telle 
campagne serait chanceuse et qu'on ne peut rien s'en promettre de 
certain, si ce n'est de dresser devant soi l'opposition irréductible 
d'une masse électorale puissante. Il faut diriger le mouvement contre 
la distillerie industrielle. Il y a en France 450,000 débitants. Il y 
y a cent fois moins de distillateurs industriels de profession. M. Claude 
(des Vosges), n'en dénombre môme que 2,305 pour 1885. (Rapport 

F>age 100). Or ils produisent plus des trois quarts de l'alcool livré à 
a consommation. 

En les expropriant, l'Etat sera maître des quantités énormes et tou- 
jours croissantes que l'industrie oflrc au pays. Désormais, ce serait à 
lui a fixer les quantités dont il convient d'approvisionner le marché 
national, après s'être réservé seul le droit d importation, comme la 
fait la Suisse. Ces quantités seront déterminées, non plus par la con- 
currence des industriels dont le seul souci est d'augmenter leurs bé- 
néfices, en produisant des quantités croissantes, mais par la loi qui 
saura bien avoir souci des grands intérêts que l'alcoolisme compro- 
met. La solution comporte d'approvisionner le marché national de 
quantités décroissantes à des prix croissants. 

En France, le problème se pose avec cette circonstance spéciale 
qu'à part les distillateurs de profession, il y a 800,000 bouilleurs de 
cru. S'attaquer à eux ce serait provoquer l'opposition d'une armée 
électorale telle, que tout échouerait devant sa résistance. Mais si l'on 
considère que ces bouilleurs ne produisent qu'environ 800,000 hecto- 
litres à 50° (M. Rocquers dit 600,000 hectolitres. Voir V Alcool, nov. 
1896), soit deux litres par habitant et par an et d'une cau-de-vie fort 
chère, on voit qu'en les laissant fonctionner on replace la France dans 
la situation où elle était il y a un siècle. 

Voici à ce sujet quelques chiffres empruntés a M. Claude (des 
Vosges) : 

1800 à 1830 consom.: 2 litres 20 centilitres a 50° 



1840 — 


,'{.10 


1850 — 


2.92 


1860 — 


4.54 


1870 — 


4.04 


1880 — 


7.28 


181)0 — 


8.70 


1898/99 — 


9.89 (moyenne) 



Ces deux derniers chiffres sont empruntés a V Alcool, avril 1900. 

Pour empêcher que sous le nouveau régime la production des bouil- 
leurs de cru ne s'exagère, il suflirait de remettre en usage la loi de 
1872 qui limitait leur distillation à quarante litres. 11 faudrait surtout 
proscrire la dangereuse industrie de ces bouilleurs qui vont de ferme 



CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 767 

en ferme avec des appareils primitifs, produisant une détestable eau- 
dc-vic et qui ne sont en réalité que des professionnels ambulants. 

Kn débarrassant les bouilleurs de cru de leurs plus redoutables con- 
currents, les grands distillateurs industriels, on les rallie au mo- 
nopole. On les met en situation de vendre plus cher leur pro- 
duit et en même temps le gouvernement leur applique les droits 
d'accise, ce qui permettrait de retrouver les sommes énormes que 
perd aujourd'hui le fisc. Le travail si détaillé et si compétent de M. 
Luzct, cité par M. Claude, rapport page 191, les évalue a plus de 
cent soixante millions de francs par an. Enfin en conservant les bouil- 
leurs de cru, on ne nuit pas aux industries des liqueurs fines, qui sont 
un des principaux articles d'exportation de la France, et dont la perte 
est l'objection la plus pressante qu'on y ait formulée contre le mono- 
pole intégral. 

L'alcool industriel serait distillé par l'Etat, dans la mesure où il 
est nécessaire aux besoins des industries diverses qui le dénaturent, 
essences, parfums, vernis, produits chimiques, etc. Il serait suivi 
par des employés de la Régie, qui assisteraient, comme en Allemagne, 
aux opérations qui le transforment. 

Voilà ce que pourrait être le monopole de l'alcool en France. Son 
caractère essentiel serait et devrait être de constituer, non un instru- 
ment fiscal, mais un moyen de restreindre au minimum, la consomma- 
tion d'un poison national. Pendant les premières années de son fonc- 
tionnement, l'Etat pourrait encore livrer à la consommation de bouche 
des quantités décroissantes d'alcool industriel, s'il était prouvé que 
c'est là une nécessité imposée par les circonstances; mais il faudrait 
que la preuve en fût faite plutôt deux fois qu'une. Car enfin, la France 
a vécu, grandi et prospéré dix siècles sans alcool. En ces temps, son 
industrie, son commerce, ses armées, sa marine, son influence politique 
et intellectuelle, primaient celles de toutes les autres nations européen- 
nes : depuis cinquante ans qu'elle s'alcoolise, elle a quelque peine h 
reconquérir ce rang; il n'est pas certain qu'elle ait besoin d alcool pour 
le reprendre. Il est môme à croire, qu elle se trouverait mieux de 
réduire d'emblée au cinquième, à partir du siècle qui commence, les 
terribles quantités du poison qu'elle boit. 

Les nations comme les individus, dit M. Claude (rapport, page 76), 
ne peuvent vivre longtemps qu'à la condition d'être sobres. Dès l'ins- 
tant, qu'elles deviennent intempérantes, elles sont condamnées à périr. 
Et c'est encore M. Claude, c'est-à-dire l'homme de France, qui a le 
plus étudié cette redoutable question de l'alcool, qui termine son rap- 
port en disant : (pages 290 et 305.) 

<( Le monopole de l'alcool, facile à justifier en lui-même, n'est pas 
» moins facile à établir que celui des tabacs... Pourquoi donc pas, 
» si le monopole sauvegarde les intérêts vitaux qui sont en jeu? » 

Nous ne saurions mieux dire et n'avons rien à ajouter. 



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774 TABLE DBS MATIERES 

DEUXIÈME SÉANCE 

(Aiilei de buveurs ; Thérapeutique) 

Les primes aux apéritifs et boissons spiritueuses à l'exposition internationale de 

Paris en 1900 (M. Lombard) 91 

La question des Asiles pour Alcoolisés incurables (D r Forel) 92 

Uber Trinkerbeilanstalten. (U$ a$ilc$ de buveurs). (D r Colla) 103 

Die Schweizerischen Trinkerbeilanstalten. (Let asiles de buveur* de la Suisse). 

(M. Marthaler) 136 

Les Asiles de Buveurs et leur Œuvre (D r Crothers) 156 

Tberapeutics without Alcobol. (Thérapeutique $ant alcool — anal, franc,). (D v 

Drysdale) -» 163 

Le Traitement de l'Alcoolisme par l'hypnotisme (D r Vlavianos) 169 

Inebriety, its prévention and Treatment by tbe Turkish Bath. (Trait, de l'ai" 

coolisme par les bain$ turcs — avec anal, franc.). (D f Shepard) 175 

De la nécessité de la Surveillance hygiénique des boissons alcooliques (M. Henrot). 181 

ANNEXES 

Ueber die Trinkerheilanslalt a Turva » in Finnland. (L'asile de Turva en Fin» 

lande). (D r Hbnrici) 187 

L'hôpital pour les Alcooliques du D r Korowin à Moscou 196 

Remarques sur le traitement de 1 alcoolisme (D r Brower) 199 

Die Werthschtttzung des Alkohols als Heilmittel in Deutschland ( Valeur de l'alcool 

comme médicament) (D r Kantorowicz) 302 

De l'Alcoolisme thérapeutique (D r Gouroet) 305 

L'œuvre de l'Hôpital de Tempérance de Londres (D r Ridoe) 209 



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TROISIÈME SÉANCE 

(Hygiène; Variété!) 

Boissons hygiéniques non alcooliques ; des vins sans alcool (D r Jordt) 215 

Rapport entre l'usage du tabac et autres habitudes du même genre et l'intempé- 
rance alcoolique (D r Kellogg) 220 

Du régime végétarien comme moyen préventif et curatif de l'alcoolisme (D r J. Grand). 223 

ANNEXES 

Les vins non enivrants (M. L. Mundy) « 235 

De l'emploi de l'alcool dans l'éducation physique, dans les sports et dans le tou- 
risme (MM. Tissie et Lestage) 238 

Le rôle du médecin dans la lutte contre l'alcool (D r Bienfait) 239 

Les préjugés en faveur de la consommation de l'alcool et leur réfutation scientifique 

(D r Bienfait) ' 244 

Alcoholisin in America (anal, franc.) (M. Clark Bell) 251 

Summary of the Progressive Banishment of Alcohol from British workhouses, 
lunatic asylums and Hospitals (Suppression de r alcool dans le$ établissement* de 
bienfaisance anglais) (M. Amery n 256 



4 . • 

* » 
». 



1. 







TABLE DBS MATIERES 77.5 



DEUXIÈME SECTION 



HISTOIRE, ÉOONOMIE POLITIQUE ET SOOIALE 



PREMIÈRE SEANCE 

(Hlstolrt ; Longévité at alcoolUma ; Aarartaett sur U vto) 

L'Alcoolisme en Roumanie et en Espagne (D' Tmaoïf) * Ml 

L'Alcoolisme en Italie (M. J. Rochat) 164 

La Tempérance en Russie (D' A. Kobowhi) 376 

L'Alcoolisme en Norwège (M. Kiaer) 390 

L'Alcoolisme en Grèce (M. Vlaviajios) 906 

Note sur le mouvement antialcoolique ches les Bs thés et les obstacles politico-éco- 
nomiques (M. Oraw) 307 

Sainte Geneviève, patronne de Paris, Abstinente Totale (Mgr Savoy) 313 

Alcool et Longévité (D' Ditsdale) 319 

Longevity and Alcoholism (eue/, franc.) (M. Whttk) 313 

Tempérance et assurances sur la vie [en nnglni», meee annt. fmnç.) [U. Blicham). 331 



DEUXIÈME SÉANCE 

;(L4gUUUon ; Prohibition) 

La rôle électoral des femmes au point de vue de la tempérance (Miss Cb. Gray). . . 341 
Législation for inebriates in Britain. (LegiiUtion comité les b*ee*r$) (M. Nomma* 

ta») 344 

Résulta U produite par la législation néerlandaise (M. Van der M iule») 346 

Tbe spécial • Sundaj closiof ■ in Campaiag Bofland (Lm fermeture du Dt mu ne ne 

ra Angleterre} (Rev. Graham-Bartor) 354 

Moyens propres 4 combattra l'alcoolisme et la possibilité de leur application en 

France (M. Guicnard) 364 

Influence des majorations d'accise sur la répression de l'alcoolisme ; influence du 

nombre des débite sur l'eitension de la consommation (M. Caudrrubr) 360 

Le Trafic des boissons alcoolique* doit-il être prohibé ? (M. Dawooh Burrs) 373 

Sur la prohibition du commerce des boissons alcooliques ( M. Fiildkn Tmobj»). . . 376 
Lows concerning intoiicoting liquors in Finland. An unique Strike (Lois ontioleoo- 

tifmei en Fi m U iule ; «a* grève unième — arecaaa/. frmmç.) (M. Matti Helirius).. 366 

L'option locale et son application à la France (D 9 Leorai*) 361 

ANNEXES 

Le Privilège des bouilleurs de cru et l'alcoolisme dans le département de la Manche 

(M. Marital) 396 

Lee lois françaises qui ont rapport avec l'alcoolisme (M. Nicolas} 396 

The pauper inebriate, bis Légal status, core and control (Sitmmtiom legmle de 
l'ivrogne pmupre — «*«/. en frmnç.f (D* Maoor) 406 



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I: 




77t> TABLK DBS «ATIBRES '.'/■? 

TROISIÈME SÉANCE ■ ■ ' ^ 

(Monopole»; Criminalité; Economie aoclale ; Variai*») "'. V^ 

Le Monopole de» spiritueux eu Rusiie (H. De Boulowski) Ml *' ' 

Le Monopole en Russie (H. Horodim) ."...; UO 

Le Monopole en Russie (M. Raffalo vick) US 

Rapport lur in loi du Monopole de l'alcool eu Suif» {M. Lombah») 447 

Le Monopole de l'nlcool en Rua lie (en allemand j (M. Baati) 451 

Des rapport* de l'alcoolisme avec la criminalité (0' Bahthf.b) VA 

On fer de» Alltohol* in den schweiKriachen S Irai un italien noter dou Selbatmordern 
und todlich VerunglQckten (Vielimtë de l'alcool dam teê prîtoiu tuiutt — mvtc 

nnn/y«e) (M. M arthalkei) 4S9 

L 'alcool iime ouvrier en Norniuiidiu (D' Brunon) 467 , 

L'alcoolisme et l'avenir da la mutualité en France (M. G. Richard) 483 

Ueber den Trinkiwang beim Brolerwarb (Sur l'obligation de boire pour guguer «a r 

oit) (D* Bombe) ., ..' ,'4M , 

Da l'obatinence obligatoire (!>' Ridcs) .;.,i. '..'■>' 505 

ANNEXES 

Le Monopole de l'alcool (M. Dibcroix) 511 



TBOISIÉME SECTION 



ENSEIGNEMENT, ÉDUCATION, PROPAGANDE 



'4 

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ê. 



PREMIÈRE SÉANCE 
(Société! da Tempérance : Abetlnence et modération : Rôle de la femme) 

Fédération dee unions de l'Espérance (Baadi of hop*) (Mita H. D(IIOb). . . .'. 543 

Tbe national Tempérance Lengue or Greot Britain (anal, franc) (H. J. T. Haï). . . 5*7 

Rapporteur l'Uniled Tempérance Council» (Rev. A. GnAKAM) 554 

Société Française de Tempérance de la Croix-Bleue (M. J. Biam^hb) 55B 

Société Nationale Chrétienne Néerlandaise d'abstinence totale (M. Hoeck) 5G7 

The Work of tbe Church of England Tempérance Society (anal, franc.) (Re». 



L'Union Française Antialcoolique (il' Leukmk) 

id. (M. Ullerm) 

id. (M. ALLEGRKT) 

Communication aur Im « Solidarité. » da Roubuia cl do Lille (M. Quiévreui). . , 

Société de Tempérance Saint-Mnurice {H. l'abbé Naudet) 

Association de la Jeunesse Française Tempérante '.. 

Tbe >ucce**ful tentures of Good Temptara. (L'ordn da il. Templier* et Ut cent» 

A m /bree - •«/. /ranr.) (H- kULlM) 

Société a Sa in te- Marguerite a da Liège (Mlle da Lavuleis) 



TABLK 0K8 MATIERES 



777 



La modération ou l'abstinence tolnlo dans l'usage des boissons alcooliques : 
laquelle doit-on adoplcr ? (M - Fixlay) 595 

Total abstinence and Modération (D r A. \Vic:kery-DhY8DAI.e) 600 

Uebcr die Bedmtuug der Suggestion in der Alkoholfragc. (L'alcoolisme par sugges- 
tion — anal, franc.) (D 1 Bonne) 606 

The fundanientul principleof the Britisb tempérance inovcnicn t. (Principe du Mou- 
vement fie tempérance en Angleterre — anat. franc.) (M. Robert Rai:) 613 

Place de la foin me dans la réforme de» buveurs par l'abstinence complète 

(Miss A. Si.ack) G1G 

Rapport de l'Œuvre pour la Tempérance dans la Fédération des Associations des 

femmes Allemandes (Mlle Uokfmanx) 023 

Britisb Womcu's Tempérance Association (Mrs Ti.ni.inc;) 027 



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DEUXIÈME SEANCE 



.*< 



(Etablissements de Tempérance ; Mouvement antialcoolique ; Vulgarisation 

dans les groupes) 

The Loudon Lodging lionne (anal, franc.) (M. Rowe) 031 

Noie sur le premier restaurant de Tempérance de VV . F. A. (Mme Legkain) 03 'i 

Praclicable Snlvuge from the Driuk-Hubit. (Sauvetage des buveurs) (D r Hugues)... 030 

Les Maisons des Marins (M. Ruyssen) C3ÎI 

Tempérance Culcriug in the British Isles. (Cafés et hôte/s île Temp. — anal, franc.) 

; M. Ci.akki: Wii.son) 654 

Counteractive Agcncies of tbc Tempérance cause. (Moyens de lutte ; cafés, restau- 
rants, etc. — anal, franc.) (Rev. J. Sylvesteu) 060 

Restaurant populaire de Tempérance du Havre (M.'Allégret) 0G2 

Cuisines et Restaurants populaires (M. d'Abartiague) GO'» 

Tbc Tempérance Reform in Xorth America (M. Page Gaston) GG!> 

Pourquoi nous avons foi dans la cause de la Tempérance (M* Efkie Pitthlado).. . 674 
Le mouvement eu faveur de lu Tempérance et de l'Abstinence en Suède pendant 

les vingt dernières années (M. Bergma.xx) G7G 

Historv tif Tempérance work urooag the children of Finlond (anal, franc.) (M'Thygg 

Hfi.inii s) cm 

The United kii.gdom Railwav Tempérance Union (anal, franc.} (M. TnpMsox).. . . 685 

L'Kuscigiiciitcut Antialcoolique dans les prisons (M. TlllHY) iUM 

La lutte contre 1 alcoolisme dans les hôpitaux de Paris (D r Le Gkmmie) 6il3 

Du rôle des médecine des Bureaux du bienfaisance duns la lutte contre l'alcoolisme 

(D' J . Nom) 702 



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TROISIÈME SÉANCE 

(Questions morales et éducation ; Moyens divers de propagande) 



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|*e<* muvcii* édmatif* «le couiliatll'c l'alcooliimic (D' A. D.UIM' 

.Vile sur les classes élevées et la lutte contre l'alcoolisuie (M. l'abbé Naldkt 

Note sur lu propagande individuelle (M. l'abbé Lemmkns) 

Comment gagner la jeunesse à lu cause de lu Tempérance (M. Bykk) 



711 
7IM 
721 
723 



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778 TAULE DES MATIKIIES 

De* moyen» propres ù proposer la Tempérance et à sauver les buveurs (em alle- 
mand) (M. l'abbé Neuman.n) 727 

Tableaux et conférence» antialcooliques (D r Tuinox) 728 

Imagerie antialcoolique (Piiii.ippon et D r Lfc.hain) 732 

De l'éducation de la jeunesse pnr les yeux (M. Rowland-Hili,) 733 

Le rôle de la Presse dans la lutte antialcoolique (D r Oudaille).. 736 

Avantage* de lu Presse antialcoolique (M. l'abbé Rossé) 739 

« L'Alcool voilà l'Ennemi » Alliches (M. \V. Mono») 742 

Les Bibliothèques municipales et l'antialcoolmnc (M. Nàtiiàx) 743 

Rôle de In lecture dans la lutte contre l'alcoolisme (M. Brun) 744 



APPENDICE 

Des remèdes à l'alcoolisme (M. Cal'DEKLIeii) 751 



Tableaux, diagrammes et pièces annexes 768 et suiv, 



FIN DE LA TABLE DU DEUXIEME VOLUME 



TABLE ANALYTIQUE 






Abstinence I, 200-201. Il, 613. — par- 
tielle I, 113, 201. - obligatoire II, 505. 

— ou modération 11, 595, 600, 604, 605. 
651. 

Accise? Il, 369-757. 

A et de Bruxelles 1, 363. 

Adresse (aux instituteurs) 1, 154. 

Aplches antialc. Il, 742. 

Alcool (action physiol. de V -) II, 7, 12, 
13, 11. - médicament 11, 162, 202. - 
aliment 11,7. 

Alcoolisme, anatomie pathol. 11,61. — 
dans la bourgeoisie II, 717, 721. - 
Causes économiques 1, 328. — dans les 
campagnes 1, 302. — clinique II, 15,48. 

— et criminalité 11, 4M. — et établisse- 
ments charitables 11, 256. — dans les 
hôpitaux 11,693. -obligatoire II, 494. - 
ouvrier 11,467. — professionnel II, 49t. 

— et question sociale I, 317. — théra- 
peutique 11.205. - et travail 1,265,275, 
28t. 299, 323. 

Amérique II, 251-669-113. 

A périt i le II, 91. 

Armée, l'alcoolisme et la Temp. dans 
I'- en France l, 364; - en Belgique 
I, 380: - en Bussie I. 390, 399; - en 
Allemagne I, 391 : - on Angleterre 1, 
392, 396, 415 ; - en Suisse, 1, 393 ; - en 
Roumanie I, 401; - guerre hispano- 
américaine I, 413. 

A mica if aliènes et alcool II, 256. 

A s, les de bueeurs II, 92, 103, 134, 135, 151, 
155, 187, 196, 286, 291. 403. 

Associations (V. Sociétés). 

Assurances-ci* (Soc d* — ) II, 319, 329, 
331. 



Bains Turcs (trait, parles—) 11, 175. 

Baltiques (Aie. dans les Prov.) II, 307. 

Bantls cf ho/te Union 11, 513. 

Banquet I, 443. 

Belgique (Aie. en — ) I, 323. 

Bibliographie antial. aîné rie. 11, 251. 

Bibliothèques II, 713. 

Boissons (surveillance des) 11,181.— Sans 
alcool II, 215, 235, 636. 

Bons Templiers 11, 587. — Temples de 
la Jeunesse I, 209. 

Bouilleurs Je crus 11, 395. 

Bouillon (producteur de force) 11, 14. 

Bourgeoisie (Aie. dans la — ) 1, 137. — II, 
718. 721. 

Bruxelles (Congres de -) Hap. finan- 
cier I, 81. - AcL général de — U 425. 

Bureau du Congres I, 74 9o. 

Bureaux (Lutte dans les — do, bienfai- 
sance II, 701 

Buveurs. Législal contre les — 11, 34t. 
- Psychologie des — II, 32. - Sauve- 
tage des - 11, 636, 727 (V. Croix 
Bleue. — Traitement des — 11, 33, 3t. 
92, 103. 134. 135, 154, 155, 169, 173, 174, 
175, 187, 196, 403, 636. 



o 

Café (product. do force) II, 14. 
Campagnes (Aie. dans les -) I. 302, 332. 
Capitalisme (Aie. et -) I, 323. 
Catering (Tempérance -) II, 654. 
Chemins de fer (lutte dans les —, II, 685. 
Church of Kngland Temp. Soc. II. 57a 
CUisses èlerées (Kôlo des -> II, 718. 



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TA» LE ANALYTIQUE 



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Cfcvv/c* (Rôle du — ) I, 238; - protestant 
I, 228; - catholique I, 250. II, 581. 

Cœur (action de l'aie, sur le) H, 9: — des 
buveurs II, 21, 43. 

Colonies (Temp. aux — ) 1, 350, 420; - 
trafic aux — I, Vil), 355. — Alcoolisme 
aux — I, 360. — Vuui en faveur des 
- I, 3G3. 

Comité permanent I, 9, 408, 439: —d'or- 
ganisation I, 11-13. 

Corijôrcncvs anlialc. II, 71G, 728; — écoles 
de - II, 721. 

Corif/o (Temp. au — ) I, 420. 

Congrès antialc. Comité permanent I, 
408. 

Conyrés de Vienne I, 402. 

Cours d'adultes 11, i59. 

Criminalité (et aie.) II, 454, i59. 

Croix-Bleue II, 558, 500. 

Cuisine I, 195. — populaires II, GG'i. 



Débits. Diminution du nombre des — II, 

346, 351, 370,371, 752. 
Délégations au Congrès I, 21-31. 
Dimanche. Fermeture des débits le — 

II, 35*. 
Dipsomanie II, 173-17 ». 



Ecolo {Rôle de 1'— primaire) I, 110, 158, 
1G8. 

Education et alcoolisme II, 711; — do- 
mestique 1, 195; — physique II, 238,710; 

— par les yeux II, 733. 

Enfance (Rôle de 1'-) I, 198, 209. - Laïc, 
et 1'- II, 70. 

Enseignement (Rôle de I'-) I, 108. — Pri- 
maire I, lltt. — Secondaire 1, 13», 151. 

— Antialcoolique I, 180, 205. — Dans 
les prisons II, 089. (V. Ecole et Uni- 
versitaire). 

Epilepsie (et aie.) II, 53. 
Espoir L'-) société I, 198: 11, 725. 
Est/tes (Aie. dans les provinces) 11,307. 
Etablissements c/iurituhlcs et aie. 11,250. 
Etablissements de Tempérance II, 000. 

— Ludging Uoiisc II, 031. — Maisons 
du marin II, 039. - Restaurants II, 
034, 051, 654, 0G2, 66'., 717. 



Etudiants (rôle des — ) V. Universitaire. 
Exposition du Congrès I, 410-465. — de 
1900 I, 466. 



Femme (Rôle de la -) 1, 223. — II, 342, 
61G, 627. — Femmes allemandes II, 
623. 

Fêtes populaires II, 716. 

Finlande (Aie. en -) II, 386. 

Folie (et aie.) II, 53. 



Genecièee (S 1 -) II, 313. 
Good Templars II, 587. 
Grèce (Aie. en — ) II, 305. 



Hérédité II, 47. 

Hôpitaux (Aie. dans les —) II, 093; — de 
Tempérance II, 209 : — pour buveurs 
II, 196, 256, 286, (v. Asiles): — et al- 
cool. II, 256. 

lif/pnotisme (moyen de trait.) Il, 169. 



Idiotie H, 53. 

1 mânes II, 732-733. 

Impôt (rôle de 1-) II, 369. 

Instituteurs (rôle des -) I, 160, 177, 182, 
190, (v. Ecoles, Ensciynement, So- 
ciétés). 

Italie (Aie. un.—) II, 264. 



J" 



Jeunesse (rôle do la — ) féminine I, 122. 
— universitaire I, 114, 123, 120, 131. — 
Lutte parmi la — en Finlande II, 683. 

Juccnile Templars I, 209. 



Klinische h'entnisse, II, 15. * 
Kola (producteur de force) 11, 14. 



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782 



TABLE ANALYTIQUE 



Restaurants de Tempérance I, 466. — 
11,634,654,660,662; — populaires- II, 
664; — et cuisine II, 664. 

Roulottes II, 717. 

Ruraux (milieux) 1, 302. — Rôle des pro- 
priétaires I, 308. 

Russie (Aie. en) II, 276. — (V. Monopole 
russe). 



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Saisons (Influence des— ) II, 35. 
Sauvetage des buveurs 1,239. — 11,636, 

727 (V. Croix Bleue). 
Sociale (Question) I, 121, 133, 315, 317. 
Socialisme et aie. I, 266, 275. 
Socialistes et aie. 1, 275, 314. 
Sociétés de Tempérance — en général 

II, 557; — entre instituteurs 1,181, 183; 

— scolaires I, 159, 160, 171, 199: — 
L'Espoir I, 198, II, 725; - Bons Tem- 
pliers II, 587; - dans l'arméel, 396; - 
Union française des femmes I, 467 ; — 
médicale belge H, 241 ; — Bands of 
Hope II ,543; — National Temp.Lcague 
(Angleterre) II, 547; — United Temp. 
Cottncils (Angl.) II, 554; — Croix Bleue 

I, 245, 457, 466, II, 558, 566 ; - Soc. 
chrétienne néerlandaise II, 567; — 
Churcli oj England Temp. Soc. II, 570; 

— Union française antialcoolique II, 
574, 577, 578; —Solidarités II, 578 - 
S 1 Maurice II, 581 ; — Soc. de la jeu- 
nesse temp. 11,582;— de Liège (S l, Mar- 
guerite) II, 593; — Soc. belge de Temp. 

II, 604; — parmi les femmes 11, 616; — 
Un. des soc. de fem. allemandes II, 
623; - BriL W. Temp. Ass. II, 627; - 
dans les chemins de fer II, 685. 

Solidarités II, 578. 
Sports et aie. II, 238. 
Suggestion et aie. II, 606, 611, 612. 



Suicide et aie. II, 459. 
Sundag Closing II, 354. 



T 

Tabac et aie. II, 220. 

Tableaux antialcooliques II, 728 ; — et 

diagrammes II, 768. 
Thérapeutique sans alcool II, 162. 
Tourisme et aie. II, 238. 
Traitement des buveurs II, 33, 34, 92, 

103, 134, 135, 154, 155, 169, 173, 174, 175, 

187, 196, 403; — médicamenteux II, 199. 
Traumatismes et aie. Il, 60. 
Travail (L'aie, et le -) 1, 265,275, 284,299, 

323. 
Tuberculose (et aie.) II, 43. 



Unions française antialcoolique I, 201- 
219,220. - 11,574,577,578. - Française 
des femmes I, 467. 

United Temp. Council II, 554. 

Universitaire (rôle de la Jeunesse) 1, 114, 
127, 131. 



Végétarisme (moy. de trait.) II, 223, 231» 

232. 
Vins I, 112,198,363. — Non enivrants 

II, 215,235. 
Vœux du Congrès I, 96, 171. - II, 459. 



Womcn's Temp. Assoc. II, 627. 
Work/iouses II, 256. 



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Oallicni (général) I, 349,351. 

(initier- Boissière II, 653. 

Garnier (abbé) II, 731. 

Gilbault I, 134. - II, 13 

Gley 11, 7, 12, 13. 

Goor/1,463. — 11, 13. 

GraUam-Barton 11, 354, 55 i. 

6'ranf/ II, 223-231-232. 

Gra// (Miss Ch. A.) I, 119. - II, 311,587. 

Griaorieff I, 313. 

Guicltard II, 361. 

Guici/ssc II, 361. 



Harjord Battersbt/ I, 355. 

//a//em I, 317. - II, 601,683,721. 

Hùbra (prof, de) I, 102. 

Hèlinius 11,386,683. 

Hcnrici II, 187. 

Henrot II, 181. 

//creot/ 1, 131,177. - 11,566,605,612. 

Hœck II, 567-727. 

Hoffmann (Mlle) II, 611,623. 

Hitfjues II, 636. 



./«co* 11,560,601,731. 
Jaa/uet II, 371-603. 
Jo/i/// II, 119,215,605. 
7f//*of II, 601. 



h'antoroirics II, 202. 
Kellogg II, 220. 
A'e/r (Xormunn) II, 311. 
Aï<uv I, 92. - II, 299,371 
Korouin II, 196,276. 



[.alternent I, 110. 
Lact'U't/c (Mlle de) II, 593. 
/./' Gendre II, 693. 



Lcrjrain (D') I, 75,101,195,197,201,219,262, 
319,101,402,405,106,408,409,441,444. - II, 
391,571,732. - M« 11,634. 

Legrand 1, 103. 

Le ,/cjm/m? 1, 73, 154. — II, 314. 

Lemmcns (abbé) 11,557,721. 

Lombard II, 91,4-46. 

Lorsaij et Langlois II, 668. 

A/a/Mt>* I, 205. - II, 506,612,727. 
Marillier I, 190,316,407,408,150. - II, 

612,650,653. 
Marinai II, 395. 
Marthaler II, 32,135,154,459. 
Mason II, 403. 
A/atfcrr II, 721. 
A/aM H cl i nias II, 386. 
A/én7te </c Collccille I, 420,129. 
Merle d'Aubignè I, 457. 
Mersbacli I, 265. 
M allants (Baron de Westkerkc) I, 94. — 

II, 351-367. 
Monleij II, 60. 

A/o/ioc'/, Théodore I, 359. - Wil. Il, 742. 
Morsicr (de) I, 407. 
Mfutc/// 11, 235. 



% Nathan II, 713. 

* Naudct (abbé) I, 317. - II, 581,717,718. 

Neumann (abbé) I, 459. — II, 605,627, 
727,731. 

Noir II, 702. 

Norman Kerr II, 344. 



OberhoUcr I, 314. — II, 721. 
dlderogguù II, 43,134,173. 
O/wc II, 307,446. 
OssipoffU, 12,134,505. 
Offc/fiittcll, 736. 



Paye-Gaston H, 669. 
ParAer I, 413. 



TABLE DES AUTEURS 



785 



Petit (E.) !, 168. 
Philbcrt II, 154. 
Ph ilippon 11, 732. 
Pittblado (Mrs Eflie) II, 674. 
Poirier II, 723. 



<s& 



Quiècreux I, 201. - II, 578. 



Rae J. T. Il, 547. — Itoherl II, 613. 

Rajtaloirieh l, 93. — II, 261, 353, 438. 

Raous I, 200. — II, 567,716. 

Raymond II, 352. 

Répond I, 390. 

Richard I, 452. — II, 369, 483. 

iîiW^e II, 209,505. 

ilinVre II, 371. 

Rochat Jean II, 264. — L. Lucien I, 

228460. — II, 12721. 
Rosse (abbé) II, 739. 
Rousseau (abbé) II, 34, 219. 
Roussel I, 73. 

Rui/sch II, 12,33, 44, 134, 155, 173, 231. 
Ruyssen I, 123. — II, 639, 717. 
Iizethouslà II, 232. 



Sac/, II, 720. 
Saro// (Mgr) II, 313. 
Schumacher II, 415. 
Selmrr (Mme) I, 223. 
Shepard II, 445. 
S/ar/, (Miss) II, 616. 
S/*i///i II, 15 43. 
Somerset iLntly) II, 70. 
Sy le ester II, 660. 



T 

Tappolct I, 151 . 

77ior/) I, 157. - II, 378, 566. 

Thiton I, 401. - II, 43, 44, 728, 731. 

Thiry II, 689. 

Thomson II, 685. 

Tygcrstcdt I, 93. — II, 683, 727. 

Tinliny (Mrs) II, 627. 

Tissiè II, 238. 

7>i0flr Hèlinius II, 683. 

Titrions (Mgr) I, 250. 



(//te/Ti II. 577. 



Van rfer Mcate/i II, 446, 450, 566. 

Van der Vcldc I, 275, 315, 323. - II, 664. 

Van der Woudc I, 171. 

Vauclerot/ (D' de) 1, 79, 380. - II, 13, 34, 

43, 44, 134, 173, 174, 219, 231, 232. 
Vinccllcs (comte de)I, 306. 
Vlacianos II, 169, 174, 304. 



Wcston (Miss A.) I, 415. 
Whytc II, 323. 
Worsfold {liev.) II, 570. 



Yunkc (Mme) II, 323. 



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Zouiêffl, 399-401. 



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